‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 238 sur 556 · CANAPÉ —— CANARD · texte numérisé non relu

CANAPÉ —— CANARD

du grec xwvwretoy (de xévewb, cousin, moucheron), espèce de pavillon d'étoffe légère et transparente, dont on s’entourait pour se mettre à l’abri de la piqûre des insectes.

[Le mot canapé a longtemps été employé dans la polémique des journaux pour désigner la secte des doctrinaires. Mais s’il est bon nombre de lecteurs de gazetles pour qui le mot doctrinaire n’est pas d’une parfaite clarté, il en est aussi beaucoup, sans doute, pour qui l'origine du mot canapé n’est pas d’une entière évidence, quoique cette origine ne se cache pas dans la nuit des temps; et en effet il est des rapports plus faciles à saisir que l’analogie qui existe entre un canapé et la secte des doctrinaires. L’affectation qu’on a mise à la désigner ainsi pourrait faire attribuer à l’origine de ce mot une importance qu’elle est loin d’avoir ; si bien que les doctrinaires des âges futurs, jaloux d’entourer de merveilleuses fictions le berceau du nouvel Évangile, pourraient s’imaginer que le canapé était un siége où le chef de la doctrine recevait ses inspirations et rendait ses oracles, ou bien où il révéla un jour à ses disciples de sublimes vérités, à l'exemple de Socrate (et plus commodément que lui toutefois), lorsque du haut de son lit de mort il enseignait le dogme de l’immortalité de l'âme. En sorte que le canapé pourrait finir par atteindre la célébrité des jardins d’Académus, voire même du baquet de Mesmer ou du trépied de la Sibylle. Afin de préserver la postérité de toutes les erreurs où elle pourrait tomber à cet égard, nous croyons utile d’assigner au mot canape sa véritable origine.

Dans les premières années de la Restauration, lorsque les hommes appelés dès lors doctrinaires avaient quelque part au pouvoir et annonçaient hautement, sinon clairement, que le monde ne pouvait être gouverné que d’après certaines doctrines philosophiques dont eux seuls avaient le secret, leurs prétentions, leur science mystcrieuse, et avant tout la faveur dont ils étaient l’objet sous le ministre Decazes, firent craindre l’envahissement d’un nouveau parti, et l’on demandait, un jour, si ce parti était nombreux : « Moins que vous ne semblez le craindre, répondit quelqu'un, car les doctrinaires tiennent tous ensemble sur un canapé. » Le mot était juste, et, comme on voit, il a fait fortune. Il est vrai que depuis ce parti se recruta tellement qu’un canapé ne put plus suffire assurément pour contenir les nouveaux adeptes; mais il fallait plutôt attribuer leur nombre au vent favorable qui, en soufflant de ce côté, les avait

. multipliés tout à coup, qu’à leurs convictions ou à leur intelligence de la doctrine qu'ils paraissaient avoir embrassée ; à l'heure qu'il est, s’il fallait compter tous ceux qui y croient et qui la comprennent, à coup sûr un canapé serait trop grand encore pour les contenir. C.-M. PAFFE. |

CANARD, genre d'oiseaux appartenant à l’ordre des palmipèdes, et quise distinguent par les caractères suivants : Bec grand, épais, revêtu d’une peau molle plutôt que d’une véritable corne, moins haut que large à sa base, et aussi large ou plus large à son extrémité que vers la tête, garni sur ses bords d’une rangée de lames saillantes, minces, placées transversalement, qui paraissent destinées à laisser écouler l’eau quand l'oiseau a saisi sa proie; narines plus rapprochées du dos que de la base du bec; langue longue, charnue, dentelée sur ses bords; ailes de longueur médiocre ; jambes plus courtes et plus en arrière que celles des oies, et rendant par conséquent la marche des canards moins facile, tandis que sur l’eau ils se meuvent, au contraire, avec beaucoup d’agilité. On trouve des canards dans toutes les parties du monde, sur les fleuves, les étangs, les lacs et même la mer, quoiqu’en général ils préfèrent les eaux douces. Ils vivent de poissons, de mollusques, de larves d'insectes, de vers, et même de fucus et autres plantes marines, Il sont monogames ou polygames, selon les espèces. Ils construisent sur le bord des eaux, soit à terre, au milieu des herbes, soit dans le creux d’un arbre, un nid assez grossier. La forme, la couleur et le volume

