‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 153 sur 556 · CALICE — CALIFORNIE · texte numérisé non relu

CALICE — CALIFORNIE

Les plaisanteries lancées contre les calicots amenèrent à Paris, en 1817, une sorte d’émeute au théâtre des Variétés à l'occasion d’un petit vaudeville intitulé Le Combat des Monlagnes. On était alors au lendemain de Waterloo ; les alliés occupaient la France. De toutes parts les protestations s’échappaient contre nos défaites. Mais le mépris du pékin restait encore au cœur du soldat. La pièce des Variétés devint la cause ou le prétexte d’une collision fâcheuse qui ensanglanta les jeux de la scène, et amena entre des concitoyens des rencontres où fut répandu un sang généreux qu’il eût « mieux valu garder en réserve pour la défense du pays. « Quoi qu’il en soit, le nom est resté et trouve encore aujour- | d’hui son application.

CALICULE.,. Voyez Cauice. |

CALICUT,, ville de la province de Malabar, dans la présidence anglo-indienne de Madras, située dans une basse contrée, sur les bords de la mer des Indes, compte environ 25,000 habitants, pour la plupart moplahs, ou descendants de musulmans fanatiques qui quittèrent l’Arabie dès le septième siècle pour venir s'établir en ce lieu, et qui se distinguent comme marchands et comme navigateurs, par l'esprit d’entreprise dont ils sont éminemment doués. Depuis que le tissage du coton, dont autrefois les produits trouvaient surtout un débouché abondant en Occident, est tombé à rien, l'exportation des noix de cocos, du bétel, du poivre, du gingembre, des cardamomes, de la cire, du bois de tek et de sandal, forme la principale industrie de la population.

Calicut est la première ville où Vasco de Gama aborda, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, le 18 mai 1498. Dans ce temps-là c'était la capitale riche et florissante d’un « prince puissant. Mais quand, en 1773, Hyder-Ali s’empara de cette ville, il en expulsa les marchands et facteurs, et ravagea les plantations environnantes. Son fils Tipou-Saïb transporta encore le restant deses habitants à Beypour. La ville a repris peu à peu de l'importance depuis 1792, époque où elle tomba au pouvoir des Anglais.

CALIDASA. Voyez KALipasas.

CALIFE, CALIFAT, Voyez KnALIFE, KHALIFAT.

CALIFORNIE, nom commun à deux contrées situées sur la côte occidentale de l'Amérique septentrionale, entre le cap San-Lucas, par 22° 52’ 28” de latitude nord, et le cap Oxford, par 44° de latitude nord, différant toutes deux par leur configuration extérieure, par leur caractère physique et par leurs rapports politiques : la Vieille ou Basse-Californie méridionale (California La Vieja), et la Nouvelle ou Haute- Californie septentrionale ( California la Nueva ).

La VieiLe où BAssEe-CALIFORNIE, l'un des États dont se compose la Confédération Mexicaine, forme une langue de terre longue de trois cent cinquante leguas, avec une largeur moyenne de dix à quarante Zeguas; il s'étend depuis le cap San-Lucas, qui constitue son extrémité méridionale, jusqu’à l'embouchure du Rio-Colorado, au nord, dans le golfe de Californie, par 32° 39’ de latitude septentrionale, point où elle se rattache à la Nouvelle-Californie continentale, tandis que ses côtes sont baignées à l’est par les eaux du golfe de Californie, où les îles abondent , et à l'ouest par celles du grand Ocean. On estime approximativement sa superficie à 1,800 myriamètres carrés. Les prolongements de la chaîne septentrionale de montagnes qui se rattache immédiatement à la Sierra-Nevada de la Nouvelle-Californie, au point de partage de l’isthme et du continent, constituent le noyau de la presqu’ile. Au sud les plateaux s’avancent roides et escarpés vers la mer, où ils forment de nombreux promon: toires el ce grand nombre de mouillages et de ports excellents qui distinguent la côte de Californie, Le point culminant en est le Cerro de la Giganta, qui atteint une élévation de 1,206 mètres, sur la côte orientale, par 26° de latitude nord; à peu de distance de la ville de Loreto. Plus au nord, mais toujours sur la même côte, là où la presqu'ile atteint sa plus grande largeur, on rencontre l'unique volcan existant dans

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ces contrées, le volcan de Las Virgines, dont la dernière éruption est de 1746. Cependant plusieurs autres montagnes présentent encore des indices certains d’origine et de caractère volcaniques. Les derniers rejetons de la chaîne, au sud, portent les noms de Sierras del Carmelo et del Enfado, et font saillie dans la mer sous la dénomination de cap San- Lucas. Les crètes escarpées, agglomérées les unes contre les autres, ne laissent pas de place pour la formation de vallées susceptibles d’être mises en culture, non plus que pour un développement fluvial de quelque importance. Les étroites plaines des côtes ne sont traversées que par de petits ruisseaux ; el c’est seulement dans la partie la plus large de la péninsule qu’existent des sources en assez grand nombre. En revanche, le climat y est excellent, aussi sain que tempéré ; et là où le sol est arrosé par le moindre ruisseau on voit se développer la plus riche vie végétale. Dans de tels endroits tout réussit , les différentes espèces de fruits d’Eu- Fope introduites par les missionnaires, la vigne, la canne à sucre, le coton, le maïs, le chanvre, le lin. Dans la partie septentrionale, à partir dela baie de San-Francisco (baiequ'il ne faut pas confondre avec celle du même nom dans la Nouvelle-Californie }, la Vieille-Californie présente généralement un aspect plus riant, et l’agriculture peut être pratiquée avec plus de succès, attendu que les masses de vapeurs qui se concentrent sur les côtes s’y résolvent en une fécondante humidité : toutefois, il n’y croît guère spontanément qu’un petit nombre d'espèces de cactus, dont quelques-unes produisent des fruits comestibles et servent de nourriture habituelle aux peuplades indiennes. On n’y rencontre d’arbres que sur très-peu de points ; aussi le manque de bois s’y fait-il vivement sentir. Parmi les animaux particuliers au pays, il faut mentionner en première ligne le mouton sauvage des montagnes, dont on utilise beaucoup la viande et la laine; les animaux domestiques de l’Europe y réussissent d’ailleurs parfaitement. Citons encore la richesse remarquable des côtes en poissons , en baleines (aussi existe-t-il deux Canales de las Ballenas ), en thons, etc., et encore les nombreuses tortues de la baie de Sainte-Madelaine. La belle coquille appelée Aaliolis est un article decommerce assez important ; et jadis les huîtres à perles, dont la pêche se faisait par des pêcheurs indiens, mais est aujourd’hui à peu près abandonnée, en formaient un autre, bien plus considérable encore. Le règne minéral constitue vraisemblablement la principale richesse du pays; mais il n’a encore été observé que d’une manière très-insuffisante. On peut présumer que sous ce rapport le sol de la presque île correspond à celui du continent mexicain situé en face, et duquel il a dû être séparé par une irruption de la mer à la suite de quelque révolution terrestre. Les mines argentifères de Moleje et de Réal-San-Antonio nesont que très-imparfaitement exploitées. Il en est de même des lavages d’or, qui pourraient être bien plus productifs. D'ailleurs, on y trouve beaucoup de sel et de sources salées. II serait assez difficile de préciser le chiffre de la population de cette contrée. En 1841 on l’évaluait à 18,200 âmes. On ignore si depuis lors ce nombre s’est augmenté; mais il est à présumer que les masses d’Indiens, appartenant généralement à la tribu du Waikours, qu'attiraient d'habitude les stations des différentes missions envoyées dans le pays par les R. P. franciscains et jésuites, ont dû depuis se diriger de préférence vers le nord, Les principales localités de la Vieille-Californie sont : Loreto, sur la côte orientale , jadis le florissant chef-lieu du district, fondé par un missionnaire allemand, mais aujourd’hui presque complétement abandonné, dans une contrée assez fertile, avec un bon port , La Paz, à l'extrémité méridionale, sur un isthme, grand centre de la pêche des perles ; et au sud de cette dernière, Réal-Antonio, capitale actuelle, avec 800 habitants. Par NOUVELLE ou HAUTE-CALIFORNIE, Ou simplement Californie, o1 entend le pays de côtes situé au nord de l’an-

cienne Californie, appartenant depuis 1848 à l’Union américaine, et dont la superficie est officiellement évaluée à 48,927 myriamètres carrés. Les montagnes Neigeuses en forment à l’est les frontières ; au nord, le fleuve Columbia pourrait lui servir de limites naturelles, par 46° 20'de latitude septentrionale , tandis que ses limites politiques sont fixées par une ligne à prolonger dans l’intérieur des terres depuis le cap Oxford, par 44° de latitude septentrionale. Au sud, elle est bornée par le Rio-Colorado et la Vieille-Californie, à l’ouest par la mer. Le point culminant de la chaîne de montagnes qui traverse ce pays est le mont Hood, dans les montagnes Neigeuses, haut de 5,160 mètres. Les montagnes de la côte atteignent en moyenne une élévation de 1,000 à 1,300 mètres ; le Monte di Diablo, voisin de la baie San-Francisco, a 1220 mètres, et au cap Mendocino ( par 40° 29’ de latitude nord ), formant l’extrémité ouest de la Nouvelle- Californie, l'élévation des plateaux va même jusqu’à 3,000 mètres. La large et belle vallée qui se développe entre les

plateaux de l’intérieur et ceux de la côte se prête à un riche

développement de cours d’eau que la nature a refusé à la Californie méridionale, Le Rio San-Sacramento (appelé autrefois Jésus-Maria) arrive du nord, où il sert de déversoir à plusieurs lacs de la montagne d'Hiver, avec une profondeur telle que les plus gros navires peuvent en remonter le cours jusqu’à une distance de 30 myriamètres. Son embouchure, comme celle du San-Joaquim, est située dans la baie de San-Francisco. Ce dernier prend sa source au sud, dans la Sierra-Nevada et traverse les deux grands lacs de Tulares. Le plus considérable, après ces deux fleuves, est le Rio de San-Felipe, dont l'embouchure est située dans la baie de Monterey. Nous passons sous silenceun grand nombre de cours d’eau de moindre importance. Cette contrée a été douée par la nature du plus excellent climat. D’après des observations trèsexactes faites à San-Francisco et au fort Ross, la température de toute l’année sur ces poiuts extrêmes varie, au sud entre 10° et 20° Réaumur, au nord entre 7 et 11° :. Les chaleurs de l'été y sont singulièrement adoucies par l'air de Ja mer et par d’épais brouillards; aussi les étrangers n’ont-ils pas à redouter les inconvénients résultant d’un changement de température, et qui leur sont en général si nuisibles. C'est à ces heureuses conditions qu’il faut attribuer la vigueur et la richesse de végétation qui y frappent partout les regards, et qui pour le voyageur arrivant de la Californie méridionale semblent tenir du prodige. Les plateaux sont couverts des plus magnifiques forêts de chênes (une espèce particulière produit un fruit blanc dont les indigènes se servent en guise de pain), de cèdres rouges, de platanes, de cyprès et de diverses sortes d’agaves. Les stations fondées par les missions trouvèrent ici un sol extrémement favorable à l’agriculture, et se prêtant admirablement à la culture des diverses céréales d'Europe, qui y donnent des produits presque fabuleux. La vigne aussi y a été introduite avec le plus grand succès , et en dépit d’une culture encore imparfaite, elle y donne déjà un vin agréable à boire. Le palmier, le dattier, l'olivier, le cotonnier, etc., n’y réussissent pas moins bien. De vastes et gras pâturages y favorisent l'élève du bétail, immédiatement pratiqué avec succès par les missionnaires , qui introduisirent dans la contrée tous les animaux domestiques de l’Europe. Les bêtes à cornes et les chevaux y sont aujourd’hui presque à l’état sauvage, et pour s’en procurer il faut leur faire la chasse. Les forèts sont peuplées de gibier de toutes espèces, ours, cerfs, chevreuils, daims, lièvres. On prend des renards en quantité, et il n’y a pas bien longtemps encore leurs peaux constituaient un des plus notables articles d'exportation. 11 en est de même des marmottes, si nombreuses sur les côtes, et que des bâtiments russes venaient souvent y chercher autrefois.

