DE
BRUNSWICRK, capitale du duché du même nom, sur l'Oker, au milieu d’une plaine agréable et fertile. Cette ville, qui compte 45,450 habitants, est en général irrégulière; elle a des rues étroites et tortueuses, peu de belles maisons, plusieurs places publiques et de belles promenades, décorées d’un obélisque en bronze, élevé, en 1822, à la mémoire des ducs Guillaume-Ferdinand et Frédérie-Guillaume, et d’une statue de Lessing, œuvre de Rietschel; et un grand nombre de fontaines. Les places les plus remarquabies sont celles du Château, du Burg et le marché de la Vieille-Ville. Parmi les monuments, on doit citer la cathédrale, bâtie par Henri le Lion, l’église Saint-Martin, celles des Frères, de Sainte-Catherine et de Saint-André avec un clocher de 98",58 d’élévation, l’église de Saint- Égide, consacrée aujourd’hui aux expositions, le Palais des États, la Prison, l'Opéra, l'hôtel de ville gothique, restauré en 1851, l'arsenal, la maison de force, l’hôpital et le Mosthaus, où les ducs faisaient autrefois leur résidence, converti aujourd’hui en caserne, devant lequel est placé le célèbre lion d’airain de Henri le Lion. Les trois communions chrétiennes y ont des églises et les juifs une synagogue. Le palais ducal, brûlé en 1830, n’a pas été reconstruits mais on en a élevé un autre, de 1833 à 1836, qui a été de nouveau, en 1865, la proie des flammes , et qu’on a entièrement reconstruit. Le musée est riche en objets d’arts et en antiques. Le collége Carolin, institution in termédiaire entre les écoles savantes et les universités, est devenu depuis 1835 une école polytechnique. Brunswick possède, en outre, un institut d'anatomie et de chirurgie, un gymnase, un institut de sourds-muets, un institut d’aveugles et des écoles de pauvres, bien tenues, sans parler d’une foule d’autres institutions charitables. Ses fabrique. de chicorée, de sucre de betterave, de tabac, de laine, de carton, d'objets en laque, sont importantes ; sa bière appelée mumme, ses cervelas et son pain d’épice forment un article d'exportation considérable. Une foire y existe depuis 1498. Dans les environs, le jardin Krause, le palais de Richmond, la villa ducale, attirent l’attention des voyageurs, qui ne manquent pas non plus de visiter le monument de Schill,
Il n’est pas fait mention de la ville de Brunswick dans l'histoire avant l’année 1031; elle fut vraisemblablement fondée par une branche de la famille des Ludolfingiens, les Brunons, qui possédaient dans le voisinage les châteaux de Hohewart, de Dankwarderode et de Melwerode. Brunswick était un lieu ouvert, au pied des murs du Dankwarde-
rode, lorsque Henri le Lion prit le gouvernement; c’est à ce prince qu'elle est redevable de son agrandissement, de ses fortifications et de ses franchises municipales. Son importance s’accrut rapidement sous les princes de la maison
des Guelfes. Au dixième siècle, elle entra dans la Ligue han-
séatique. Elle racheta alors à ses princes presque tous leurs droits régaliens, et diverses justices seigneuriales, comme Eich, Asseburg, Campen, Wendhausen et Neubrück. Les luttes continuelles de son conseil municipal contre les corps de métier Pempêchèrent seules d'obtenir le rang de ville impériale. Cependant, après une guerre sanglante contre Henri le jeune, dans la seconde moitié du seizième siècle , elle conclut une pat avantageuse, qui lui assura une certaine indépendance. Dès 1528 Brunswick embrassa la réforme , et elle fit partie de la ligue de Smalkalde, Au dix-septième siècle elle déchut avec la Hanse. La guerre de trente ans lui imposa une lourde dette, qui augmenta l’antagonisme existant entre le sénat ou conseil municipal et la bourgeoisie; et le duc Rodolphe-Auguste en profita pour lui enlever ses franchises, en 1671. Dès lors, et jusqu’en 1832, l’administration du trésor de la ville fut confiée à la chambre ducale. Sa prospérité s’accrut en 1753, lorsque le duc Charles y établit sa résidence. Le successeur de ce prince, Charles-Guillaume- Ferdinand, l’embellit beaucoup en convertissant ses fortifications en promenades. De 1807 à 1813 elle fut la seconde capitale du royaume de Westphalie. En 1830 elle se souleva contre le duc Charles, et le Chassa. Consultez Olfens, Annales de la ville de Brunswick (Brunswick, 1832); Ribbentropp, Description de Brunswick (1789-91) ; Schræder et Assmann, La ville de Brunswick (1841), BRUNSWICR (en allemand Braunschweig), duché de l'Allemagne du Nord, faisant partie de l'empire d’Allemagne , et entièrement enclavé dans la Prusse. Il est divisé en huit portions inégales, dont trois grandes ef cinq plus petites, et présente en tout une superficie de 3,672 kilomètres carrés. Des trois grandes portions, séparant la Prusse orientale de la Prusse occidentale et le Hanovre septentrinnal du Hanovre méridional, celles du nord et de l'ouest forment la principauté de Wolfenbüttel, celle du sud-est la principauté de Blankenburg avec l’ancienne abbaye de Walkenried. Les cinq moindres portions se composent du bailliage de Kalværde, à l’est, au milieu de la Prusse saxonne; du bailliage de Thedinghausen, à l’ouest, sur le Weser, non loin de Brême, enclave du Hanovre, et de cmq autres enclaves peu étendues du même royaume ;
Sauf un point du sud-est, qui touche à Anhalt-Bernbourg, et un autre de l’ouest, attenant à Waldeck-Pyrmont, le Brunswick est borné par le Hanovre et par les provinces prussiennes de la Saxe et de la Westphalie. La principauté de Blankenburg est comprise dans les limites du Harz ; qui appartient au Brunswick depuis la Rosstrappe jusqu’à l'Achtermannshæhe et au Wormberg, au sud du Brocken, sur une étendue de 440 kilomètres carrés, et qui renferme les grottes remarquables de Baumann et de Biel, dans les flancs du Bodethal. Au sud de Goslar et à l'ouest de Klausthal, la partie sud-ouest de la principauté de Wolfenbüttel touche par sa limite orientale aux montagnes boisées du Haut-Harz, sur le versant nord-ouest desquelles on trouve quelques mines, dont l’exploitation se fait en commun par le Hanovre et le Brunswick; d’où la dénomination de Communionharz, donnée à cette contrée. La partie occidentale de cette principauté est coupée de collines, diversement groupées, qui forment, entre le Harz et le Weser, les montagnes de l’Ostphalie, et dont les points culminants se trouvent dans le Sollingerwald. Dans la partie septentrionale, la plaine des environs de Brunswick n’est interrompue çà et là que par quelques chaînons du système Hercynien, dont le plus élevé, l'Elmwald, entre Schæningen et Kæœnigslutter, porte à 340 mètres au-dessus du niveau de la mer son plus haut sommet, le Kuksberg, près de Lucklum. A lexception de la principauté de Blankenburg et du bailliage de Kalværde, qui appartiennent au bassin de l’Elbe, la première par la Bode, le second par l'Ohre, et des contrées où le grand Bruchgraben relie d’une manière remarquable les bassins de l’Elbe et du Weser, tout le duché de Brunswick âppartient au bassin du Weser. Ce fleuve lui-même n’en baigne guère que les frontières, de même que l’Aller au nord-est. La Leine ne lui appartient non plus qu’en partie, en sorte que son cours d’eau le plus considérable est l’Oker, qui traverse Wolfenbüttel et Brunswick. On ne compte pas dans le duché moins de six cents étangs, dont le plus considérable est l'étang de Wipper au nord-est. Le climat est le même que celui des plaines de l'Allemagne du nord, excepté dans les montagnes du Harz, où il est si rude, qu’on y fait la moisson un mois plus tard que dans le pays plat.
Les trois règnes de la nature y alimentent abondamment les diverses branches de l'industrie. Y compris le produit du Communionharz , qui appartient au Hanovre pour les 4/7 et au Brunswick pour les 3/7, les mines rapportent chaque année 10 hectogrammes 1/2 d’or, 373 kilogrammes d'argent 30,342 quintaux métriques de fer de toutes espèces, 19 qui. taux d’étain, 663 quintaux de cuivre, 1083 de plomb, 1195 de litharge, 1704 de vitriol, 369 de soufre et plus de 47,000 quintaux de sel, extraits surtout des salines de Schœningen, où l’on a découvert dernièrement une mine inépuisable. Outre une petite quantité de tourbe, 23,000 quintaux environ de houille terreuse et le produit des mines de charbon de terre de Helmstædt, le duché possède d'excellents matériaux de construction. C’est à peine si dans tout le pays on trouve 163 kilomètres carrés de terrain improductif; l’agriculture la plus intelligente et la culture des arbres forestiers ont su tirer parti du moindre coin de terre. Les trois huitièmes du duché sont cultivés en grains, légumes et pommes de terre, d'excellente qualité; on récolte annuellement, en outre, environ 100,000 bottes de chanvre, 3,100 hectolitres de colza, 3,800 quintaux métriques de tabac et près de 3,800 quintaux de houblon, Les terrains les plus fertiles se trouvent dans la plaine du nord; c’est de là que le Harz tire son blé, La culture des jardins occupe 83 kilomètres carrés, surtout dans les environs des villes. Les forêts couvrent plus d’un quart du pays, et, malgré leur mauvaise administration sous le duc Charles, elles fournissent à une exportation considérable, Les trois huitiïmes du sol sont en belles prairies et en excellents pâturages, qui nourrissent de nombreux troupeaux. On évalue le nombre des chevaux à 30,000 têtes, celui des
bœufs à 75,000, celui des brebis à 420,000, des chèvres à 8,50€ des pores à 64,000, des ruches à 10,000. Depuis quelques années, les plaintes des cultivateurs devenant de plus en plus vives sur les dégâts commis par le gibier, on en + beaucoup détruit, surtout depuis 1848, que la chasse est devenue libre. Il existe dans la capitale plusieurs instituts et sociétés pour le perfectionnement de l’agriculture.
L'industrie n’est pas dans un éfat de prospérité moins satisfaisant. Partout on file et on tisse le lin ; mais, à l’excepion de Brunswick, de Holzminden et de quelques autres villes, on ne rencontre nulle autre part des fabriques que dans les districts de montagnes. On tisse le lin, surtout dans les cercles de Holzminden, de Gandersheim et de Wolfenbüttel; on tricote des bas à Ottenstein et dans les environs; cette ville en exporte annuellement plusieurs milliers de douzaines de paires. Brunswick seul, sauf quelques exceptions, possède des fabriques de .Jainages. Les tanneries de Kaœnigslütter, dans le cercle de Helmstædt, et de Brunswick, livrent au commerce des cuirs frès-estimés, et ces villes ont en même temps des fabriques considérables de gants. Les papeteries sont nombreuses ; les {apis et les articles en carton et en fer-blanc vernis, provenant des manufactures de Brunswick et de Wolfenbüttel, jouissent d'une réputation méritée. Brunswick possède aussi des fabriques de chicorée, de sucre de canne et de betterave, et des mafactures de tabac rivalisant avec celles de Wolfenbüttel et de Holzminden. Le Harz exporte des ustensiles en bois de toutes espèces. La préparation des métaux forme une des branches principales de l’industrie et s'étend à des objets de touts genres. On met en œuvre l’argent, le cuivre, l’étain, la calamine, le laiton, le plomb, le soufre et le vitriol dans les usines d’Oker dans le Harz, comme près de Langelsheïm et d’Astfeld dans le cercle de Gandersheïm; on fabrique le fer, la tôle et le fil de fer dans les hauts fourneaux de Zorge, Rübeland et Tanne dans le Harz, où se trouvent aussi des fonderies parfaitement montées. Zorge possède, en outre, un vaste atelier pour la construction des machines, et Holzminden fournit une foule d’ustensiles en fer, d'instruments en acier et autres articles de quincaillerie, On doit mentionner encore la fabrique de porcelaine de Fürstenherg, les verreries et les fabriques de glaces de Hils, etc., les carrières de Solling, de Lutter et de Velpk, un grand nombre d'usines à moteurs hydrauliques, et d'importantes brasseries produisant la bière fameuse sous le nom de mumime.
