CAMPAGNE MILITAIRE — CAMPAGNOL
d’entrée en campagne, ou l'ouverture de la campagne, et le retour à une garnison ou au cantonnement de la fin de la campagne. Il fallait, suivant la loi ancienne, pour constituer une campagne de terre que les troupes eussent été mises sur le pied de guerre et que le rassemblement de l’armée eût eu lieu ; il faut, suivant les usages modernes, que les corps de l’armée aient été formés. Dans les supputations qui regardent la solde de retraite, une campagne porte accroissement \ cettesolde. Les campagnes se constatent par des certificats du conseil d’adininistration.
On doit à Napoléon l'usage de ces publications, plus ou . moins sincères, et de ces tableaux devenus historiques où sont tracés les épisodes principaux d’une campagne : on à nommé bulletins ce genre de compte-rendu.
Les campagnes de mer et les campagnes hors d'Europe sont en temps de paix comptées à l’armée de terre comme moitié en sus du temps de leur durée; elles le sont en temps de guerre comme le double de cette durée. Les mots campagne de mer, étonnés de se trouver ensemble, révèlent l’indigence de la langue militaire.
Gustave-Adolphe, Torstenson, Turenne, ont, dans les temps modernes, donné l’exemple des campagnes d'hiver; telle fut la campagne de décembre 1674. Charles XII exagéra, comme il fit de tout, ses campagnes d’hiver. Maurice de Saxe illustra nos armées dans la campagne d'hiver de 1746; nous fûmes moins heureux dans celles de 1757, 1758, 1761. Frédéric II a tracé les règles des campagnes d'hiver; il en avait entrepris plus qu'aucun général du siècle. Mais notre campagne de Hollande et tant d’autres que rappelle la guerre de la révolution ont effacé tout ce qui s'était fait de pénible et d'étonnant en ce genre. L'art de conduire une campagne a été tracé par Feuquières, Folard, Frédéric I, l'Encyclopédie, Lloyd, Maiseroi, Platen, Reichlin-Wenzel, etc. On trouve dans M. Rumpf (1824) lanomenclature de tous les écrivains qui ont tracé des récits de campagnes ; quelques-uns de ces auteurs les ont distinguées en campagnes défensives et en campagnes offensives. Montecuculli loue l’habitude qu’a contractée la milice turque de commencer tard et de prolonger peu les campagnes. Maurice de Saxe, en 1757, a le premier posé une règle qu’approuvait Napoléon sans la suivre toujours : c’éfait de ne commencer la campagne qu’après les récoltes emmagasinées. Gi BarDiN.
Les lois militaires qui fixent les droits des officiers, sousofficiers et soldats à la retraite, évaluent chaque campagne à une année de service ordinaire; de sorte que chaque année de service qui comprend une campagne est comptée pour deux ans. Sous la première république, il s’est trouvé ainsi des militaires qui, ayant commencé à servir de bonne heure. comptaient plus d’années de service que d'années d’âge, 11 en est de même pour certains avancements qui exigent un certain nombre d’années de services, dans la Légion d’Honneur par exemple.
Pour l’armée navale le mot campagne s'applique tant à l’ensemble des opérations quelconques qui s’exécutent entre la sortie du port d'armement et la rentrée, qu’à l’appréciation du service des marins de tout grade. Dans la marine toute campagne compte, même celle dans laquelle on n’a fait que sortir du port pour y rentrer. Ce mot est opposé à voyage, qui s'applique plus particulièrement aux expéditions de la marine marchande. On dit campagne d’instruction, d'évolution, de découverte, d'observation, de croisière, etc. On dit aussi campagne de l'Inde, de l'Amérique, du Levant, etc.
