‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 174 sur 556 · CALOTTE · texte numérisé non relu

CALOTTE

au 1°" juillet 1561, défendait aux bacheliers d’argumenter en calotte. Sous le règne de Louis XIIT, la calotte devint d’un usage presque général pour tous les laïcs d'une profession grave; magistrats, avocats, hommes de lettres, bons bourgeois, en portaient aussi bien que les abbés. Le chancelier Seguier, le bon homme Corneille, Saint-Évremond luimêrne, nous sont représentés avec la calotte. Arnolfe, dans l'École des Femmes de Molière, doit porter la calotte; il en est de même de Zartufe. Dans les écrits de cette époque on disait : un amant à calotte, non point pour désigner un ecclésiastique, mais un vieillard amoureux, comme on dirait aujourd’hui «n amant en perruque. Dans la parodie de quelques scènes du Cid, intitulée Chapelain décoiffé, la calotte de ce poëte joue un grand rôle; mais en lisant cette facétie de Boileau, ou plutôt de Furetière, un grave commentateur serait embarrassé de dire si c’est la perruque ou la calotte de l’auteur de La Pucelle qui est mise en jeu.

Pendant la première révolution (de 1789 à 1793) le peuple avait de calotle fait dériver calottin, pour désigner un prôtre. Maintes fois l'abbé Maury fut salué de ce titre par ja populace ameutée !

On dit au figuré et familièrement la calotte des cieux, pour dire le firmament : On ne trouverait pas son pareil sous la calotte des cieux. La calotte désigne encore, dans le langage familier, un coup du plat de la main appliqué sur la tête. Donner des culottes est pour les écoliers synonyme de souffleter.

Calotte est en termes d'arts et de métiers ce qui a la forme d’une calotte. En architecture, c’est une portion de voûte sphérique, relevée au milieu de la voûte principale, une cavité ronde en forme de bonnet, ménagée pour augmenter la hauteur d’une chapelle, d’un cabinet, d’une alcove.

En pharmacie, la calotte céphalalgique ou cucupha est un sachet que jadis on appliquait sur la tête dans la céphalalgie; mais ce remède est tombé en désuétude. En chirurgie, c'était un emplâtre agglutinatif dont on enduisait la tête d’un teigneux après lavoir rasée , et qu’on enlevait ensuite avec violence, afin d’extirper les bulbes des cheveux et avec elles le principe qui entretient la teigne. On appelle encore calotte du crâne la partie supérieure de cette cavité, et calotte aponévrotique l'aponévrose des muscles frontaux; ;

Enfin, pour épuiser ce vocabulaire de la calotte et de ses dérivés, nous trouverons calottier, anciennement synonyme de noyer, et calottier, ancien fabricant de calottes, métier aujourd’hui bien tombé. La satire Menippée emploie le mot calottier pour désigner un homme qui porte calotte : trois des principaux ligueurs se présentent aux états porfant calotte à la catholique. « Ce que, ajoute l’auteur, les politiques détorquoient en mauvais sens, et disoient que les trois calottiers estoient tigneux, etc., tellement que leur commun dire estoit qu'aux dits estats n’y avoit que trois tigneux et un pelé. »

CALOTTE (Régiment de la). Il fut fondé vers la fin du règne de Louis XIV, par une société de joyeux officiers, qui n'avaient, à ce qu'il paraît, rien de mieux à faire que de se moquer de tout le monde, en commençant par euxmêmes. Le hasard donna lieu à cette facétie, qui se prolongea plus d’un demi-siècle. Les fondateurs furent : Aymond, porte-manteau du roi, et de Torsac, exempt des gardes du corps. Ces messieurs s’entretenaient avec quelques amis, quand l’un d’eux se plaignit d’avoir mal à la tête, et dit qu’il avait une calotte de plomb. Le mot fut relevé; il fit fortune : de là le nom de régiment de La calotte donné à leur réunion. Elle fit frapper des médailles, adopta un étendard et un sceau avec des armes parlantes, où se trouvaient réunies, dans toutes les règles de l’art héraldique, une calotte, une pleine lune, un rat, un drapeau, une marotte, deux singes habillés, hottés. avec l'épée au côté. La devise

