CAMPBELLS
devenu duc d’Argyle, contribua beaucoup à l'adoption de l'union législative entre l’Angleterre et l'Écosse. Cette mesure, qui détruisit la nationalité écossaise en absorbant le parlement écossais dans celui d'Angleterre, fut opérée par les moyens les plus honteux, et l'argent seul décida la plupart des membres du parlement écossais à accepter ce suicide politique. Cependant, le duc d’Argyle montra toujours un caractère trop noble et trop élevé pour qu’on pôt le soupçonner d’avoir partagé la vénalité de ses collègues, et sans doute sa sagacité avait pressenti les avantages incontestables que l'Écosse retirerait un jour de cette union, d’abord si odieuse. La reine Anne récompensa le duc John de sa coopération aux projets du gouvernement en le créant pair d’Angleterre, comte de Greenwich et baron de Chatham. Ilservit ensuite sous Marlborough, et fut chargé du commandement des forces anglaises en Espagne vers la fin de la guerre de la succession; mais on laissa cette armée manquer de tout, et John Campbell fut forcé d'en ramener les débris à Minorque. Le commandement en chef de l'Écosse et le gouvernement de la citadelle d'Édimbourg ne le réconcilièrent point avec la faction £ory, qui dirigeait alors les affaires et préparait sourdement les voies à la restauration du fils éxilé de Jacques II ( Jacques VII d'Écosse). On sait que Ja mort subite de la reine Anne ( 1°" août 1714) déconcerta les projets des tories et permit aux partisans de la succession protestante d'élever à la royauté et d'appeler à Londres, sans opposition, l'électeur de Hanovre(Gcorges 1°"). Argyle, qui avait naguère dénoncé au parlement les menées des conseillers de la reine Anne, soutint avec énergie le nouveau gouvernement, d’abord dans le conseil, puis sur les champs de bataille contre Mac-Intosh, le comte de Mar et autres chefs Jacobites, quand l’ancien parti royaliste et catholique des montagnes eut levé l’étendard de l'insurrection (6 septembre 1715), proclamé roi le prétendant Jacques Stuart, et occupé l’importante ville de Perth. L'affaire de Sherifmuir, où Argyle ne comptait guère que 4,000 hommes sous ses ordres, tandis que l’armée du comte de Mar s'élevait à plus du double, était demeurée indécise; mais ses résultats furent tout à l'avantage d’Argyleet de son parti: la désunion et le découragement s’introduisirent parmi les chefs de l’insurrection; l’arrivée en Écosse du prétendant Jacques Stuart ne rétablit pas leurs affaires, et bientôt ce grand parti se dissipa de lui-même sans tenter de nouveau le sort des armes.
Le duc d’Argyle avait sauvé l’une des {rois couronnes de Georges 1°" ; il en fut récompensé royalement : lorsque la fin de la guerre eut rendu ses services moins indispensables, il se vit privé de tous ses emplois, peut-être parce qu'il s'était opposé aux réactions et à l'abus qu’on voulait faire de son triomphe. L’injustice et l’ingratitude du gouvernement à son égard redoublèrent encore la haute estime que portaient au duc tous ses compatriotes, même ceux contre lesquels il avait combattu.
Après la mort de cet homme justement célèbre, les Campbells restèrent fidèles à la cause qu'il avait glorieusement défendue : ils figurèrent dans les armées de Georges IL pendant l'expédition brillante et malheureuse du prince Charles-Édoua r d (1745-1746 ) ; un millier d’entre eux, commandés parle colonel Campbell, qui fut depuis duc d’Argyle, assistèrent à la bataille de Falkirk, où le générai Hawley fut vaineu par les montagnards jacobites. Un bataillon de 600 Campbells contribua à décider contre les Stuarts la fatale journée de Culloden; ce furent les seuls montagnards qui prirent part à la sanglante victoire du gouvernement sur la grande armée des montagnes. Culloden fut la fin de la vieille Écosse ; l'esprit de clan, les mœurs, lindépendance de la race gallique n'y survécurent pas : On proscrivit jusqu’à son costume national, et la race des Campbells ne fut pas exemptée des mesures générales qui réduisirent les belliqueux enfants d'Alben à la condition des paysans