CALIXTE — CALIXTINS
qu’il avait fait de réchauffer l’ardeur des croisades contre les Turcs, et de reconquérir la ville de Constantinople sur Mahomet 11, qui venait de s’en emparer. Il envoya des légats en France eten Hongrie pour soulever ces deux nations contre les infidèles, et profita de l’apparition d’une comète pour employer la superstition des peuples à ce grand œuvre, Il ordonna des prières à différentes heures de la journée, et ces prières devinrent par la suite ce que l'Église appelle lP'Angelus. C'est à elles que fut attribrée la victoire de Belgrade, remportée sur les musulmans par le célèbre Huniade. Une croisade était prêchée en même temps contre les Maures d’Espagne , qui se soumirent à un tribut humiliant. Mais la mort d'Huniade ralentit le courage des chrétiens sur le Danube. Calixte IIL eut beau flatter les Français, en disant que s'ils ne manquaient pas à cette guerre sainte, il se faisait fort d’anéantir les infidèles, Charles VII avait trop d’affaires sur les bras pour s'éloigner avec ses troupes d’un royaume qu'il venait à peine de reconquérir. Le pape ne se bornaït point d’ailleurs à demander des prières et des , soldats : il avait rendu une bulle pour lever des décimes sur le clergé de France et d’Allemagne. L'université de Paris et les évêques allemands se soulevèrent contre cetimpôt, et il fallut que le cardinal Alain et le fameux Ænéas-Sylvius | vinssent déployer toute leur éloquence pour le justifier. Le premier réussit à Paris ; mais le second eut à lutter long- : temps contre l'opposition des Allemands, qui accusaient le saint-siége d'employer leur argent à tout autre chose qu’à la sainte ligue. Calixte III n’épargnait rien, au reste, pour } atteindre son but. Ses galères parcouraient les îles de l’Archipel pour les protéger contre les Tures , et son or entretenait les soldats du célèbre Scanderbeg, qui défendait VAlbanie contre le conquérant de Byzance.
: Deux querelles particulières nuisaient cependant au succès à decette noble entreprise. Alfonse, roi d'Aragon et de Naples, , voyant un de ses sujets sur la chaire de Saint-Pierre, crut pouvoir prendre avec lui des manières hautaines; mais | Calixte, devenu pape, ne souffrit point ces licences; il lui » refusa, tant pour lui que pour son fils naturel Ferdinand, . l'investiture du royaume de Naples. Alfonse, qui réclamait de son côté la marche d’Ancône, fit ravager le n°<- de } Sienne par les troupes aragonaises. Ce long débat , .: une . violence nouvelle à la mort d’Alfonse, dont le pape ne voulut | pas reconnaître le testament et le successeur. 11 prétendit > qu’un bâtard ne pouvait gouverner un royaume tributaire de L l'Église romaine. Mais ce scrupule de conscience n’était qu'un L prétexte dont se servait l'ambition de Calixte III pour enri- » chir sa famille. Il avait attiré tous ses neveux à Rome, et le 4 chapeau de cardinal coiffait déjà le plus méchant de tous, le 2 trop fameux Roderic, qui fut depuis Alexandre VI;un autre avait le même jour reçu le même honneur ; un troisième, Pierre de Borgia, avait été créé duc de Spolette, et , son oncle avait la pensée de l’élever sur le trône de Naples. } Calixte III déclara le trône vacant, défendit à Ferdinand de 2 prendre le titre de roi, dégagea les sujets de ce princ: de leur serment d’obéissance, et, semant le bruit qu dinand n’était qu’un enfant supposé, il soudoya des révoltes dans tout le royaume. Le fils d’Alfonse en fut alarmé : il écrivit au pape une lettre aussi humble qu’affectueuse , lui rappelant que sa jeunesse avait été confiée aux soins de sa sainteté avant même sa promotion au cardinalat, que le D même vaisseau lesavait portés du royaume d’Aragon à Naples ; ) il lui demandait enfin une amitié de père. Calixte III, dont | les qualités incontestables ne pouvaient dominer cette affection de famille qui était le caractère distinctif des Borgia, ne } fut point touché de ce langage. II appela les Italiens aux armes, et les rua sur le royaume de Naples. Ferdinand en appela de son côté à son épée, publiant que les papes Engène IV et Nicolas V avaient reconnu ses droits et que le peuple avait confirmé le testament de son père. La guerre civile était imminente ; mais le ciel eut pitié de l'Italie, La DICT, DE LA CONVERS, — T, IVe
mort de Calixte III la délivra de ce fléau, et Ferdinand demeura en possession de son royaume.
