‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 217 sur 556 · CAMPBELL — CAMPBELLS · texte numérisé non relu

CAMPBELL — CAMPBELLS

classé que parmi les poëtes du second ordre, Ses véritables titres de gloire sont les chansons guerrières dont nous avons parlé, chefs-d’wuvre d'énergie et de précision, et le poëme américain Gertrude de Wyoming, récit en vers d’un intérêt pathétique et d’une grande énergie, où le contraste de la civilisation et de la vie sauvage produit d’admirables effets. Le caprice et l’indépendante facilité de l'esprit manquent trop à ce poëte. Sculpteur attentif et vigoureux, soigneux de son rhythme et de ses images, il atteint quelquefois l'obscurité à force de labeur, et la froideur à force de travail; mais il a les qualités qui conservent les œuvres de l’art, la solidité et la concentration, Philarète CnAsLes. ]

CAMPBELL (Joux, lord), grand juge d'Angleterre et l’un des plus savants jurisconsultes de la Grande-Bretagne, naquit le 15 septembre 1781, à Springfield (comté de Fife), où son père était ministre anglican. Après avoir terminé ses études à l’université d'Edimbourg, il vint à Londres, où il fut pendant plusieurs années attaché à la rédaction du Morning-Chronicle pour rendre compte des séances des chambres et des tribunaux. Devenu avoué à partir de 1806, il acquit peu à peu une brillante clientelle et une grande réputation comme jurisconsulte. Aux occupations de son Cabinet, il ne laissa pas toutefois que d’ajouter les travaux de l'écrivain, en publiant de courtes notices sur les points de droit les plus importants qu’avaient à décider les cours du king's bench et des common pleas. Il y fit preuve d’un rare falent pour élueider avec impartialité les questions les plus compliquées , talent qui, joint à sa loyauté et à sa franchise, lui a mérité la place distinguée qu’il occupe dans le parlement et dans la magistrature. Son mariage avec la fille de lord A binger, alors sir James Scarlett, ajouta encore en {821 à sa considération dans Je monde. C’est à fort peu de temps de là qu’il fut pour la première fois élu membre du parlement, où il se ratlacha par conviction au parti des whigs, et où il exerça bientôt une grande influence dans toutes les discussions relatives à des questions de droit. A deux reprises il fut élu représentant de la ville d’Édimbourg. Nommé king’'s counsel sous le ministère Canning (1827), el solicitor general sous celui de lord Grey ( 1832), puis en 1536 af{orney general, il jouit alors en cette qualité d’un traitement annuel de plus de 10,000 liv. st. (250,000 jr) Lors de la crise de 1835 il rendit à son parti un service des plus importants en l’emportant aux élections, par un discours où il se départit de sa modération habituelle, sur le candidat que lui opposaient les tories. Après la retraite de Peel, en 1835, on lui rendit ses fonctions d’afforney general ; et le ministère Melbourne, pour lui témoigner sa reconnaissance, érigea, le 19 janvier 1836, une pairie nouvelle en faveur de sa femme, On ne lui conféra pas alors à lui même les honneurs de la pairie, parce qu’on ne croyait pas encore pouvoir se passer de ses services dans la chambre basse. Cependant en 1841, quand l'administration whig fut près de Sa fin, il fut nommé lord chancelier d'Irlande et en même femps créé pair du royaume. Quelques semaines après, il était obligé de céder cet emploi à un tory.

Dès 1846 la reconstitution d’an cabinet whig lui fit donner la charge de chancelier du duché de Lancaster, avec siége dans le conseil; enfin, en mars 1850, il fut nommé grandjuge du queen’s bench. Chef de son parti dans la chambre haute, il fut appelé, en 1859, au poste de chancelier d’Angleterre, et mourut dans l’exercice de ces fonctions le 23 juin 1861, à Londres,

Ses travaux politiques, si nombreux, lui permirent cependant d'écrire quelques ouvrages, dont les plus répandus sont les suivants : Lives of the Chancellors of England (1845-47, 7 vol.; 4° édit., 1857, 10 vol.), et Lives of the Chief-justices (1849-57, 3 vol.). Citons aussi un livre intitulé Shakspeare’s Legal acquirements (1859).