Mais la principale richesse de la Nouvelle-Californie, celle qui l'a rendue si fameuse dans ces derniers temps, c’est l'or, dont Francis Drake y signalait la présence dès 1536. Il ÿ

a lieu de croire que les premiers missionnaires et le gouvernement espagnol avaient eu connaissance de l'existence de ces trésors, oubliés depuis, parce que divers motifs portèrent le cabinet de Madrid à les tenir secrets ou du moins à ne point les exploiter tout de suite. A. Erman, professeur à Berlin, qui visita la Californie en 1829, fut cenduit par l’analogie qu’il remarqua entre les terrains de ce pays et les rochers aurifères de l’Oural à supposer que ce sol recélait dans ses profondeurs d’immenses richesses ; cependant c’est au hasard seul qu’il fut donné de les en faire jaillir.

Au mois de février 1848, le capitaine Sutter, dont il a fant de fois été question depuis, et qui, originaire du grand duché de Bade, s'était établi en Californie à la suite d’une foule d'aventures plus merveilleuses les unes que les autres, voulut, avec l’aide d’un mécanicien anglo-américain appelé Marshall, agrandir le cours d’eau qui faisait mouvoir son moulin-scierie, construit sur un affluent du Sacramento. Pour s’épargner la peine de creuser la terre, on la fit battre et entraîner par la chute d’eau amenée sur un point donné; et cette espèce de lavage naturel mit tout à coup en lumière de brillantes parcelles d’or. Dans l’espace de quelques jours on en eut recueilli ainsi pour une valeur de 225 dollars. Il fut impossible à ceux qui avaient eu le bonheur de faire une telle découverte de la tenir secrète; et peu de temps après plusieurs milliers d'individus étaient déjà venus prendre leur part de cette importante trouvaille. Ce n’était pas seulement des contrées voisines qu'accouraient tous ces aventuriers chercheurs d’or, mais des parties du globe les plus éloignées. Malgré tout ce qu’on a écrit sur ce sujet , il serait difficile de déterminer avec quelque exactitude l’étendu® des gisements aurifères de la Nouvelle-Californie ainsi que l'importance des trésors qu’on en a déjà extraits. Dès le mois de septembre 1848, il avait été apporté à San-Fancisco pour plus de 600,000 dollars de poudre d’or, et la plus grande partie en avait été exportée. Le butin des chercheurs d’or variait beaucoup. Il y en avait qui dans une seule journée recueillaient jusqu’à 42 onces de poudre d’or; et on en citait un qui en trois jours , et seulement avee l’aide de quelques ouvriers, en avait recueilli 2,000. Le nombre de ceux qui voulaïent s’enrichir tout de suite en se livrant à ce travail s’accrut de jour en jour, et au bout de quelques mois on l'évaluait déjà à 12,000 au moins. En 1869 on estimait le produit total des mines d'or de la Californie pendant les vingtdeux années écoulées depuis leur découverte à la somme de 4,550,000,000 fr. Ce fut d’abord dans les affluents orientaux du Sacramento qu’on se livra à la recherche de l'or; on le rencontra à l’état de pépites et au moyen de fouilles sèches, ou bien on l’obtenait en paillettes par le lavage des sables et de la vase des rivières. Mais on trouva l'or beaucoup plus loin; sur les plateaux élevés de la Sierra Nevada l'épaisseur du dépôt aurifère varie depuis 10 à 12 mètres jusqu’à 35, 60 et même 70 mètres. Vers le nord ces gisements ont une puissance dont on ne saurait prévoir la fin, et vont rejoindre ceux qu’on exploite dans l’Orégon; vers le sud ils sont très-circonscrits, d’un travail pénible et exigent l'emploi de forces plus grandes. Aux instruments primitifs qui avaient suffi à extraire l'or des cours d’eau ont succédé des appareils perfectionnés, le s/uice entre autres, pour le fonctionnement duquel il fallut construire des canaux particuliers. Dès 1858 on en comptait dans le bassin de la rivière Américaine 78, ayant coûté 17 millions de fr, Le travail des fouilles sèches se modifia également : des associations et des compagnies remplacèrent partout le mineur isolé. La découverte d’abondantes mines d’argent dans le Nevada ranima la fièvre des premiers jours (1859) : plus de dix mille personnes y accoururent; une colline de quartz (Gold-Hill) produisit 4 à 500 fr. d’or par homme et par jour. En 1860 une nouvelle région argentifere fut explorée avec succès et reçut le nom d'Æsmeralda. Enfin la production du mercure atteignait, en 1861,

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1,400,000 kilogr., notamment dans la mine de New-Almaden, qui est sans rivale dans le monde; en effet le minerai y est si abondant qu’il fournit par an prés d’un million de kilogrammes de mercure.

Maintenant , si l’on réfléchit que cette terre si merveilleusement douée par la nature, qui en comparaison semble avoir traité la Californie du sud en marâtre, est rendue accessible au commerce par les plus beaux ports qu’on puisse imaginer, par exemple ceux de San-Pedro, de Santa-Barbara, de Monterey, et surtout celui de San-Francisco, on ne peut que lui prédire les plus brillantes destinées. Depuis longtemps déjà sa population s'accroît d'année en année. En 1790, on comptait dans la mission 7,748 habitants; en 1801 ce chiffre était de 13,668 individus. Au commencement de l’année 1840 on évaluait à 15,000 le nombre des Indiens qui formaient diverses tribus, telles que les Quirotes, les Eslen, les Roumsen, les Matalenes , etc., mais réunies par des dialectes de même famille ; et le nombre des blancs à 5,000, Voici dans quelle proportion la population californienne, favorisée par une émigration nombreuse, s'est accrue : en 1850, 100,000 habitants; en 1852, 264,435; en 1856, 302,037; en 1860, 379,994; en 1870 560,247. Sur ce dernier chiffre plus de 200,000 individus étaient d’origine étrangère; on y comptait entre autres plus de 40,000 Chinois.

L'agriculture y a fait de grands progrès : on y cultive le blé, l'orge, l’avoine, la pomme de terre, le tabac, le coton, le riz; c’est par millions de pieds qu’on a planté 1. vigne sur divers points de l’État et jusque dans les placers ; les arbres fruitiers y sont d’un plein rapport. Enfin le recensement du bétail donnait, en 1858, 180,000 chevaux, 890,000 bêtes à cornes, 432,000 moutons, 156,000 pores, et ces chiffres ont dû être au moins doublés depuis. L'industrie cst aussi dans une voie d’activité croissante : outre de vastes ateliers de construction maritime, la Californie possède de nombreux moulins, des usines à vapeur, des scieries, des fonderies de fer, des tanneries, des fabriques de savon, d'huile, de chaux, ete. Les exportations de marchandises, non compris l'or, dépassaient, en 1865, 40 millions de francs, et se composaient principalement de céréales, cuirs, bois et mercure. Cet Élat possède une nombreuse flotte de bateaux à vapeur et à voiles, évaluée pour les premiers à 80 et à 450 pour les seconds. Enfin, plusieurs chemins de fer ont été ouverts (occupant une longueur de 4,000 kilom.), entre autres celui du Pacifique qui, depuis le 197 mai 1869, met en communication Sacramento et San-Francisco avec Chicago et New-York en traversant le continent américain dans sa plus grande largeur.

L'État de Californie, constitué en 1850, est divisé en 36 comtés; il a pour chef-lieu San-Francisco, et pour villes principales Sacramento, Marysville, Stockton, Placerville, San-José, Vallejo, Sonora, Monterey, Virginia, New-Almaden, San-Antonio, Bannock, Gold-Hill, ete Presque toutes ces villes ont dû leur naissance et leur de veloppement rapide à la découverte de mines ou de 4. rières sur leur territoire

Les Mormons ont fondé fort avant dans l'intérieur, sur les rives du grand lac Salé, leur établissement de De seret, sur la grande route conduisant par terre des États- Unis à San-Francisco.

