‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 160 sur 556 · CALLIGRAPHIE · texte numérisé non relu

CALLIGRAPHIE

xéritables chefs-d'œuvre. Dans l'impossibilité où nous sommes de nous étendre longuement sur les moyens pratiqués à ce sujet chez les anciens, nous nous bornerons à indiquer qu'ils avaient deux manières de former le caractère de leur écriture, l'une pingendo, en peignant les lettres, l’autre incidendo, en gravant les lettres sur des lames de plomb, de cuivre, ou des tablettes de bois enduites de cire. Un petit instrument pointu d’un côté et aplati de l'autre servait à tracer ou à effacer les mots au gré de l'écrivain. Le parchemin ayant remplacé généralement chez les modernes les lames de plomb et les tablettes, on substitua au stylet les plumes d'oiseaux, encore en usage aujourd’hui. On peut voir dans la Paléographie du père Montfaucon la description et la représentation des instruments et des caractères mis en œuvre par les calligraphes à la cour de Byzance et dans les autres contrées de l’Europe.

Depuis cette époque jusqu’à celle où parut l'imprimerie, de nombreux changements furent introduits dans la calligraphie. On sait que l'imprimerie, à sa naissance, réduite à des procédés imparfaits, et repoussée par de puissants intérêts, ne fit que des progrès assez lents; les livres pendant longtemps fürent donc presque aussi chers que les manus-

crits. Mais la ruine des calligraphes, pour avoir été moins

prompte, s'accomplit enfin, et ceux-ci, réduits à descendre aurang de maîtres d'écriture, essayèrent d’étayer leur con- | sidération en se parant d’un titre nouveau. Un faussaire ayant | abusé de la signature de Charles IX, ils furent érigés en communauté de maitres experts-jurés-écrivains , expédi- | tionnaires et arithméticiens, teneurs de comptes établis | pour la vérification desécritures, signatures, comptes et calculs en justice.

De nos jours, la calligraphie a perdu ses honneurs aussi sien que son importance : d’art elle est devenue métier. L'enseignement des professeurs de calligraphie porte principalement sur les règles qui doivent déterminer la position du corps et de la main, la taille de la plume, son inclinaison sur le papier suivant qu’on veut obtenir des pleins ou des déliés, etc. Plusieurs d’entre eux ont publié des théories qui tendent à ramener la formation des lettres à un petit nombre de principes qu'il suffit de bien pratiquer pour écrire toutes les sortes d'écriture en usage chez nous, gothique, ronde, bâtarde, cursive, coulée ou anglaise. Voyez ÉCRITURE.

SAINT-PROSPER jeune.

} CALLIMAQUE, fameux sculpteur et architecte de Co-

rinthe, où il florissait peu de temps après la 60° olympiade, | dont la première année se rapporte à l’an 540 avant J.-C., | est l'inventeur du chapiteau corinthien (voyez ACANTHE), | dont il dut, comme on sait, la découverte au hasard. 1] fit aussi, pour le temple de Minerve à Athènes, une lampe d’or qu’on emplissait d'huile au commencement de chaque année, sans qu’il fût besoin d’y toucher davantage, quoiqu'’elle restât | allumée nuit et jour ; ce qui provenait, dit Pausanias, de ce | que la mèche de cette lampe était faite de lin de Carpasie (ville de l’île de Chypre), le seul que le feu ne consumäât pas, et qui n’était autre chose sans doute que l'amiante.

CALLIMAQUE, l’un des poëtes et des savants les plus célèbres de l’ère d'Alexandrie, qui florissait vers l’an 250 avant J.-C., descendait d’une famille distinguée de Cyrène en Lybie. Il ouvrit à Alexandrie une école de grammaire et de belles-lettres, de laquelle sortirent divers hommes célèbres, par exemple Ératosthène, Apollonius de Rhodes, etc., et fut nommé membre du musée par le roi Ptolémée Philadelphe, auprès duquel il était en grande estime, comme il le fit encore auprès de son successeur Ptolémée Évergète. Dans cette position, si favorable à l'étude, » et à laquelle il joignait encore les fonctions de conservateur de la bibliothèque, il écrivit une foule d’ouvrages sur les branches les plus diverses de la littérature, mais dont nous ne possédons plus aujourd’hui malheureusement que quel- | ques fragments, avec soixante-treize épigrammes et sept

— CALLIPEÉDIE 237 hymnes. Son poëme sur la chevelure de Bérénice ne nous est connu que par une traduction latine de Catulle.