CAMPAGNOL, genre d'animaux mammifères, appartenant à l'ordre des rongeurs. Ils sont remarquables par leur grosse tête, leur large museau et leurs lourdes proportions ; ils ont de chaque côté et à chaque mâchoire trois molaires sans racines, qui s’accroissent continuellement à mesure qu'elles s’usent, et qui sont formées chacune de
prismes triangulaires placés alternativement sur deux lignes ; leur taille est petite, leurs jambes à peu près d’égale longneur entre elles, et généralement assez courtes; les pieds de devant ont quatre doigts, avec un tubercule en place de pouce; ceux de derrière cinq doigts, y compris un pouce très-court. Tous les doigts sont libres, armés d’ongles longs, erochus, fouisseurs; la queue est velue, à peu près aussi longue que le corps ; l'œil grand, à prunelle ronde; la lèvre supérieure partagée par un sillon; le pelage long, épais, moelleux, avec de longues soies qui garnissent les côtés du museau et le dessus des yeux. Ces animaux ne vivent guère que de matières végétales, telles que graines et noix, amandes, bulbes de liliacées, etc., dont plusieurs d’entre eux font des provisions plus ou moins considérables, dans des réduits souterrains qu’ils se creusent. On en connaît dans les deux continents un certain nombre d’espèces, parmi lesquelles les seules qui se trouvent communément en France sont le ratd'eau,le schermaus et le campagnol proprement dit. Nous ne parlerons ici que du dernier,
Cet animal, appelé aussi petit rat des champs, est grand comme une souris, avec la queue un peu plus courte que le corps; son museau est obtus, ses dents incisives très-jaunes, ses yeux saillants, ses oreilles petites et presque entièrement cachées par le’poil, sa queue à demi couverte de poils, avec une sorte de petite touffe à l’extrémité. Un mélange de brun, de couleur de rouille et de noir teint le dessus de la tête et du corps; le dessous est ardoisé ou d’un cendré trèsfoncé. Quelques individus ont tout le pelage d’un blanc pur. On voit des campagnols dans toute l’Europe : « Le campagnol , dit Buffon, est encore plus commun, plus généralement répandu que le mulot : celui-ci ne se trouve guère que dans les terres élevées; le campagnol se trouve partout, dans les bois, dans les champs, dans les prés et même dans les jardins. Il se pratique des trous en terre, où il amasse du grain, des noisettes et du gland. Ces trous ressemblent à ceux des mulots, et sont souvent divisés en deux loges; mais ils sont moins spacieux et beaucoup moins enfoncés sous terre : ces petits animaux y habitent quelquefois plusieurs ensemble, Lorsque les femelies sont prêtes à mettre bas , elles y portent des herbes pour faire un lit à leurs petits : elles produisent au printemps et en été ; les portées ordinaires sont de cinq ou six, et quelquefois de sept ou huit. Les campagnols ne se nourrissent pas de poisson et ne se jettent point à l’eau; ils vivent de glands dans les bois, de blé dans les champs, et dans les prés, de racines... Cependant il paraît qu’ils préfèrent le blé à toutes les autres nourritures. Dans le mois de juillet, lorsque les blés sont mûrs, les campagnols arrivent de tous côtés, et font souvent de grands dommages, en coupant les tiges du blé pour en manger l’épi : ils semblent suivre les moissonneurs ; ils profitent de tous les grains tombés et des épis oubliés ; lorsqu'ils ont tout glané, ils vont dans les terres nouvellement semées, et détruisent d'avance la récolte de l’année suivante. En automne et en hiver, la plupart se retirent dans les bois, où ils trouvent de la faîne, des noisettes et du gland. Dans certaines années, ils paraissent en si grand nombre qu’ils détruiraient tout s’ils subsistaient longtemps; wais ils se détruisent eux-mêmes, et se mangent entre eux dans les temps de disette; ils servent d’ailleurs de pâture aux mulots, et de gibier ordinaire au renard, au chat sauvage, à la marte et aux beleltes. »
On emploie du reste divers moyens pour détruire des animaux si nuisibles : on leur tend des piéges, en y mettant pour appât des substances propres à les attirer; on pratique dans les champs, soit avec une bêche à fer étroit et tranchant, soit avec une espèce de tarière, de pelites fosses à parois coupées bien net, de sorte que l'animal ne puisse plus s’accrocher pour sortir du trou quand il y est tombé; on a recours à des labours assez profonds pour atteindre leur retraite, et une personne qui suit la charrue les tue à
mesure qu'ils sorlent; enfin, on a proposé de semer sur les champs de blé de l’avoine macérée dans une dissolutiou d’arsenic, ou d’autres appâts formés de même de substances agréables aux campagnols et de matières très-vénéneuses ; mais ce moyen, qui présente des dangers de plus d’une espèce, ne doit être employé qu’à la dernière extrémité, et avec une extrême prudence, DéÉveziL.