Jusque dans ces derniers temps l'histoire des deux Californies s’était confondue avec celle de la Nouvelle-Espagne. Une des expéditions organisées par Cortez atteignit en 1533

la Basse-Californie, dont Fernando Ulloa visita six années «

plus tard les côtes orientales et occidentales. En 1542 Cabrillo découvrit le port de Monterey ; en 1602 possession fut formellement prise de cette contrée par l'Espagne; ce nê fut qu’en 1642 qu'on essaya de la coloniser. Les jésuites dis rigèrent la mission el la colonisation jusqu'a leur expulsion,

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en 1767, époque où ils furent remplacés par les PP. franciscains. En 1768 la Nouvelle-Californie fut occupée par une expédition envoyée de Mexico et colonisée par l'établissement de nombreuses stations de missions, lesquelles parvinrent à un remarquable état de prospérité. On y trouvait en outre des points militaires fortiliés (presidios ), qui étaient en même temps les chefs-lieux de quelques districts, dont trois dans la Basse-Californie, et quatre dans la Haute-Californie. C’est sous leur protection immédiate quedes Espagnols s'établirent en constituant des pueblos. Les agitations révo- Jutionnaires du Mexique eurent les conséquences les plus rapides dans les deux territoires, qui eurent également à traverser les mêmes phases politiques. Formant depuis 1823 une province de la république mexicaine, les Califurnies reçurent un gouverneur dont la plupart des missionnaires refusèrent de reconnaitre l’autorité. Ceux-ci ayant fini par abandonner le pays, la civilisation, qui venait à peine d’y naître, disparut bien vite ; et le gouvernement mexicain se vit obligé d’en revenir au système des missions. Mais à peu de temps de à le parti démocratique supprima complétement les missionnaires par un décret en date du 17 août 1833, et projeta l'organisation d'une grande immigration en Californie. Un petit nombre d’émigrés s’y furent à peine établis, que lors de l’arrivée de Santa-Anna au pouvoir suprême, lequel voulait maintenir les missions dans leur ancien état, les colons mexicains en furent de nouveau formellement expulsés. Cet événement fut l’origine de l’hostilité qui exista constamment depuis entre la Californie et le gouvernement mexicain, Le parti opposé au pouvoir dans ce pays, tombé d’ailleurs dans une compléte anarchie, fit cause commune avec les colons venus de l'Amérique du nord, et osa en 1836 tenter une insurrection, qui eut pour résultat, sans aucune effusion de sang, le renversement du gouvernement et une déclaration d'indépendance. Le chef de l'insurrection, l’ex-inspecteur des douanes 4/varado, fut également confirmé dans les fonctions de gouverneur par l'impuissant gouvernement du Mexique. Mais cet homme se rendit bientôt odieux par son despotisme, et, redoutant de la part du grand nombre des nouveaux colons venus des États-Unis une nouvelle révolution, il se vit forcé d’'inplorer lappui du gouvernement mexicain, En 1842 Santa-Anna y envoya, en qualité de gouverneur, le général Michel-Torena, qui en peu de temps devint aussi odieux à la population qu'avait pu l’être son prédécesseur. Au printemps de 1846 toute la Haute-Californie se révolta contre lui, lexpulsa et élut don Jose Castro, Californien de naissance, comme commandant général. À l’époque de la guerre qui éclata vers la même époque entre le Mexique ct les États- Unis, ceux-ci avaient déjà convoité la possession de la Nouvelle-Californie, qu'ils considéraient comme un point de communication désormais indispensable à leur commerce avec le Grand-Océan. Après quelques luttes dont ce pays même fut le théâtre, et qui eurent lieu entre le parti californien, disposé à s’allier avec l'Angleterre, et le parti américain, composé en grande partie d’émigrés américains, ceux-ci, ayant à leur tête le capitaine Suéter, et secondés par une flotte com-

mandée d’abord par Sloat, puis par Stockton, remportèrent | les 8 et 9 janvier une victoire décisive à Los Angelos; et la | Nouvelle-Californie, par un traité conclu le 2 février 1848, | passa sous les lois de l’Union américaine du nord, tandis quela !

Vieïlle-Californie continua à faire partie de la confédération

Washington envoya à San-Francisco le général Smith en qua-

lité de gouverneur militaire; mais la population, qui s'était |

ture de l'Assembly eut lieu le 17 du même mois. Le 7 sep! témbre 1850 la Californie fut solennellement admise dans l’Union américaine du nord comme État distinct et indépendant.

La constitution de la Californie est l’une des plus libérales parmi celles qui régissent les diverses fédérations américaines. L’esclavage y est prohibé. Le pouvoir exécutif est séparé du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire. La législature est composée d’un sénat, dont les membres (au nombre de 16, au commencement de 1851) sont élus tous les trois ans, et d’une assembly, dont les représentants sont élus pour un an le 1*" novembre de chaque année. Un gouverneur, dont les fonctions durent deux ans, est placé à la tête du pouvoir exécutif. Après lui vient un sous-gouverneur, chargé en même temps de présider le sénat. La puissance judiciaire est exercée par une cour suprême à laquelle ressortissent un certain nombre de tribunaux de cercles et de comtés, et les juges de paix forment une juridiction inférieure. Que

Si pendant trop longtemps dans les villes, notamment à San-

Francisco, par suite des éléments si mélés de la population, l'immoralité la plus profonde, la licence la plus effroyable, l’iyrognerie, le jeu, la débauche, la fraude et la force brutale ont été à l’ordre du jour; si la sécurité des personnes et des propriétés n’a pu le plus souvent avoir d’autre sanction que la mise en pratique dela terrible loi de Lynch, l'esprit de légalité et d'ordre semble aujourd’hui s'établir peu à peu dans le nouvel État. Aussi bien la Californie a encore une grande mission humanitaire à remplir, et qui ne consiste pas à assurer la prédominance de la race blanche (gente de razon) par des massacres d’Indiens comme ceux qui furent commis au mois de septembre 1849, ou à acquérir avec l’or qui y coule à flots tout ce qu’un pays serait susceptible de se donner par son industrie nationale, pour mourir ensuite à l’état de capitaliste appauvri comme la race hispano-américaine ; non : elle est appelée a de plus nobles destinées. Des divers États dont se compose l'Union américaine, la Californie est celui qui forme à l’ouest l’extrêine frontière de cette admirable confidération, dont le territoire réunit les éléments les plus puissants de la vie sociale moderne; elle est le dernier point où devra enfin s'arrêter cet immense mouvement d’émigration qui entraine toujours plus à l’ouest les populations de l’ancien monde. Des ports aussi sûrs que spacieux, situés sur la côte faisant face à l'Asie, semblent indiquer cette partie du monde à Pactivité commerciale et industrielle de l’homme ; et ce n’est pas sans motifs que la Nature, en séparant presque

| ironiquement ces deux grandes mers par l’étroit isthme de

considérablement accrue depuis la découverte des mines d’or, !

refusa de reconnaître au gouvernement central le droit de Simmiscer dans le rétablissement de l’ordre ou dans la rédacon d’une constitution. Cette dernière fut acceptée par le

| peuple en 1849, d'après un projet arrêté par un convent réuni

en août à Monterey. Dans les premiers jours de décembre 1849, Peter Burnet fut éiu en qualité de gouverneur, et l’ouver-

Panama, a rendu si dificile et si longue la navigation ayant pour but d'atteindre les rives orientales du continent américain. C’est de la Californie que commencera l’altaque de l'Asie par les idées européennes, dont la Chine sera la première conquête; c'est de là que nos neveux verront infailliblement résulter une rotation nouvelle dans la culture humaine. La Californie, la Nouvelle-Californie surtout ont été dans ces derniers temps l’objet d’une foule d’écrits. Les plus importants à consulter sont : Burriel, Noficia de la California (3 vol., Madrid, 1757 ; traduit en français, Paris, 1766); Forbes, History of Upper-and Lower-California (Londres, 1832); Fremont, Narrative of the exploring Expedition to the Rocky-Mountains in the year 1849, and the

: Oregon and California in the years 1843-1844 (Londres, mexicaine. Au commencement de 1849, le gouvernement de |

1846); Duflot de Mofras, Ezxploralion de l’Orégon, des Californies, etc. (2 vol., Paris, 1844); Anatole Chatelain, délégué du ministère de l’intérieur, de l'agriculture et du commerce dans les deux Amériques, Rapport au Gouvernement Français sur la Californie (mai 1852); Hoppe, Le Présent et l'Avenir de la Californie (en allemand, Berlin, 1849); Hartmann, Description géographique et statistique de la Californie (en allemand, Weimar, 1849 ); Gerstæcker, Le District d'Or et d'Argent de la Californie (en allemand, 3° édit., Leipzig, 1849); Brooks, Fourmonths among lhe

goldfinders in Alta California (Londres, 1849); Johnson, Sigths in the Gold Region (New-York, 1849); Revere, A Tour of Duty in California (New-York, 1849); Taylor, El-Dorado (Londres, 1850); Fleischmann, Derniers Rapports officiels adressés au Gouvernement des États-Unis sur le présent et l'avenir de la Californie (en allemand; Stuttgard, 1850).

[Avant l’année 1848, ce pays, qui a éveillé depuis et éveille encore tant d’échos, était ignoré du plus grand nombre. Sous le nom de Haute ou Nouvelle-Californie, il figurait à peine, sans limites déterminées, sur quelques cartes consciencienses de la côte occidentale de l'Amérique du nord, au milieu des dénominations barbares de diverses tribus indiennes, sillonné de rivières aux sources inconnues, ou passait inaperçu dans les recueils géographiques comme une annexe lointaine et délaissée de la confédération mexicaine. Les navires qui doublaient le cap Horn pour faire le commerce d’escale sur l'Océan Pacifique, ne remontaient presque jamais jusqu’à ce littoral; et si quelque baleinier, entrainé par l’ardeur de la poursuite, se trouvait dans ces parages, il poussait au large, et s’écartait d’une côte qui lui semblait inféconde et inhospitalière.

Trois siècles auparavant, un intrépide voyageur, en frappant du pied le sol de ce pays, s’était bien écrié : « Ce n’est pas de la terre, c’est de l'or! » Mais nul ne s'était ému à ces paroles. Et quand, vers le milieu du dix-septième siècle, l'éclat dont resplendissait alors cette puissance dans les États de laquelle le soleil ne se couchait pas encore vint à se réfléter sur la Californie, grâce aux efforts courageux et civilisateurs des Pères de la Mission, ce ne fut que pour un moment, et la contrée, un instant illuminée, retomba plus que jamais dans le silence et l'obscurité.

Tout à coup, un cri retentit d’un bout de l'Univers à l’autre, le même qui avait été poussé trois cents ans auparavant par Francis Drake; mais cette fois le monde entier y répondit. C'était au moment où une révolution subite venait de faire tressaillir comme sous un choc galvanique la vieille Europe et menaçait tous les intérêts publics ou particuliers, le plus souvent engagés follement dans les spéculations les plus téméraires : l'inquiétude était dans tous les esprits ; si ce n'étaient les fortunes, du moins les fréles échafaudages dont s’étayaient une foule d’espérances ardemment conçues s’écroulaient, et chacun tremblait pour son lendemain.

Aussi la nouvelle fut-elle accueillie avec enthousiasme et répétée par des millions de voix; les deux mondes s’en émurent; des récits merveilleux, fabuleux, circulèrent de l’extrême Orient à l'Occident avec la rapidité du fluide électrique, et de tous les points du globe des légions d’émigrants, franchissant les mers et les continents, se dirigèrent en hâte vers l’El-Dorado, où la réalité dépassait cette fois les rêves les plus ambitieux. En même temps, de tous les havres, de tous les ports qui s'ouvrent sur les deux océans, des bâtiments chargés de vivres et de marchandises cinglèrent vers ces rives fortunées. Ce fut un rendez-vous général des peuples les plus divers : les pavillons de toutes couleurs flottèrent dans la baie de San-Francisco, et pour la première fois depuis bien des siècles les enfants de Noë, rassemblés sur les bords du Sacramento, y ramenaient la confusion des langues.