Les poésies de Callimaque portent toutes le cachet du siècle où elles furent composées, et où on s’efforçait de suppléer à l'absence d'originalité et de naturel par un grand étalage d’érudition, ainsi que par l’emphase d’un style artificiel et exagéré ; et au lieu de vérité et de simplicité on y voit briller la recherche de l'effet et la manie de l’archaisme.

Parmi les Romains, Callimaque eut surtout pour imitateur dans ses élégies Properce. Outre les anciennes éditions de ce poëte données par Grævius (2 vol., Utrecht, 1697) et par Ernesti (2 vol., Leyde, 1761), auxquelles se trouve également joint le savant commentaire de Spanheim, nous citerons encore l'édition plus récente de Bloomfield ( Londres, 1815) et la collection de Luzac, Zlegiarum Fragmenta (Leyde, 1799). On possède une assez bonne traduction française de Callimaque par La Porte du Theil (Paris, 1775). L'édition originale des poésies de Callimaque, imprimée à Florence en 1494, est un volume excessivement rare, qui a été payé jusqu'à 85 liv. sterl. (2,200 fr.) à Londres.

CALLINUS D’EPHESE, le plus ancien poëte élégiaque grec que l’on connaisse, vivait au septième et même, suivant d’autres, au neuvième siècle avant J.-C., et passe yénéralement pour le créateur de l’élégie patriotique. Le fragment encore existant aujourd’hui d'un de ses chants de guerre, dans lesquels il exhortait les Éphésiens à se défendre yaillamment contre les Magnésiens, a été expliqué et commenté par Brunck dans ses Poelæ Græci gnomici (Leipzig, 1817), par Gaisford dans le troisième volume de ses Poelæ Græci minores (Leipzig, 1823), enfin par Schneidewin dans son Delectus poeseos græcæ elegiacæ (Gœættingue, 1838).

CALLIOPE, Muse de léloquence et de la poésie épique, dont le nom veut dire belle voix, passait pour la plus savante de ses compagnes, probablement à cause de ses attributions, car l’éloquence et la poésie épique sont les deux genres de littérature qui exigent le plus de talent chez les écrivains. On la représente tenant d’une main la trompette de l'épopée, et de l’autre un poëme avec des couronnes de laurier. Son vêtement , son attitude, son regard , tout est noble et sévère. Qu’y a-t-il, en effet, de plus grave, de plus imposant que la haute éloquence, cet art de remuer les cœurs, de subjuguer l’âme, et d’y porter la conviction par l’ascendant du langage? Et quel poëme est comparable à l'épopée pour l'étendue, l'importance du sujet, la richesse des détails, la pompe et la magnificence des expressions ? Le poème épique comprend tous les autres : il se prête à tous les tons, depuis l’églogue jusqu’à l’ode. C’est donc à juste titre que la muse Calliope exerçait une sorte de prééminence sur ses aimables sœurs, et qu’Hésiode l’appelle Ja plus distinguée àe toutes, puisque les poëtes qui écrivaient sous l'inspiration de cette divinité, chantaient spécialement les dieux, les héros, les grandes merveilles de la nature et les mystères incompréhensibles de ce vaste univers. Les Anciens ont beaucoup trop vanté la chasteté des muses. Elles n’ont pas été plus que d’autres déesses à l’abri des traits de l’amour. On donne même à Calliope jusqu’à trois fils : Jalemus, Hymeneus et Orphée, le plus tendre, le plus fidèle et le plus infortuné des amants. Hygin raconte que Vénus et Proserpine s'étant disputé la possession du bel Adonis, Jupiter choisit Calliope pour juge du différend. Cette Muse décida que le jeune homme appartiendrait tour à tour à chacune des deux déesses pendant six mois. Vénus, mécontente de ce partage, s’en vengea sur Orphée. P.-F. Tissor, de l’Académie Francaise.

En astronomie Calliope est une planète astéroïde, située entre Mars et Jupiter et découverte, le 16 novembre 1852, par M. Hind, à Londres; sa révolution sidérale s’accomplit en 1,812 jours.

