CAMPAGNARD — CAMPAGNE
eu teint de rose, qui tranchent par leur brillant coloris avec vos figures pâles et décolorées; si vous rencontrez de ces hommes bien constitués, forts, vigoureux, athlétiques, dites alors, on vous le permet, parce que ce sera en bonne part : Ce sont des jigures campagnardes; ces hommes sont des campagnards.
Venez donc dans les champs; vous les verrez, ces campagnards jouets de votre dédaigneuse fierté, placés plus près de la nature que vous, s'occuper de travaux utiles, faire le plus heureux et le plus large emploi du temps, devancer le jour quand il est le plus long de l’année, les uns pour se livrer aux travaux pratiques et techniques de l’agriculture, les autres pour cultiver les sciences, d’autres pour s'adonner à l'étude de la littérature ancienne et moderne; car la campagne, ne vous en déplaise, a aussi ses illustrations relatives. Venez jouir dans les champs d’un immense horizon, de ce ciel, pavillon de l’homme , comme l’appelait le malheureux poëte Gilbert, qu’étouffa Pair vicié des villes. Venez contempler ces riches moissons, ces larges tapis de xerdure, et toute la variété des plus utiles productions, qui attestent mieux que tous les discours, le travail, la patience et le mérite des campagnards. Alors vous referez votre vocabulaire, et mœurs campagnardes, habitudes campagnardes, ton campagnard, manières campagnardes, ne signifieront plus pour vous que bonnes mœurs, qu’habitudes louables, que ton et manières convenables.
CAMPAGNE (du latin campus, champ), grande étendue de pays plat et découvert, vaste plaine, ou étendue de terre où il n’y a ni villes, ni montagnes, ni forêts, rien qui borne ou arrête la vue. Les plaines ou les campagnes de la Beauce et de la Brie principalement sont renommées pour leur fertilité. On dit que la campagne est belle, pour dire qu’elle offre toutes les apparences d’une bonne récolte, On dit aussi : quand vous aurez passé cette vallée, vous trouverez une plaine, vous serez en rase campagne.
Campagne s'applique encore à tout ce qui est hors des villes; cet homme est allé à sa maison de campagne; on lui a ordonné l'air de la campagne. On appelait autrefois noble de campagne, ou noble campagnard, un gentilhomme vivant dans ses terres loin des habitations des villes,
Campagne se dit enfin par extension de quelques lieux particuliers, commela campagne de Rome ou la Campanie. Notre ancienne province française, la Champagne, (en latin Campania), tire ce nom de la disposition de son terrain, qui est une plaine, un pays plat, nne campagne.
Par une autre extension, campagne se dit, en termes de guerre, du temps qu’on tient sur pied une armée, ou d’une expédition militaire, considérée sous le rapport des plans, de la conduite, du résultat des opérations, ou des années qu’un officier ou un soldat passe au service ( voyez plus loin). Les pièces de campagne sont de petites pièces d’artillerie que l’on mène aisément en campagne. On se sert de l'expression mettre en campagne pour dire mettre sur pied un certain nombre de troupes, ou faire sortir les troupes d'une garnison pour les former en corps d'armée et les conduire à l'ennemi. Tenir la campagne, étre maître de La campagne, c’est être maître du pays, c’est avoir obligé l'ennemi à se retirer,
En termes de guerre ou de chasse, battre La campagne c’est ou l’action des éclaireurs qui vont à la recherche, à la découverte de l'ennemi, ou l'opération qui consiste à s’emparer d’une plaine et à la faire parcourir en tous sens par des hommes et par une meute, afin d’en faire lever le gibier. Par analogie, on dit, au figuré, qu’un orateur, qu'un poëte bat la campagne quand il avance des choses vagues, incohérentes, inutiles, sans liaison, et qu’il imite la marche d’un homme qui erre dans la campagne, sans but et sans direction. On bat encore Za campagne dans le délire de la fièvre, ou dans celui des passions, On met ses amis en campagne pour réussir dans une affaire ; la force armée en campagne,
pour s'emparer d’un coupable, d’un criminel; des gens en campagne ou des espions en campagne, pour avoir des nouvelles de quelque chose ou pour découvrir une intrigue. Un homme qui se met en campagne est un homme prompt et colère, qui s'échappe et s’emporte à tout propos, quand on lui montre la moindre opposition ou qu'on lui dit quelque chose qui ne lui plaît pas.
