CANALETTO — CANAPÉ
tion côtière dangereuse dans ées mers, et souvent impossible, à cause des moussons. De Péking à Canton, dans un parcours de plus de deux cents myriamètres, il sillonne les provinces de ce vaste empire, et transporte de l’une à l’autre les productions si variées de leur territoire et de leur industrie. Outre qu’il satisfait ainsi à la nécessité de communication entre les diverses régions d’un pays qui s’est toujours réduit à ses propres ressources, il aide à la fertilité de certaines parties, en y reversant ses eaux fécondantes ; d’autres fois, il sert d’égoût aux marécages insalubres ou recueille le trop plein des inondations ; enfin il règle les déchaînements du fleuve Jaune.
De tels résultats indiquent une civilisation avancée, une grande puissance gouvernementale et une industrie peu ordinaire. Cependant sous ce dernier rapport les Chinois ont souvent contourné les difficultés, mettant en première ligne, comme principal avantage, la simplicité d'exécution. La plus grande partie du canal traverse des pays plats et de nature facile ; néanmoins, sur une aussi longue étendue, il a été impossible d'éviter les obstacles si difficiles provenant de grandes différences de niveau ou de terrains défavorables ; les Chinois les ont surmontés avec hardiesse et persévérance, mais ils ne se sont décidés à ces travaux qu’en cas d’absolue nécessité. Aussi la largeur, la profondeur, la direction, varient suivant les circonstances naturelles; d’innombrables écluses séparent les sections de niveaux différents. Quand les bateaux arrivent, on les hisse au moyen de fortes machines et on les dépose à l’autre bord. Souvent encore la surface des eaux se trouve de beaucoup au-dessus des terrains environnants, et elles coulent encaissées entre deux solides remparts, s’abaissant en talus sur les terrains inférieurs, C’est du moins ce que nous vimes à l'ile d'Or, lorsqu’en 1842 nous y visitâmes le grand canal.
Cette île se trouve, sur le Yang-tze-Kiang, à une centaine de kilomètres au-dessous de Nanking. Le canal y arrive par trois de ses branches, ce qui fait de cet endroit comme le carrefour des grandes routes qui relient le nord au midi. Aussi l'expédition anglaise y avait-elle établi le centre du blocus, et par l'occupation de ce seul point causait un dommage inappréciable au commerce de la Chine, commerce nécessaire non-seulement à son bien-être, mais encore à son existence. Nous remontàämes une de ces branches à quatre ou cinq kilomètres dans l'intérieur; sa largeur était de soixante à quatre-vingts mètres, et sa profondeur de cinq. Sur chaque rive, de larges et solides chaussées ornées d’arbres magnifiques et surtout de saules, permettaient le halage, et nous fimes atteler à nos embarcations un troupeau de Chinois fort dociles. La promenade était pittoresque ; mais il nous manquait ces mouvements de bateaux de toute grandeur qui dans des temps ordinaires eussent animé le paysage. Nous ne renconträmes sur notre route qu'une grande jonque coulée par des pierres, de façon à barrer le passage aux steamers de l’escadre, et par contre-coup plus tard aux bâtiments chinois. Du reste, la solitude et le silence faisaient ressortir la grandeur de l’œuvre.