était : favet Momus , luna influit. Une autre devise portait : C’est régner que de savoir rire. Les assaciés se mirent à distribuer des brevets en vers à fous ceux qui faisaient quelque -sottise éclatante : ministres, princes, maréchaux , courtisans, abbés, dames de la cour, financiers, hommes de lettres, artistes, comédiens, personne ne fut excepté. Le brevet de la calotte devint alors une véritable censure des travers et des ridicules. Plusieurs personnes du plus haut rang s’empressèrent de s’enrégimenter. Ceux qui se montraient peu flattés de cette distinction bouffonne ne faisaient que s’attirer de plus sanglants brocards; et les rieurs n’étaient pas de leur côté : témoin le peintre Coypel, qui vint se plaindre au régent de l'envoi fait à son fils d’un brevet de la Calotte. « Je suis déshonoré, dit-il, je n’ai plus qu’à quitter la France! — Bon voyage! » répondit froidement le prince. Il y eut bien des menées pour détruire le régiment de la Calotte; mais, grâce à la faveur publique et à la protection secrète du gouvernement, il subsista malgré le crédit de ses puissants ennemis.

Le sieur Aymond fut son premiergénéralissime. Louis XIV lui demanda un jour s’il ne ferait jamais défiler son régiment devant lui : « Sire, répondit le hardi plaisant, 7 n°7 aurait personne pour le voir passer. » Cette anecdote a donné lieu au poëême du Conseil de Momus et de la Revue du Régiment , imprimé à Ratopolis, en 1720. Pendant que les alliés assiégeaient Douai, en 1710, Torsac, étant chez le roi, s’avisa de dire qu'avec 30,000 hommes et carte blanche non-seulement il ferait lever le siége aux ennemis, mais aussi qu’il reprendrait en quinze jours foutes leurs conquêtes depuis le commencement de la guerre. Aymond, qui entendit cette bravade, lui céda sur-le-champ le titre de généralissime des calottins, et Torsac conserva ce commandement jusqu’à sa mort, arrivée à Pontoise, en 1724. On composa son oraison funèbre avec des phrases, plus ou moins ridicules, tirées soit de discours prononcés à l’Académie Française, soit des livres alors le plus en vogue. Cette pièce fut imprimée sous ce titre : Éloge historique, ou Histoire panégyrique et caractéristique d'Emmanuel de Torsac, monarque universel du monde sublunaire, et généralissime du Régiment de la Calotte, prononcé au Champ-de-Mars, et dans la chaire d’Erasme, par un orateur du régiment. Ce burlesque panégyrique, dont le sarde des sceaux avait autorisé l’impression, fit scandale à la villeet à la cour. Les hommes de lettres, qui se trouvaient blessés de l’emploi qu'on avait fait malicieusement de leurs phrases, réussirent par le crédit de leurs protecteurs à faire saisir cette pièce curieuse. Aymond, secrétaire du régiment de la Calotte, s’adressa alors au maréchal de Villars : « Monseigneur, lui dit-il, depuis qu’Alexandre et César sont morts, nous ne reconnaissons d’autres protecteurs du régiment que vous. » Ce ne fut pas inutilement que le vainqueur de Denain s’interposa auprès du garde des sceaux, qui donna main-levée de la saisie, en disant qu’il ne voulait pas se brouiller avec ces messieurs. Aymond succéda au défunt dans la charge de généralissime , qu’il conserva jusqu’à sa mort en 1731; il eut pour successeur le sieur Saint-Martin , lieutenant aux gardes françaises. Son élection se fit avec solennité dans le château du marquis de Livry, premier maître d’hôtel du roi. Plusieurs ministres, secréfaires d’État, ambassadeurs, assistaient à cette cérémonie, Piron fit les fonctions d’orateur. Louis XV et la reine, qui s’intéressaient beaucoup au régiment de la calotte, avaient ordonné au marquis de Livry de leur dépêcher un courrier extraordinaire incontinent après l’éleetion, pour leur faire savoir sur quile choix serait tombé. Depuis cette époque le régiment de la Calotte continua paisiblement le cours de ses malicieux enrôlements, et donna lieu à une institution militaire dont on va parler dans l’article suivant.

