CAMPAGNE MILITAIRE, CAMPAGNE ACTIVE
Le mot campagne est à plusieurs égards synonyme de guerre, et se prend souvent par opposition aux mots garnison ou place de guerre; quelquefois il exprime la totalité du temps des hostilités, quelquefois une partie convenue de leur durée; il équivaut aussi aux expressions année de campagne, année de service en campagne ; maïs une campagne n’est pas toujours d’une année, Ce terme est visiblement dérivé des expressions camp et champ; maïs ici, au lieu de donner, par un sens simple, l’idée d’une contrée parcourue par un militaire, par une armée qui guerroie ou na vigue, il donne, par un sens composé, l’idée du temps que dure un tel trajet, une telle position; aussi pourrait-on, en appliquant l'expression aux opérations de terre et à l’art du général , faire revivre l’acception qu’elle à eue primitivement en la définissant : mesure d’un laps de temps pendant lequel le campement et le cantonnement sont possibles on pratiqués; ou bien, espace de temps consacré, pendant une année solaire, aux actions de guerre et au rassemblement des armées ; ou enfin, plan, conduite, résultat, fin des opérations d’une campagne hostile. Sous une acception analogue au terme campagne, les Romains se servaient du mot æsliva, comme on dirait éé militaire ou durée des expéditions d'été : c'est à peu près dans le même sens que les Allemands emploient leur mot fe/dzug.
Le mot campagne active semblerait devoir être synonyme de campagne hostile, et donnerait précisément en ce cas la mesure d’un temps de guerre; mais il n’en est pas toujours ainsi, puisqu’en temps de paix , et tant notre langue est incorrecte et capricieuse, il est reconnu des campagnes de mer, des campagnes hors d'Europe. Brantôme, quiécrivait en 1600, nous apprend que Henri II, dont le passetemps était « la guerre, laquelle il affectoit ( affectionnait} fort, dressoit l’armée sur la frontière en mars, et finissoit au commencement d'octobre. » Sous Louis XIV, comme on le voit dans Feuquières, les campagnes avaient une durée qui variait à raison du théâtre de la guerre et du climat du pays où l’on combattait; ainsi, en Espagne et en Italie on ouvrait la campagne plus tôt, et on la coupait par un repos qu’on appelait quartier d'été. Ce repos durait de la mi-juillet au 1° septembre; on renouait alors quelques opérations. Dans les autres pays on n’interrompait pas la campagne; on la commençait sitôt que la terre offrait aux chevaux leur subsistance, et on la terminait par le quartier d'hiver, On a poétiquement appelé campagne des cinq jours les prodigieux combats de 1794, qui du premier au cinq août détruisirent en Italie une armée autrichienne, et élevèrent si haut la réputation de Bonaparte.
Dans les usages de la milice française, si l'on s’en rapportait à ses règles écrites, mais mal observées , une cam- Pagne pourrait être considérée comme une durée de temps comprise entre l'entrée en campagne, ou le cantonnemont