L'industrie agriçole et manufacturière alimente un commerce considérable d’exportation, dans lequel le fil seul figure pour une valeur de 5,842,000 fr. Le commerce du duché est d’ailleurs singulièrement favorisé par sa situation centrale, par les deux foires qui se tiennent annuellement dans sà capitale et par d’excellentes voies de communication ; en effet le duché ne possède pas moins de 572 kilomètres de routes. Le chemin de fer de Brunswick à Wolfenbüttel et à Harzburg, construit surtout dans l'intérêt des mines du Harz et ouvert en 1838, a été mis depuis en communication avec le chemin de Halberstadt et de Magdebourg; en sorte qu'il est devenu le nœud des lignes de Brème par le Hhnovre et de Hambourg par Celle. Cependant le commerce du Brunswick ne s’est pas encore relevé du préjudice que lui a causé nécessairement son accession au Zollverein.
Selon le recensement de 1867, la population du duché est de 302,792 âmes, soit environ 83 par kilomètre carré. À l'exception de qelques villages peuplés de Wendes parlant allemand, d'une colonie du Palatinat, et d’un certain nombre de juifs, elle est toute d’origine saçonne. Elle est répartie en 451 localités, dont 12 villes et 3 bourgs. Les hâbitants des campagnes et les basses classes du peuple dans les villes parlent le bas allemand; les gens instruits, un haut allemand très-pur ; et, sauf 1,676 réformés, quelques Herrnhutes, 3,775 catholiques et 1,107 israélites, tous les Bruns=
wickois professent le luthéranisme. Les affaires ecclésiastiques sont administrées par un consistoire siégeant à Wolfenbuttel et par six surintendants ayant sous eux un égal nombre d’inspecteurs généraux. Le Brunswick n'est resté, dans aucune branche de Pinstruction au-dessous des pays voisins ; il les a même surpassés en quelques-unes. Nulle part on ne trouve dans les campagnes d'écoles mieux tenues. Si depuis la suppression de celle d’Helmstædt, en 1809, il n'y a plus d'université dans le pays, les jeunes gens qui se destinent aux études trouvent à Gœættingue toutes les ressources nécessaires, et le duché possède d’ailleurs une foule d’établissements où l’on enseigne les sciences et les arts, comme le collége Carolin, devenu école polytechnique, le collége d’anatomie et de chirurgie, l’école des mines de Holzminden, le séminaire de Wolfenbüttel, la célèbre bibliothèque de Wolfenbüttel et le Musée de Brunswick.
Depuis la révolution de 1830 le gouvernement est monarchique constitutionnel. La loi fondamentale, promulguée le 12 octobre 1832, a cependant subi depuis 1848 plusieurs modifications. Le duc, comme chef de l'État, exerce le pouvoir exécutif; ilest assisté d'un cabinet responsable qui comprend deux départements, ministère d'État et ministère de l'intérieur. La chambre des députés, produit du suffrage direct et indirect, a le droit de voter l'impôt, de surveiller l'administration du domaise privé et l'emploi de ses revenus, et de concourir à la confection des lois, C’est le duc qui la convoque ; mais dans certains cas elle peut s’assembler sans convocation officielle, et dans l'intervalle des sessions elle est représentée par une commission de sept membres. Après 1832, la diète se composait de {2 députés de la noblesse, 12 des villes, 10 des paysans et 16 nommés en commun par les trois ordres, en tout de 48 membres. Cependant on en a provisoirement porté le nombre à 54 en 1848. Tous les habitants âgés de vingt-cinq ans furent alors appelés à élire la moitié de ces représentants; l’autre fut nommée seulement par les plus imposés. D'après un nouveau projet de loi électorale présenté en 1851, le nombre des députés a été réduit à 43 : 10 des villes, {1 des campagnes, {9 élus par les plus imposés ( à savoir 10 par les villes et 9 par les propriétaires ruraux } et 3 par le clergé évangélique. Depuis 1849 ié pouvoir civil est complétement séparé du pouvoir judiciaire, et la loi a déterminé la part qu'y doit prendre le peuple. L'administration de la justice a subi à la même époque une réforme totale, par l'introduction de la publicité des débats et dela procédure orale. Le tribunal suprême est formé de trois chambres, dont lune exerce les fonctions de cour de cassation. Chacun des 6 cercles à un tribunal de première instance; chacun des 23 bailliages un
tribunal d'appel; il y a en outre 2 justices municipales. On
se prépare à modifier la constitution du tribunal d'appel suprême, siégeant à Wolfenbüttel, dont la juridiction s'étend à la fois sur le Brunswick et sur les principautés de Waldeck, de Pyrmont, de Lippe et de Schaumburg-Lippe.
De 1843 à 1851 les revenus du Brunswick se sont élevés, terme moyen, à 4,991,208 fr. En 1866, ils étaient fixés à 20,533,125 fr. Jusqu'alors le budget était voté pour une période de trois années; mais depuis 1867, il l’est confor« mément à la constitution de la Confédération du Nord. En 1869 les recettes de l’année étaient évaluées à 9,300,000 fr, La dette publique s'élevait alors à 57,632,825 fr., dont les quatre cinquièmes proyenaient d’un emprunt fait pour la construction des chemins de fer. La liste civile (930,000 fr.) ne figure pas dans les dépenses de l’État; elle est prélevée partie sur la caisse des domaines, partie sur d’autres fonds. Le fonds des cultes et des études est administré à part.
L'acte fédéral de 1815 attribuait au Brunswick 2 voix dans le Plenum, et en partage entre lui et Nassau la 132 voix dans la diète germanique. Son contingent était fixé à 2,096 hetmmes. En vertu de la constitution de 1867, confirmée par celle de décembre 1870, le Brunswick à 2 voix au con-
seil fédéral de l'empire et envoie 3 députés à l’Assemblée nationale. Son contingent militaire, qui est de 5,360 homines sur le pied de guerre et de 2,720 sur le pied de paix, fait partie du 10° corps de l’armée fédérale. Tous les jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans sont astreints au service actif; de vingt-six à trente-trois, ils sont incorporés dans le premier ban, et de trente-trois à quarante dans le second ban de la landwebhr. Outre l’ordre de Henri le Lion et la Croix du Mérite, le Brunswick a une croix pour la campagne de 1809, una médaille pour la campagne d'Espagne, une autre pour la bataille de Waterloo, la croix de vingt-cinq ans de service et une médaille de sauvetage. La principauté d'Œls, de 2,090 kilomètres carrés, avec un revenu annuel de 389,500 fr., appartient au duc de Brunswick; maïs cette enclave de la Silésie est indépendante du duché. Ce dernier est divisé en six cercles, avec des chefs-lieux du même nom : Brunswick, Wolfenbüttel, Helmstædt, Holzminden, Gandersheim et Blankenburg.
Histoire. Tout le pays qui forme aujourd’hui le duché de Brunswick appartenait autrefois à la partie de la Saxe que Charlemagne réunit à son empire. C’est sous Louis le Germanique que la Saxe fut pour la première fois soumise à un duc chargé de la défendre contreles invasions des Normands et des Slaves. Ce premier duc fut Ludolf, qui avait déjà exercé en Saxe les fonctions de comte sous Louis le Débonnaire. Ludolf est le fondateur de l’abbaye de Gandersheim; et on lui attribue aussi la construction du couvent de Brunshausen. 11 mourut en 864, laissant trois fils, Bruno, Dankwart et Othon. I’aîné lui succéda, et fut tué en 880, dans une guerre contre les Danoïs. 11 eut pour successeur son plus jeune frère, Othon l’Illustre, qui fonda, en 904, le couvent de Kalkberg, près de Lünebourg, et mourut en 912. Son successeur Henri ceignit la couronne impériale en 919, après la mort de Conrad le Salien. Son fils Othon I°", ou le Grand , établit en 951 Hermann Billung margrave de Saxe. C’est cet Hermann qui bâtit la forteresse de Lünebourg contre les Slaves, et qui obtint à titre héréditaire, de l’empereur Othon 1°’, toute la Saxe au delà de l'Elbe, ainsi que les environs de Lünebourg et de Bardowieck. 11 fut en même temps nommé duc de la Saxe orientale.
Le dernier rejeton de la maison de Billung , le duc Magnus, mourut en 1106. L'empereur Henri V donna le duché de Saxe à Lothaire de Supplinburg, qui devint empereur en 1125, après la mort de Henri V. Ayant trouvé de l’appui, dans sa lutte contre son compétiteur Frédéric de Souabe, auprès du duc de Bavière, Henri l’Orgueilleux, de la maison des Guelfes, Lothaire, par reconnaissance, lui donna en mariage sa fille Gertrude, et l’investit, en 1127, du duchéde Saxe. A la mort de Henri l’Orgueilleux, la dignité de duc de Saxe passa à son fils Henri le Lion, qui, mis au ban de l’Empire, perdit ce duché, et ne reconquit le Brunswick qu’en 1194, après une lutte opiniâtre. Quand il mourut, en 1195, ses fils Henri, Othon et Guillaume gouvernèrent en commun l’héritage des Guelfes jusqu'en 1203, qu'ils conclurent un traité de partage à Paderborn. Henri eut pour sa part le Dithmarsen, Hadeln, Wursten, la ville et le comté de Stade, les possessions de sa famille dans les grands chapitres de Brême et de Verden, leHanovre, avec tout le pays depuis la Leine jusqu’à Gœttingue, la partie occidentale du Lünebourg jusqu'à Celle, Eimbeck et PEichsfeld, Le Brunswick proprement dit jusqu'au Hanovre, le Bas-Harz et les domaines sur l’autre rive de la Leine, échurent à Othon, qui fut élu roi des Romains sous le nom d'Othon IV, après la mort de Henri VI. Guillaume enfin eut le pays au delà de l'Elbe, la partie orientale du Lünebourg avec la ville de Lunebourg, et le haut Harz. Ce dernier mourut en 1213, ne laissant qu'un fils, Othon l'Enfant. L'empereur Ofhon IV mourut en 1218, sans postérité. Henri n'eut que deux filles.
Seul rejeton mâle de la famille Guelfe, Othon l'Enfant eut
* à soutenir de longues luttes avant de se mettre en possession
de son héritage, surtout contre les filles de Henri, qui vendirent leurs prétentions à l’empereur Frédéric IL. Celui-ci se saisit aussitôt de la ville de Brunswick. Pour terminer ce différend, Othon céda à l’empereur, en 1235, le château de Lünebourgavec sa souveraineté, et, de son côté, Frédéric créa de la ville de Brunswick, qu’il lui vendit, et du château de Lünebourrg, avec ses dépendances, un duché, dont il investit Othon, en lui accordant le titre de prince de l'Empire, pour lui et ses descendants mâles et femelles. Dès lors Othon s’appliqua tout entier au gouvernement de ses États. Il fit de sages règlements sur l’industrie, fonda des villes et des châteaux, et accorda aux bourgeois de Brunswick et de Lünebourg de grands priviléges. Étant mort en 1252, il eut pour successeurs ses fils Albert et Jean, qui règnérent collecfivement jusqu'en 1267. A cette époque ils partagèrent l'héritage paternel. Jean eut pour sa part, outre le duché de Lünebourg , la ville de Hanovreet les châteaux de Lichtenberg et de Twiflingen. Albert obtint le duché de Brunswick, le pays entre le Deiïster et la Leine, la principauté d’Oberwald, le district du Weser et le Harz. La ville de Brunswick, le Giselwerder, détaché de l'électorat de Mayence, et la iustice seigneuriale de Hameln restèrent indivis. Albert établit sa résidence au château de Dankwarderode, Jean dans celui de Lünebourg. Le premier fonda la branche aînée de Wolfenbüttel ; le second la branche de Lünebourg.