des œufs varient dans chaque espèce, mais dans toutes les petits quittent le nid et vont à l’eau dès le moment de leur naissance. Les canards sont presque tous voyageurs : ils habitent pendant l'été les contrées du Nord, et celles du midi pendant l'hiver ; en sorte qu'ils traversent deux fois par an nos climats tempérés : au printemps du Sud au Nord, et à l'automne du Nord au Sud. Presque tous aussi sont sujets à une double mue annuelle, et le changement du plumage est souvent tel chez les mâles qu'ils sont méconnaissables aux deux époques opposées de l'année, En général, ils prennent leur robe de noces vers la fin de l'automne et ne la quittent qu'après la fin de l'incubation. L'homme trouve dans leur chair un aliment agréable, et dans le duvet qu'ils fournissent une matière éminemment propre à former des coussins et des vêtements à la fois mous, légers et chauds.

Ce genre se partage naturellement en deux divisions. Les espèces de la première, ou celles dont le pouce est bordé d’une membrane, ont la tête plus grosse, le cou plus court, les pieds plus en arrière, les ailes plus petites, la queue plus roide, les tarses plus comprimés, les doigts plus longs, les palmures plus entières. Elles marchent plus mal, vivent plus exclusivement de poisson et d'insectes, et plongent plus souvent. On y distingue plusieurs subdivisions, savoir : les macreuses, qui se reconnaissent à la largeur et au renflement de leur bec; les garrots, dont le bec est plus court et plus étroit à sa partie antérieure, et à la subdivision desquels se rattachent : 1° les garrots ordinaires, qui ont la queue ronde ou carrée, et qui comprennent l'eider, toutes les espèces de millouins, et le morillon ; 2° les canards dont la queue a ses pennes du milieu plus longues, ce qui la rend pointue, comme dans le canard de Terre- Neuve et le canard arlequin.

Le canard de Terre-Neuve (anas glacialis, Linné) est blanc, avec une tache fauve sur la joue et le côté du cou; la poitrine, le dos, la queue et une partie de l’aile sont noirs; sa taille est de quarante-cinq centimètres non comprises les deux longues pennes qui terminent la queue du mâle et qui manquent dans la femelle; son duvet le dispute en beauté, en finesse et en élasticité à celui de l’eider.

Le canard arlequin (anas histrionica), de même {aille à peu près que nos canards domestiques, offre un plumage cendré ; le sourcil et les flancs sont roux; le mâle est bizarrement bigarré de blanc. Il passe pour un excellent gibier, et est, ainsi que le précédent, origmaire des climats du nord des deux continents. L’un et l’autre nous viennent en hiver, mais à des intervalles éloignés.

Les canards de la deuxième division, dont le pouce n’est point bordé d'une membrane, ont la tête plus mince, les pieds moins larges, le cou plus long, le bec plus égal, le corps moins épais; ils marchent mieux et recherchent les plantes aquatiques et leurs graines autant que les paissons et autres animaux. On distingue parmi eux lessouchets, les tadornes, le pilet, lechipeau,lesiffleur, la sarcelle; le canard de la Chine (anas galericulata), long de quarante centimètres et remarquable par la richesse de ses couleurs; dont le mâle porte sur la tête un magnifique panache vert et pourpre, qui s'étend jusqu’au delà de la nuque; le canard de la Caroline, ou beau canard huppé (anas sponsa, Linné), également recherché par l'éclat de son plumage et le goût exquis de sa chair; enfin, le canard musqué, vulgairement nommé, par erreur, canard de Barbarie (anas moschata, L.) et le canard ordinaire (canard sauvage et canard domestique : anas boschos, L.), dont nous laissons à un de nos honorables collaborateurs le soin d’entretenir le lecteur. DÉMEZL.