CAMPAN (Vallée de), site délicieux du département des Hautes-Pyrénées, dansl’arrondissement de Bagnères de Bigorre, qui tire son nom de la petite ville de Campan située à 6 kilomètres de Bagnères, avec une population de 3,576 habitants , età proximité de laquelle se trouvent une célèbre carrière de marbre (voyez l’article suivant ) et une grotte À stalactites. De la vallée de Bagnères, à laquelle la nature a prodigué tous ses charmes, et aux collines de laquelle se raltachent sur l'arrière-plan le Pic du Midi, haut de 2966 mètres, et le Lheyris, on arrive à la vallée de Campan par une allée à laquelle on a donné le nom de M"° de Maintenon, qui y vint à plusieurs reprises. Le point le plus intéressant de la vallée est l’abbaye de Médous. Derrière le village de l’Esponne le paysage prend un caractère sauvage : des rochers élevés et d’épaisses forêts environnent le vieux prieuré de Saint-Paul, sous lequel l’'Adour disparaît dans un profond abime. Le mont Aigu, haut de 2066 mètres, £lôt de la manière la plus pittoresque cette vallée si romantique. Le poème de Jean Paul intitulé /a Vallée de Campan a donné à cette contrée une grande popularité chez nos voisins d’outre-Rhin.
CAMPAN , marbre veiné de blanc et de vert, sur un fond gris ou brun, nuancé d’un rouge plus ou moins vif, ainsi appelé de la vallée de ce nom. On distingue ce marbre en campan vert, campan rouge et campan isabelle.
CAMPAN (Jeanne-Louise-HENRIETTE GENET, [M**]), naquit à Paris, le 6 octobre 1752. Elle était fille d’un M. Genet, que la protection du duc de Choiseul avait élevé à la place de premier commis au ministère des affaires étrangères. Son père, quoique chargé d’une nombreuse famille, fit tous les sacrifices imaginables pour l'éducation de ses enfants. Henriette fut celle qui montra les dispositions les plus brillantes. Le virtuose Aïlbanèze lui donna des leçous de chant; Goldoni lui enseigna l'italien, et la langue de Pope et de Milton fut, en même temps que celle du Tasse, l'objet de ses études; ces deux idiomes lui devinrent bientôt familiers. L’art de la lecture à haute voix, de la déclamation même, ne fut point oublié; on exerçait son organe et son débit depuis le pathétique du théâtre jusqu’à l’éloquence de la chaire, Thomas et Marmontel, que charmait la vivacité de son esprit, quoiqu’elle comptt à peine quatorze ans, lui faisaient réciter les plus belles scènes de nos chefs-d’œuvre dramatiques. Ces académiciens la révélèrent à la société; ils exaltèrent ses talents et son esprit; et peu de temps après madame de Choiseul n’eut point de peine à obtenir pour la jeune Henriette, âgée de quinze ans, la place de lectrice de Mesdames, filles du roi. La fille du commis passa subitement de la simplicité de la maison paternelle à la pompe de Versailles. Elle ne dissimule pas dans ses Mémoires la joie qu’elle ressentit lors de sa présentation à la cour.
A ce moment Louis XV venait deperdre la reine sa femme, Marie Leczinska. Jusqu'au luxe du grand deuil du palais, tout éblouissait la jeune Henriette; mais les charmes de la toilette, le grand train, les égards, constituaient ses seuls plaisirs, car la cour des princesses auxquelles elle se trouvait attachée était aussi austère et compassée, que celle du roi était libre et voluptueuse. La vue de Louis XV, d’ailleurs si galant, imposait à M!!° Genet; elle redoutait les sarcasmes auxquels il était si enclin et qu’il ne lui ménagea pas, s’il faut en croire ses Mémoires.
En 1770, Marie-Antoinette d'Autriche, étant devenue l'épouse du dauphin, remarqua chez madame Victoire, où