Enfin, les poëêtes ont étendu les mots de plaine et de campagne à une vaste étendue du ciel ou de la mer, C’est ainsi que Voltaire parle des campagnes de l'air, et J.-B. Rous seau des campagnes humides.
CAMPAGNE ( Maison de ). L'ouvrier, le petit marchand, et en général tous ceux qui ne peuvent gagner leur vie qu’en exerçant leur profession dans une grande ville, sont fort excusables de s’encaquer, pour ainsi dire, dans des logements bas, resserrés, bornés par des rues étroites et humides, où l’air circule et se renouvelle lentement. Mais ce qui doit exciter quelque surprise, c’est la sécurité, le goût, le plaisir même, avec lesquels des gens riches, des rentiers oisifs, passent les quatre saisons de l’année dans une chambre où l’air et le soleil arrivent avec tant de parcimonie. Les Athéniens , plus sages, habitaient la campagne avec prédilection : ils ne se rendaient à la ville qu’autant que des affaires ou des événements extraordinaires, tels que l'invasion du pays par des étrangers, les y forçaient. Les Romains eurent de fout temps beaucoup de goût pour le séjour des champs, et, chose digne de remarque, ce goût sembla s’accroître avec la décadence des mœurs : on sait que vers la fin de la république et sous les premiers empereurs l'Italie était couverte de villas et de parcs immenses. Les Italiens se sont montrés dignes de leurs ancêtres dans la décoration de leurs séjours champêtres. On reproche même à ces demeures d’être trop chargées d’ornements, de ressembler plutôt à des musées qu’à des habitations champêtres.
Nos aieux vivaient habituellement à la campagne, dans des châteaux, très-solides assurément, mais aussi peu commodes qu’agréables. Le goût de l'architecture raisonnable etrégulière ayant été apporté en France dans le seizième siècle, les manoirs féodaux firent successivement place à des habitations conformes aux mœurs de générations plus civilisées; nos rois donnèrent l’exemple de ce changement, car Chambord, Fontainebleau , etc., ne furent dans l’origine que de grandes maisons de campagne. La noblesse, à limitation de la cour, alla passer la belle saison dans ses châteaux, reconstruits à la moderne,
Les petites maisons de campagne, que nous appellerions volontiers bourgeoises, sont assez multipliées aux environs des grandes villes. Dans le voisinage de Paris elles se font remarquer par leur régularité et l'élégance de leurs formes. Auteuil, Ville-d’Avray, Bellevue, Aulnay ne sont presque composés que de ces charmantes habitations, dont les propriétaires semblent avoir voulu rivaliser par l'originalité des constructions : en quelques instants on passe d’un châlet suisse à une tourelle gothique ou à un péristyle grec ; d’autres maisons offrent le style de la Renaissance, et celles qui, plus modestes, n’ont pas d'ornement superflu plaisent encore par leur simplicité. Les maisons de campagne que les riches négociants de Hambourg ont à l’envi fait construire sur la rive droite de l’Elbe, au-dessous d’Altona, sont célèbres aussi à bon droit par l'élégance de leur architecture et les recherches de comfort qu’on y trouve réunies. Il en est de même de celles qui couvrent les rives de la Tamise, audessus de Londres.
Les positions les plus favorables pour l'emplacement d’une maison de campagne ne sont pas toujours au choix de celui qui veut l’établir; mais s’il était complétement le maitre, il préfèrerait les bords de la mer, d’un grand fleuve ou d’un lac : dans tous les cas il faut éviter le voisinage des marais, ne point bâtir sur une plaine basse, mais bien sur un tertre plus ou moins élevé. Quant à la maison proprement dite,
elle doit être entièrement isolée de ses dépendances, comme écuries, laiteries, poulaillers, etc., où l’on nourrit des animaux. Son plan géométral sera un polygone régulier, tel qu'un carré, un octogone, afin que ses faces offrent de plusieurs côtés des masses disposées symétriquement.