De cette agglomération soudaine d'hommes et de marchandises sur un même point, dans un pays où tout, agriculture, navigation, transports, avait été abandonné pour le travail de la mine, il résulta ce qui ne pouvait manquer d'arriver : les émigrants un instant faillirent périr de faim à coté de leur or, et beaucoup succombèrent au travail sans repos, à la nourriture insuffisante et malsaine. Beaucoup aussi, dans les fluctuations de commerce les plus fréquentes et les plus inattendues, perdirent plus facilement encore leur fortune qu’ils ne l'avaient rencontrée.

Alors au concert d’allégresse et de fol enthousiasme des

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premiers temps succédèrent bientôt les imprécations du découragement. Un instant la Californie avait été aux yeux de la foule le jardin des Hespérides, la Colchide aux toisons d’or; le momént d’après elle n’était plas qu’un déplorable théâtre de tous les crimes et de toutes les calamités, Aussi bien le métal précieux dont la révélation dans cette contrée lointaine avait produit l'effet du mirage et entraîné tant de caravanes de voyageurs altérés semblait, comme à plaisir, surgir alors de tous les points du globe. Les convicts de Sydney, qui des premiers étaient accourus demander à la Californie des trésors faciles et la liberté, n’avaient plus désormais besoin de briser leurs chaînes : la mine d’or était venue jusqu’à eux. La Nouvelle-Hollande, elle aussi, avait ses placers. Et, comme pour faire écho, le cap Breton, les rives du Napo, Démérara, la côte occidentale de la Nouvelle Grenade, Upata da Vénézuéla, l’île de la Princesse Charlotte, retentissaient à l'envi du cri joyeux des découvreurs : de l'or, de l'or! tandis que dans l’isthme de Panama les travailleurs du chemin de fer abandonnaiïent la voie ferrée qui va relier les deux mondes, pour fouiller à deux pas de là des sables aurifères et y prendre eux-mêmes leur salaire.

Cependant, bien que la foule désenchantée eût perdu de son engouement pour un pays d’ab)rd l’objet de ses plus vives préoccupations, il devait être évident pour tout observateur intelligent que la Californie résisterait victorieusement à

cette concurrence de merveilles. Son climat, sa fertilité, sa

position géographique, l’esprit d'entreprise et d’industre du peuple entre les mains duquel la Providence l’avait récemment fait tomber, devaient en être les garants. Les faits sont venus justifier cette prévision, et déjà le présent prépare à la Californie le plus magnifique avenir.

Un rapide exposé des richesses de tous genres, minières , agricoles, forestières, maritimes, commerciales, dont la nature l’a dotée, ainsi que quelques mots sur sa situation polilique et sur l’histoire de la découverte de l'or, en fourniront la preuve.

Depuis que la Haute-Californie, comme le Mexique, dont elle était la dépendance, avait, au commencement de ce siècle, secoué le joug de la métropole hispanique, elle était devenue le théâtre de guerres civiles sans fin et de révoltes continuelles contre la Capitale de la nouvelle confédération. Les exactions ou l'incapacité des gouverneurs mexicains, aussitôt rappelés qu’envoyés par le pouvoir fédéral, avaient mis le pays à deux doigts de sa perte; l’œuvre bienfailrice des Pères de la Mission avait été anéantie et leurs biens dilapidés. Les écumeurs de terre, embrigadant les Indiens, un instant amenés à la civilisation par les révérends Pères et depuis retournés à la vie sauvage, désolaient le pays et jetaient audacieusement le /azo sur les voyageurs. L’Angleterre et les Etats-Unis jetèrent en même temps les yeux sur cette contrée, devenueun embarras pour le Mexique. L’Angleterre en demanda la cession, proposant à la confédération obérée de la lui payer comptant; mais les États-Unis avaient pris les devants : leurs infatigables pionniers du Grand-Ouest franchissaient depuis longtemps les crêtes neigeuses des montagnes Rocheuses et de la Sierra-Nevada, frontière de la Californie. En 1846 ces éclaireurs, jusque alors disséminés dans le pays, se réunirent, le parcoururent rapidement sous la conduite de l'intrépide colonel Frémont, repoussèrent les troupes mexico-californiennes et firent flotter partout le drapeau de l'Union. Bientôt le traité de Guadalupe-Hidalgo vint confirmer cette prise de possession ; et la contrée qui a produit et doit produire encore tant de millions devint régulièrement le patrimoine des États-Unis, moyennant une somme de 75 millions de francs : juste ke prix d'achat de la Louisiane!

La population manquait toutefois à ce vaste territoire, qui du port de San-Diego, sa limite méridionale, jusqu’à Rocky- Point, frontière de l'Orégon, s'étend sur près de trois cents

lieues de côtes. Vingt mille hommes à peine, Californiens et étrangers, la plupart Anglo-Américains, nous ne parlons pas des Indiens, étaient disséminés çà et là dans les vallées du littoral ; lorsque, vers la branche sud de la rivière améri- Caine , affluent du Sacramento, un associé du fameux capitaine Sutter dut au plus grand des hasards la découverte de la première de ces pépiles que pendant de longs siècles, à l'exception de Francis Drake, les caravanes de voyageurs et les hordes indiennes avaient foulées aux pieds sans rien pressentir.

J1 s'était agi d'élargir un petit canal qui livrait passage aux eaux d’une petite rivière servant de moteur à un moulinscierie ; le sable des déblais avait été amoncelé sur les bords. Marshall, l'associé du capitaine, en inspectant les travaux, maugréait contre cette besogne inattendue, quand dans les Jéblais qui en étaient la conséquence il aperçut la pépite. El fit le contraire de ce qu'avait fait Francis Drake trois siècles auparavant, et il obtint le résultat contraire. Le premier cri n'avait pas trouvé d’écho ; cette fois, en dépit de toutes les ) précautions prises pour que le secret füt bien gardé, le bruit de la précieuse trouvaille se répandit aussitôt d’un bout du monde à l’autre. Quelques jours après, deux mille travail- | leurs entassés péle-mêle bouleversaient de fond en comble les alentours du petit canal, les criques, les cagnades voisines ; et un mois ne s'était pas écoulé que Marshall pouvait comptér cinq mille co-partageants.

Rien ne saurait dépeindre le courant d'immigration qui depuis cette époque, et surtout dans les premiers temps, épancha vers le moderne El-Dorado ses incessants, ses intarissables flots d’exilés volontaires.

On évalue à deux mille par jour, pendant les deux mois propices au voyage, le nombre d'individus de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, qui en 1849 et en 1850 s’acheminèrent des États de l'Ouest de l’Union vers la Californie, franchissant les montagnes, les plaines desséchées, les torrents, les rivières, et laissant partout le sol jonché de bagages et de débris. A la fin de l’année 1850 la population des immigrants s’élevait à 115,000 âmes ; et San-Francisco, village qui avant la découverte de l’or renfermait à peine une centaine d'individus, était devenu à la même époque (fin 1850) une ville de 55,000 habitants.

Ce fut d’abord vers les mines , les placers, que la presque totalité des nouveaux arrivants dirigèrent leurs pas. Les chaloupes des navires abandonnés, les petits bateaux à vapeur apportés démontés de pays lointains, les chariots, transportaient à prix d’or les mineurs impatients, jusqu’à trente et quarante lieues nord ou sud de San-Francisco,

| sur les bords du Sacramento ou du Rio-Joaquim, à l'endroit

} où la terre jaunâtre commençait à annoncer la présence de l'or. De petits centres d'habitation, des groupes de tentes, s’établirent bien vite près des placers les plus recherchés pour leurs trésors; et l’on y vit aussitôt le prix des denrées, des outils, du logis, atteindre des taux qui tenaient du prodige, mais justifiés par les gains fabuleux du mineur.

Les premiers chercheurs d’or n'avaient, pour ainsi dire, qu’à se baïsser pour ramasser le précieux métal, qui, semé par les volcans et recouvert à peine par la terre des collines

| entraînée par les eaux, effleurait souvent le sol. Une pépite, entre autres, fut trouvée du poids de trente-trois livres ; une autre de vingt-deux, un grand nombre pesant cent | quarante, cent, quatre-vingt onces chacune de seize piastres, la piastre d’une valeur de 5 fr. 30 à 40 c. On dédaignait les cagnades, qui ne rapportaient pas cent onces par mois, | tant était grand le nombre de mineurs qui pendant les pre- | miers mois de la découverte avaient récolté ce nombre | d’onces par jour!

| Aussi tout nouveau venu se vouait-il à la mine. La charrue restait délaissée dans le sillon commencé; la bêche n’en- | ouvrait plus que le sable ou la terre aurifère. Entre les | mains de l’agriculteur ou de l'artisan transformés en pion- DICT, DE LA CONVERS, — T, IV.

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niers tout était bon comme instrument de travail. La conséquence forcée d’un pareil état de choses fut que le moment vint où, le pays ne produisant plus rien et les approvisionnements manquant, la faim fit sentir son aiguillon dans les placers. C’est alors qu'un œuf se paya 125 francs ; une petite hoîte de sardines, 200; la livre de farine, 50; et qu’une caisse de raisins secs fut vendue littéralement au poids de l’or.

La valeur de la nourriture des bestiaux était non moins exorbitante que celle de l’homme : le foin se vendait 5 francs la livre, l'orge et le maïs 50 francs le boisseau; et l'on de- Yait s’estimer heureux quand on en trouvait beaucoup à ce prix. Des débris de paille équivalant à six bottes, trouvés au fond de caisses de marchandises arrivées d'Europe, furent cédés moyennant 30 francs.

11 en était de même alors pour les instruments de travail et les matériaux de tous genres.

Dans cet âge d’or des mineurs, comme des marchands, une bèche se vendait 150 fr., une mauvaise pelle 250. Les berceaux , cradles ou rochers, machines à laver le sable aurifère, qu'un menuisier construirait en Europe pour 10 fr., étaient achetés au prix de 800, 900 et 975 fr. Un cheval, qui valait 40 à 50 fr. avant la conquête par les Américains du nord, se Zouait 500 fr. par jour, 1,500 par semaine; et l’Indien, qui d’abord dédaignait ce qu’il appelait la {errejaune etéchangeait joyeusementuneonce pesantd’or(85fr.environ) contre un dram, un petit verre d’eau-de-vie, où une demilivre de poudre, eut bientôt, lui aussi, élevé ses prétentions. Son premier acte d'homme civilisé fut de menacer de faire grève si sa journée, payée autrefois un réal (12 sous et demi) ne l'était pas maintenant sur le pied de 100 fr. et 150 fr.

Les matériaux de construction étaient dans les mêmes conditions : les planches de sapin se vendaient 2,500 fr, les mille pieds, et de 5 à 7 fr. 50 le pied carré en détail. Le transport des colis, des objets de tout genre, pourun trajet d’une trentaine de lieues s’éleva à 10 fr. la livre, 1,000 fr. les 100 livres. Enfin l'intérêt de l'argent, dépassant les rêves des usuriers les plus rapaces, fut longtemps au taux , sinon légal, du moins général, de 20 pour 100 par mois, 240 pour 100 lan!