CAMPBELLS (Clan des). Cette antique et célèbre tribu écossaise appartenait à la nation des Scott ou Écossais pro-

prement dits, qui vint d'Irlande, dans le courant du troisième siècle, occuper les contrées septentrionales de la Grande-Bretagne, et changea leurs noms d’4/ben (la montagne) et de Celyddon (la forêt) en celui de terre des Scott (Scotland). Une tradition très-accréditée parmi les Campbells leur donne pour ancêtre, c’est-à-dire pour premier chef, pour fondateur du clan, un guerrier nommé Dermid ou Diarmid, compagnon d’armes d’Ossian et de Gaul, et ils occupèrent probablement dès ce temps reculé quelques cantons du pays d’Argyle. Après être demeurés longtemps confondus parmi les clans de second ou de troisième ordre, ils ne commencèrent à figurer avec éclat que vers la fin du treizième siècle, Durant la terrible lutte qu’Ajaster ou Alexandre II, roi d'Écosse, eut à soutenir contre les Norvégiens, Callum , chef des Campbells, contribua glorieusement à repousser des rivages écossais les envahisseurs scandinaves, et mérita par ses exploits d’être surnommé More ou le Grand. Son nom devint même la qualification patronymique de tous les chefs du clan Campbell ses succes seurs; ils prirent désormais le titre de Mac-Callum-More (fils de Callum-le-Grand), et c’est encore ainsi que les montagnards de l’Argyleshire désignent le duc d'Argyle, héritier et descendant du vieux héros de leur race. Le fils de Callum-More , Neil-Campbell , sé distingua par un courage et un patriotisme inébranlables, pendant l’usurpation sanguinaire d'Édouard I‘. Tandis que la plupart des grands d'Écosse courbaient la tête devant le despote étranger, ou même lui prêtaient secours contre leurs compatriotes ; Neil- Campbell et sa tribu n’abandonnèrent jamais le parti national, secondèrent bravement William Wallace, et s’attachèrent ensuite à la fortune de Robert Bruce ; ils formaient la meilleure partie de sa petite armée, lorsque après sa défaite à Methven, Robert voulut chercher un refuge dans le pays de Lorn. Les puissantes fribus de Comyn et de Mac- Dougal lui fermèrent le passage : les patriotes succombèrent encore, et Neil-Campbell resta sur le champ de bataille.

Plus tard, lorsque la victoire fut revenue sous la bannière de Robert Bruce, ce prince n’oublia pas plus ses amis que ses ennemis; il écrasa les Comyn et les Mac-Dougal, et enrichit les Campbells des dépouilles du clan Dougal. De celte époque date la puissance et la prospérité des Campbell. Ils n’occupaient auparavant qu’un canton assez peu étendu aux environs du lac Awe; Robert leur livra la plupart des domaines de Jan de Lorn, chef des Mac-Dougal, qui possédait un très-vaste territoire dans l'Argyleshire, le Lorn et le Morven. Les Mac-Callum-More s’élevèrent ainsi au niveau des plus grands feudataires écossais , €t ne virent plus au-dessus d’eux dans la montagne que les Mac-Donald des îles. Pendant le reste du moyen âge, les Campbells participèrent à toutes les guerres extérieures et intérieures de l'Écosse, tantôt amis, tantôt ennemis de la couronne,

Lorsqu'on reçut en Écosse la nouvelle du supplice de Marie Stuart, Jacques VI, fils de cette princesse infortunée, se contenta d’ordonner un deuil général. Le comte d’Argyle , chef des Campbells, vint alors à la cour de Jacques couvert de son armure au lieu de vêtements funèbres , comme pour indiquer au roi la nature des honneurs funéraires qu’il fallait rendre à la victime d’Élisabeth. L'égoiïste et faible Jacques VI feignit de ne pas comprendre la muette démonstration d’Argyle. La conduite du chef gael était d'autant plus remarquable, qu'ayant embrassé le protestantisme durant les luttes religieuses de son pays, il n’avait point d'intérêt personnel à venger la catholique Marie Stuart. Les Campbells, comme tous les autres moutagnards, se souciaient assez peu des controverses religieuses qui exaltaient tous les esprits parmi les habitants de la plaine : cependant ils abjurerent le catholicisme à l'instar de leur Mac-Callum-More,.