Toute grande maison de campagne doit être environnée d’un parc où se trouvent des ombrages habilement distribués, des courants d’eau, des bassins poissonneux. Des accidents naturels, comme rochers, cavernes, des ruines même, y produisent des sensations mélancoliques, qui ont leurs agréments ; mais pour faire illusion il faut que ces objets aient des masses imposantes et le ton convenable; aussi l’art les imite-t-il difficilement.
Quant aux amusements dont on peut jouir ordinairement dans une maison de campagne, ils ne sont ni aussi nombreux ni aussi variés qu’ils pourraient l'être : quand on a quelque activité dans la pensée, on se lasse bientôt des jeux de cartes et de billard; la promenade, soit sur terre, soit sur l’eau, la lecture des romans, ne peuvent distraire que par moments. Pourquoi la maison de campagne n’aurait-elle pas sa bibliothèque, son petit observatoire, son cabinet de physique, son microscope ordinaire et solaire, sa chambre obscure, son miroir ardent, et une foule d’autres instruments peu coûteux, dont les effets enchantent la vue et n’ennuient jamais? Un petit laboratoire de chimie et un autre de mécanique ne seraient pas déplacés dans l’habitation d’un homme curieux, actif et intelligent. On ne sait pas, ou on ne veut pas se donner la peine de tirer tout le parti possible des effets curieux qu’on peut faire produire aux courants d’eau, d’air, à l’électricité atmosphérique, etc. : un petit ruisseau deviendra un torrent, une cascade, si on le retient, ou si on le fait passer dans un conduit contourné en siphon, en se conformant au principe de la fontaine intermittente. Une fontaine de Héron composée peut élever de l’eau sans frais à des hauteurs considérables; le bélier hydraulique jouit de semblables propriétés ; un moulin à vent, même de petite dimension, peut élever des eaux en faisant jouer des pompes, et produire ainsi des jets et des courants d’eau, etc. TEYSSÈDRE.
CAMPAGNE DE ROME (en italien Campagna di Roma ). On désigne sous ce nom la région malsaine et aujourd’hui presque déserte de l'Italie, comprenant la plus grande partie de l’ancien Latium, et s'étendant depuis Ronciglione jusqu’à Terracine, par delà les Marais Pontins, sur environ 123 kilomètres de large, et 396 de long, au milieu de laquelle s'élève, à moitié dépeuplée, l’ancienne capifale du monde. A l’est elle est limitée par les premiers contreforts du Sous-Apennin romain, tels que le mont Oreste, le mont Albano et le mont Sabin; à l’ouest les eaux de la mer Tyrrhénienne baïgnent ses côtes; et à l’intérieur elle forme une plaine légèrement ondulée, dans laquelle on ne trouve d’autre soulèvement un peu considérable que le Monte-Sacro. Le sol en est entièrement d’origine volcanique, et les lacs qu’on y rencontre ne sont que des cratères éteints. Les vapeurs qui s'en exhalent partout, notamment de la Solfatara, sur la grande route de Rome à Tivoli, produisent l'aria cattiva, dont toute cette contrée se trouve infectée.
Les principaux points de la Campagne de Rome sont Tivoli, Castel-Gandolfo , palais d'été des papes, Aricia et Genzano, La population en est très-peu considérable, et à l’époque des chaleurs les habitants se voient forcés de se réfugier à Rome ou dans les villes voisines, où ils passent la nuit sous les portiques des églises ou des palais. A l’aulomne les bergers des Apennins y descendent avec leurs troupeanx. Cependant l'éducation du bétail proprement dite y est tout à fait négligée. C’est à cheval et armés de lances que les bouviers y font paitre leurs bœufs, qu'ils excellent à diriger à l’aide de leurs lances. 11 y eut un temps cependant où cette région n’était ni si déserte ni si dépeuplée ; ce devait être, au contraire, un véritable paradis terrestre à l’époque