Branche de Wolfenbütlel. Albert, dit le Long, ne chercha pas seulement à maintenir l’ordre dans ses États, mais encore les agrandit des dépouilles de Kuno de Gruben, châtelain de Dassel et de Grubenhagen, coupable de félonie à son égard, et à qui il enleva son château de Grubenhagen, où plus tard il établit sa résidence. Il mourut en 1279, laissant trois fils, qui partagèrent son héritage. L’atné, Henri, eut pour sa part Grubenhagen ; son frère, Albert le Gros, l’Oberwald, avec les villes de Gœttingue et de Münden; au troisième , Guillaume, échurent les châteaux de Brunswick et de Wolfenbuttel, Asseburg, etc.
La première ligne, celle de Grubenhagen , subsista jusqu'en 1596. Son fondateur mourut en 1321. Ses trois fils Henri, Ernest et Guillaume firent un nouveau partage ; mais en 1360 tout l'héritage revint à Ernest. Après la mort de ce dernier, en 1361, ses fils Albert II et Frédéric se partagèrent encore une fois le pays. Albert eut pour sa part Grubenhagen, et établit sa résidence à Salz der Helden 3; Frédéric régna sur Oslerode et Herzberg. C’est ainsi que se fondèrent deux nouvelles lignes, celle de Grubenhagen et celle d'Osterode-Grubenhagen. Celle-ci s’éteignit vers 1452, en la personne d’Othion, fils de Frédéric. Erich, fils unique d’Albert IF, continua la ligne de Grubenhagen, et laissa (1427) trois fils : Ernest 11, Henri III et Albert III , Sous la tutelle de leur cousin Othon d’Osterode-Grubenhagen, Ces trois princes, devenus majeurs , régnèrent ensemble, Resté seul souverain du pays par la mort de ses deux frères, Albert 111 continua à le gouverner jusqu’à sa mort, en 1486. Il laissa deux fils mineurs, Philippe 1° et Erich, au nom desquels Henri IV, fils de Henri LIL, administra leurs États comme co-régent. Après la mort de Henri IV (en 1526), et l’entrée d Érich dans les ordres, qui fut nommé évêque d'Osnabrick et de Paderborn, Philippe °° régna seul. En 1534 il embrassa la religion luthérienne, dans laquelle il fit instruire son fils Ernest, Élevé à la cour du comte de Mansfeld , ce Jeune prince se rendit de bonne heure à la cour de l’électeur à Wittemberg, où il puisa dans la lecture de la Bible et dans les Conversations de Luther des principes de piété qui le .Soutinrent au milieu de cruelles épreuves. Jean-Frédéric l'aimait comme son fils, et l’admettail à tous ses conseils. Comme son père, il se déclara pour la ligue de Smalkalde, et dans tous les combats qui ensanglantèrent l'A1lemagne il se distingua parmi les plus braves, Fait prisonnier à la bataille de Mühlberg, en 1547, avec l'Électeur Jean-Frédérie , il resta fidèle à ce prince dans son malheur,
Échangé contre le margrave de Brandebourg-Kulmbach, fait prisonnier à Rochlitz, il succéda à son père en 1551, et fut l'un des meilleurs princes de son temps. Sans cesse occupé du bien-être de son peuple, il ne négligea rien pour perfectionner l'exploitation des mines du Harz. II mourut sans laisser de postérité, le 2 avril 1567, et eut pour successeur ses frères Wolfgang et Philippe. Ce dernier ne tarda pas à renoncer à ses droits en faveur de Wolfgang, qui était aussi fort zélé pour la religion protestante , et qui mourut en 1595. Philippe II reprit alors les rênes du gouvernement ; mais il mourut en 1596, et en lui s'éteignit la ligne de Grubenhagen. Henri-Jules de Brunswick-Wolfenbüttel prit possession du pays; mais un arrêt du tribunal de l’Empire l’obligea à l’abandonner à la ligne de Celle.
La seconde ligne, fondée par Albert le Gros, celle de Gaœtltinque, se fondit en 1292, à la mort de son frère Guillaume, souche de la ligne de Wolfenbüttel, dans cette dernière; mais cette fusion ne dura que jusqu’à la mort d’Othon le Doux, fils aîné d’Albert le Gros, en 1344. Les fils d’Othon, Ernest et Magnus, se partagèrent le pays. Ernest eut Gœættingue, et Magnus, Wolfenbüttel. Le duc Ernest, mort en 1367, eut pour successeur son fils Othon le Mauvais, prince batailleur, toujours prêtaux entreprises les plus aventureuses et jaloux de la prospérité des villes. Son règne n’est qu’une série de combats et de querelles avec les comtes de Thuringe, le landgrave de Hesse et la ville de Gœttingue. 11 mourut en 1394, laissant un fils unique, Othon le Borgne, sous la tutelle de lexcellent Frédéric de Brunswick (mort en 1400). Ce jeune prince se montra un actif défenseur de la tranquillité publique , implacable ennemi des perturbateurs de la paix, le protecteur des villes et de leurs priviléges. Le mauvais état de sa santé l’engagea, en 1450, à céder au duc Guillaume le Victorieux, de Kalenberg, toutes ses possessions, à l'exception de la ville et de la justice seigneuriale d’Uslar et du château de Münden. 11 mourut sans enfant, en 1463. En lui s’éteignit la première ligne de Gættingue.
La troisième ligne, fondée par Guillaume, fils d'Albert le Gros, celle de Wolfenbüttel, se fondit dans celle de Goœttingue en 1292; mais elle fut rétablie, en 1344, par Magnus 1°", le Pieux. Sa femme Agnès, fille de Henri de Brandebourg, margrave de Landsberg, lui avait apporté en dot, en 1327, Landsberg, Pfalz en Saxe, Lauchstædt et Sangerhausen, et il avait acquis ainsi un pouvoir dont il usa en tyran. 11 vécut en mésintelligence continuelle avec son fils, le turbulent Magnus II, qui fait prisonnier, en 1367, dans une guerre contre Hildersheim, dut pour racheter sa liberté vendre la seigneurie de Sangerhausen au margrave de Meissen, Frédéric le Sévère, et céder au conseil de cette ville sa part à la monnaie de Brunswick. Magnus 1° mourut en 1369. Magnus IL, dit au Collier, éleva des prétentions sur l’héritage de la première ligne de Lünebourg, qui venait de s’éteindre en la personne de Guillaume, et provoqua ainsi la grande guerre de succession de Lünebourg. Guillaume avait, en effet, reconnu, en 1355, pour son héritier le prince de Saxe-Wittemberg Albert, fils de son gendre Othon, et l'empereur Charles IV lui en avait accordé l'investiture, à lui et à ses successeurs. Mais Magnus méprisa les ordres de l’empereur, fut mis au ban de l'Empire, et périt en 1372, à la bataille de Leveste sur le Deister, La maison de Saxe-Wittemberg prit alors possession du Lünebourg. Après la mort d'Albert, son oncle et héritier Wenceslas conclut un accommodement avec les deux fils de Magnus II, Frédéric et Bernard, à qui il donna ses filles en mariage, Frédéric se contenta de Brunswick-Wolfenbüttel ; Bernard fut désigné pour succéder à Wenceslas dans le Lünebourg, Mais un différend s'éleva entre les deux frères. Frédérie, soutenu par la ville du Brunswick, battit Bernard à Winsen sur l'Aller, en 1388, et le força à partager l'hérilage de Wenceslas avec leur frère Henri, Frédéric, qu'un parti portait au trène impérial, ayant été tué près de Franc-
fort, en 1400, à l’instigation de l'archevêque de Mayence, Bernard et Henri régnèrent pendant quelque temps ensemble sur Brunswick-Wolfenbüttel et Lünebourg. Par le partage qu'ils firent en 1409, ils devinrent les souches des nouvelles lignes de Brunswick et de Lünebourg. Bernard avait eu pour sa part le Brunswick, Henri le Lünebourg; mais, par un échange auquel les fils de Henri forcèrent leur oncle en 1428, Bernard devint souverain de Lünebourg et fondateur de la branche de ce nom. Par suite du même partage et du même échange, le Kalenberg (Hanovre) fut séparé du Lünebourg et réuni à Brunswick-\Wolfenbüttel.
Ligne de Lünebourg. Jean, frère d'Albert le Gros et fondateur de cette ligne, en 1267, mourut en 1277, et eut pour successeur son fils Othon le Sévère, qui accrut ses Etats, par l'achat d'un grand nombre de seigneuries, et mourut en 1330. Ses deux fils, Othon et Guillaume à la Longue Jambe, lui succédèrent, et gouvernèrent ensemble jusqu’à la mort d'Othon, en 1352. Guillaume n'eut que deux filles, dont l’une épousa Louis, fils du duc Magnus 1°", et la seconde le duc Othon de Saxe-Wittemberg. Louis, à qui l'héritage était assuré, étant mort avant son beau-père, celui-ci voulut reconnaître pour son héritier l'odieux Maynus au Collier; mais les ducs de Wittemberg, appuyés par l’empereur Charles IV, s’y opposèrent. Telle fut l’origine de la guerre de succession de Lünebourg. Guillaume mourut en 1369, et avec lui s’éteignit la première ligne de Lünebourg : ses États, la guerre terminée, furent donnés à la seconde ligne de Lünebourg.
Seconde branche de Brunswick. Cette branche, fondée par Henri de Wolfenbüttel, ne {arda pas à se diviser. Ce prince laissa deux fils : lainé, Guillaume, obtint Kalenberg, et le cadet, Henri le Pacifique, eut pour sa part Wolfenbüttel; cependant, ce dernier étant mort en 1473 sans postérité, son frère réunit ses États aux siens, qu’il avait déjà accrus, en 1450, du territoire de Gœttingue. A sa mort, en 1482, son fils cadet, Guillaume II, fit jeter en prison son ainé, Frédéric, qui était tombé en démence; mais de son vivant même, en 1495, il partagea ses États entre ses fils, donnant à l’ainé, Henri, le pays de Wolfenbüttel, et au cadet, Érich, Kalenberg-Gættingue. Cette dernière ligne s’éteignit en 1584, après deux générations. Érich I est connu, comme compagnon d'armes de l’empereur Maximilien 1°, par la part qu’il prit à la guerre de Hildesheim (1519-1523). Il mourut en 1540. Son fils, Érich II, abjura le protestantisme, combattit la ligue de Smalkalde et le prince Maurice de Saxe, et mourut sans postérité, en 1584. Ses États firent retour à la branche aînée de Wolfenbüttel, dont le fondateur était mort en 1514, laissant six fils. L’aîné, nommé Henri le Jeune, lui succéda. Plein d'énergie et d'ambition, ce prince voulut se rendre indépendant. Pendant douze ansil tint son frère dans une étroite prison, pour le forcer à reconnaître le droit de primogéniture, qui prévalut dès lors sans opposition dans la maison de Wolfenbüttel. Par politique et par conviction, il s’opposa aux innovations dans l’Église ; mais, d’un autre côté, il dota son pays de bonnes institutions. Son règne n'offre qu'une longue suite de guerres. Sa liaison adultère avec Êve de Trott, fille d'honneur de la duchesse, fut pour lui la cause de beaucoup de chagrins. 11 mourut en 1568, et eut pour successeur son fils Jules, zélé protestant, qui assura le triomphe de la réforme dans ses États et en même temps celui du droit romain par la création de l’université de Helmstædt. Ses États reçurent un notable accroissement, en 1584, par l'extinction de la ligne collatérale. 11 mourut en 1589, et son fils aîné, Henri-Jules, prince fort supérieur à son siècle et encore plus instruit que son père, lui succéda. Le droit romain fut entre ses mains une arme dont il se serÿit pour consolider son pouvoir, et en 1596 il agrandit ses Kfats de ceux de da ligne de Grubenhagen. Sous son règne les rapports des paysans avec les selgneurs furent un peu améliorés. 11 mourut en 1613, et
eut pour successeur son fils aîné, Frédéric-Ulric, prince très-faible, nullement fait pour une époque aussi orageuse que celle de la guerre de trente ans. Celui-ci étant mort sans enfants, en 1634, ses États échurent à Auguste de Brunswick-Lünebourg-Dannenberg.
