GALÉRIEN
soir qull fallait étudier le forçat ; ses caoseriei étaient Att cours complets de vol et d'assassinat, le récit de forlaiu inouïs, son badinage faisait peur ; ou craignait toujours que du poids de ses fers il ne broyât la tête qu'il semblait caresser. Mais le lourd bâton do garde de service planait «os cesse sur lui, et prévenait tout dénooment tragique. Parfou des scélérats fameux s'apostrophaient et engageaient une conversationà tue-tête. L'assassin, le faussaire, le voleur de grands chemins, le suborneur atroce, se chargeaient tour à tour de peindre la société , sa justice et ses lois. La langue qu'on parlait lâ a son dictionnaire et sa grammaire, argot dégoûtant, plein de comparaisons fangeuses, où êunrcllfiil aussi d'effrayantes métaphores, des onomatopées terribte Au bagne tout était ignominie et lâcheté; le fanatisa*, la vanité, l'énergie, abandonnent bien vite l'homme dans les chaînes; la trahison mine tout : c'était le grand levier de gou ver oement de leur chef; â l'aide de quelques primes offertes a la délation, il se tenait au courant des pins souris complots. Le cercle des plaisirs et des douleurs du forçat était très-petit ; pour lui , la pudeur et l'honneur n'étaient plus une barrière ou un aiguillon ; les coups de bâton ne réveillaient pas son orgueil, il ne les mesurait qu'autant de la douleur physique. Mais toute son apathie disparaissait au flair d'une mauvaise action ; il allait quêtant sans cesse le conscrit ou le voyageur badaud , pour lui escamoter si montre et son argent ; il s'agissait de plumer Poison, et alors il déployait une adresse et une activité prodigieuses : cependant, il ne résistait pas â la menace des coups de corde qnind il était découvert : le vol, au bagne , n'était qu'un délit de discipline.
Survenait-il une grande catastrophe, l'âme du forçai, avide d'émotions forte», s'élevait et semblait se purifier . on n'oubliera pas que quand Sidney-Sinitli vint incendirr nos vaisseaux à Toulon, ce furent les forçats qui an vèrent l'arsenal. Pendant le choléra, au moment où la peut faisait oublier les devoirs les plus ch«rs, c'étaient eux qui j ramassaient et enterraient les cadavres ; ils jouaient avec ! la mort, et comme alors ils étaient l'objet de soins partial j lier», dans leur reconnaissance diabolique, ils criaient. i « Vive le choléra t » Lors de l'incendie du chantier du Rou*- : sillon à Toulon , ils se montrèrent pleins de tèle. Aucun ne chercha â fuir Les évasions de forçats étaient du reste as«a rares en général : il ne suffisait pas d'avoir franchi leoccinle de l'arsenal, il leur fallait de l'argent pour gagner un asile. A l'expiration de leur châtiment, l'autorité leur donnait lî if- ■ pour se procurer un vêtement ; le pécule qu'ils avaient amassé j dans leurs années de captivité leur était payé a domicile, j Mais le bagne était un tourbillon qui absorbait tout ce qui : avait mis une fois le pied dans sa sphère d'activité. Que i pouvait faire le forçat libéré ? Objet des craintes ou des déi goûts de tout le monde, Une pouvait que rarement trouver i du travail pour exister ; la société le forçait â ta guerre , et il i allait de nouveau, entraîné par une force invincible, penpl" : le bagne , qui ne lâchait que rarement sa proie pour long- ' temps. On voyait même quelquefois de* prisoniers des maij sons centrales commettre quelque crime dans le seul but ; d'aller au bagne.
! Le mariage du bagne n'était poiut indissoluble ; souvent ! deux existences antipathiques se trouvaient fixées â la même J chaîne; de là d'effroyables haines, des querelles, des lutte* ! sanglantes; le divorce alors était prononcé, et d'antre ; unions se cimentaient
Nulle femme n'entrait au bagne, nulle, excepté la reh- I gieuse hospitalière qui s'est dévouée à toutes les agonies de ; l'humanité; lâ il y avait des passions dont le nom seul tuerait la pudeur.
Quelques bagnes existent encore en partie ; mais ils ne I sont plus que l'ombre du tableau qui vient d'en être trace ! Les bras du forçat sont remplacés par des bras d'ouvriers libres. La nouvelle loi sur l'exécution des travaux f o r ce * ' transporte â la Guyane les condamné» qui venaient autrefois finir leurs jours dans les bagnes. Jusqu'à quel point les ga-
GALERIEN - G ALI AN I
du bagne? Nous ne aau- Théogène Page.
le nou ont-ils n<*< le dire.
