R8 GALERIE
On nomma également galerie un couloir ou corridor pra- I tiqué dans l'intérieur d'un vaisseau de guerre, à la hauteur I du faux-pont, c'est-à-dire a la flottaison. Elle sert aux cltar- j penliers pour la visite qu'ils font de la muraille du vaisseau, | et facilite, pendant le combat, les réparations que nécessitent les blessures faites à la coque du bâtiment par les bou- | lets ennemis.
G A L É R 1 EN. Avant la suppression des b a g n e s , quand un voyageur venait visiter nos grands arsenaux maritimes, I son oreille était d'abord frappée d'un bruit de chaînes len- j tement traînées sur le pavé ; ce bruit sinistre l'accompagnait | partout : sur les quais, sous les voûtes des édilices où s'exé-- 1 cutent les travaux du port; puis à chaque pas il rencon- i trait des hommes vêtus d'une manière étrange et accouplés deux à deux ; un lien de fer les unissait, rivé par chacune de ses extrémités à la cheville de leurs pieds : des souliers informes, un pantalon en laine jaune, une chemise rou^n bicarrée de Jaune et marquée de numéros divers, un sale, bonnet avec une plaque de plomb numérotée, tel était leur accoutrement; et l'étranger qui s'arrêtait devant le passage de ces bandes d'hommes enchaînés ne demandait pas même leur nom à son guide : il avait reconnu les galériens, hommes qui ne conduisaient plus de galères, mais qui en avaient gardé leur dénomination ; il avait lu leur condamnation, travaux forcés, dans les deux lettres TF, imprimées sur le dos de leur chemise. Un premier sentiment de pitié ou de douleur s'éveillait au fond de son âme quand il voyait le garde chargé de ramener au parc ces êtres humains accé- i lérer leur marche avec le bâton , et, semblable au chien du berger qui rôde en grognant autour du troupeau, rallier par d'elfroyable.s menaces ou par des coups le traînard qui s'écartait des rangs ; mais s'il fixait un instant son œil sur toutes ces figures hélées et bronzées, il frémissait involontairement sous leur regard oblique et fauve ; sa pitié s'effaçait et faisait place à la crainte ou au dégoût : c'est que tous portaient sur le front un stigmate de réprobation et de haine invétérée; c'est qu'il pressentait instinctivement que cette horde de brigands, au milieu même du châtiment qu'ils subissaient, ne cherchait dans la nature entière que de nouveaux moyens, de nouvelles occasions de crime.
Une fatale destinée présidait a la vie du galérien. Arrivé au |ioint de sa destination , on lui arrachait ses vêtements, dernier souvenir de la société qui le répudiait; il endossait l'uniforme dégradant du forçat; on lui jetait au hasard un com(iagnon qui devait partager sa clialne, son sommeil, ses travaux, sa nourriture, son repos, son existence de tous les instants; on le mariait... Épousailles étranges! une chaîne de fer, rivée sous le marteau de l'exécuteur, était la bandelette sacrée du mariage du forçat, un garde-chiourme était son dieu d'Iiyménée!... et alors s'ouvraient devant lui les grilles du bagne. C'était dans ce séjour maudit que venait se naturaliser le forçat. Si cette terre ne lui était point étrangère, ou, pour nous servir du langage consacré des habitants , s'il était vieux fagot , il se voyait à l'instant entouré, serré, embrassé, porté en triomphe par ses anciens compagnons; il racontait ses courses vagabondes, ses hauts faits, sa gloire et sa choie; il terminait par une nouvelle méthode do tromper Yargousin. Mais si le condamné apparaissait pour la première fois dans cet te enceinte de bannis, si son nom n'y avait pas encore été apporté par la renommée, s'il était bois vert, en un mot, ou jeune fagot , il subissait un interrogatoire, et on l'initiait à la morale du lieu, morale brûlante comme un fer rouge, et dont l'horrible langage trouvait le moyen d'éveiller un dernier rayon de pudeur au front même de i'homme qui a laissé toute honte sur la sellette des assises. Dans les enseignements qu'il recevait, tout remords s'effaçait; il prenait confiance en lui-même; la rêprokitioo universelle cessait de peser sur son âme; Il trouvait de* ami*, des Irères.
Le soir, quand le forçat était rentré, ilsoupait, causait et badinait, puis au coup itesiMet d'un adjudant des chiourtnes, il se taisait cl s'endormait. C'était au milieu de ses ébats du