Parlons d’abord du canard sauvage. Examinez dans la tête de ce canard son bec lamelleux, dentelé, d’un vert tirant sur le jaune; l'iris de ses yeux, de couleur brune; les émeraudes qui brillent sur un fond offrant les teintes et les reflets

d’un acier poli, et qui colore la moïté de son cou, tandis que l’autre moitié est revêtue d’une couleur pourpre qui s'étend sur sa poitrine; ses ailes couvertes d'une bande d'azur, mêlée avec du velours bleu; les vingt pennes de sa Jueue, qui se termine par un liseré blanc, tandis que quatre le ces pennes se recourbent en demi-cercle vers le croupion, qui est nuancé de noir et de vert; les jambes, les pieds et les doigts orangés, et les ongles noirs. Eh bien, ce bel oiseau, pourvu de tant de charmes, et si bien fait pour plaire, en état de liberté, sur les mares, sur les rives des fleuves, sur les chaussées des étangs, y conserve les mœurs et VPaustérité d’un monogame. Il se contente de la femelle de son choix, tandis que le canard de nos basses-cours, qui est pourtant de la même famille, est dans un état constant de polygamie, vit au milieu d’un sérail; et pour dégénérer, ce noble oiseau n’a eu besoin que de vivre dans notre voisinage. Il y a pis que cela encore : sa femelle ne se refuse jamais aux empressements du canard musqué de Barbarie, qui appartient cependant à une autre famille, et de ce rapprochement monstrueux naît une postérité qui est le plus souvent frappée de stérilité. La nature a refusé le don de se reproduire à ceux qui n’auraient jamais dû naître. Examinons maïntenant les habitudes de notre sauvage dans les détails de sa vie privée. Lorsqu’au printemps l'hépatique étale sa fleur sur les rives des mares, il se sépare de sa société, qui est toujours fort nombreuse ; il fait choix d’une compagne, et si on la lui dispute, il se bat avec acharnement contre ses rivaux; il emmène sa conquête dans les touffes écartées de roseaux, et il y fixe son domicile, pour se livrer sans distraction à l'inclination qui l’entraîne. Toute la nation des canards se sépare ainsi par couple, et se retire dans des asiles mystérieux. Il n’y a plus de société, il n’y a que des tête-à-tête. L'apparition de la fleur à été pour ces oiseaux ce qu'est l’apparition du pontife donnant la bénédiction à des fiancés. Chaque couple vit dans cette retraite à peu près vingt et un jours, qui plus, qui moins, suivant la force ou l’ardeur de chacun. KHul ne sort de la maison nuptiale que pour prendre le soir un peu de nourriture. Les trois semaines écoulées, vous voyez la femelle porter au bout de son bec des brins de jonc ou de roseau, s’arracher les plûmes du ventre, et construire avec ces matériaux un nid douillet, dans lequel elle pond successivement, et de deux jours l’un, douze à quinze œufs, dont les gros bouts sont plus obtus que ceux des poules, et d’une couleur jaune tirant sur le rouge. Mais c’est durant l'incubation qu’il faut admirer l'intelligence et les soins pieux de cette bonne mère. Aucune apparition d’oiseau de proie ni menace de chasseur ne sont capables de l’arracher aux objets de son affection. Elle ne sort un instant le soir que pour aller chercher un peu de pâture, et quand elle cuitte le nid, elle couvre de roseaux ses petits, pour les dérober à tous les regards. Le mâle demeure en sentinelle tout autour, et lorsqu'elle revient, ce n'est jamais par la ligne la plus courte; elle fait mille circuits dans les airs, afin de donner le change au chasseur. Les dangers qu'’ellé redoute sur les rivages, ou dans les lieux trop découverts, la déterminent quelquefois à construire son nid dans des bruyères ou sur le tronc des grands arbres. Quand, après trente jours d’incubation , les œufs sont éclos, elle descend dans l’eau et y appelle ses poussins ; et comme ils ne peuvent pas y desvendre, le père et la mère, au moyen de leur bec, les saisissent l’un après l’autre par la peau, et les déposent sur l’eau, sans les blesser jamais, tant l'instinct paternel est habile à développer toutes les facultés de l'intelligence. Une fois sortis de leur nid, ils n’y retournent plus comme lés petits oiseaux de bocage retournent dans le leur ; ils exercent leur enfance à la poursuite des mouches, des larves et de toutes les petites proies que la mère leur indique. Dans cet état, la couleur jaune de leur duvet les fait ressembler à uné couvée de serins. A trois mois ils prennent des ailes et reçoivent

CANARD

le nom de halbrands ; à six mois ils sont adultes. Telle est la dépense de force vitale que fait le mâle durant la pariade qu'immédiatement après il perd toutes ses plumes; et la femelle après l’incubation éprouve une révolution semblable.