GALERJlTS. Yoyei Galère.
GALET. Le mouvement des vagues, en poussant vers la cote de* fragments de roches arrachés au fond de la mer, le» arrondit en les frottant les uns contre les autres. De là résultent ces fragm nta roules, qui couvrent la plage sur les bords de la mer, et que l'on nomme galets. Ils s'accumula ut ea couches épaisses aux points le» plus élevés atteint* par les vagîtes L'élude des galets n'est pas sans intérêt te géologue. La situation de plusieurs amas de ces caillou* roulés bien au-dessus du niveau actuel de la mer indique le soulèvement qui a do s effectuer dans certaines contrées.
GALET, petit disque d'ivoire, de métal, etc., qui sert à plusieurs usages. En mécanique, on emploie des galets pour diminuer les frottements; alors ils sont montés sur un aie comme les rooes d'engrenage : dans cette application, les galets tooetionnent comme des roues de voitures. Par exempte, supposons qu'il s'agisse d'un des pivots de l'arbre d'urne grande roue : s'il tournait dans un coussinet, il éprouverait un certain frottement, qui sera singulièrement diminue si cet arbre pose sur deux galets mobiles sur leurs aie*, et avec lesquels U n'est en contact qu'en deux points seulement. Tryssèore.
G A LET AS. Cest, dans le langage dédaigneux des favoris de la fortune, l'humble réduit de l'indigence. A ce mot, on se représente une petite chambre penchée sous les toits , ouverte aux quatre vents , meublée de quelques chaises et d'un mauvais grabat , le tout en désordre , circonstance inhérente à la dénomination de galetas. Cest ce qui le relègue fort au dessous de la mansarde de la grisette, coquettement décorée par elle , et même au-dessous du grenier, que le ministre Corbière jugeait assez bon pour tes gens de lettres. Dans sa fable Je La Devineresse, La Fontaine nous apprend •me de son temps il fallait, pour inspirer la confiance, qu'un çolc ta* fût la demeure des geus qui se mêlaient de prophétiser l'avenir. Aujourd'hui plus d'une sorcière en vogue a pignon sur rue et loge au premier étage. Ourhy.
G ALI A AI (Fuisaudo, abbé), naquit le 2 décembre I7î% a Chieti, dans l'Abruzze citéricure. Dès l'âge de huit k.» il fut euvoyé à Naples, chez son oncle, domCélestin Ga- Uatù, qui était alors premier chapelain du roi. Il s'y livra à t'rtodt de la philosophie et des lettres, et surtout à celle du coouacree et de léconotliie politique. A seize ans, dans une académie des fi mules, il prit pour sujet de ses Ira- Tain l'état de la monnaie au temps de la guerre de Troie. II puisa dans cette dissertation, qui obtint un grand succès, l'idée première de son grand ouvrage sur les monnaies. A du-huit ans, U entreprit un travail snr l'ancienne histoire de la navigation de la Méditerranée. En 1749 il publia un petit volume, qui obtint un grand succès de scandale. C'était l'éloge funèbre du bourreau Domenico Jannacone, qu'il composa pour se venger d'une académie dont il croyait atotr à se plaindre. L'usage établi par ce corps illustre de te lierait voulait que lorsqu'il mourait a Naples quelque grand personnage, tous les académiciens publiassent à la louange du défunt un recueil de pièces en prose et en vers. Le bourreau de Naples élant mort, Galiani, aidé d'nn Je ses amis, composa sur la mort de ce fonctionnaire un recueil de pièces très- sérieuses, qu'il attribua à chacun des académiciens, er. imitant l'allure de leur style. Cette publication valut à l'auteur dix jours d'exercices spirituels, l'eu de temps après, il fit oublier cette escapade de jeunesse en publiant son Traité sur les Monnaies, auquel il travaillait depuis plusieurs années. Le grand succès de cet ouvrage engagea lévéque de Tarenlc à faire obtenir à Galiani quelques bénéfices, qui le poussèrent à prendre les ordres mineurs. Son oncle le fît ensuite voyager en Italie. Il fut accueilli partout avec honneur, et l'Académie de la Crusca le reçut parmi ses membres.