Une autre querelle avait brouillé avecl’université de Paris, qui soutenait les curés contre les moines, auxquels Nicolas V avait permis la confession. Ce différend, porté devant Calixte LIL , fut jugé à la satisfaction des moines ; mais l’université de Paris persista dans son opposition, etlesaint-siége fut obligé de reculer devant les libertés de l’Église gallicane, de peur de perdre la protection du roi de France et les décimes qu'il retirait de ce royaume. Ce pape mourut le 6 août 1458 , et futremplacé par Ænéas-Svlvius (voyez Pie II). Cinquante mille écus d’or trouvés dans ses coffres firent crier à l’avarice; mais l'usage qu'il faisait de cet or dément cette accusation, Son ambition ne peut être aussi facilement justifice. ViENNET, de l'Académie francaise.
CALIXTINS, hérétiques nommés ainsi du latin calix, calice , parce qu’ils l’exigeaient pour la communion, même des laïques, ou encore u/raquistes, parce qu’ils voulaient qu’on donnât la communion aux laïques sous les deux espèces (sub ulraque specie). C’est le nom employé pour désigner, par opposition aux taborites, les hussites modérés, notamment ceux de Prague, qui dans les choses essentielles ne dépassaient ni Huss ni Jocabellus. Aux 14 articles des taborites de 1420, el à l’Église catholique, ils opposèrent en 1421, comme profession de foi, les quatre articles suivants : 1° La parole de Dieu doit être librement et régulièrement annoncée par les prêtres du Seigneur dans toute la Bohême ; 2° Le sacrement de la sainte Communion doit être librement présenté sous les deux espèces, à savoir du pain et du vin, à tous les chrétiens qui ne sont pas en état de péché mortel, d’après les paroles et l’institution du Sauveur; 3° La souveraineté temporelle, que, à la honte de son ministère, au détriment de la puissance séculière, et contrairement aux préceptes du Christ, le clergé possède sur des richesses et des biens temporels, doit lui être enlevée; et il doit lui-même être ramené à la règle évangélique ainsi qu’à la vie apostolique ; 4° Tous les péchés mortels, surtout les péchés publics (la débauche, la simonie, etc. ), et autres désordres contraires à la loi de Dieu, doivent être empêchés et punis dans toutes les classes, conformément à la morale et à la raison, par qui de droit. Malgré leur modération en ce qui touchait le dogme et la morale, ils firent cause commune avec les taborites contre les armées de Sigismond, qui menaçaient la Bohême, en même temps qu’ils ravagèrent les contrées voisines de ce pays.
D'un autre côté cependant la grande proximité existant entre leurs doctrines respectives détermina les catholiques, et notamment le concile de Bâle, à entamer directement avec eux, en 1431, des négociations. Grâce à l'intervention du légat Jules Césarini d’une part, et du théologien calixtin Jean Rokyczana de l'autre, on arrêla enfin après de longs débats les célèbres Compactata de Prague par lesquels les quatre articles de foi ci-dessus mentionnés furent, sauf de légères modifications, concédés aux calixtins. Très-mécontents d’une telle transaction, les taborites se soulevèrent; mais ils furent complétement battus par les calixtins à Bœhmischbrod , le 30 mai 1434, et tellement affaiblis par cet échec, que force leur fat de se tenir désormais tranquilles. A partir de ce moment le parti dominant fut celui des calixtins. Ils reconnurent, moyennant des garanties de sécurité, Sigismond en qualité de roi (1436), après que ce prince eut solennellement juré à Iglau les Compactata ;
. mais, comme de part et d'autre on avait manqué de bonne
foi dans cet arrangement, il n’en résulta point de paix véritable.