CALLIPEDIE (de x%)6c, beau, et taïç, enfant). C’est l’art de faire de beaux enfants. Les Grecs, toujours nos

modèles, ont eu les premiers la prétention d'enseigner de quelle manière il faut $’y prendre pour avoir de beaux enfants, Ces ingénieuses productions ne nous sont point parvenues, et il ne faut pas s’en plaindre. Il est à parier qu'elles Wavaient pour autéurs que des célibataires désœuvrés, car c’est à peine si les pères de famille trouvent assez de temps pour élever et instruire les enfants qu’ils ont. A la suite des invasions des barbares, de longs siècles s’écoulèrent sans qu’on songeât à tout ce qui était callipédie. Chacun, n’écoufant que la bonne nature, avait des enfants le plus qu’il pouvait. Ils étaient tantôt bien, tantôt mal; on les recevait comme ils venaient. Mais à la renaissance des lettres, ou, si l’on aime mieux, des lumières, un écrivain du dix-septième siècle, Claude Quillet, s’indigna d’uné aussi coupable indifférence. Il était poëte : s'adressant aux femmes, il leur débita dans des vers latins les plus belles maximes, leur indiquant quelle conduite elles avaient à tenir afin d’avoir de beaux enfants.

Le poëme de Claude Quillet parut à Leyde. J’ignore si les dames hollandaises en fireut leur profit; mais un pareil chefd’œuvre devait tôt ou tard faire son apparition en France. Un sieur Monthenaut d'Hély publia en 1747 une traduction en prose du poëme de Quillet. Lecteurs et lectrices furent en si grand nombre, qu'en 1774 un poëte français se rendit l'interprète du chantre de Leyde. Mais là ne devait pas se borner sa gloire. Un sieur Cailleau, médecin à Bordeaux, en publia, l'an VII de la république, une nouvelle version en prose. Comme on le voit, Claude Quillet a été naturalisé parmi nous sous toutes les formes.

Tandis que poëtes et prosateurs s’escrimaient pour nous enseigner l’art d’avoir de beaux énfants appartenant aux deux sexes, le docteur Michel-Procope Couteau ne s’at{achait qu’à la moitié de la question, et publiait, vers 1750, un art de faire des garçons, sans jamais s’y tromper. La révolution française ne pouvait rester indifférente à d’aussi graves débats. Le docteur Jacques-André Millot, accoucheur des ci-devant princesses du sang, publia, en 1800, l'Art de procréer les sexes, ou système complet de génération. M. Millot adresse d’abord une dédicace aux dames, qu’il appelle sexe charmant ; puis il leur démontre qu’il ne dépend que d'elles de mettre au monde des enfants d’une beauté accomplie. Il leur donne à cet égard une foule d'instructions que, pour cause, nous passerons sous silence. Enfin, le docteur n’oublie pas d’indiquer à ses lectrices le numéro de la mäison qu'il occupe, rue du Four-Saint-Honoré : M. Jacques- André Millot était chirurgien accoucheur. Trois ans après, M. Robert le jeune, des Basses-Alpés, entra dans la lice. Afin d’agrandir la discussion , il examine dans son ouvrage s’il existe un art physico-médical pour augmenter l'intelligence de l'homme en perfectionnant ses organes, où la mégalanthropogénésie n'est-elle qu'une erreur? L'auteur se déclare pour la négative. Sa conviction est si ardente, si vive et si sincère, que dans le premier chapitre de son livre on trouve le passage suivant : « C’est une vérité démontrée pour moi qu'il n’est pas plus diflcile d'avsir des enfants d'esprit que d’avoir un cheval arabe, un basset à jambes torses ou un serin de race. » On sent qu'il est impossible de résister à des similitudes d’un aussi bon goût. L'ouvrage de M. Robért jeune, des Basses-Alpes, fit donc une sorte de sensation. L'auteur l’avait dédié aux membres de l'Institut : il s’agissait d’esprit, c'était frapper droit au but.

En Allemagne, où l’on a tant de bonhommie qu’on prend tout au sérieux, on a publié divers ouvrages sur l’art de faire des enfants saîns et vertueux. Ces petits chefs- d'œuvre pleins d’érudition ont enrichi quelques libraires, mais en laissant venir au monde les enfants tels que jadis. Maintenant, que penser de la callipédiep c'est qu’elle remonte beaucoup trop haut ; elle prend les enfants avant qu’ils soient, tandis qu’on ne peut les étudier que quand ils sonf. C’est à partir de ce moment que la science la plus habile peut seu-

CALLIPEDIE — CALLIRRHOE

lement commencer à les observer. Les enfanls sont-ils nés, il est constant que des soins attentifs, ün air vif et, plus tard, uné nourriture abondante, jointe à un exercice continuel, mais raisonné, aident au développement de leurs forces physiques. Une éducation bien entendue en fait ehsuite des hommes moraux et intelligents. Mais il faut que sous les deux rapports que nous vénons d'indiquer le principal soit préexistant. Qui crée ce dernier ? C’est le secret de la Providence. Les sots le cherchent, mais nelé dé. couvrent pas. SAINT-PROSPER.