Seconde branche de Brunswick-Lünebourg. Bernard, souche de cette branche, étant mort en 1434, ses deux fils, Othon Le Paralytique et Frédéric Le Pieux, régnèrent ensemble jusqu'à la mort du premier, en 1445. Resté seul chargé du gouvernement, Frédéric en tint les rênes jusqu'a sa mort (1478), à l'exception d’une courte interruption, où il les abandonna à ses fils, Bernard IL et Othon le Magnanime, à l’occasion d’un différend avec le clergé. II eut pour successeur le fils d'Othon le Magnanime, Henri le Cadet, qu’on surnomma ainsi pour le distinguer de Henri le Vieux et de Henri le Jeune de la ligne de Wolfenbüttel, ses contemporains. À la mort de son grand-père, Henri le Cadet était un enfant de dix ans. Il resta donc sous la tutelle des états et du conseil de la ville de Lünebourg, jusqu’à sa dix-huitième année. Plus tard, il intervint dans la guerre d'Hildesheim, s’allia à l’évêque Jean de Hildesheim contre son cousin Henri de Wolfenbüttel, et appuya François 1° de France contre Charles-Quint dans ses prétentions à l'Empire. En conséquence , il fut mis au ban de l'Empire par la diè‘e de Worms, en 1520. La proscription ne fut levée qu’en 1530. 11 abdiqua en faveur de ses trois fils, Othon, Ernest et François, et vécut dès lors à la cour du roi de France, ou dans le château de Winsen, jusqu’à sa mort, arrivée en 1532. Dès 1527, un de ses fils, Othon, avait renoncé à ses droits à la succession paternelle moyennant la cession de Harburg, el avait fondé une nouvelle ligne, celle de Brunswick-Harburg. Le troisième, François, se désisia de même, en 1539, au prix du bailliage de Gifhorn, et fonda également la ligne de Brunswick-Gifhorn. La première de ces deux nouvelles lignes s’éteignit en 1642, à la troisième génération, et la seconde dès 1549, avec son fondateur. Ernest le Confesseur resta donc ainsi seul duc de Lünebourg. Il introduisit paisiblement la Réforme dans ses États, et laissa à sa mort, en 1546, quatre fils, Frédéric, François-Othon, Henri et Guillaume, dont les deux premiers ne lui survéeurent pas longtemps. Les deux derniers devinrent les souches de nouvelles maisons de Brunswick et de Lünebourg. En vertu d’un partage conclu le 10 septembre 1569, les bailliages de Dannenberg, Lüchow, Hitzacker et Scharnebeck, la chasse et le château de Gœhrd furent donnés à Henri, qui ne renonça pas toutefois, le cas échéant, à ses droits sur le duché de Lünebourg, portion de son frère Guillaume. Cette convention fut ratifiée l’année suivante par l’empereur Maximilien. C’est ainsi que le duc Guillaume, le plus jeune des quatre frères, devint la souche de la nouvelle ligne de Brunswick-Lünebourg, qui fut revêtue dans la suite de la dignité clectoraie el occupa depuis 1815 jusqu’en 1866 le trône de Ilanovre.
Henri, qui se faisait appeler duc de Brunswick-Linebourg- Danneuberg et résidait à Dannenberg, devint par son plus jeune fils la souche de la nouvelle maison de Brunswick- Wolfenbüttel, demeurée l’aînée de la maison. Il mourut en 1598 , et eut pour successeur son fils atné, Jules-Ernest, qui fut investi du comté de Wustrow , lorsque ce fief vint à vaquer. Son jeune frère, Auguste, a joué un rôle bien plus considérable que lui dans l’histoire. C'était un savant, dont le nom a retenti dans toute l'Europe. La ligne de Wolfenbüttel s'étant éteinte en 1634, à la mort de Frédéric-Ulric, Jules-Ernest, qui n'avait pas d’enfant et qui n’aspirait qu’au repos, vendit ses droits sur l'héritage de leur parent à son frère Auguste. En conséquence, ce dernier en prit possession le 14 décembre 1635, et Jules- Ernest étant mort l’année suivante, il réunit ses Etats aux siens. Auguste trouva un pays ruiné par trente ans de guerres et par lincapacité de son prédécesseur. Par-
tout régnaient le désespoir et la misère. F1 y ramena la prospérité, et mérita le surnom de Vieillard divin, que lui décernèrent ses contemporains. 11 mourut en 1666, à l’âge de quatre-vingt-huit ans, et laissa trois fils, Rodolphe-Auguste, Antoine-Ulric et Ferdinand-Albert. Ce dernier reut en partage Bevern, et fonda la ligne collatérale apanagée de Brunswick-Bevern, qui a été illustrée par le duc Auguste-Guillaume de Brunswick-Bevern, général prussien, dans la guerre de sept ans, dont les descendants règnent aujourd'hui sur le Brunswick. Rodolphe-Auguste, prince d'un grand mérite, continua la ligne de Wolfenbüttel. A l’âge de vingt ans, il avait visité plusieurs contrées de l'Europe, et, formé par ses voyages, par ses études, qu’il ne négligea jamais, et par un long séjour à la cour du grandélecteur, il avait acquis une instruction qui se rencontrait rarement alors chez les petits princes d'Allemagne. Il céda les bailliages de Lünebourg à la ligne de Lünebourg, qui, de son côlé, renonça à la co-soarcraineté sur la ville de Brunswick, dont les droits de landsass furent enfin reconnus (1671), après une lutte de plusieurs siècles. Rodolphe-Auguste mourut en 1705. Dès 1685 il avait nommé co-régent son frère Antoine-Ulric, qui acquit en 1706 le bailliage de Campen, fit ériger en principauté le comté de Blankenburg, embrassa le catholicisme en 1710, et régna jusqu’en 1714. De ses deux fils, le cadet, Louis-Rodolphe, reçut Blankenburg ; l'aîné, Auguste-Guillaume, lui succéda dans le duché de Brunswick ; mais étant mort sans postérité en 1731, et son frère l'ayant suivi dans la tombe, en 1735, sans laisser d'enfants, la ligne de Brunswick-Bevern monta sur le trône, en la personne de Ferdinand-Aïbert, fils du fondateur de celte ligne.
Ferdinand-Albert mourut l’année même, laissant pour successeur son fils Charles , âgé de vingt-deux ans. Son amour pour les plaisirs, son goût pour Ja représentation, sa passion pour les femmes, l'augmentation de l’armée, de grands voyages, etc., épuisèrent le pays. Le désir du jeune prince de faire le bonheur de ses sujets fit éclore bien des utopies, mais donna aussi naissance à quelques institutions utiles, comme la fondation du collége Carolin. Sous son gouvernement la dette s'éleva en peu de temps à 46 millions de francs, et une banqueroute allait être inévitable, si, après la mort du ministre Schliestedt, le prince héréditaire n’avait pris la haute main dans le gouvernement et rétabli un peu d’ordre dans les finances. A la mort de son père Charles, en 1780, Charles-Guillaume-Ferdinand était parvenu à amnorlir une partie de la dette ; mais il restait immensément à faire, surtout pour regagner la confiance des étrangers. Ce prince-se montra à la hauteur de sa tâche, et le pays reprit une vie nouvelle; mais son règne se termina de la manière la plus triste. Commandant en chef de l’armée prussienne à la bataille d'Iéna, il y fut blessé mortellement, et mourut peu de jours après à Ottensen, près d'Allona, où il s'était reliré, En vertu de la paix de Tilsitt, le duché de Brunswick fut incorporé au royaume de Westphalie. La restauration de l’ancienne famille regnante suivit la bataille de Leipzig. A la fin de 1813, le fils de Charles-Guillaume-Ferdinand, Frédéric-Guillaume, qui avait hérité en 1805 de la principauté d'Œls, appartenant, depuis 1792, à son oncle le duc de Brunswick, du chef de sa femme Frédérique-Sophie, prit les rênes du gouvernement. Le retour de Napoléon le rappela aux combats. 11 fut {ué, le 15 juin 1815, à la bataille des Qualre-Bras. Ses fils Charles et Guillaume étant mineurs, le consoil privé déféra, le 7 juillet 1815, la tutelle au prince régent d'Angleterre, depuis Georges 1Y.