Lorsque les presbytériens jurèrent entre eux la fameuse ligue dite le Covenant (1637), et prirent les armes pour

repousser la liturgie anglicane, que leur voulait imposer Charles 1°, le comte régnant d’Argyle, habile politique, mais assez peu pourvu de courage militaire, fut l’un des plus zélés défenseurs de l'union presbytérienne. Charlesl*', mal soutenu par la nation anglaise, fut obligé de céder, et créa méme Argyle marquis, en gage de réconciliation. Cette trève fut de courte durée, et la guerre recommença avec fureur. On sait quelle en fut l'issue, malgré les brillants avantages remportés d’abord par Montrose, général des troupes royales en Écosse. Vainqueur dans les montagnes et dans les basses-terres, il succomba au fond des Cheviots, devant une armée presbytérienne. Après la ruine du parti royal, le marquis d’Argyle, soutenu par toutes les forces du Covenant, exerça des représailles cruelles contre les dévastateurs de son comté : une grande partie des Mac-Donald furent détruits ; leur plus illustre chef, Alaster Colkitto, fut pris, condamné à mort et exécuté. Cependant, lorsque Montrose lui-même, fait prisonnier dans le nord, eut été amené à Édimbourg pour se voir livré par le parlement écossais au supplice des traîtres , Argyle eut la pudeur de ne point se faire le juge de son rival, et ne parut point au parlement le jour où la sentence fut prononcée. Lord Lorn, son fils, moins scrupuleux , assista aux derniers moments de l’ennemi de sa maison , et contempla la fin tragique de Montrose avec une joie barbare (1650).

Charles IE, rappelé au trône douze ans après la mort de son père, vengea tardivement Montrose, et fit faire le procès au marquis d’Argyle, qui eut la tête tranchée pour crime de haute trahison (1661). Cette tête sanglante fut exposée sur la Tour, où avait figuré précédemment celle de Montrose. Argyle montra sur l'échafaud ce courage passif et résigné qu’on à remarqué chez des hommes absolument depourvus de bravoure guerrière, Le comte Archibald, lord de Lorn, fils du célèbre marquis , fut persécuté avec le même acharnement : on lui intenta, pour quelques paroles imprudentes, une accusation de lèse-majesté, et il fut condamné à mort. Cependant Charles IX recula devant la servilité féroce de ses juges, et se contenta de retenir le Mac-Callum-More prisonnier, Argyle parvint plus tard à se sauver en Hollande. Lorsque Jacques II, succédant à son frère Charles, eut commencé le cours d’un règne oppressif et impolitique , Argyle , d'accord avec le duc de Montmouth, fils naturel de Charles IL, vorlut exciter une révolution en Écosse. Cette tentative prématurée devint funeste à son auteur : Argyle, en vain secondé par son clan, fut abandonné des seigneurs qui s'étaient joints à lui; il tomba au pouvoir des royalistes, et fut décapité par la maiden (la jeune fille), machine analogue à la guillotine française. « C’est la jeune fille la plus agréable que j'aie embrassée de ma vie! » dit-il en s'approchant de l'instrument de mort. Sa conduite avait été conforme jusqu’au bout à cette étrange bravade ( 1685 ). Plus de vingt chefs subalternes d’entre les Campbells furent égorgés avec leur Mac-Callum-More. L'Argyleshire fut dévasté et confisqué , l'héritier de ses comtes obligé de s’enfuir en Amérique, et le nom de cette maison condamné à être aboli (1685).

Le comte de Breadalbain , chef d’une subdivision du clan des Campbells, succéda au pouvoir des marquis d’Argyle sur toute Ja tribu. La chute de Jacques IT et l'avénement du roi Guillaume ( 1688 ) ne tardèrent pas à rendre aux Campbell leur ancienne importance dans les hautes-terres. À la révolution de 1688 le fils du malheureux comte Archibald avait été amnistié, réintégré dans ses biens et investi du titre de duc, en dédommagement de ce que lui et les siens avaient eu à souffrir de la part des Stuarts. Ce seigneur ne prit point une part bien remarquable aux affaires du temps; mais son fils John annonça dès la première jeunesse les talents politiques du fameux marquis, joints aux vertus guerrières que celui-ci n'avait jamais possédées. Nommé lord haut-commissaire près le parlement d'Écosse en 1705, John,

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