Aïnsi que la mine, la ville San-Francisco surtout offrait de semblables exemples. Les salaires des ouvriers , ceux du bâtiment principalement, étaient de 120 et 160 fr. par jour; un commis de boutique gagnait 2,500 à 4,500 fr. par mois, nourri, logé etc. ; le garçon de peine intelligent entrait en concurrence pour les mêmes émoluments. Une femme, n'importe laquelle, pour la seule considération qu’elle était femme, gagnait en 1849, ettant qu’elle faisait durer La vogue, 500 et 1,000 fr. par soirée à trôner dans le comptoir d’un bar-room, le café, l'estaminet américain, souvent n’ayant rien à faire qu’à se laisser voir de telle heure à telle heure. La profession qui après celle d’être femme rapporta le plus, ce fut celle de cuisinier. Un disciple, digne ou indigne, de Brillat-Savarin gagnait de 2,500 à 5,000 fr. par mois.

Si Les recettes étaient telles, les dépenses ne laissaient pas que d'établir assez facilement la balance. Il était naturel que chacun tendit à participer à l'ampleur inusitée des bénéfices. Les locations, en conséquence, atteignaient à des prix tout aussi exagérés. Le propriétaire qui avait payé son terrain jusqu’à 5,000 et quelquefois même 10,000 fr. le mètre carré, qui avait toujours la torche incendiaire suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus du toit de sa maison, louait à l’ouvrier qu’il avait si largement rétribué une chambre de quelques pieds carrés 2,500 fr. par mois. Le prix de location d’une petite boutique toute nue était toujours de 2,500 à 5,000 fr. par mois; une échope sur le grand wharf, quai-débarcadère transversal, trouvait locataire à 13,500 fr. par mois; un célèbre avocat américain payait encore en 1850 10,000 de loyer par mois pour son cabinet et son appartement de garçon, donnant sur Montgomery street, la grande rue de la ville; et dans cette même ruée

tes bureaux et l'appartement du banquier Burgoyne, établis, ilest vrai, dans une maison fre proof (à l'épreuve du feu), lui revenaient à 50,000 fr. de location mensuelle.

On peut juger du reste par ces exemples; nous citerons cependant encore quelques prix de denréeæéLe pain et la viande de boucherie valaïent 5 fr. la livre; le Ÿin au détail se vendait 10 à 15 fr. la bouteille; une caisse de douze bouteilles, 125 fr. Quant aux légumes, ils n'avaient plus de prix ; c'étaient des objets de luxe. Un chou trouvait acheteur à 20, 15 et 10/fr. ; une tête de salade à 10 et 5 fr., et les pommes de terre valaient 15 à 10 fr. La livre!

C’est ainsi que l'or de la mine circulait activement et passait rapidement des mains du chercheur d’or, rendu libéral par la facilité du gain, entre celles du Ziender, le restaurateur-logeur ; des mains de celui-ci, en celles du commerçant, qui en réservait une partie pour les retours à faire au négociant expéditeur, et souvent employait l’autre à l'achat d’un terrain et de matériaux, afin d'élever dans la ville nouvelle un nouvel édifice de planches.

Deux causes venaient encore imprimer à cette circulation un mouvement plus rapide : Le jeu et l'incendie.

Les mineurs, la plupart isolés, privés de famille , et que plusieurs milliers de lieues séparaient du sol natal, généralement inaccoutumés à un travail presque toujours pénible, épuisant, exaltés souvent aussi par les faveurs du hasard ; les mineurs, soit pour donner libre essor à leur joie exubéranle , soit pour faire diversion à leurs fatigues ou à leurs regrets, se livraient à des libations abondantes et sans fin. Le Bar-Room ne désemplissait pas le matin, ni dans la soitée. Qu'importait en effet le prix du vin aux consommateurs! la bourse était toujours pleine ; un coup de pioche suffisait à l’entr'ouvrir pour y puiser; et le vin de champagne, qui jouait le principal rôle et qui s’est vendu jusqu’à 100 fr. la houteïlle, coulait à grands flots dans les larges verres que tendaient les bras nus des travailleurs.

Mais ce n’était pas assez. L'homme est insatiable. Certes si dans la mère patrie on eût dit à ces chercheurs d’or : Dix ans vous suffiront pour amasser une honnête aisance, on les eût vus tressaillir d'allégresse. La (Californie vint leur faire cette promesse, mais en réduisant des neuf dixièmes la durée du travail nécessaire pour obtenir le résultat désiré; et alors ils ambitionnèrent un délai moindre encore.

Un mineur soucieux de sa famille, redoutant quelque retour de la maladie pour laquelle chaque visite du médecin avait fait sortir 300 à 500 fr. de son escarcelle, ou venant de clore ses travaux par la trouvaille inattendue dun bloc d’or vierge pesant (ainsi qu'il nous est arrivé d’en voir déterrer ) 13 livres 9 onces et valant 13,500 fr. au moins, songeait-il à revoir sa patrie et les siens, il arrivait joyeux à San-Francisco, et s'empressait de retenir sa place à bord du plus prochain steamer. Mais avant de partir il voulait visiter la ville des merveilles, et c'était là que l’attendait l'écueil !

En effet, à peu d’exceptions près, toutes les maisons de San-Francisco étaient des Bar-rooms ou des Gaminghouses (maisons de jeu); très-souvent lun et l’autre, Là toute la journée et toute la nuit l'or roulait sur les tapis verts, sous la présidence de Grecs accourus de Hombourg, de Baden , d'Ems ou de Wiesbaden, avec des femmes élégantes et faciles pour partenaires et chargées d'interpréter le sort au lansquenet ou au monte, le lansquenet mexicain. Le mineur, fasciné par les gains faciles et rapides, voyant peutêtre, comme cela nous est arrivé une fois à nous-même, 400,000 fr. passer en une demi-heure de la caisse d’un banguier dans les poches d’un joueur, ne pouvait résister à ‘idée de doubler, de centupler le pécule amassé au prix de ‘ant de peine et destiné à embellir la chaumière natale, à acheter le château du village, afin de trôner désormais sans rival là où on ne l'avait connu que pauvre. J1 vidait son escarcelle sur le tapis vert; tout son or passait dans des mains

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habiles. Alors venaient les regrets amers, le désespoir, trop « souvent la perte de la raison, quand ce n'était pas le suicide, De San-Francisco les tables de jeu allèrent s'implanter jusqu'aux mines, jusqu'aux placers eux-mêmes. Les chercheurs d’or favorisés par le hasard dans la cagnade je taient leurs outils pour aller le tenter, le braver pour ainsi dire, sur le tapis vert du banquier. Les ébats de la débauche, les disputes sanglantes, les coups de pistolet, les oubliettes complaisantes de la mine, étaient plus d’une fois le dénoû= ment de cette recherche effrénée du gain rapide. Après ayoïr perdu en quelques instants le fruit de plusieurs journées de travail, les mineurs retournaient tristement à leur row pio= cher et laver au craddle ou à la balée la terre aurifère qui devait leur refaire un nouvel enjeu.

L'autre cause qui activait la circulation des produits de ] mine était, avons-nous dit, l'incendie. | Au premier cri d'angoisse jeté par la Californie , prise au dépourvu, un appel illimité fut fait aux centres producteurs les plus voisins; et les premiers arrivages ayant donné des. bénéfices jusque là sans exemple, cet appel fut redoublé et étendu aux centres producteurs du monde entier. Partis de trop loin pour que les expéditeurs pussent tenir compte des: changements survenus dans l'intervalle sur un marché. si nouveau, les navires, en atteignant leur destination, durent souvent encombrer la place; or cet encombrement. avait pour résultat d’avilir le prix des marchandises. Les ar rivages n’en continuaient pas moins de tous les coins de l'univers. Venaient-ils d'aventure à s’interrompre , les prix tendaient à se relever; mais on connaissait les bâtiments en cours de voyage, et devant les nouveaux approvisionnements annoncés les prix ne pouvaient guère s'améliorer. La dispro= portion entre les approvisionnements et les besoins était si énorme, que l'écoulement vers les placers, seuls centres im= portants de consommation, ne faisait que baisser d’une manière presque insensible le niveau de cet encombrement, trop grand pour que l’avilissement des prix pût faire reprendre quelque activité à la demande, | Dans une situation si perplexe et si tendue, des gens pratiques (et les Américains le sont par excellence) allaient répétant dans la foule qu’une ville de planches of: frait un champ bien vaste à l'incendie, et que si par malheur ce désastre frappait San-Francisco, tout terrible qu'il dût être pour les commerçants victimes du fléau, il aurait du moins ce côté consolant, en désencombrant partiellement, la place, de sauver de Ja crise le plus grand nombre; c'était le Personne ne me délivrera donc de ce prêtre turbu lent ! de Henri II Plantaganet; et ce vœu ne pouvait manquë d’être exaucé.

En une nuit, c’en était fait d’une partie de la ville; les flammes avaient rongé jusqu'aux pilotis, fondements des édifices consumés , et qui, se détachant seuls, avec leurs longues lignes de têtes inégales et noircies, sur la vaste couche de cendres encore incandescentes, ressemblaient à at tant de jalons, plantés là pour tracer l'alignement des rues: Mais déjà l'œuvre de reconstruction était commencée ; les! charriots chargés de matériaux de tous genres sillonnaient la blanche arène désolée, et les décombres se déblayaient pour la pose de la première brique ou de la première planel Deux cents ouvriers à la fois étaient employés à un seul hôtel; et dix jours après l'incendie plus de 300 maisons étaient rouvertes aux clients ou aux ehalands, avant même que les artisans eussent mis la dernière main aux embelissemen des étages supérieurs. Comme le désastre avait été préviy rien n'était plus facile; les marchés avec les fournisseurs &l les entrepreneurs étaient conclus d'avance; c'était la mel leure police d'assurance contre l'incendie qu'on pût passer Huit fois San-Francsco se réveilla ainsi dans les flammes® huit fois, que les gens pratiques eussent ou non répand leur avis dans Ja foule, il se vit défiguré, mulilé, en ui nuit}

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Le résultat voulu n’en était pas moins obtenu : la place était sulagée. Le fléau avait ariéanti une plus ou moins notable partie des marchandises qui formaient encombrement. Or San-Francisco n’était pas le seul endroit ainsi visité périodiquement par l'incendie. Les villes de Sacramento, de Stockton, dé Nevada, de Sonora , de Marysville, payèrent tour à tour le terrible tribut, subissant l'effet d’une même cause,

Au prix où étaient les loyers, le propriétaire et le constructeur rentraient dans leur capital au bout de dix-huit mois, quelquefois d'un an. La crainte du feu ne les arrêtait donc pas ; les spéculations reprenaient leurs cours pour la bâtisse comme pour le négoce, et rien ne paraissait plus joyeux et plus prospère que San-Francisco rajeuni et nouvellement réédifié dans un ou plusieurs de ses quartiers.