Le comte de Münster dirigea de Londres les affaires du Brunswick de telle manière qu'il s'attira à la fois les plus violentes attaques de la part de ses adversaires et les éloges Æs plus enthousiastes de celle de ses amis. fl es certain qu'il rétablit l'ordre dans l'administration , qu'i ularisa la delle publique ; mais son gouvernement ressembla trop à
une tutelle paternelle, et ne sut pas imprimer au pays l'essor nécessaire après tant de désastres, pour qu’il pût se relever. A la demande de la noblesse, la constitution provinciale fut rélablie au bout de quelques années, et en 1820 on entreprit de concert avec les états la révision de cette constitution ; mais le résulfat resta bien au-dessous des exigences de notre époque. Sur ces entrefaites, le duc Charles atteignit sa majorité, et prit en main le gouvernement, le 30 octobre 1823. Une disposition testamentaire de son père avait donné à son frère Guillaume la principauté d’Œls. On aperçut bientôt chez le jeune duc Charles des indices du mécontentement qu’il éprouvait de ce qui avait été fait pendant sa minorité 11 blâmait surtout les changements introduits dans la constitution ; il se plaignait d’avoir été tenu en tutelle au delà de l’âge de dix-huit ans. Il refusa donc de jurer la constitution nouvelle, abalit les lois rendues dans la dernière année de sa minorité, et se mit ainsi en lutte ouverte avec le roi d'Angleterre et avec le comte de Münster. Les membres de l’ancien conseil privé furent presque tous destitués ; l’un deux, Schmidt-Phiseldeck, dut s'enfuir dans le Hanoyre pour échapper à ses persécutions. Des favoris, la plupart incapables, et des aventuriers étrangers s’emparèrent des emplois. Le mécontentement provoqué par ces mesures fut accru par. un système de tyrannie brutale que rien ne justifait. L'opiniâtreté, la passion, l'esprit de vengeance, l’avarice, tels étaient les caractères du gouvernement du jeune duc, qui dans maintes circonstances osa violer jusqu’à l’indépendance du pouvoir judiciaire. L'amour de l'argent fit négliger les services publics ; les domaines furent aliénés malgré l’ancienne constitution elle-même, et les dépenses les plus urgentes furent restreintes. Après d’inutiles instances auprès du duc pour qu'il reconnût la constitution de 1820, les états s’assernblèrent le 21 mai 1829, en vertu du droit que leur en donnait, cette constitution, pour réclamer l'appui de la confé: dération. Les choses en étaient là lorsqu'un soulèvement éclata le 7 septembre 1830, à la suite duquel le château ducal fut livré aux flammes et le duc forcé de prendre la fuite. Ces faits n’ont pas encore été bien éclaircis, pas plus par le livre intitulé : Le duc Charles et la Révolution de Brunswick, tiré des papiers d’un homme d’État défunt (Yéna, 1843 ), où, sous le masque de l’impartialité, l’auteur n’attaque que les ennemis du duc sans le justifier lui-même, que par la brochure : Une voix du peuple sur le soulèvement du Brunswick en 1830 ( Magdebourg, 1843 ), écrite dans un sens opposé. Ce qu'il y a de certain, c’est que la révolution n’aurait pas réussi si elle n’ayait eu les sympathies du pays. Trois jours après l'incendie du château, le duc Guillaume, alors à Berlin, accourut, et se chargea provisoirement du gouvernement. Il agit d’abord au nom de son frère; mais, après d’infructueuses tentatives de contre-révolution de la part de ce dernier, il cessa de le consulter. La tranquillité fut bientôt rétablie, et la diète elle-même n'hésita plus à reconnaitre la validité de la constitution de 1820. Elle pria aussi le duc Guillaume de continuer à gouverner jusqu'à la décision définitive des aguats. Ceux-ci ayant déclaré le duc Charles déchu, comme incapable de régner, le duc Guillaume reçut l'hommage des états, le 25 avril 1831, après avoir juré la constitution. Mais l'expérience ne tarda pas à en signaler les vices. Dès 1831 un projet de révision fut présenté aux états, qui nommèrent une commission chargée de l'examiner ; et, d'accord avec le gouvernement, celle-ci en élabora un nouveau, qui fut adopté en octobre 1832 comme loi fondamentale. La première diète, convoquée en vertu de la constitution révisée, s’assembla le 30 juin 1833, et siégea jusqu'au mois de mai 1835, après plusieurs prorogations. La peur du libéralisme allemand était alors à l'ordre du jour, et se reflète dans les travaux de cette assemblée. Le parti libéral, composé en majeure partie des membres nouveaux, y fut en butte aux méfiances des autres députés et de la noblesse, et au mauvais vouloir du gouvernement. 11 en résulla que
les mesures même les plus utiles furent rejetées, comme la publicité des débats, ne fût-ce que l'impression pure et simple des procès-verbaux, et les députés perdirent la confiance publique. Parmi le grand nombre de mesures qui furent adoptées, la loi relative à l’amortissement et la loi municipale sont celles qui eurent les plus heureux résultats. La discussion du premier budget triennal donna lieu à de violents débats ; cependant on finit par opérer des économies assez notables, L'introduction d'une monnaie d’un autre litre et la démonétisation de la monnaie de convention produisirent un mauvais effet dans le pays, et occasionnèrent des pertes considérables pour le trésor. La seconde diète s’ouvrit le 27 novembre 1836, et termina sa session le 27 juillet 1837. Elle ne s’occupa guère que du budget. La loi la plus importante qu'elle rendit fut l'abolition partielle des droits féodaux. Elle vota aussi les fonds nécessaires à la construction d’un chemin de fer entre Brunswick et Harzburg, chemin qui est devenu le centre du grand réseau des chemins de fer de l'Allemagne du Nord. Une courte session des états, du 9 novembre au 19 décembre 1837, eut pour principal objet l’accession de Blankenburg, Walkenried et Kalværde à l’union des douanes
allemandes. Au mois d'avril 1839, une amnistie fut accordée |
au petit nombre des condamnés politiques du Brunswick. Le 13 mars 1839 les états furent encore une fois convoqués extraordinairement, les dépenses du chemin de fer dépassant toutes les prévisions; et ce ne fut pas sans une vive opposition qu’ils allouèrent de nouveaux fonds. La troisième session ordinaire commença le 9 décembre 1839, et dura jusqu’au mois de janvier 1842. Elle fut surtout consacrée à la discussion du nouveau code criminel, mis en vigueur dès le {°° octobre 1840. L'opposition réclama de nouveau, mais sans succès , la publicité des débats et la liberté de la presse. 6,232,000 fr. furent votés pour la construction d’un chemin de fer entre Wolfenbüttel et Oschersleben, à condition qw’il serait continué jusqu’à Magdebourg par une compagnie d’actionnaires. Des difficultés entre le Hanovre et le Brunswick ayant amené la rupture des négociations relatives à une convention douanière, le gouvernement accéda au Zollverein; la partie sud-ouest du duché resta cependant encore un an dans les mêmes rapports avec le Hanovre. De là désunion entre le gouvernement et les états; le mécontentement réagit sur les élections, et la coalition d’une coterie de la noblesse avec le parti libéral menaça de renverser un ministère partisan du progrès modéré. A l’ouverture de la session, en novembre 1842, le gouvernement, en nommant pour président l’avocat Steinacker, détacha de la coalition le partilibéral, et la session se passa plus paisiblement qu’il ne l’espérait. Le 1° janvier 1844, le Hanovre ne se montrant pas disposé à entrer dans le Zollverein, tout le duché, à l'exception des enclaves situées dans ce royaume, y accéda. Le budget fut adopté avec de légères réductions sur l’armée , et l’on vota sans opposition la prolongation du chemin de fer jusqu’à la frontière hanovrienne; mais la proposition de rendre publiques les séances des états fut encore une fois rejetée. Le mécontentement provoqué par les principes du gouvernement en matière commerciale se manifesta plus clairement encore aux nouvelles élections; pas un seul fonctionnaire public ne fut élu. La session s’ouvrit en novembre 1845 ; la méfiance générale s’y fit jour, et au mois de mai de 1847, lorsque les états se séparèrent, le bon accord n'avait pas encore pu renaître. Quoique le budget n’eût pas été voté, le gouvernement perçut les impôts pendant la période financière de 1846 à 1848, et la commission permanente évita de convoquer la diète, comme on s’y attendait,
Ce fut dans ces circonstances qu'éclatèrent les événements de mars 1848. Le gouvernement du Brunswick, cédant alors enfin à la voix de l'opinion, se déclara partisan de la Kberté ét de l'unité de l’Allemagne. Dès les premiers jours de mars il abolit la censure et accorda la publicité des débats de ja diète; le 31 il convoqua extraordinairement les états,
et de concert avec eux il rendit une foule de lois importantes relatives à la publicité des débats judiciaires, au jury, à la liberté de la presse et de la librairie, à l'égalité des culles devant la loi, au droit d'association, à l'abolition da droit de chasse, aux élections, etc. Le 18 décembre 1848 la nouvelle diète s’'assembla. Les anciens libéraux y firent cause commune avec le gouvernement, qui, de son côté, céda à toutes les exigences raisonnables. Le 27 mai 1851 le duc renfra dans la confédération; mais le pays ne renonça qu’avec douleur à ses espérances d'unité allemande. En 1858 une importante réforme fut établie : plusieurs impôts particuliers furent supprimés et remplacés par un impôt foncier général, Quoique le duc eût appuyé, dans les dernières années, la politique prussienne au sein de la diète germanique, il s’abstint, en 1866, de prendre parti pour la Prusse et s’efforça de conserver la neutralité jusqu’au moment où l’occupation du Hanovre et de la Hesse le détermina à mettre ses troupes à la disposition du vainqueur, Depuis il adhéra à la Confédération de l'Allemagne du Nord, et en 1870 à la formation de l'empire allemand. Consultez Dürre, Le Brunswick au moyen âge (1861); Koch, Essai d'une Histoire de la maison de Brunswick et de Lünebourg (Brunswick, 1764); Havemann, Histoire du Brunswick et du Lünebourg (2 vol., Lünebourg, 1837-1838); Bülow, Documents pour l'Histoire du Brunswick (Brunswick, 1833) ; Gœrges,
Histoires patriotiques et choses mémorables (vol. 1-3,
Brunswick, 1843-1845).
BRUNSWICRK (Orxox DE), price cadet de cette maison , n'ayant point d’héritage à espérer en Allemagne, passa ea Italie, à l'exemple de plusieurs de ses compatriotes, pour y exercer le métier de condottiere. 11 s’engagea d’abord dans la compagnie anglaise au service du marquis Jean de Montferrat, et se distingua dans la guerre qu’il fit aux Visconti. Neuf ans il fut le conseiller, le ministre, le général du marquis, qui à sa mort, arrivéeen 1372, lui légua la tutelle de ses enfants. J1 en remplit les devoirs avec sa loyauté habituelle, força les Visconti à lever le siége d’Asti, porta à son tour la désolation dans le Milanais, et contraignit les seigneurs de ce pays à reconnaître les droits de ses pupilles.
Sur ces entrefaites Jeanne I'°, de Naples, ayant perdu son troisième mari, l’infant d'Aragon, épousait, en 1376, Othon, sans l’associer au trône, et uniquement pour se donner un appui contre le roi Louis de Hongrie. En acceptant la main de la reine, Othon ne renonça pas à la tutelle des jeunes marquis de Montferrat. L’aîné, Secondotto, ayant été tué par un homme du peuple qu'il avait insulté, le puiné Jean II rappella Brunswick pour le défendre contre le seigneur de Milan. Jeanne, à son tour, eut besoin de lui pour repousser une atiaque de son cousin Charles de Durazzo, soutenu par le roi de Hongrie et le pape Urbain VI. Mais, abandonné par la noblesse et les milices de Naples, Othon fut obligé de le laisser entrer dans la capitale sans coup férir. Ayant appris, cependant, que la reine, réfugiée dans le Château-Neuf, avait promis de se rendre si dans huit jours elle n’était pas secourue, il présenta la bataille à Durazzo le 25 août 1381, devant le château Saïnt-Elme; mais il fut battu, et fait prisonnier à la tête d’une poignée de soldats qui lui restait, après avoir eu la douleur de voir tomber à ses côtés son pupille le marquis de Montferrat. 11 apprit bientôt que Jeanne elle-même avait été immolée à la défiance du vainqueur et massacrée sans pitié dans une émeute fomentée à dessein.
Charles III, le nouveau roi, attaqué bientôt par Louis d'Anjou, que Jeanne avait adopté, fut amené, en août 1384, à désespérer presque de sa couronne. Tirant alors Othon du château de Molfetta , où il était enfermé depuis trois ans, il ne dédaïgna pas de demander des conseils à son ennenii, et Othon le sauva de ce mauvais pas en lui enseignant à temporiser : Louis d'Anjou, qui ne pouvait jamais l’atteindre, vit son armée détruite par les maladies, et mourut bientôt
lui-même. Alors Charles rendit {a liberté à Othon , qui vint s'établir à Rome.
Ce roi étant mort à son tour, la minorité de son fils Ladislas offrit, en 1387, à Brunswick une occasion de venger la reine Jeanne, en attaquant Naples avec l’armée de Louis I d'Anjou. 11 s’empara de la ville, et fit punir tous ceux qui avaient trempé dans le meurtre de sa femme. Mais Louis Il ayant envoyé à Naples un nouveau gouverneur, qui manqua d’égards envers Othon, celui-ci quitta le parti des Angevins por celui de Ladislas. Fait prisonnier en 1392 , ilracheta sa liberté, et s’engagea à ne pas reprendre les armes de dix ans, Ce repos forcé abrégea ses jours. IL mourut sans enfants, en 1399. Jeanne lui avait donné la principauté de Tarente, et il était devenu Italien de cœur.
BRUNSWICR (Ernesr, duc pe), dit le Confesseur, fils de Henri le jeune, naquit le 26 juin 1497 et mourut le 11 juin 1546. A Wittemberg il enfendit Luther prêcher et adopta ses doctrines. 11 voyagea ensuite en France; et quand fl revint en Allemagne, ce fut pour y prendre ouvertement en mains la défense de la Réformation. Signataire de la confession d’Augsbourg, il adhéra à la ligue de Schmalkalde,
BRUNSWICRK (Éric, duc ne), dit l’ancien, né en 1470, mort en 1550, entreprit à l’âge de dix-huit ans un voyage à la Terre Sainte, au retour duquel il alla visiter la cour de l'empereur Maximilien L, qui lui accorda toute sa confiance. En 1493 il se distingua dans une campagne contre les Tures ; et à la bataille livrée en 1504 sous les murs de Ratisbonne , faisant un rempart de son corps à Maximilien, tombé de cheval et blessé, il lui donna ainsi le temps de se dégager pour revenir prendre part à l’action. A quelque temps de là l’empereur assiégea Kufstein. IL fallut des efforts immenses pour réduire cette petite place , dont l’héroïque résistance irrita tellement Maximilien, qu'il résolut d’en passer tous les habitants au fil de l'épée, jurant de souffleter quiconque lui parlerait de leur faire grâce. Éric de Brunswick se soumit à cet outrage, quand il eut vu dixsept soldats subir le dernier supplice. Le duc Éric resta fidèle à l’ancien culte, et paya son attachement à la foi de ses pères d’une grande partie do ses possessions ; ce qui ne l’empêcha point de faire preuve en toutes occasions d’une tolérance bien rare en ce tempslà.