A la mort du parjure Sigismond (décembre 1437 }, les catholiques élurent pour empereur Albert ( mort en 1439), auquel les calixtins étaient opposés. Les calixtins eurent ensuite en Georges de Podiebrad (gouverneur cakxtin
depuis 1444, et unique à partir de 1450, dela Bohème, pendant la minorité de Ladislas, zélé catholique), un roi de leur propre parti, que le pape Paul IT anathématisa et déposa (décembre 1465), après que Pie IL eût déjà trouvé à propos d'annuler les Compactata précédemment accordés. Georges se maintint en Bohème contre Matthias, roi de Hongrie, que le pape excita à l’attaquer ; et son successeur catholique, le prince polonais Ladislas (1471-1516), que Matthias et le pape cherchèrent tout aussi inutilement V'un que l’autre à expulser, reconnut la puissance des calixtins et la complète légitimité des Compactata. Mais d’un côté ce calme, et de l’autre surtout l’état de désuétude où tombèrent les quatre articles ci-dessus mentionnés, état de désuétude produit par les négociations ouvertes avecles catho: liques ainsi que par leur scission, d’abord avec les taborites, bien autrement énergiques, et plus tard avec les frères moraves ou bohèmes, rendirent dès la fin du quinzième siècle les calixtins complétement impuissants. A partir des premières années du seizième siècle ils avaient perdu toute espèce d’importance dans l’Église; ils n'offrent plus dès lors d’intérêt historique que comme ayant contribué à introduire en Bohème un protestantisme plus énergique , et dont l’histoire rernplace dès lors celle des calixtins.
CALIXTUS ( Gsorces ), dont le véritable nom était Callissen, le plus spirituel et le plus éclairé des théologiens de l'Église luthérienne au dix-septième siècle, naquit le 14 décembre 1586, à Meelby, dans le Holstein, fit ses études à Flensbourg et Helmstædt, devint en 1605 professeur particulier de philosophie à l’université de cette dernière ville, se consacra en 1607 à la théologie, et se fit connaître en 1611 à Helmstædt par une savante discussion sur les dogmes religieux, dans laquelle il se montra esprit original et adversaire redoutable des préjugés régnants. Peu de temps après il entreprit un grand voyage, dans la compagnie d’un riche flamand. 11 séjourna d’abord à Cologne, puis en Hollande, en Angleterre et en France, afin d'apprendre à connaître les différentes sectes religieuses, et de se lier personnellement avec les plus grands savants de son temps. En 1613 il revint à Helmstædt, où il ne tarda pas à être nommé professeur de théologie, puis abbé de Kænigslutter, enfin membre du consistoire, et où il mourant, le 19 mars 1656.
Son génie, la profondeur de ses connaissances, et la grande expérience du moude et des hommes qu’il avait acquise dans ses voyages, avaient développé chez lui à l’égard de la façon de penser des autres une large tolérance, fort peu en rapport avec l'étroitesse d'esprit des théologiens de son temps. Quoique ses dissertations sur l'Écriture Sainte, la transsubstantiation, le mariage des prêtres , la suprématie romaine, la communion sous une seule espèce, etc., appartiennent, même au dire de savants catholiques, à ce que le protestantisme a jamäis produit de plus profond et de plus frappant contre les dogmes du catholicisme, il n’en fut pas moins accusé de tendance secrète au papisme, parce que quelques assertions de son ouvrage intitulé De præcipuis religionis christianæ capilibus (Helmstædt, 1603 ) paraissaient favorables aux dogmes catholiques. Comme dans sa théologie morale, et dans un ouvrage spécial sur la tolérance, il rendait justice aux catholiques, en dépit des accusations des protestants, et qu'ilse ra pprochait même d’eux sur quelques points, ces ouvrages lui furent reprochés par les protestants rigides commeune hérésie abominable ; et ce fut bien inutilement qu'il démontra à ses accusateurs que les plus anciens articles de foi du catholicisme ét£ient restés communs à toutes les sectes chrétiennes. Dans desdissertations ultérieures, ayant déclaré que le dogme e la Trinité se trouvait, selon lui, bien moins clairement enseigné dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau, que les bonnes œuvres étaient nécessaires au salut ; enfin, dans les colloques de religion qu'il eut en 1649 à Thorn, où il avait été envoyé par l’Électeur de Brandebourg en qualité de médiateur, ayant eu des rapports plus intimes avec les théo-