CALIGULA — CALIXTE
héritier. Un jour, manquant d'argent, il trouva moyen de s’en procurer sur-le-champ, en faisant égorger dans la cour même de son palais plusieurs personnages de distinction, ce qui lui produisit six cent mille sesterces. Il entretenait lui-même des lieux de prostitution ; il y en avait jusque dans son palais, et il ne dédaignait pas d'entrer dans le détail de la recette. La corruption de son âme s'était montrée de bonne heure; car il portait encore la robe d'enfant qu’il fut surpris en inceste avec une de ses sœurs; il en débaucha tout autant qu'il en avait, et il vécut publiquement avec Pune d'elles, Drusille, qu'il aimait passionnément. 1l n'essayait même pas d’emprunter le voile du mystère pour couvrir ses infamies. Ses amours monstrueuses avec Lepidus et Nestor le partomime ne modérèrent point son goût pour les courtisanes, et surtout pour Pyzallide, qui donnait depuis longtemps dans Rome des leçons de lubricité, 11 épousa quatre femmes, dont la dernière, Césonie, quoique sans beauté, sut prendre un grand empire sur lui. On prétend qu'il eut l’idée d'anéantir les poëêmes d'Homère, et peu s’en fallut qu'il ne fit enlever de toutes les bibliothèques les œuvres de Virgile, suivant lui, versificateur sans génie et sans savoir, et de Tite-Live, historien verbeux et inexact. 11 voulait aussi faire brûler tous les livres de jurisprudence, pour que sa volonté fût la seule loi. Il avait un cheval nommé Zncitatus : il en fit son favori. Ce cheval avait une maison, des meubles, des serviteurs pour recevoir Splendidement ceux qui venaient le visiter ; et la foule en était grande! Son écurie était de marbre, sa mangeoire d'ivoire, ses couvertures de pourpre, son licou semé de pierreries. On lui présentait sa nourriture dans des vases d’or, et il buvait du vin dans des coupes de même métal ; l'empereur le faisait souvent manger à sa table, et lui servait lui-même de l'orge dorée ; il l'avait nommé membre du collége des prêtres de son temple, et projetait même, dit-on, de le faire consul.
Quatre ans erîtiers, les Romains, enfants dégénérés des Scipionetdes Brutus,supportèrent l’infamie d’un tel règne,que termina enfin, l’an 41 de J.-C., une conspiration tramée par deux tribuns des gardes prétoriennes, Cassius Chaæoræas et Cor: nelius Sabinus. Caligula n’attacha son nom à aucun grand monument ;il acheya cependant le temple d’Auguste et le théâtre de Pompée, commencés par Tibère. Ilentréprit aussi des consfructions considérables, mais il les laissa imparfaites ; il ne visait en ce genre, comme en tout, qu’au gigantesque ou plutôt à l'impossible. C’est ainsi qu’il avait conçu le projet de percer l’isthme de Corinthe. Caligula avait néoligé l'étude des lettres; mais il s’était adonné avec assez de succès à l’éloquence. Sa stature était élevée, ses jambes et son cou grêles, son front large ; il avait les yeux enfoncés, le teint pâle , l'air naturellement farouche, et s’étudiait encore à le rendre plus effrayant. Ce monstre avait vingt-neufans quand un bras vengeur en débarrassa la terre. W.-A. Duckerr.
CÂLIN, CALINERIE. Ces mots paraissent dériver du grec xaxhéw, j'implore, je supplie, à la manière de ces mendiants qu'on appelait jadis cagnards, bélitres (bettler des Allemands), se faisant passer pour plus misérables que d’autres, afin d’inspirer plus de pitié. Il y a divers genres de mendiants et de célins ou flatteurs. La richesse et la puissance sont par eux d'ordinaire assiégées, importunées. On céline aussi une maîtresse. En somme,
11 faut louer toujours trois sortes de personnes, Les dieux, sa maitresse et son roi,
On ménage le poëte satirique, l'écrivain puissant, l’orateur influent. De petites attentions, des diners, des honneurs, sont autant de célineries qui engluent la vanité des plus fortes têtes. Le grand Corneille faisait une célinerie au financier Montauron dans cette épitre dédicatoire qui a conservé à la postérité ce nom inconnu. Voltaire célina maintes fois les grands, et fut à son tour céliné par une foule d’auteurs contemporains, qui sollicitaient quelques rayons de «a gloire littéraire; plusieurs ont ensuite déchiré cette immense re-
nommée, tour à tour éclatante et obscurcie, suivant les alternatives de l'opinion.