En même temps, après chaque désastre, le nombre des maisons en briques, en panneaux de fonte boulonnés sur place , eroissait sans cesse et diminuait ainsi la gravité des chances de l'incendie. On faisait venir la pierre de taille de Sydney, le marbre et le granit des États de l'Atlantique ; une extension plus grande était donnée aussi aux briqueteries locales. Le théâtre de Jenny-Lind construit sur la grande place de la ville, Portsmouth-square, et qui va être acquis par la municipalité pour être transformé en mairie, a été bâti en pierres de taille tirées de la Nouvelle-Hollande ; et un calcul approximatif porte à 5 fr. la valeur de chaque demi-kilogramme de pierre ainsi mis en œuvre.

En effet, bien que les arrivages de navires se fussent régularisés et que l'encombrement ne menacât plus aussi constamment la place, nisurtout au même degré, lesrelations n'en restaient pas moins difficiles à établir avec les pays étrangers pour une contrée sur laquelle planaït toujours la destruction. A l’instar de Boston, de New-York et de la Nouvelle-Orléans, des compagnies de Jiremen, pompiers volontaires, s’y organisèrent alors sur une grande échelle, s'exerçant au maniement de leur onze pompes éprouvées ; ét la municipalité, qui avait déjà fait construire douze citernes d’une contenance totale de 13,543 hectolitres, projette en ce moment la construction d’un nouvel et immense réservoir. Il est même question d’amener à San-Francisco les eaux d’un petit lac, la Zayuna, situé à environ dix inilles de la capitale commerciale de la Californie.

D'un autre côté, la ville S’est déroulée plus au loin sur la colline qui domine une gigantesque baie de laquelle on peut dire à juste titre : nec pluribus impar, car elle n’a pas sa pareille dans le monde entier. Des wharfs nombreux, grands ponts -déharcadères contre lesquels les bâtiments marcharids et les Steamers viennent $’embosser pour prendre ou rompre charge, s’avancent transversalement dans la baie, précédant les maisons sur pilotis qui se rapprochent du mouillage et empiètent sur l’espace que baignent les éaux du port. Dans la ville même, des montagnes ont été coupées, des vallons comblés ; et les rues, tirées au cordleau, planchéiées, s'ouvrent à une circulation facile.

Une nouvelle phase est arrivée pour le pays : les affaires se sunt établies sur des bases plus stables et moins sujettes aux fluctuations incessantes des premiers temps; or cette phase nouvelle, la mine aussi a dû la subir.

Les gains fabuleux sont devenus plus rares. Bien que pour longtemps inépuisables, les placers offrent cependant des chances moins brillantes aux mineurs. Le travail individuel rencontre rarement des profits aussi rémunérateurs que par

le passé. Les travailleurs dès lors ont formé des associa- .

tions, et par des travaux d'ensemble ils ont découvert des mines de quartz aurifères. Les capitaux ont répondu à l'appel qui a dû leur être fait, et des compagnies solidement organisées, sur les lieux mêmes ou bien en Angleterre, en France, ont installé de puissantes machines broyant par jour quarante tonneaux de quartz. Le rendement, qui d'abord ue débassa pas la proportion de 10 et 12 pour 100, s'élève maintenant à 25 et 30. Six compagnies des environs de

Slockton, la capitale des mines du sud, ont relevé leurs comptes et ont constaté que le produit net de l'exploitation annuelle variait de {8 à 47 pour 100 du capital engagé. Plus de soixante machines fonctionnent maintenant, soit dans les comtés du nord, soit dans ceux du sud , et l'existence de l'arrête quartzeuse s’est révélée dans la plus grande longueur des contreforts de la Sierra. Les-associations qui n’ont pas dirigé leurs efforts sur lexploitation du quartz aurifère ont entrepris un travail non moins lucratif : elles détournent les rivières, en conduisent les eaux, par des aqueducs, dans le dry diggings, les placers secs; ou bien elles fouillent le lit même de la rivière, au cours de laquelle elles ouvrent un canal de dérivation. Des relevés authentiques ont donné; comme résultats annuels, des proportions variant de 16 à 48 pour 100 du capital engagé. |

Aussi la production de l’or s’accroîit-elle de jour en jour. Le produit du dernier semestre de l’année 1848; celle de la découverte, comme nous l'avons dit plus haut, s’est élevé à

10,500,000 francs; celui de 1849 est évalué à 200 millions ;

celui de 1850, à plus de 250; celui de 1851 a dépassé 400 millions; enfin le produit total jusqu'en 1869 est évalué à 4 milliards 550 millions de francs.

Mais la période la plus remarquable de l’histoire de la Californie est celle où sa population a repris les travaux délaissés de l’agriculture. Un des résultats heureux de la moins grande faveur accordée aux travaux de la mine a été de rejeter vers la culture de la terre les nouveaux arrivants ou les mineurs désappointés, et d’y ouvrir une carrière féconde à l'esprit d'entreprise.

Les agriculteurs du Grand-Ouest, séduits par la fertilité du sol, se sont établis dans les vallées Les plus favorisées, sur le bord des fleuves, et déjà ils y forment une population stable, celle qui doit véritablement coloniser le pays.

Les produits agricoles detoute espèce ont admirablement réussi. Le blé, l'orge, le maïs ont donné des moissons abondantes ; l'orge de la vallée du Sacramento est d’une qualité supérieure; et bientôt la Californie et surtout l’Orégon, la contrée agricole par excellence ; n’auront plus besoin, pour les céréales , de recourir à la production étrangère. Des colonies allemandes se sont déjà installées au Pueblo de San Jose et à Sonoma, s’adonnant à la grande culture et à l'élève des bestiaux.

Les races ovines et porcines, qui manquaient, ont été demandées, les unes au Nouveau-Mexique, les autres aux îles Sandwich, mises de même à contribution pour fournir les éléments de l’engraissage de basse-cour; et de nombreux troupeaux de gros. bétail ont été rassemblés dans les ferme qui s’'échelonnent autour de la baie.

Les spéculateurs n’ont pas dédaigné la culture potagère : ils ont créé des terrains maraïîchers aux environs de San- Francisco et construit des serres pour forcer les produits et obtenir des primeurs. Enfin, la capitale de la Californie a eu son exposition d’horticulture. La vieille renommée de fertilité du pays a été justifiée d’une manière éclatante par les résultats obtenus. On cite une pastèque de 44 livres, un chou-fieur de 18 et un ognon, d’une espèce originaire de Madère et qu’on cultive dans les sables aurifères, qui y atteint un poids de 21 livres.

Les spéculateurs ne se sont pas arrêtés là : ils s’efforcent maintenant d'acclimater dans le nord la vigne, qui est une des plus grandes richesses du Pueblo de San Jose; et dans toute la vallée du littoral, ils plantent les arbres fruitiers que leur apportent les bateaux à vapeur faisant le service régulier du littoral sud. Ces plants proviennent des anciennes Missions, qui ont conservé ce dernier vestige des nombreux bienfaits des révérends Pères.

L'irrigation n’a pas échappé à l’attention des nouveaux colons. Là encore les Pères de la Mission ont laissé un exemple à suivre. L’utilité de l'étude de cette question est d'une évidence incontestable dans un pays soumis à deux

saisons bien tranchées, l’une pluvieuse, l’autre sèche et la plus longue; et dont la partie située au-dessous du trenteneuvième degré de latitude est entièrement privée des eaux pluviales pendant cette dernière saison. Le travail est d’ailleurs préparé en quelque sorte par la nature, qui a disposé les affluents du Joaquim, la grande artère du sud, de manière à les désigner comme les premiers canaux naturels du système d'irrigation à établir.

Aussi, depuis que cette impulsion a été donnée à l’agriculture, depuis que les conditions sont devenues plus normales pour les affaires, le prix de toutes choses a-t-il considérablement baissé. Le pain, que nous avons vu valoir 5 fr. la livre, est successivement tombé ( dernier semestre 1852) de 1 fr. 25 c. à 1 fr. et même à 50 c. dans certaines localités ; la viande de boucherie, du même prix dans l'origine, vaut actuellement 1 fr. 25 ©. à 65 c; le vin, de 10 et 15 fr. la bouteille, est arrivé au prix de 15 à 18 fr. la caisse de 12 bouteilles. La baisse pour les productions potagères s’est opérée dans une proportion plus forte encore: Le chou de 20, 15 et 10 fr. est tombé à 2 fr. 50 c., 2 fr. et 1 fr. 25 c.; et les pommes de terre, autrefois payées 15 et 10 fr. la livre, restées assez longtemps depuis au prix de 1 fr., ne valent actuellement, pour les 100 livres, guère plus du prix réclamé dans l’origine pour une seule livre,

Les prix des locations, des matériaux, des instuments, des salaires ont subi la même dépréciation relative. La petite chambre de 2,500 fr. par mois, n’est plus louée que 100 fr.; La location des boutiques varie de 200 à 600 et 1000 fr. par mois; le fret, le transport des matériaux, est tombé à 25 et 30 c. la livre; enfin l'intérêt de l’argent, autrefois de 20 pour 100 par mois, dépasse rarement, dans de bonnes conditions de garantie, le taux mensuel de 4 à 5.

En un mot, nous pouvons dire qu’on vit maintenant à San-Francisco, ainsi que dans les principaux centres de population californienne, à tout aussi bon marché que dans les grandes villes européennes, par conséquent à meilleur compte que dans les capitales de l'Amériqueespagnole. Eneffet, de nombreux restaurants donnent à San-Francisco des déjeûners à 1 fr. 25 c., et des diners pourle double de cette somme, Quant aux mines, les chercheurs d’or, ceux du sud surtout, y peuvent vivre pour 2 fr. 50 c. par jour.

De plus, les émigrants trouvent actuellement à San-Francisco les plaisirs et les divertissements de nos cités du vieux monde. On se fait généralement une idée si peu exacte de ce pays, qui a trop tenu du prodige pour ne pas être regardé avec une certaine défiance, qu’on est sans doute loin de penser que la rue Montgomery possède dès aujourd’hui des boutiques ne le cèdant guère pour la somptuosité à celles de nos rues les plus belles; que la ville est éclairée au gaz; qu’elle est sillonnée de voitures de place et particulières, ainsi que de cavalcades dans lesquelles figurent des amazones se rendant au Longchamp de San-Francisco, la Mission de Los-Dolores; que les cafés chantants, les cirques, les combats de taureaux, les courses sur le {urf, les bals, les concerts, les casinos lyriques, plusieurs théâtres, un italien, un autre français , se disputent la foule, et lui offrent les distractions les plus variées; que les magasins de musique, les cabinets de lecture, les salons de coiffure, les loges maçonniques s'ouvrent aux initiés, aux malades, à l'homme d’affaires, à l’homme de loisir. Ils ignorent sans doute aussi que madame de Cassins y explique le passé et y prédit l'avenir dans Les langues mortes et vivantes de l'Orient comme de l'Occident , et que le Green on le Giffard de la Californie, de la grande place de Portsmouth, s'élève dans les nues accompagné de dames de caractère.