U a laissé en mourant huit gros volumes de lettres
de savants italiens, et quatorze de savants, de nùnislics et de souverains étrangers, qui réunis avec les siennes contiennent l'histoire politique cl littéraire de son temps. En 1764 il publia un ouvrage sous ce titre : Délia per/etla Conservazionedel Grano, discorso di Barlolomeo Intieri. Cet Intieri était un célèbre mécanicien, qui, désirant rendre publique, par la voie de l'impression, la machine de fétuve à blé, qu'il avait inventée vingt ans auparavant, s'était adressé à la plume élégante de notre abbé. Galiani fut le premier qui entreprit de former une collection de pierres et de matières volcaniques du Vésuve. Il écrivit sur les éruptions do cette montagne une dissertation savante, qu'il dédia au pape Benoit XIV. Le pontife y répondit par le canonicat d'Amalfi, qui valait 400 ducats de rente. Galiani possédait déjà un bénéfice de MO ducats, qui lui donnait la mitre, avec le titre de monseigneur, et un autre, moins tionoriiique , tuais qui lui rapportait COO ducats. Son Oraison funèbre de Benoit XIV accrut sa renommée. Il a lourni plusieurs mémoires au premier volume des Antiquités a"Uerculanum, qui parut en 1757 . Le roi de Naples, pour récompenser ses travaux, lui lit une pension de 2M> ducats. En janvier I7»n il fut nommé secrétaire d'Etat, en même temps que secrétaire de la maison du monarque, et quelque temps après secrétaire d'ambassade en France. 11 arriva à Paris au mois de juin suivant. L'originalité de sa conversation, la vivacité de ses gestes, de son esprit, l'extrême petitesse de sa taille et la mobilité de ses traits, obtinrent bientôt dans les salons de la capitale un véritable succès. Lié avec Grimra et Diderot, il devint un des habitués des salons de M»e* Geoff rin et d'Epinay cl du baron d'Holbach. Il s'exerça assidûment à écrire en français, et commença son Commentaire sur Horace. L'abbé Arnaud, avec qui il était intimement lié, en inséra plusieurs fragments dans sa gazette littéraire.
Après quelques voyages, il écrivit ea français des Dialogues sur le Commerce des Blés, publiés par Diderot, en l'absence de Galiani, sous la date de Londres, et sans nom d'auteur. Cet ouvrage lit une vue sensation. Voltaire disait que pour le composer Platon et Molière semblaient s'être réunis. Pendant que ce livre instruisait et amusait Paris, l'auteur était entré à Naples dans les fonctions de conseiller du commerce : il y joignit bientôt celle de secrétaire du même tribunal. Ces deux places lui valaient 1,000 ducats par an. En 1777 il devint l'un des ministres de U junte des domaines royaux, à laquelle était confié tout ce qui regardait le patrimoine privé du roi. Ces occupations ne nuisaient point à ses travaux littéraires. Il a laissé presqu'au complet un traité qui lui fut inspiré par son grand amour pour Horace. Le projet qu'il eut d'une académie dramatique le conduisit à vouloir composer lui-même, un opéra- comique si:r un sujet bizarre : c'était Le Socrate imaginaire, représenté par un homme ridicule et borné, fanatiquement épris de Socrate, et imitant biirlesquement les actions de ce philosophe. Le poète Lorcnù écrivit la pièce ; Paisiello en composa la musique, et cet opéra boulfon eut le plus grand succès en Italie, en Allemagne, cl jusqu'à Saint-Pétersbourg. L'abbé Galiani cultivait lui-même la musique avec une passion réelle : il chantait agréablement et s'accompagnait fort bien du clavecin. U avait un musée de monnaies antiques, de médailles rares, de pierres gravées, de camées, et ce musée était un des plus curieux de Naples.
Le 8 août 1770, une terrible éruption du Vésuve jeta l'effroi dans cette ville. Pour dissiper la terreur de ses concitoyens, Galiani écrivit en une seule nuit un pamphlet sur celte éruption . on rit, et on ne trembla plus. Dans la mémo année, il publia un ouvrage intitulé Del Dialetto napolctano. On y lut pour la première fois l'histoire de ce dialecte, que l'abbé Galiani suppose avoir été la langue priinive. En 1782 il publia un in- 4° sur les Devoirs dts princes neutres envers les princes belligérants, et de ceux-ci envers les neutres. La même année il fut nommé premier assesseur du conseil général des finances. Un mois après, le roi lui donna l'abbaye de Scureoli, qui valait, toutes