La câlinerie est voisine du palelinage. On en accuse surtout les Italiens, les faux dévots, les individus souples, insidieux, qui savent se glisser dans l’intérieur des familles, séduire de jeunes personnes simples et sans défiance, intéresser les cœurs tendres, charmer l'orgueil , éblouir l’ignorance, duper des esprits faciles. Souvent on recommande de se méfier de la flatterie ; mais on ne se tient pas assez en garde contre les câlins. Les plus adroits affectent la sincérité, la franchise, surtont celle qui flatte, tandis qu'ils écarlent avec soin celle qui blesse : race plus dangereuse que celle des louangeurs. Le célin vous épargne une foule de gônes et d'embarras, dont vous lui savez gré; lui seul connaît vos goûts, vos secrets, vos défauts, qu’il épie. Alors, devenu maître de vos affections, il vous gouverne, le célin !
On dit aussi se céliner, se dorloter, s’entourer de pelits soins, d’agréments, dans la paresse, le lit, dans le confor-
- table de la vie suave. Les femmes, les petites-maitresses,
friandes de loisir et de plaisir, s’enfonçant dans une mollesse indolente et voluptueuse, aiment au suprême degré à étre cälinces, comme on câline un enfant chéri. J.-J. Viney. CALIPPE, célèbre astronome grec, qui florissait vers l'an 330 av. J.-C., était né à Cyzique. Disciple d'un ami d’Eudoxe, il suivit son maître à Athènes, où il se lia avec Aristote, qu’il aida à rectilier et à compléter les découvertes du célèbre astronome de Cnide. Il inventa la période de soixante-seize ans, à laquelle on donna le nom de période calippique. Déjà plusieurs tentatives avaient été faites pour trouver des périodes de temps qu’on put exprimer au moyen de chacune des trois unités naturelles de temps: l'année solaire, le mois lunaire et le jour solaire. Un siècle auparavant, Méton avait découvert que dix-neuf ans correspondaient à 235 mois ou 6,940 jours. D’après ce calcul l’année était de 365 jours ,. Calippe, ayant observé que la différence entre l’année de Méton et l’année plus exacte de 365 jours 4 était de (5 ;) ;,, proposa de quadrupler le cycle de Méton, et de retrancher un jour tous les soixante-seize ans. Ce nouveau cycle contient 940 mois et 27,759 jours, et fut généralement adopté par les astronomes. Ptolémée, qui en profita, cite une observation faite pendant le solstice d'été à la fin de la 50° année de la première période. D’autres indications du même auteur ont permis de fixer le commencement du cycle Callippique au 28 juin de lan 330 av. J.-C. On ignore quand il devint d'usage public; il servit d’abord non à remplacer, mais à rectifier celui de Méton. CALISTO. Voyez Caruisro.
CALIXTE. Trois papes etun antipapeont porté cenom. CALIXTE 1°’, dix-septième pape, était fils du Romain Domitius; il succéda, en 221, à saint Zéphyrin. Héliogabale gouvernait alors l'empire Romain; et les chrétiens jouirent d’une entière liberté sous ce règne infâme, tandis que les philosophes Antonin et Marc-Aurèle avaient exercé contre eux ce qu'on appelle la quatrième persécution. Alexandre Sévère, successeur d’Héliogabale , poussa plus loin la tolérance : il accorda à cette secte l'exercice publie de son cuite, et lui adjugea un terrain que lui disputaient les cabaretiers de la ville impériale, Damase et Platine assurent aue ce pape fonda sur ce terrain une église qu’il dédia à la vierge Marie; mais ces sortes de dédicaces n'étant point alors en usage, on est en droit de contredire cette fondation. Le père Pagi et Burnet lui contestent également le cimetière qui porte son nom. Les légendes assurent néanmoins que c’est à lui qu’est dû ce champ de repos, où furent enterrés, dit-on, 46 papes et 174,000 martyrs. Quant aux deux décrétales qu’on a mises sous son nom, elles ne sont pas plus authentiques ; maison ne peut lui contester un règlement fort sage qui protégeait les ecclésiastiques contre les accusations des gens décriés, mal famés ou ennemis des accusés. Ceux qui veulent à toute force faireun martyr de ce pape prétendent qu'il fut précipité dans
un puits, qu’on montreencore à Rome. Mais le critique Adrien Baillet, surnommé le dénicheur de saints, contredit cette assertion. Quoi qu’il en soit, sa mort est portée à l'an 226, après un pontificat de cinq ans et un mois.