Son fils Énic, dit Le jeune, né en 1528, mort à Padoue, en 1580, avait été élevé par sa mère dans la foi protestante; mais il revint au catholicisme, et prit parti pour Charles- Quint contre les princes signataires dela Confession d'Augsbourg. Après avoir d’abord essayé de s'opposer aux progrès de la Réformation, ilse montra ensuite plus tolérant, et en 1553 il autorisa même l'exercice du nouveau culte dans ses États. Entré au service de Philippe IT dans les guerres de ce prince contre la France, il reçut de lui le collier de Ja Toison d'Or, et mourut sans laisser de descendance directe.
BRUNSWICK (Aucusre, duc nt), né en 1579, mort en 1666, a laissé divers ouvrages publiés sous le nom de Selenus, tiré du grec cexñvn, lune, qui forme la première partie du nom d’un des apanages de la maison de Brunswick , le duché de Lunebourg. 11 fit ses études à Rostock , à Tubingue et à Strasbourg, visila la plus grande partie de l'Europe, recherchant partout les savants et les lettrés, IL se lia d'amitié en France avec Henri IV, et devenu duc régnant en 1634 par la mort de Frédéric-Ulrich, il montra la sol- Jicitude Ja plus éclairée pour la prospérilé matérielle de ses Etats. Test ainsi qu'il imprima une impulsion nouvelle à l'exploitation des mines du Harz. 11 fonda à Wolfenbüttel, sa résidence, une bibliothèque, qui en 1644 comprenait déjà quatre-vingt mille volumes, On a de lui un Traité du jeu des Echecs (en allemand ; avec gravures ; Leipzig, 1616); un 7raité de la Culture des Vergers 1636); une Histoire de la Passion, de la Mort el de la Sépulture du Christ (Lunebourg, 1640); C r'yplomenityces et Criplographiæ, in quibus elplanissima Stenographiæ a Jos. Trilhenio ma-
gice et ænigmaticeconscriptæ enodatio traditur, inspersis ubique authoris ac aliorum non contemnendis inventis (Lunebourg, 1624, in-fol. ).
BRUNSWICR (CmarLortTE - CHRISTINE - SOPRIE pE ), femme du czaréwitch Alexis Pétrowitch, avait été choisie par Pierre le Grand pour son fils, à cause de ses vertus. Alexis y resta insensible, joignit même l’outrage à l’indifférence, et lui préféra sans pudeur une paysanne suédoise. Charlotte n'osa s’en plaindre; mais le chagrin ruina sa santé, En 1714 elle mit au monde une princesse, qui fut nommée Natalie; une seconde couche lui fut fatale, en 1715 : avant de mourir elle recommandases enfants à Pierre le Grand. Alexis ne parut pas une seule fois au chevet de sa femme expirante; ellesuccomba le 2 novembre, à vingt-et-un ans, dans la quatrième année de son mariage, après avoir défendu qu’on l’'embaumät ; ses funérailles furent magnifiques, etle 7 novembre elleétait inhbumée dans l’église de la citadelle de Saïnt-Pétersbourg.
Voilà ce que raconte l’histoire ; mais les mémoires secrets ne s'arrêtent pas là. A les en croire, la princesse, enceinte de huit mois, aurait été tellement maltraitée par son mari, qu'elle serait tombée évanouie, baïgnée dans son sang. Alexis, après cette action brutale , s'étant enfui à la campagne, l’entourage de Charlotte lui aurait conseillé de s’enfuir de son côté ; etla comtesse de Kænigsmark, aidée des personnes de sa suite ayant répandu le bruit qu'elle était morte, en couches, aurait fait enterrer une bûche à sa place. Sur ces entrefaites , elle passait en France, et de là à la Louisiane, où elle épousait un gentilhomme, nommé d’Aubant. Revenue en France avec lui, elle aurait été reconnue par le maréchal de Saxe au Jardin des Tuileries, aurait, dans de nouveaux voyages, perdu son époux, se serait mariée en troisièmes noces avec un M. Moldack, et aurait terminé ses jours, après la mort de ce dernier, à Vitry-sur- Seine. Un mot suffit pour faire justice de cette fable : les obsèques de la princesse avaient eu lieu publiquement ; elle avait été exposée la face découverte, et ses sujets avaient été admis à lui baiser la main. L'acte mortuaire de la dame Moldack a été, en outre, levé à la paroïsse de Vitry ; elle y est appelée Marie-Élisabeth Danielson.
Mais voici venir Voltaire, qui nous donne la clef de cette énigme : « Une Polonaise, dit-il, arriva en 1722, à Paris, et se logea à deux pas de la maison que j'occupais ; elle avait quelques traits de ressemblance avec l'épouse du czaréwitch. Un officier français, nommé d’Aubant, qui avait servi en Russie, fut frappé de la ressemblance; et cette méprise donna envie à la dame de trancher de la princesse. Elle avoua ingénûment qu’elle était la veuve de l'héritier de la Russie, et qu’elle avait fait enterrer une bûche à sa place. D’Aubant, amoureux d’elle et de sa principauté, ayant été nommé gouverneur d’une partie de la Louisiane, l’amena en Amérique. Le bon homme est mort persuadé qu'il avait épousé la belle-sœur d’un empereur d'Allemagne et la bru de l’empereur de Russie; ses enfants le croient de même, et ses-petits enfants n’en douteront pas. »
BRUNSWICK (Sorme-Donoraée, duchesse ne), femme de George I*, roi d'Angleterre. Voyez Sopme-Do- ROTHÉE.
BRUNSWICRK (Fennixanp, duc pe), l’un des meilleurs généraux prussiens de la guerre de sept ans, né le 12 janvier 1721, à Brunswick, et le quatrième des fils du due Ferdinand Albert, fut destiné de bonne heure à la carrièra militaire, A l’âge de dix-huit ans il parcourut l'Allemagne, la Hollande, la France et l'Italie; et en 1739 il entra au service de Prussecomme colonel et chef d’un régiment, Les guerrex de Silésie furent l’école à laquelle il se forma au métier des armes. Après avoir, au début de la guerre de sept ans, décidé la bataille de Prague en faveur de l’armée prussienne et avoir donné en diverses occasions les preuves les plus éclatantes de son courage héroïque et de ses talents comme général, il reçut de Frédéric II, vers la fin de 4757,
le commandement en chef de l’armée des coalisés chargée d'opérer en Westphalie. Ayant à combattre une armée française de beaucoup supérieure en nombre, il déploya dans cette campagne toutes les ressources de son génie. Al chassa les Français de la basse Saxe, de la Hesse et de la Westphalie, et remporta les victoires de Crefeld et de Minden. A la paix, la mésintelligence s'étant mise entre lui et le roi, il donna sa démission ; et depuis lors il vécut dans son château de Vechelde, où il s’occupa beaucoup de franc-maçonnerie, de sicences hermétiques et même d’illuminisme. Les sciences el les arts n'avaient d’ailleurs pas de protecteur plus sympathique ni plus généreux ; les peintres et les musiciens surtout pouvaient toujours compter sur son appui. En même temps il était d’une inépuisable charité à l'égard des pauvres, se faisant un devoir et un plaisir de fournir à des jeunes gens pauvres, mais annonçant d’heureuses dispositions, les secours nécessaires pour continuer leurs études. Le seul reproche qu'on puisse lui adresser , c’est d’avoir trop facilement prêté l'oreille à quelques intrigants de bas étage dont il avait fait ses favoris, et en général d’avoir eu toujours trop de faible pour les étrangers et en particulier pour les Français. 11 mourut à Brunswick, le 3 avril 1792, à l’âge de soixante-et-onze ans. Trois mois plus tard , son neveu, Charles-Guillaume-Ferdinand , duc régnant de Brunswick, allait à Coblentz prendre le commandement de l’armée prussienne destinée à envahir la France (voyez l’article suivant).
BRUNSWICR (CuarLes-GuiLLAUME-FERDINAND, duc DE), qui régna de 1780 à 1806, né à Wolfenbüttel, le 9 octobre 1735, fils atné du duc Charles et de la princesse Charlotte, l’une des sœurs de Frédéric le Grand, eut dès lâge de sept ans l’abbé de Jérusalem pour gouverneur et pour précepteur, et suivit ensuite les cours du collége Carolin. De bonne heure son cœur s’enflamma pour la gloire, et les hauts faits de Frédéricne purent que développer encore davantage en lui cette passion. La guerre de sept ans lui fournit pour la première fois l’occasion de développer ses talents. Il fut chargé de conduire les troupes de Brunswick à l’armée anglo-hanovrienne ; et à la bataille d'Hastenbeck (28 juillet 1757), dont le résultat fut si funeste aux armées coalisées, il prouva, au dire de Frédéric 11, qui s’y connaissait, que la nature avait fait de lui un héros. Il prit d’ailleurs la part la plus active à toutes les opérations de l’armée commandée par son oncle Ferdinand (voyez l’article précédent); de sorte que l’estime qu'avait pour lui Frédéric le Grand ne put que s’accroitre, comme on le voit dans son Histoire de la Guerre de Sept Ans et dans son Ode au prince héréditaire de Prusse. A la fin dela guerre, en 1764, il épousa Augusta, fille du prince Frédéric-Louis de Galles, et s’adonna alors à la culture des sciences et des lettres. En 1773 il rentra bien au service de Prusse en qualité de général, mais sans trouver occasion de développer ses talents militaires. A la mort de son père, arrivée le 26 mars 1780, il prit les rênes de l’État d’une main ferme et vigoureuse. Il diminua le personnel de sa cour et les charges du pays, encouragea l’agriculture, favorisa la liberté du commerce, entreprit de grands travaux de construction, et s’occupa même des divertissements publics. Cependant, avec les meilleures intentions du monde, ileut souvent le malheur ou de manquer complétement son but ou de ne l’atteindre que très-imparfaitement. Les améliorations qu'il avait projetées pour l'instruction publique rencontrèrent notamment de grandes difficultés.
La facilité avec laquelle, en 1787, à la fête d’une armée prussienne, il avaitrétabli le stathouder héréditaire des Pays- Bas dans ses droits l’avait mis en si grand renom, qu’on attendit de luides résultats aussi prompts dans la campagne de France, lorsque la révolution y eut éclaté. Ilreçut donclecommandement en chef des armées prussienne et autrichienne, etpublia, le 25 juillet 1792, à Coblentz, son fameux man ifesle,
DICT. DE LA CONVERS, — T, IVe
rédigé dans les termes les plus hautains et les plus durs, œuvre d’un Français appelé de Limon, à la rédaction duquel certains ont accusé le célèbre Benjamin Constant, alors son chambellan, d’avoir coopéré, et qui souleva la plus vive indignation, bien que plus tard on en eñt adouci les termes.
Le plan du duc était de traverser la Lorraine en marchant droit sur Paris, d’intercepter tous les approvisionnements de cette capitale et de la réduire par la famine à capituler, 11 pénétra jusqu’en Champagne ; mais làle manque de vivres et les maladies qui décimaient son armée le déterminèrent à attaquer, le 20 septembre, à V alm y le corps placé sous les ordres de Kellermann, pour forcer Dumouriez, qui occupait le camp de Sainte-Menehould, à accepter une bataille, Toutefois, l’armée française réussit à conserver ses positions ; deux jours après, il se voyait contraint d'accéder à un armistice, etle 29 septembre d’évacuer la Champagne.