Le canard sauvage est essentiellement sociable. La pesan: : teur de son vol, quand il commence à s'élever, et le bruit de ses ailes, l’exposent à des dangers perpétuels. Le sentiment de cette faiblesse est probablement le principe de l’association de ces oiseaux. Lorsqu'ils partent, ils se rangent en bataillon sous la forme d’un triangle, les commandants en tête. Ils s'élèvent à perte de vue; et quand ils veulent s’abattre, ils envoient uné avant-garde pour prendre connaissance du terrain, et ils placent des sentinelles dans tous les lieux d’où l’on pourrait les découvrir. Ils aiment beaucoup le froid, et dans les régions polaires, où ils jonissent d’une entière sécurité, les lacs et les fleuves sont tout couverts dé ces oiseaux. Ils y retournent tous les ans ; mais quelques couples, retenus par de tardives amours, passent l’année entière dans’ nos climats et s’établissent le long des bois pour manger des glands, faute d’autre nourriture. On ne rencontre jamais de canards isolés que lorsqu'ils sont en pariade, où qu’ils sont détachés de leur société par la poursuite des chasseurs ou des oiseaux de proie.

Le canard musqué ou de Barbarie n’est jamais un prisonnier volontaire comme le canard ordinaire, et il ne résiste pas à la séduction qu’exerce sur lui l’apparition des oiseaux de son espèce qui sont demeurés sauvages : pour prévenir cette désertion, on doit couper à chacun un bout d’aile.

Le canar«a sauvage se distingue du canard domestique, dont nous al'ons parler tout à l'heure, d’abord par son plumage, qui est plus varié, plus éclatant; par son cri, qui est plus rare et moins retentissant, parce que la trachéeartère s’élargit dans l’état domestique ; par les os de la poitrine, qui sont moins saillants chez lui; par les écailles de ses pieds, qui sont plus fines, plus lustrées ; enfin par les membranes qui unissent ses doigts, lesquelles sont plus minces. La chair de ces deux oiseaux offre pour sa saveur la même différence que celle qui existe entre la chair du poulet et la chair du perdreau. On distingue aussi, dans les canards, le mâle de la femelle par la couleur de celle-ci, qui est plus terne, et par sa taille, qui est plus petite; les canards vieux des jeunes, en ce que ces derniers ont des pattes plus lisses et d’un rouge jaune plus vif.

Du reste, le canard domestique n’est pas seulement du même genre et de la même famille que le canard sauvage, mais il est encore de la même espèce, et il n’y a dans les deux races que les différences superficielles qui tiennent au genre de vie et au régime alimentaire ; et comme le canard sauvage est infiniment meilleur que lé canard domestique, il est nécessaire de ramener ceux qu’on élève dans les basses-cours à leur type primitif pour les régénérer. Quand vos canards acquièrent une couleur entièrement blanche, vous devez les tenir pour étre arrivés au dernier degré de dégradation, et pour les renouveler vous devez faire prendre dans les mares et le long des étangs des œufs de canards sauvages et les faire couver par des canards domestiques, pour en obtenir une espèce supérieure. Sachez encore que par suite de la dépravation sociale le canard mâle de sept à huit mois suffit à plus de douze canes ; mais que dans l'état domestique la meilleure et la plus grasse dés canes est toujours une fort mauvaise couveuse, par la même raison que les plus belles dames de ville sont toujours les plus mauvaises des nourrices. Il convient infiniment mieux de confier l’incubation à une dinde, qui abrite sous ses ailes une cinquantaine de ces oiseaux, qu'à une cane, qui ne peut en couver qu’une douzaine, En la privant du travail de l’incubation, vous la res tituez à celui de la ponte, qu’elle fait alors en entier, et qui sé compose dé quarante à éinquaute œufs chaque année, lorsqu'elle n'est pas distraite par d’autres soins. II faut épier

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