CALIXTE II fut le cent soixante-huitième pape : il se nom- Mmait Guy , et était fils de Guillaume Tête-Hardie, comte de Bourgogne, sous le roi de France Philippe I‘. Guille, sa sœur, avait épousé Humbert II, comte de Maurienne, dont la fille, Adélaïde, fut mariée plus tard à Louis le Gros. Nommé par le crédit de sa famille à l’archevêché de Vienne, qui lui donnait en même temps le titre de chancelier du royaume de Bourgogne, il s’y distingua par son savoir, sa prudence et sa piété. Mais il est probable que son mérite seul ne l’eût pas élevé sur la chaire de saint Pierre, si ses grandes alliances n’en eussent suggéré l’idée dans un temps cù l'Église de Rome avait à lutter contre l’empereur Henri V. Le pape GélaselI1, chassé de sa capitale par ce monarque et par son antipape Bourdin, était venu se réfugier en France dans le monastère de Cluni, où la mort le surprit le 29 janvier 1119. Les six cardinaux qui l'avaient accompagné se hâtèrent de couronner l'archevêque de Vienne, qui , après une faible résistance , prit le nom de Calixte II et l'administration du saint-siége.
Il tint dans la même année un concile à Toulouse, où furent excommuniés les sectateurs de Pierre Bruys et de Henri, son disciple. Pendant ce temps ses envoyés négociaient avec l’empereur sur la question des investitures. Il voulut lui-même s'aboucher avec Henri V, qui persista à défendre l’autorité impériale contre les prétentions du saintsiége; et après des pourparlers inutiles, Calixte IT vint retrouver le concile de Reims, qu’ilavaitouvert quelques jours avant son voyage. Quinze archevêques, deux cents évêques, une foule d’abbés et d’autres dignitaires accoururent de tous les royaumes chrétiens pour assister à ce concile, dans l’espoir d'assurer la paix de l’Église. Louis le Gros y parut pour se plaindre de Henri, roi d'Angleterre , qui tenait en prison son frère Robert, duc de Normandie et réclamer la liberté de ce prince, L'archevêque de Rouen et les autres prélats normands embrassèrent la défense du roi Henri, et le roi de France, dont la démarche impolitique augmentait ainsi les priviléges du saint-siége , fut obligé d’en appeler à ses armes, qui ne furent pas plus heureuses que ses négociations. Hildegarde, comtesse de Poitiers, vint également au concile de Reims pour se plaindre de son mari, qui vivait en concubinage avec la femme du vicomte de Chatellerault. Calixte II lui envoya l'ordre de reprendre sa femme légitime, sous peine d’anathème. Des réglements contre la simonie, les investitures et l’usurpation des biens de l'Église par les laïques terminèrent enfin ce concile, dix jours après son ouverture.
Le pape se rendit alors à Gisors, entra en conférence avec Henri d'Angleterre, rétablit la paix entre le roi de France et lui; mais l'Anglais ne lui céda sur rien : il garda la Normandie, et Calixte II, gagné, dit-on, par ses présents , ou forcé plutôt par les affaires d'Allemagne de ménager ce monarque, n’employa que la voie des conseils pour le rendre plus traitable. Il revint en Bourgogne, confirma les réglements de l'ordre de Citeaux , reçut en grâce l'archevêque de Trèves, Brunon, qui soutenait l’empereur d'Allemagne, et accorda à l'archèvêché de Vienne, son premier siége, la primatie sur sept provinces.
Calixte II passa enfin les Alpes au printemps de 1120, pour aller prendre possession de sa capitale. L'Italie tout entière courut au-devant de lui. L'antipape Bourdin , effrayé, quitta Rome et se réfugia dans la forteresse de Sutri. Calixte entra dans la ville éternelle aux acclamations du peuple, et fut intronisé le 3 juin dans l'église de Saint-Jean de Latran. Il s’occupa des moyens de réduire son compétiteur, dont les partisans infestaient les routes du royaume de Naples. H implora l'assistance des chevaliers normands , reçut leur hommuze-lige comme suzerain de ce royaume, et renouvela en