CALLIPYGE était, chez les Héllènes, un des surnoms de Vénus. Ils l'avaient formé de xa)6ç, beau, et de zuy#, fesse. Quelquefois le surnom de Calligloutos, composé de xa)6s et de yhoutés, mots qui ont la même signification que Callipyge, fut aussi donné à la déesse de la beauté par les écrivains grecs. Voici la fable milésienne racontée à ce Sujet par Athénée, ainsi que par Alciphron le Sophiste, et qu'à recueillie une jolie épigramme grécque. A Sparte, les jeunes filles luttaient nues, de force, d’agilité, d'adresse ; à Athènes, elles luttaient de grâce et de beauté. Tous les ans, d’heureux prytanes, institués pour ce genre de jugement, y adjugeaient un prix à la plus belle. Deux sœurs, de formes merveilleuses, dit le Deipnosophiste, Athéniennes selon lui, Syracusaines selon d’autres, rejetées du concours à cause de l'obscurité de leur naïssance, et surtout de leur pauvreté, se consolaient de ce dédain en admirant ce jour-là , el sans voiles, la perfection de leur charmes. Deux jeuñes gens des mieux faits et des plus riches de la ville surprirent les deux sœurs dans la naïve admiration de leurs beaux corps moulés et mollement arrondis par les Grâces. Être enflammés d’une violente passion pour ce couple sans rivales et s’offrir pour époux ne fut qu’un chez les jeunes Hellènes. L'hymen eut lieu le jour même. En mémoire de la puissance de ces charmes particuliers auxquels elles devaient leur fortune, leur illustration, et des liens légitimes serrés au pied des autels, les deux sœurs élevèrent, d’un commun accord, un temple magnifique à la déesse de la beauté, à Vénus, dite par elles Callipyge. ' Le palais Farnèse possède une statue de la Vénus Callipyge antique. Elle est gravée dans la Raccolta de Maffei. Cette déesse est debout, entrant au bain ou en sortant, car on ne sait si elle ôte ou si elle met la draperie qui lui couvre à peine les épaules. Sa gracieuse tête, qu’elle tourne en arrière, s’ajustant à un col délicieux, se penche vers son dos cambré et plein de souplesse, et, les paupières un peu baissées , elle regarde avec une secrète satisfaction l’orbe admirable de ses hanches insensiblement arrondies, auxquelles s’agencent et s’harmonient des cuisses ét des jambes non moins parfaites. Plusieurs pensent que la tête est moderne; ils la disent inférieure, ainsi que la draperie, trop roïde et trop parallèle dans ses plis, au reste de la statue. 11 n'y a que le torse de parfait à leur avis. Nous ne sommes pas seul à ne pas partager cette dernière opinion. Il règne dans l’ensemble de cette antique une volupté pleine d’attraits qui n'est pas dans la Vénus de Médicis, qu'on croit être la fameuse Vénus cnidienne de Praxitèle. La Callipyge ést gravée sur plusieurs pierres antiques. Sur une pâte de verre, on la voit appuyée contre une colonne. Il en à été fait quelques imitations malheureuses , entre autres celle du statuaire Thierry, qui jeta un voile sur ces formes admirables. DENNE-BARON. CALLIRRHOÉ , jeune fille de Calydon, fut vivement aimée par Corésus, prètre de Bacchus, dont elle s'obstina à repousser les vœux. Celui-ci eut alors recours à l’assistance du dieu qu'il servait, Bacchus exauça sa prière, et envoya aux Calydoniens une épidémie dont le caractère était de frapper ceux qui en étaient atteints d’une espèce d'ivresse imbécile, L'oracle de Dodone, consulté à ce sujet, répondit que pour faire cesser le malheur des Calydoniens il fallait que Callirrhoé fût iminolée sur son autel, où bien qu'une autre sé sacrifiât à sa place, Déjà l'on conduisait à

CALLIRRHOË — CALLISTRATE

chaste jeune fille à l'autel où elle devait tenir lieu de victime, quand Corésus se présenta pour la remplacer. Callirrhoé, ajoute la fable, regrettant alors d’avoir si mal payé tant d'amour, alla se tuer aux bords d’une fontaine à laquelle on donna ensuite son nom.