Si la part est faile aussi large aux plaisirs et à la curiosité des habitants de la future capitale de l'océan Pacifique, celle qui concerne les intérêts majeurs et les préoccupations les plus chères de l'âme, du cœur et de l’intelligence, n’a pas été oubliée : des écoles publiques ont été fondées et déjà don-

CALIFORNIE

nent asile à près de deux mille enfants et adultes; une s0+ ciété française de bienfaisance s’est constituée pour les émigrants français sous le patronage de nos compatriotes les plus notables , et les autres nations ont suivi leur exemples. enfin, des temples ont été construits pour les besoins des diffé. rents cultes, et la religion catholique romaine a ses basiliques non-seulement à San Francisco, mais encore à Sacramento et à Stockton, les deux têtes des mines, l’une pour le sud, l’autre pour le nord.

* La population, constamment alimentée par une immigration qui fait la chaîne, pour ainsi dire, et dérouleses anneaux incessants sur la plage ou par les passes de ses frontières montagneuses, croît à vue d'œil, et couvre de plus en plus le pays. Ce ne sont plus seulement les voyageurs d’un jour, qui ne mettaient le pied sur le sol qu’en se préoccupant du départ et du moment où il leur serait donné de rapporter au foyer natal la fortune rapidement acquise ; ce sont des familles: entières avec leurs vieux parents, ce sont les femmes avec les enfants, qui réjoignent le père et le mari courageux, parti en éclaireur; c’est la population qui vient là naître, vivre et mourir, faisant cesser pour la Californie la période exceptionnelle, et y amenant le règne de la sécurité, des gains honorables et de la moralité. Chaque pays apporte son contingent à cette immigration de tous les jours. La Chine, livrée à la guerre civile, voit les enfants du Céleste-Empire aborder par milliers à San-Franscisco, y établir des comp: toirs pour le commerce permanent avec la mère-patrie ou partir pour les mines. En 1858 on comptait dans l’État plus de 50,000 Chinois, et depuis leur nombre s’est augmenté à ce point qu’il a provoqué à plusieurs reprises des mutineries et des troubles graves. La population californienne se compose en général d’Américains du nord ; on y trouve ensuite un assez grand norabre d’Espagnols, de Mexicains et d’Américains du sud; il y a 5 ou 6,000 nègres, et les 15 ou. 20,000 Indiens, qui parcouraient ses solitudes avant 1848, ont plutôt diminué de nombre qu’augmenté. La France y compte environ 30,000 concitoyens. Quelques centaines d’entre eux, sous la conduite de Raousset-Boulbon, ont, en 1850, envahi la Sonora. En 1871, après la chute de la Commune de Paris, de hardis entrepreneurs américains ont offert au gouvernement français de transporter en Californie, à titre de colons, les 35,00: prisonniers des pontons ou tout au moins ceux qui auraient été condamnés à la déportation, excepté les criminels, L'offre n’a pas été acceptée.

Avec son doux et magnifique climat, avec son sol si fertile. et si riche en minerai, promptement revenu aux conditions. de régularité dans les affaires, de sécurité pour les personnes ce pays devait en peu d'années acquérir une population con« sidérable, et elle ne lui a pas manqué non plus. Aujourd'hui plus de 550,000 individus, dont au moins 300,000 Améri= cains et Européens, le reste Indiens et indigènes, Mexico= Californiens, etc., s’y livrent à la culture, au travail des mi nes, au commerce et à l’industrie.

Quant au climat, nous le ferons juger d’un seul mot : 1 ligne isotherme qui donne 15 degrés centigrades pour | température moyenne de la contrée, de San-José au sud d la baie, passe par Charleston, Marseille, Sienne, Smyrne Trébizonde, etc. En ce qui touche la sécurité des intérêts elle est à jamais garantie. La Californie est rendue à la vi nonnale des nations; la période exceptionnelle des comm cements a cessé; et pour elle, comme pour la Ville éternel l'histoire des premiers jours et des premiers habitants doit pas être un obstacle à la juste appréciation du présen L'application rigoureuse d’une loi draconienne, la Zyn@ Law, a fait cesser les ébats sanglants de hordes perverses habituées à Ja rapine et au meurtre. Aujourd'hui San-Frat cisco a ses gardes volontaires et sa compagnie de n lional lancers à cheval! \

Partout une impulsion de plus en plus rapide est don à l'industrie comme au commerce, à l’agriculture comme

CALIFORNIE —- CALIGES

la mine; et partout la France directement ou indirectement y prend une part digne d'elle. Nos compatriotes ont fondé à San-Francisco un grand nombre de maisons des plus honorables et des plus solides. Des associations françaises exploitent les mines de quartz, celles de mercure, cette providence du Mexique, et des mines d’or; fouillent le lit des rivières ou fondent des établissements industriels; nos produits se maintiennent en faveur sur la place. Ce sont nos étoffes brillantes et soyeuses qu'une population luxueuse préfère à toutes autres; ce sont nos vins francs, généreux, salutaires, que demandent l'artisan de tous les pays, le mineur et l’homme de la ville. En 1851 20,000 barriques de Bordeaux et 34,000 barils de nos eaux-de-vie, sans compter les caisses et les paniers de vins fins et mousseux, ont trouvé place sur le marché californien. La même année la France n’a cédé qu’à l'Angleterre, forte de ses possessions et établissements dans la mer du Sud, et qu’au Chili, alors encore importateur de ses propres farines, l'avantage de la plus grande valeur relative des importations en Californie; et il est à remarquer qu’une assez forte quantité de nos marehandises, arrivées sous pavillon tiers, anséatique ou anglais, si elle pouvait être connue, augmenterait notre part au dériment de nos concurrents.

L'intercourse avec la Californie a donné à notre navigation sur l'Océan Pacifique une activité inaccoutumée; nos bâtiments, ne trouvant pas de chargement de retour à San- Francisco, font le commerce d'escale, entre cette capitale de l'El-Dorado et toute la côte ouest des deux Amériques, les archipels de l'Océanie , puis reviennent de l’extrôme Orient, de l'Amérique Russe, de la Nouvelle Cythère, ou de la Nouxelle Hollande, chargés de houille ou de glace, d’oranges ou de Chinois des deux sexes et de chinoiseries.

Dans ce grand mouvement qui de la Californie, comme avant-poste, pousse les États-Unis vers le Céleste Empire livré aux guerres intestines, et qui demain peut-être sera contraint de réclamer leprotectorat dela race anglo-saxonne, ainsi que vers l’immobile Japon ; dans ce grand mouvement, disons-nous, qui transformera la baie de San-Francisco en un des ports de construction les plus importants de l’Union américaine, et qui devra immanquablement faire avant peu des États-Unis les grands voifuriers de l'univers sur les deux Océans, notre France, avec ses possessions dans l’Océanie, ayec son passé glorieux, avec le besoin impérieux de débouchés nouveaux pour son commerce, doit avoir son rôle ; or ce rôle, qui lui est tout naturellement tracé, on vient de le voir, elle commence à le remplir.

La découverte de l'or, en appelant de tous les coins du globe une population nombreuse sur un point jusque là isolé, presque inconnu, à eu en effet pour résultat d’y jeter 30,000 de nos compatriotes, d'y former en quelque sorte une colonie française, d’y attirer nos vaisseaux marchands, de les habituer de plus en plusà la grande navigation, aux combinaisons commerciales, enfin d'ouvrir de nombreux et profitables débouchés à notre industrie. Désormais nous avons pris place. De quelque nature que soit la lutte à laquelle l’Océan Pacifique servira nécessairement de théâtre, nous sommes, par nos possessions dans cette mer, par notre colonie de compatriotes, les consommateurs et les courtiers paturels de nos produits, en position de protéger nos intérôts et de participer des premiers aux chances favorables que les événements peuvent faire surgir dans cet hémisphère,

Les cinq mille lieues qui nous séparent du moderne E!- Dorado sont successivement abrégées par les trajets de plus en plus rapides dont la navigation est redevable aux prodiges de la vapeur. Dix jours suffisent actueïlement pour franchir Vocéan Atlantique; et parti de New-York ou de Boston, par l’isthme de Panama ou celui de Nicaragua, au bout de vingt-et-un ou vingt-deux jours le voyageur peut voir se dérouler devant lui en amphithéâtre le Panorama de San- Francisco. Toujours à la recherche du progrès, les Améri-

cains, avec leur audace habituelle, ont lancé sur les deux Océans, par la voie du cap Horn, des clippers qui transportent des marchandises en moins de quatre-vingt-dix jours de leur capitale commerciale de l'Atlantique à celle de l'Océan Pacifique.

Une nouvelle communication est ouverte au service de la malle. Par le Mexique, un ordre envoyé de New-York parvient seize à dix-huit jours après à San-Francisco, Un mois suffit presque à la demande et à la réponse.

Anatole CHATELAIN.]

Mais ces moyens de communication n'étaient pas encore assez rapides aux yeux des entreprenants colons de ce florissant État; la Californie, qui a construit de petits chemins de fer à son usage particulier, a fait encore mieux dis= paraître les distances. Adossée à l’Orégon, son grenier d’abondance, accotée à l’Utah, étape de ses émigrants terriens, et que colonisent 40,000 Mormons, ainsi qu’au Nouveau- Mexique et au Texas, elle a concouru à la construction d’une voie ferrée qui franchit les montagnes Rocheuses, traverse la Nevada, l’Utabh, tout le Far-West,et réunit San-Francisco à New-York. L'inauguration de ce chemin de fer, qui traverse l'Amérique du nord d’un océan à l’autre, a eu lieu le 1er mai 1869; la traversée du continent a lieu en huit jours.

CALIFORNIE (Golfe de), golfe de l’océan Pacifique qui sépare la presqu’ile que nous venons de décrire de l’état de Sonora (Mexique). 11 fut d’abord nommé mer de Cortès en l'honneur du grand capitaine qui l’explora lui-même. La couleur des eaux du rio Colorado, qu'il reçoit, l’a fait aussi appeler mer Vermeille. Sa longueur est d'environ 1,205 kil.; sa larzeur varie entre 60 et 150. Ce golfe contient un assez graud nombre d’iles, entre autres celles de San-José et de Tiburon.