Pendant ce temps-là, Custine s’éfait successivement emparé de Spire et de Worms, puis, le 21 septembre, de la forteresse de Mayence ; le plus important pour les coalisés fut dès lors de songer à reprendre cette plaee. En conséquence, le duc commença, d'accord avec les Autrichiens, la campagne de 1793 sur le haut Rhin. Le 7 mars il enleva la forteresse de Kænigstein; le 22 juillet suivant Mayence tomba en son pouvoir, et il fi£ alors ses préparatifs pour reprendre Landau. Mais le 14 septembre les Français tentèrent une attaque générale, depuis Strasbourg jusqu’à Saarbruck, contre Wurmseret contre le duc de Brunswick, en même temps que Moreau livrait une sanglante bataille à Pirmasens dans le cercle bavaroïs du Rhin. Les Français furent contraints d’abandonner leur camp de Hornbach et de battre en retraite jusqu’à la Saar. Un mois plus tard, le duc de Brunswick, agissant de concert avec Wurmser, réussit à s'emparer des lignes de Wissembourg et à se rapprocher de Landau. Pour se donner un point d'appui de plus, il essaya, dans la nuit du 16 au 17 novembre, d’enlever le château de Bitche, qui forme la clef des Vosges. Cette tentalive ne lui réussit point : mais en revanche il battit à Kaiserslautern une division de l’armée française de la Moselle, commandée par Hoche, qui s’avançait à travers ces montagnes pour venir au secours de Landau.
Les attaques continuelles tentées par Hoche et Pichegru, et la rupture des lignes autrichiennes, opéréele 22 décembre par Pichegru à Froschwoiler, ayant contraint les Autrichiens à repasser le Rhin, le duc de Brunswick se trouva, lui aussi, forcé de battre en retraite. Comme déjà des mésintelligences sérieuses s'étaient élevées entre la Prusse: et PAutriche, il résigna, au commencement de l’année 1794, son commandement, dont M œllen dor f fut investi en sa place, A partir de ce moment jusqu’à 1806, époque de néfaste mémoire pour les armes prussiennes, il se consacra uniquement à l’administration de ses États, dont tons ses efforts tendirent à accroître le bien-être et la prospérité. Son édit des dettes (Schuldenedict), qui date de cette époque, est un modèie de législation en matière de faillites. Parvenu à la vieillesse, et à un âge où il eût pu, sans $’exposer à aucun reproche, se retirer du tumulte et des orages de la politique, il accepta en 1806, quand la guerre éclata entre la Prusseet la France, le commandement en chef de l’armée prussienne. C'était assumer un fardeau au-dessus deses forces et une responsabilité tout à fait disproportionnée. Privé de l’usage de ses deux yeux par un coup de feu à la bataille d’Auerstædt (voyez INA), il se vit forcé de fuir ses États héréditaires, et alla mourir à Ottensen, près d’Altona, le 10 novembre
BRUNSWICR (AMÉLIE-ÉLISABETH-CAROLINE, princesse DE). Voyez CAROLINE.
BRUNSWICK (MaximL.-Jures-LÉOPOLD, prince DE), fils cadet du due Charles de Brunswick et frère de Charles-
Guillaume Ferdinand, néà Wolfenbüttel, le 10 octobre 1752, reçut une excellente éducation, sous la direction de l'abbé Jérusalem, et fit ses études académiques à Strasbourg. Il parcourut ensuite l'Italie, et fut accompagné dans ce voyage par Lessing. Neveu de Frédéric le Grand, il fut nommé en 1776 chef d’un régiment d'infanterie à Francfort-sur-l’Oder, où, après la guerre de la Succession de Baniè”e, à laquelle il avait assisté, il établit sa résidence. La bonté de son cœur, son active sympathie pour tout ce qui intéressait le bien général, son empressement à adoucir toutes les souffrances et toutes les misères, lui méritèrent les respects de toute la population de cette ville. Nature noble et sensible, il se mettait hardiment au-dessus des prétendues convenances de son rang, et s’attira ainsi à diverses reprises de vifs reproches de la part de Frédéric le Grand. C’est à lui et à son régiment que les habitants de Franefort furent redevables, en 1780, de à conservation des digues qui préservèrent les faubourgs de eur cité de l’inondation; etil fit preuve d’un dévouement non moins actif à l’occasion de divers incendies qui y éclatèrent vers la même époque. 11 fonda en outre à Francfort, pour les enfants pauvres de son régiment, une école qui existe encore aujourd’hui. Lors de la débâcle des glaces, le 27 février 1785, il se noya dans les flots de l’Oder, au-dessous du faubourg de la Digue, à Francfort, sur la rive droite du fleuve. La tradition veut que dans cette occasion il ait été victime de son humanité au moment où il cherchait à porter secours dans un canot à des habitants du faubourg menacés de périr entre les glaçons, et la statue qu’on lui a élevée sur la rive droite de l’Oder consacre le souvenir de cet acte de généreux dévouement. Mais il résulte d’un article publié en 1844 dans l’Almanach historique de Raumer, qu’au jour indiqué pas un seul habitant, soit de la ville, soit des faubourgs de Francfort, ne se trouva en danger d’être englouti, et que le prince périt tout simplement victime de l'imprudence qui le porta à essayer, avec deux soldats de son régiment, de passer en bateau au milieu des débris d’un pont renversé, par-dessus lequel se précipitait en fureur le fleuve débordé.
Son frère Frédéric-Augustle, né en 1740, mort en 1805, se livra avec beaucoup d’ardeur à la culture des lettres, et devint membre de l'Académie de Berlin : il traduisit en italienles Considérations sur la Grandeur et la Dévadence des Romains, de Montesquieu, composa dans la même langue une Histoire d'Alexandre le Grand, et fit jouer quelques pièces en allemand et en françdis sur les théâtres de Berlin et de Strasbourg.
Un autre frère, Guillaume-Adolphe, né en 1745, mort en 1771, d’une fièvre inflammätoire, en allant combattre les Turcs avec l’armée russe, dans laquelle il ävait pris du service, fut aussi membre de l’Académie de Berli ; il composa la Mexicade, poëme français, resté inédit, et publia une traduction allemande de Salluste et un Discours sur La Guerre, qui obtint des éloges du grand Frédéric, soûs les ordres duquel il servait alors. |
BRUNSWICR ( FrépÉnc-GuiLLAUME, due në£ ), né le 9 octobre 1771, le quatrième et dernier fils du duc Charlés Guillaume Ferdinand ( voyez plus haüt }, reçut la même éducation que ses deux aînés, jusqu’au moment où la carrière militaire, à laquelle il était destiné exigea qu'il suivit ‘une direction particulière. Son père l’aimait tendrement, mais ne l'en traitait pas moins avec une sévérité extrême. Dès 1786 le roi de Prusse le nomma successeur de son oncle, le duc Frédéric-Auguste d'Œls, qui mourut en 1805. À son rétour de Suisse, où il passa quelque temps à Lausanne, il fut nommé capitaine dans ün Fégiment d'infanterie prussienne, où à partir de 1792 il fit les campagnes contre la France et après la paix de Bâle il obtint un régiment, En 1804 il épousa la princesse Marie-Élisabeth-Wilhelmine de Hade à de laquelle il eut les princes Churles et Guillaume ( voir ci-après leurs articles spéciaux ). En 1806 il prit jart à la
guerre contre Ja France avec toute l’ardeur que provoquait en lui le spectacle de l'Allemagne courbée sous le jong de l'étranger; et à la fin de la campagne il faisait partie du corps de Blucher, avec lequel il fut fait prisonnier à Lubeck. A la mort de son père, arrivée le 10 novembre 1806, il lui succéda comme souverain, son frère aîné étant mort un mois auparavant sans laisser d'enfants, et ses deux autres frères , frappés d’une cécité incurable, ayant dû renoncer à leurs droits en sa faveur. Mais Napoléon, dans son omnipotence, décida qu’en portant les armes contre lui il avait perdu tout droit d’hériter de sa famille. Après la paix de Tilsitt, il séjourna en conséquence à Bruchsal, où sa femme mourut, en 1808. Quand l'Autriche recommença la guerre, en 1809, il leva un corps franc en Bohême.
Déjà Schill avait succombé à Stralsund, quand le due . envahit la Saxe, Mais le roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, le contraignit bientôt à évacuer avec ses liussards noirs Dresde et Leipzig. 11 se jeta alors en Franconie, où, de la Bohême, les Autrichiens avaient tenté unie pointe. Une fois l'armistice de Znaïm conclu ( {2 juillet 1809 }, il renonça à l'alliance de l’empereur d'Autriche, et marcha d’Altenbourg sur Leipzig avec son corps, fort encore de 1,500 hommes, dont 700 cavaliers. Après un petit combat qu'il eut à y soutenir, il continua sa marche par Halle sur Halberstadt, où il battit le cinquième régiment d'infanterie westphalienne, commandé par le colonel Wellingerode, qu’il fit prisonnier. De là il marcha sur Brunswick, et le 1°* août, à Olpert, village voisin de cette ville, il soutint aväntageusement un combat contre 4,000 Westphaliens, commandés par le général Reubel. 11 se dirigea ensuite par Hanovre sur Nieuburg, où il effectua le passage du Weser. Le 4 août il arriva à Hoya, où il s'empressa de passer sur la rive gauche du Weser, tandis qu'une partie de son corps filait sur Brême pour y faire une démonstration.
Le 5 août, en effet, ses hussards noirs entrèrent à Brêiie; mais ils durent l’évacuer dès le lendemain. Pendant cé {temps le duc avait continué sa märche à travers le duché d'Oldenburg. 11 passa la nüït du 5 au 6 août à Delmenhorst, et il. sembla alors que son intention fût de gagner la Frise orien tale pour s’y embarquer. Mais traversant à l'improvisté, à Huntebruck, la Hunte, l’un des afflüents du Weser, il s’einpära de tous Jes navires el embarcatiots qui se trotivaient à Elsfleth. Le 7 au matin, après avoir émbärqué de vive force les marins nécessaires, il mit à la voile soûs pavillon anglais. Le 8 il débarquait à Helivoland, d’où il se rémbarquait dès le {1 pour l'Angleterre. 11 y fut accueilli de là manière la plus Sympathique, äinsi que son corps, qui passa aussitôt au service anglais ét fut employé plus tard en Espagne et en Portugal. Le parlement lui votä une pension de 6,000 liv. sterling, qu’il continua de toucher jusqu’à son retour dans ses États, le 28 décembre 1813. ,
En prenant les rênes du pouvoir, il voulut faire le bien, mais il voulut le faire trop vite, négligeant trop les formes enusage. Il se heurta donc à une foule d'obstacles qu’il n'avait pas prévus, et ne répondit pas aux espérances qu'il avait fait concevoir; c'est ainsi notamment que sa prédilection pour le militaire acheva de complétement ruinet les finances publiques, déjà bien délabrées, Les événements de 1815 l'ayant rappelé dans les camps, il périt de la mort des braves, à la balaille des Quatre-Bras, le 16 juin 1815. 11 eut pour successeur son fils Charles, alors encore mineur,
BRUNSWICK (FRÉDÉRIC-AUGUSTE-GUILLAUME-CHAR+ LES, ex-duc pe), l'aîné des deux derniers rejetons de la ligne aînée de la maison des Guelfes, fils du précédent et de Marie-Élisabeth, fille du prince héréditaire Charles-Louis de Bade, est né le 30 octobre 1804 à Brunswick, La bataille d'Iéna contraignit sa mère à se réfugier avec lui et son jeune frère en Suède, auprès de sa sœur, femme du roi Gustave Adolphe 1V; et ce ne fut qu'en août 1807 que la famille
! ducale put se trouver réunie dans un tranquille asile, à
Carlsruhe, La mort de leur mère, arrivée en avril 1808, eut pour les deux jeunes princes des résultats d'autant plus funestes, que leur père se trouva forcé par les événements de les confier à la garde d'étrangers. Au printemps de 1809, le major Fleischer, connu plus tard sous le nom de colonel Nordenfels, les conduisit de Bruchsal, où ils étaient jusqu’alors restés aux soins de leur grand’mère, la margrave douuirière de Bade, à Œls en Silésie.