La fable eite encore plusieurs femmes de ce nom, L’une, |

fille de l'Océan, fut la mère de Géryon, par Chrysoar ; de Chioné, par Neilos, et de Minyas, par Poseidon. Une autre Callirrhoé, fille d'Achéloùs, fut la seconde femme d’Al-

cméon; une autre, fille de Scamandre, fut l'épouse de Tros |

et la mère d'Ilus, d’Assaracus et de Ganymède,

CALLISSEN. Voyez CALIXTUS.

CALLISTÉES, fêtes dela beauté chez les anciens. Elles se célébraient particulièrement à Lesbos, en l'honneur de Junon ou de Vénus. Le roi Cypselus les avait aussi établies dans une ville qu’il avait fondée sur les bords de lAlphée. Des Parrhasiens, y étant venus d’Arcadie, y consacrèrent à leur tour un bois, un autel, et les mêmes fètes à Cérès Éleusine. Les femmes s'y disputaient le prix de la beauté, et celles qui le remportaient étaient appelées chrysophores, par analogie avec la beauté de l'or (cArusos). On

dit que ce fut Hérodice, femme de Cypsélus, qui la pre-:

mière remporta le prix, et fût déclarée chrysophore. Il est possible qu’elle fut très-belle; mais elle était aussi reine, et son rang entra pour quelque chose sans doute dans la décision des juges. Au reste, les femmes n'étaient pas les seules qui eussent de pareils combats à soutenir. Chez les Éléens, au rapport du même Athénée, les hommes avaient aussi une semblable couronne à disputer. Celui qui était déclaré le plus bel homme, était couronné de myrte et de bandcelettes; on lui donnait une armure complète, qu’il portait en triomphe, au milieu de ses amis, au temple de Minerve, à qui il la consacrait.

CALLISTHENES naquit à Olynthe, ville de Thrace, vers la 365° année avant J.-C. Neveu d’Aristote, il fut élevé par lui en même temps qu'Alexandre, et vers lan 336 se rendit à Athènes pour y étudier l’histoire naturelle et les sciences historiques , puis suivit Alexandre dans son expédition de l’Inde, avec mission d’en écrire l’histoire. Mais, par sa gravité, par la sévérité de ses principes en matière de morale, il s’attira la haine des favoris du conquérant, qui ne lui savait pas toujours gré de la causticité de ses propos, bien qu’ils défrayassent souvent les loisirs de sa cour. Un jour, à la table même d’Alexandre, une discussion s'étant élevée entre lui et Anaxarque sur la température de l'atmosphère, par rapport au climat sous lequel ils se trouvaient en ce moment, il soutenait que celui de la Grèce était moins froid; Anaxarque prétendait le contraire avec une véhémence qui tenait de l’opiniâtreté. « Vous avez tort, lui répliqua son adversaire; c’est à vous-même que j'en appelle. Dans la Grèce, c'était assez d’un méchant manteau pour vous couvrir la nuit, aujourd’hui il vous faut trois tapis. » C'était lui reprocher amèrement son ancienne pauvreté, ainsi que le luxe dans lequel il vivait depuis, grâce aux faveurs du prince. Arrien avance que Callisthènes disait hautement : « Mes écrits, plus encore que les Fables inventées par Olympias, convaincront la postérité que le fils de Philippe appartient à Jupiter. » Et cependant Callisthènes refusa de le saluer à la persane , c’est-à-dire de l’adorer.

L’orage grossissait sur la tête du sophiste : Alexandre était à Cariate, ville de la Bactriane, lorsque la conspiration d'Hermolaüs contre ce prince fut découverte. Ce chef, mis à la question et interrogé, dénonça plusieurs grands personnages , parmi lesquels Callisthènes, son ami et son maitre : sans doute la violence de la torture lui arracha cet aveu. Plusieurs auteurs nient qu'il ait seulement nommé Callisthènes. Quoi qu'il en soit, l’historiographe d'Alexandre fut

un supplice particulier. Il fut mis en croix, après avoir été appliqué à la question, dit Ptolémée. 11 fut enfermé, disent Justin et d’autres dans une cage de fer avec un chien, et déchiqueté, mutilé, rongé dé vermine , trainé parmi les bagages de l’armée ; objet de risée pour les uns et de pitié pour les autres.