CALIFORNIE (Bois de). Il provient d’une des nombreuses variétés du cæsalpinia. C’est un bois noueux, tortueux , à fibres quelquefois longitudinales, mais le plus souvent entrelacées. Il est fort dur, d’un rouge jaune-souci, ou aurore quand la section est encore récente; mais il brunit à l’air, passant en même temps au violàtre.

CALIFOURCHON ( Aller à ). Voyez CHEVAUCHER.

CALIGE, en latin caliga, chaussure des guerriers romains, dont caligula, petite caliga, est le diminutif. Les simples soldats étaient désignés par l’épithète de caligati. La caliga ressemblait à nos sandales : c'était une simple semelle liée sur le pied avec des courroies, et qui différait du calceus cavus, lequel ressemblait à notre soulier. On peut voir sur la colonne Trajane la forme de la caliga des simples soldats, et celle du campage (campagus), qu recouvre en partie le pied des officiers. La caliga était garnie de clous de bronze, avec une pointe qui aidait à marcher sur un terrain glissant. Justin dit qu'après avoir pillé des camps ou des villes très-riches , les soldats ornaïent leur caliga de clous d’or. Ceux qui servaient d’espions, ou que l’on envoyait à la découverte, portaient une caliga sans clous, et que l’onnommait speculatoria. L'empereur Maximin étant monté des derniers rangs de l’armée au trône de l’empire sa caliga était passée en proverbe, et l’on disait caliga Mazximini, pour désigner un homme grand et sot, parce que la caliga de Maximin était proportionnée à sa grande taille. Aug. SAVAGNER.

CALIGES ( Zoologie), genre d'animaux de la classe des crustacés hétéropodes, placés dans la famille des siphonostomes, qu’on connaît aussi sous le nom vulgaire de poux de poissons, sur lesquels ils vivent en parasites. Ces petits crustacés ont un corps déprimé, en partie couvert d’un bouclier céphalothoracique membraneux , suivi d’un abdomen plus étroit et prolongé par deux tubes ovifères. Les caliges ont en avant deux très-petites antennes coniques, dirigées en dehors, à la lase desquelles sont deux yeux écartés. Leur bouche est un bec ou siphon obtus. Les

membrés sont au nombre de cinq où sept paires, dont les trois premières unguiculées et les autres conformées en feuillets membraneux ou en pinnules pour servir à la respiration. Les caliges détachés des poissons nagent et courent avec facilité. L. LAURENT.

CALIGULA (Carus-CEsAR-AUGUSTUS-GERMANICUS ), fils de Germanicus etd'Agrippine, naquit l'an 13 de notre ère, à Antium suivant l'opinion la plus commune, quoique Tacite semble dire qu’il vint au monde au delà du Rhin, dans le camp même de son père; il est au moins constant qu'il y fut élevé. Lé surnom de Caligula lui fut donné parce qu'il portait dans sa jeunesse la chaussure militaire qu’on appelait calige. Adoré des soldats, il fut aussi d’abord Pidole du peuple, à cause des vertus de Germanicus. Il vécut plusieurs années à la cour de Tibère, son aïeul adoptif, et sut conserver ses jours par une profonde dissimulation, La fin tragique de sa mère et de ses frères, Néron et Drusus; ne parüt produire aveurie impression sur lui: Tibère, qui voulait sans doute fairé regretter un jour sa tyrannie, devina, sil faut en croire quelques historiens, chez le jeune Caïus une âme plus féroce encore que la sienne : on rapporte qu’il avait coutume de dire : Je nourris le serpent du peuple romain et le Phaéton de l'Univers: Il l’associa d’abord à son pouvoir, puis le nomma son successeur, et Caligula n'avait que vingt-cinq ans lorsqu'il recueillit cet immense héritage.

La joie publique à son avénement fut si grande dans tout l'empire, qu’en moins de trois mois on immola plus de cent soixante mille victimes. Un moment on put croire que l’odieuse politique de Tibère s’était trompée dans ses prévisions : comme plus tard Néron, le jeune empereur commença un règne de forfaits par des actes de vertu et d’humanité, Les prisonniers furent relâchés ; les exilés rappelés dans leur patrie, les impôts vexatoires abolis, les mœurs publiques épurées, le sénat remis en possession de ses droits. 11 fit la promesse solennelle de n’écouter aucune délation, et comme on lui présentait la dénonciation d’une trame formée contre lui, il refusa dé la recevoir, disant qu'il n’avait rien fait pour se rendre odieux. Quoique le testament de Tibère eût été annulé par le sénat, il en exécuta tous les articles, à l'exception de celüi qui lui donnait pour coliéritier un autre petit-fils du défint émpereur. Il signala le commencernent de son règne par des âctes dé grandeur, restituant, par exemple, le royaume de Comagène à Antiochus, fils du souverain dépouillé par Tibère, et lui dorinant cent millions de sesterces comme dédommagement des revenus de ses États. Il ne fut pas moiris généreux envers Agrippä, petit-fils du roi Hérode. Déjà lé monde proclamait son nouveau $ouverain le modèle des princes ; les mœürs de Caligula seules s'étaient démenties. Austère en apparence sous Tibère, il s'était livré après sa mort à la débauclie et aux dissolutions. On attribua rnême à ses excès une maladie grave qu’il eut alors. Tout l'empire fut plongé dans la consternation; des citoyens passèrent des nuits entières autour de son palais; plusieurs se dévouèrent potr lui et firent afficlier qu’ils combatträïent parmi les gladiateurs si les dieux lui rendaient la santé. Quelques historiens ont prétendu que cette maladie avait dérangé son cerveau ; ce qui pourrait confirmer cette opinion, c’est le caractère de folie dont furent dès lors empreints tous les actes de Caligula. Quoi qu’il en soit, il n’eut pas plus tôt recouvré la santé, qu’il ne fut plus le même homme, Après avoir adoptéson néveu Tibère, fils de Drusus, avec toutes les démonstrations de la joie la plus vive ét du plus tendre intérêt, ille fit métire à mort quelques jours plus tard, Tous ceux qui pendant sa maladie avaient fait vœu de descendre dans le cirque durent tenir leur parote. Un jour qu'il ne se trouvait pas de criminels pour combattre les bôtes féroces, il y fit exposer des spectateurs. 11 forçait les parents à assister à l'exécution de leurs enfants, et les faisait iésque toujours assassiner là nuit suivante, 31 fit mourir Macro, préfet du préloiré sous Tibère, à qui il dévait peut-

CALIGES — CALIGULA

être l'empire et la vie, ainsi que son beau-père Silanus, sous le prétexte le plus futile.

Comme il pouvait se jouer impunémentde la vie des hommes, il en vint à se croire Dieu; il prit tour à tour les atttibüts de Mars, de Mercure, d’Apollon; il voulut même détrôner Jupiter et se faire adorer à sa place sous le nom de Jupiter Latial. Quélquefois il prétendait être déesse, et paraissait en public avec les attributs de Vénus ou de Diane. Enfin il fit élever ün temple à sa propre divinité : il y était représenté par une statue d’or. Plusieurs villes de l'empire, éntre autres

Alexandrie, lui dressèrent des autels; les juifs, qui s’y trou-…

vaient en grand nombre , refusèrent de rendre les honneurs

divins à la statue de l’empereur; il en résulta contre eux une longue persécution; ceux dé Jérusalem furent plus heureux dans leur résistance. En fait d’extravagances qu’on raconte de Caligula , il faut rappeler son habitude de crier à la lune quand elle était dans son plein, de s’en venir coucher avec lui : il se vantait même d’avoir obtenu ses plus secrètés faveurs. L’homme assez vain pour se croire un Dieu dévait rougir d’avoir pour aïeul Agrippa, qui, né dé parents obscurs, avait été l'artisan de sa grandeur. Ce fut pour désavouer son origine qu’il déshonora la mémoire d’Auguste, en disant que sa mère était le fruit du commerce incestueux de cut empereur avec sa fille Julie. Un de ses vœux était de voir sui règne marqué par quelque grand désastre, tel qu’une peste où un trembleiment de terre; et l’on sait qu’il poussa cette démence frénétique jusqu’à souhaiter « que le péuple romain n’eût qu’une tête pour pouvoir la trancher d’un seul coup » . il avait souvent à la bouche ce mot d’un ancien poëte : Oderint, dum metuant. Un de ses plus grands actes de folie fut le pont de bateaux que, à l'exemple de Xerxès, il fit jeter sur la mer entre Baïes et Pouzzolés. Apres avoir passé le jour et la nuit dans une continuelle orgie, il ne voulut pas quitter ces lieux sans y faire quelqhé chose d'extraordinairé; {out à coup donc il fit précipiter dans la mer les curieux réunis sur ce pont. Puis il s’en revint à Rome, où il fit. une entrée triomphale, parce que, disait-il, il avait dompte ia naturé même.

Bientôt il voulut acquérir aussi de là gloire militaire : une expédition en Gérmanie fut résolue ; il passa lé Rhiñ avec deux cent mille hommes ; mais, après avoir fait quelques milles de marche dans l’intérieur du pays, il revint sur ses pas sans avoir tué ni vu même un ennemi, ce qui n’empêcha pas ses troupes de le proclamèr sept fois iiperator. De retour dans les Gaules, il traita cette riche contrée en pays ennemi; et comme son avidité n'avait d’égale que sa prodigälité, il n’y eut point d’extorsions qu’il n’imagina à l'égard de cé malheureux peuple. Avant de s'en revenir à Rome l’empereur ännotiça le projet d’envahir la grande Bretagne. Après avoir assemblé ses troupes sur le bord dé l’Océan, il s'embarqua sur ünié superbe galère, puis, après s'être un peu éloigné de la côte, il revint aussitôt, ordonna de préparer les machines de guërre, de sonner la trompette, et le signal fut donné comme pour un combat. Alors il commanda aux soldats de ramasser des coquilles, d'en remplir leurs poches et leurs casques pour rapporter au Capitole ces dépouilles dé POcéän vaincu. Cette comédie finit par une distribution d'argent aux soldats, et Caligula fitélever sur la côte un phare en souvenir de ses exploits. Pour s'ässurer un triomphe qui ne fût pas au dessous de sa gloire, il choisit dans la Gaule les honimes de la stature la plus haute, qu'il força d'apprendre la larigue des Germains et de se laisser croître et teindre les cheveux commié cés barbares.

De retour À Rome, il déclara nuls les testaments de tous les centurions qui depuis lé commencement du règne de Tibère n'avaient pas désigné ce prince ou lui-mème pour leurs héritiers. Aussitôt un grand nombre de personnes le portèrétit dans leur testament. Quand il en [ut instruit, il fit mourir les plus riches sons divers prétextes, dis sant que c'était se moquer de lui que de vivre après l'avoir fait

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