Menacés encore une fois dans cette retraite, ils furent menés d’abord à Nachod en Bohème, puis à Kolberg, plus tard en Suède; et en septembre 1809 ils arrivèrent enfin en Angleterre, où leur père les confia à sa mère, la duchesse douairière Augusta, sœur de Georges III, près de laquelle ils vécurent jusqu'en 1813. On chargea de leur éducation un ecclésiastique anglican, le chapelain Prince, homme fort au-dessous d’une telle mission. En 1814 ils accompagnèrent avec leur instituteur leur père à Brunswick.
Aux termes de l'acte de dernière volonté laissé par leur père, tué en 1815 aux Quatre-Bras, ils passèrent sous la tutelle du prince régent d'Angleterre. A peu de temps de là leur premier instituteur fut congédié, parce qu’on attribuait à sa méthode d'enseignement le peu de progrès faits jusqu'’alors par le prince Charles dans les notions les plus rudimentaires. Plus tard, quand ce prince éleva les plus odieuses imputations contre son tuteur, il prétendit que de l'éloignement de son premier précepteur datait la mise à exécution d’un plan systématiquement suivi depuis pour le rendre complétement incapable de gouverner lui-même ses États, faute d'instruction. Mais des documents dignes de foi témoignent que le tuteur du jeune prince, bien qu'éloigné de lui, veillait à ce qu’il fût convenablement élevé, et que le ministre comte de Munster, ainsi que le conseiller intime Schmidt-Phiseldeck, furent loin d’obéir à des motifs d'ambitieux égoïsme dans la direction qu’ils donnèrent à son éducation. Certains recueils allemands prétendent en outre que le jeune duc Charles dut à de vicieuses habitudes ce qu'il y eut d'incomplet dans son développement physique et intellectuel, manifestant d’ailleurs en toute occasion une précoce avidité pour l'argent et les idées les plus orgueilleuses au sujet de ses droits comme souverain.
Après avoir passé cinq années à Brunswick, les deux Jeunes princes se rendirent à Lausanne, en 1820, sous la conduite de leur gouverneur, le major de Linsingen. La mauvaise société que fréquenta dans cette ville le duc Charles ne fit qu'augmenter son goût pour les excès de tout genre. Alors les rapports existant entre le jeune duc et son gouverneur arrivèrent à être tels, qu’en 1822 le roi d’Angleterre déchargea le major de ses obligations ; quant au duc, il alla trouver à Bruchsal sa grand/mère. En 1822 il se rendit à Vienne, sous la conduite du colonel Dœrnberg, et c’est dans cette capitale qu’il manifesta pour la première fois le désir de voir avancer l’époque de la déclaration de sa majorité. Ce qu’on connarssait de son caractère détermina le roi d'Angleterre à reculer cette déclaration de majorité autant que le permettait le droit; cependant, d'accord avec les cours de Vienne et de Berlin, il appela enfin le duc Charles à prendre les rênes du pouvoir, le 23 octobre 1823.
Le duc Charles ne vit dans l’organisation nouvelle donnée pendant sa minorite aux états que le dessein de limiter son autorité. 11 refusa en conséquence de la reconnaître, et ne reçut point la prestation de foi et hommage que prescrivait cette constitution. 11 s’occupait d’ailleurs fort peu d’affaires publiques, trahissait à tout moment la plus grossière ignorance en ces matières, ainsi que le manque absolu de sens pour ce qui est beau et noble. En 1824 il voyagea en Italie; de là il se rendit à Hambourg, puis en 1825 en Angleterre, où il fit enlever une jeune fille qu’il ramena avec lui à Brunswick, puis qu’il en chassa sans pitié quand elle fut évenue mère, A son retour d'Angleterre, au printemps
de 1826, le conseiller intime Schmidt-Pniseldeck, principal représentant du pouvoir pendant la tutelle, se trouva dans une position si pénible, qu'il dut donner sa démission, et l’année suivante il lui fallut chercher un refuge en Hanovre contre les persécutions du duc. A partir de cet instant le duc Charles engagea ouvertement la lutte la plus haineuse contre son ancien conseil de tutelle. La plupart des mesures prises pendant sa minorité furent annulées, et le due fit propager, au moyen de brochures écrites par les plus vils folliculaires, les imputations les plus calomnieuses contre chacun des membres de ce conseil. 11 renvoya les uns après les autres les hommes appelés par eux aux fonctions publiques, et les remplaça par des agents dociles et complaisants de son arbitraire et de son despotisme. Toutes les ressources financières de l’État furent employées à satisfaire ses incessants caprices. Sa rancune implacable persécutait tous ceux qui avaient le malheur de lui déplaire. Une police secrète fut organisée, et bientôt les hommes les plus honorables se trouvèrent inscrits sur ce qu'on appela le livre noir, comme devant être châtiés au premier jour pour avoir exprimé leur mécontentement de la conduite du duc et de ses créatures.
Longtemps le duc Charles ne demanda guère ses distraetions qu’au théâtre , et des comédiens composèrent presque seuls sa société; il s’'abandonnait d’ailleurs de plus en plus aux excès de tout genre, uniquement préoccupé par sa passion d’accroitre ses trésors de toutes les manières possibles. Quand enfin la diète fédérale, en 1829, prit en considération les griefs du pays, le duc se retira en France, laissant presque complétement l'administration de son duché aux mains de son favori Bitter, d’abord simple expéditionnaire dans les bureaux , homme vil, qui en se faisant son complaisant était parvenu à capter sa confiance, et qui pour la conserver ne reculait pas devant les actes les plus indignes. La révolution de Juillet 1830 chassa le duc de Paris ; celle de septembre le chassa de Bruxelles, et le contraignit à rentrer furtivement dans ses États, où bientôt éclatèrent les événements dont on trouvera le récit à l’article Brunswiox, et qui lui firent perdre le trône.
Le duc Charles de Brunswick essaya de trouver en Angleterre du secours pour se remettre en possession de ses États. Repoussé dans ce pays, il se rendit de nouveau en Allemagne, et s’approcha des frontières de son duché, espérant parvenir à gagner les masses en leur faisant les plus belles promesses de libertés et d'institutions libérales. Mais à la première résistance qu’il rencontra dans l’exécution de ses plans, il prit honteusement la fuite, et à la fin de décembre 1830 il se trouvait de nouveau à Paris. Ses démélés avec la police de cette capitale occupèrent les oïisifs pendant les premiers mois de 1831. Cette même année ses agnats le déclarèrent incapable et déchu à ce titre du droit de gouverner, dont son frère GUILLAUME se trouva dès lors investi. Le duc n’en poursuivit pas moins pendant longtemps à Paris des projets de restauration à main armée, dépensa dans ce but des sommes énormes, que se partagèrent en riant une foule d’aventuriers et de flibustiers politiques de toutes les couleurs et de toutes les nations, mais ne put jamais parvenir à les réaliser. Expulsé de nouveau en 1832, et conduit par la police française dans le pays de Vaud, il obtint l’année suivante l'autorisation de rentrer en France, et acheta un hôtel dans l’avenue des Champs-Élysées. Depuis cette époque il réside alternativement à Paris et à Londres, menant dans l'une et l’autre de ces capitales une vie obscure, et protestant de temps à autre, par la voie des journaux, de sa ferme intention de ne jamais abdiquer ses droits.
BRUNSWICK (Aucusre-Louis-MaxmMiLiEN-FRÉDÉRIC- GUILLAUME, duc régnant de), frère cadet du précédent, est né le 25 avril 1806. Élevé avec son frère, leur destinée ne cessa d’être commune qu’en 1822, epoque où le due Charles se rendit de Lausanne à Vienne. Le prince Guillaume, au contraire, se rendit de là à Gœttingue, sous la
direction du colonel de Dœrnberg, et l’année suivante à Berlin, où il entra au service de Prusse et obtint le grade de major. En 1826 son frère Charles, qui était monté sur le trône en 1823, lui céda la principauté d’Œls, en Silésie.
A la nouvelle des événements dont la ville de Brunswick avait été le théâtre le 7 septembre 1830, et de l'expulsion de son frère, le duc Guillaume, qui habitait la Prusse, se rendant au vœu des états du duché, consentit à venir à Brunswick et à accepter la présidence d'un gouvernement provisoire; démarche à laquelle la diète fédérale donna plus tard son entière adhésion. Un acte de famille souscrit en février 1831 par tous les agnats de la maison de Brunswick, reconnut que le duc Charles était absolument incapable de régner, et déclara le trône vacant. Par suite de cette déclaration, le duc Guillaume prit les rênes du pouvoir, en vertu de son droit propre et du consentement de ses agnats. 1l adressa à l'assemblée des états une proclamation dans laquelle il confirmait solennellement tous leurs droits et priviléges, et le 25 avril il reçut leur prestotion de foi et hommage. Dans un voyage qu'il fit alors à Londres, il reçut l’ordre de la Jarretière. De retour à Brunswick, il ouvrit le 30 septembre 1831 la session des états, où la nouvelle constitution du pays fut délibérée et votée. Le 12 octobre 1832 le duc lui donna sa sanction. Le 14 mars 1833 il fut chargé par tous les agnats de sa maison de la haute curatelle de l’ex-due son frère, en raison desa notoire prodigalité. Il fit reconstruirele château de Brunswick, incendié dans les journées de septembre, et posa la première pierre de ce nouvel édifice le 26 mars 1833. Le 25 avril 1834 il fonda l’ordre de Henri le Lion, qui compte quatre classes, et l’ordre du Mérite, qui en a deux. Comme ce prince n’a point contracté de mariage légitime, à sa mort le duché de Brunswick sera réuni au Hanovre.
BRUNSWICK (Nouveau-).Voyez Nouveau-BruNswick.
BRUSCAMBILLE , nom de théâtre d’un comédien de l'hôtel de Bourgogne, appelé DESLAURIERS, qui fut le successeur immédiat de Gauthier Garguille. Tout ce qu’on sait de sa vie, c’est qu’il avait d’abord joué la comédie à Toulouse. Il débitait avant l'ouverture de la scène des prologues dans le goût des parades de la foire, et la foule qu’attiraient ses facéties n’attendait pas qu’il eût ouvert la bouche pour rire à double mâchoire. Les prologues de Bruscambille sont presque toujours remplis de sel et d'esprit, quoique ne s'adressant pas précisément à des oreilles chastes. Maïs si tout le monde ne pouvait aller l'entendre, en revanche tout le monde voulait le lire. Ses Fantaisies, ses Paradoxes, ses Prologues facélieux, ses Plaisantes imaginations furent très-vite recueillis et firent la fortune de bien des libraires; l'on en vendit plus d'exemplaires qu’il ne s'écoule de traités de morale en cent ans. Il est permis de supposer que lorsque Deslauriers imprima ses burlesques improvisations de la comédie, il en fit réellement une œuvre nouvelle, car son livre témoigne d’une rare érudition; et les citations d’auleurs anciens qu’on y trouve à chaque instant sont à l’adresse d’un public choisi, quin’était certes pas au parterre de l'hôtel de Bourgogne,
Deslauriers a beaucoup de rapport avec Rabelais ; La Fontaine et Molière n’ont pas dédaigné de s’inspirer de ses saillies. On ne s’attendra pas à trouver ici une analyse des écrits de Deslauriers, analyse qui serait assez difficile à suivre. Ce sont des éloges ironiquos de l’ivrognerie, de la folie, de Ja poltronnerie, du mensonge. Quelquefois notre auteur s'élève pourtant jusqu'à une certaine hauteur morale; ses écrits aq en pensées ingénieuses, en traits comiques, en pein-
ures vives et naturelles, à côté d'obscénités du plus mauvais goût : ce sont des perles malheureusement enfouies sous un fas de fumier. La première édition connue vit le jour en 1612; elle fut suivie de quinze où vinglautres, imprimées à Paris, à Rouen, à Lyon, à Caen; toutes diffèrent les unes des autres; toutes sont devenues peu communes, et il n’est pas d'ama-