Pour la gloire d'Alexandre, nous aimons à ranger au nombre des fables dont fourmillent les histoires anciennes cet affreux récit du supplice de Callisthènes, qui, après plusieurs siècles, souleva avec raison la juste indignation du stoïcien Sénèque. Ce qui confirmerait nos doutes, c'est qu’Aristote se contente de rapporter la simple condamnation de son parent et de son disciple, dont le supplice, jusqu'alors inouïi, n'aurait pas manqué de révolter sa plume indignée , s’il eût été tel que le racontent ces historiens. On nous objectera Le jeune et courageux Théopbraste, qui fit éclater sa douleur dans un tivre intitulé: Callisthènes, ou de Paffliction , et où Alexandre n'était point ménagé; mais ce livre pouvait avoir rapport à la simple condamnation du sophiste, et non à la barbarie et aux raffinements d’un supplice particulier.

Tous les écrits de Callisthènes sont perdus. Athénée, dans ses Deipnosophistes, et Strabon, qui cite son histoire universelle et trouve qu’elle manque souvent d’exactitude, sentiment que partage avec lui Polybe, nous en ont laissé des fragments. Cicéron prétend qu’on y trouvait une relation de la guerre de Troie. Callisthènes écrivit, en outre, dix livres d’Helléniques, qu’il commença à l’année dans laquelle la paix fut conclue entre les Grecs et Artaxerxès, roi de Perse, et qu’il mena jusqu’au temps où Philomelus pilla, à Ja tête des Phocidiens, le temple de Delphes. Il fit aussi l’histoire de la guerre sacrée, entreprise à cette occasion et terminée par Philippe. Suidas nous signale encore de cet auteur un ouvrage intitulé Les Persiques. Tous ces écrits devaient faire partie de son histoire universelle. C’est dans Les Persiques sans doute que Callisthènes rapportait les observations astronomiques des Chaldéens, lesquelles remontaient à dix-neuf cent trois années. Julius Pollux cite de lui une œuvre d’Apophthègmes, et saint Épiphane un livre sur les plantes. On lui attribue aussi un traité De La nature de l’œil. On ne doit pas regarder comme de lui une espèce de roman manuscrit de la vie d'Alexandre, conservé à la Bibliothèque Nationale; la barbarie du style en dévoile, dès la première page , la fausseté. DENNE-BARON.

CALLISTO, fille de Lycaon, roi d’Arcadie, était une des nymphes favorites de Diane. S’étant éloignée de cette déesse un jour qu’elle l'avait accompagnée à la chasse, elle s’endormit dans un bois, de chaleur et de fatigue, et fut surprise par Jupiter, qui prit la figure de Diane. Il en résulta un fils, Arcas, qui régna sur l’Arcadie, à laquelle il donna son nom. La prude et sévère Diane, à laquelle la fable a cependant donné aussi quelques faiblesses, punit dans la personne de sa favorite la faute de Jupiter, et la chassa de sa présence. Junon, également irritée contre elle, la métamorphosa en ourse. Arcas, étant à la chasse, allait percer sa mère de ses traits, lorsque Jupiter, pour prévenir ce parricide , le changea lui-même en ours, et les transporta tous deux dans le ciel, où ils forment les deux constellations de la grande et de la petite Ourse. On ajoute que Junon, furieuse à la vue de ces nouveaux astres, et voulant poursuivre sa vengeance jusqu’au bout, pria Thétis de ne point permettre qu'ils se couchassent jamais dans l'Océan.

Ottfried Muller voit dans cette nymphe l’Artémis Callisto des Arcadiens, qu’on nommait fille de Lycaon, c’est-à-dire de Jupiter du mont Lycée, et mère d’Arcas, c’est-à-dire du peuple.

CALLISTRATE fut l'un des plus célèbres orateurs

enveloppé dans la conspiration. Les complices d’'Hermolaüs | d’Athènes; et, ravi de son éloquence, Démosthère, son

furent lapidés ou pendus; Callisthènes fut réservé pour

contemporain, quitta pour le suivre l’école de Platon.

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