BRUSQUET
teur qui ne paye volontiers de 50 à 100 fr. un de ces volumes horriblement mal imprimés, sur papier souvent affreux.
BRUSQUE, BRUSQUERIE. Dans l’état de nature, tous les hommes sont plus ou moins féroces; dans l’état de civilisation, quelques-uns seulement sont brusques . c’està-dire que par un choc involontaire ils froissent sans vouloir nuire ni se venger. On naît brusque : c’est un vice de tempérament que l’éducation du monde diminue , maïs n’extirpe pas. Les relations ordinaires tirent leur charme principar de la politesse ; de part et d’autre toutes les aspérités s’adoucissent ; c’est un sacrifice mufuel qu’on se fait pour passer ensemble quelques heures agréables; seulement il ne faut rien attendre au delà. A-t-on, au contraire, besoin d'établir sa fortune, il est indispensable d’avoir quelques bons amis bien brusques. Êtes-vous dans la mauvaise route, au premier pas ils vous arrêtent; si votre sensibilité en souffre, vos intérêts y gagnent. Quand ces amis brusques se trouvent en présence de vos ennemis, ils les dispersent, parce qu’ils les attaquent de front et à l’improviste. On se plaint souvent des amis brusques ; on a tort : ce sont ceux que l’on conserve le plus. On peut être brusque sans être grossier; et pour ne pas se tenir dans la mesure générale, on ne vit pas hors de toute mesure. Les hommes brusques possèdent souvent, comme d’instinct, toutes les qualités du cœur ; seulement, ils n’en ont pas les séductions : au sein de la prospérité on peut éviter leur commerce; dans le malheur on va frapper droit à leur porte, sûr qu’elle ne saurait différer à s'ouvrir.
On peut qualifier la brusquerie un acte spontané et inattendu, qui cause au moral l’impression d’une sorte de saisissement passager. Cependant elle ne blesse pas toujours ; loin de là, elle amuse quelquefois. Chez un homme qui a une très-grande habitude de la société, elle forme un contraste comique eñtre les expressions polies dont il se sert, et le ton un peu plus que vif avec lequel il les prononce. D'un autre côté, ce premier mouvement est à peine échappé, que la physionomie de l’homme du monde en demande pardon : c’est lui qui reste embarrassé. Mais il n’en est pas de même chez les gens auxquels tout élément d’une première éducation manque : leur brusquerie éloigne , parce que rien ne la rachète, ni la politesse du discours, ni la grâce des manières. Aussi, entre les gens du peuple la brusquerie lorsqu'elle est poussée trop loin occasionne des querelles, des rixes, et devient le fléau de toute une famille. Quand on vit beaucoup dans la solitude, on y contracte le germe de la brusquerie : comme alors on ne rencontre pas d’obtacles, on prend l’habitude d’aller droit au but. Se mêle-t-on ascidentellement aux hommes, on se cabre à la plus légère contrariété, et on la repousse par une brusquerie qui va jusqu’à la rudesse. Disons toutefois, en terminant, que la brusquerie n’est pas dans toutes les circonstances la sœur de la franchise; quelques hommes recourent à la première comme à une arme qui repousse toute explication quiles embarrasserait : c’est de force qu’ils se frayent la route et passent.