Les publications de la Calotte parurent en plusieurs formats de 1725 à 1752 sous ce titre : Mémoires pour servir à

l’histoire de la Calotte. Les principaux auteurs de ce recueil sont Aymond, Saint-Martin, l’abbé Desfontaines, l'abbé Magon, Gacon, Piron, Grécourt, Roy, etc. Les curieux conservent en outre dans leur bibliothèque une infinité de volumes manuscrits de brevets de La Calotte. Les Mémoires de ce burlesque régiment sont un monument curieux de la licence de la presse, 11 n’est personnage si élevé qui ne s’y trouve attaqué : le régent, Louis XV, Marie Leczinska, n’y sont pas ménagés ; Law , le cardinal Dubois, le cardinal Fleury, le père Daniel, en un mot, l’épiscopat, la robe et la finance, viennent tour à tour figurer sur cette sellette du ridicule. Destouches, Terrasson, Moncrif, Lamothe, Fontenelle et tous les hommes de lettres distingués de l’époque ont chacun leur brevet et leur part d’épigramme. La calotte avait surtout déclaré guerre à mort à l’Académie Française. Voltaire , dans son Mémoire sur la Satire, publié en 1739, parle avec beaucoup de mépris de la Calotte : on le conçoit ; il est fort maltraité dans les Mémoires du régiment. Is n’en sont pas moins un monument précieux de l'esprit du jour à l’époque de la régence et pendant les heureuses années du règne de Louis XV. On vit en 1814 une réminiscence des brevets de la Calotte dans la distribution des ordres de l’Éteignoir et de la Girouette, faite par les rédacteurs du Nain Jaune, Enfin, dans son Oraison funèbre de Bonaparte, Beuchot a très-heureusement imité l’Oraison funèbre du sieur de Torsac. C’est ainsi que pour rire de bon cœur il nous faut, dans ce siècle de gravité, imiter tout bonnement ce qu’ont fait nos pères. Charles Du Rozoir.

CALOTTE ( Conseil de la), appelé aussi Régiment de la Calotte, est une police militaire, sorte de censure, moilié grave, moitié bouffonne, qui en France a quelque temps existé extra-légalement dans nos régiments. Elle s’exerçait par et sur les officiers de chaque régiment, en vertu de décisions de censeurs que ces officiers élisaient euxmêmes parmi leurs camarades. Une noble pudeur, un sentiment de dignité nationale et de convenances sociales, le besoin de la conservation de l’esprit de corps, avaient originairement donné naissance, dans quelques troupes de France, à ces conseils de censure, qui jugeaient fraternellement, exécutaient eux-mêmes leurs sentences de discipline, et ne relevaient'que de la coutume, nullement de la loi. Il y avait de la part du gouvernement tolérance , mais non consentement ; c'était un utile supplément de la loi, restée muette par indifférence; malheureusement sa désignation était bizarre, pour ne rien dire de plus, et les jugements rendus tombaient quelquefois dans le trivial et le mauvais goût.

On voit dans les Mémoires du comte de Ségur (1824) que la juridiction de la jeunesse écervelée de cette époque allait quelquefois jusqu’à faire sauter sur une couverture les colonels de l’infanterie française. Un procès jugé à la fin de 1821 à Versailles a révélé au public qu’une police analogue aux anciennes formes de la Calotte s’exerçait encore alors dans les gardes du corps, compagnie d’Havré.

Ce que le fond de l'institution de la Calotte avait de bon a été senti par plusieurs milices étrangères. On y a éprouvé qu’il existe dans la vie militaire des actes qui sans être des délits, sans pouvoir être classés même dans la nomenclature des fautes, ne sont pas de nature à être tolérés dans un corps qui se respecte. On ne doit pas laisser à l'arbitraire indolent ou aveugle, quand il n’est pas injuste ou complice, le soin de la répression d’une quantité de méfaits qu'il est plus aisé de sentir que d’énumérer. De là est venue la création légale de tribunaux d'honneur, qui au besoin se forment dans les milices bavaroïses et prussiennes. Ils sont temporaires ou régimentaires ; ils ne sont appelés en rien à connaître des actes que la loi ou les ordonnances qualifient d’infractions ; ils ne sont pas seulement vengeurs, ils sont aussi conciliateurs. C’est sous ce dernier point de vue qu'ils s'occupent des duels ou des provocations de duel venues ou portées à leur conuaissance ; ils sont tenus à dénonciation envers qui de droit,

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