‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 239 sur 556 · CANARD — CANARIES · texte numérisé non relu

CANARD — CANARIES

tous les matins avec la plus grande vigilance cette pondeuse, car son habitude est de pondre dans les lieux écartés, de couvrir ses œufs avec tout ce qu’elle trouve à sa portée; c’est un instinct qu’elle retient de l'état sauvage. Les œufs de cane sont meilleurs qué ceux de poule pour la pâtisserie et la composition des gâteaux ; et l’on peut les employer enoore dans les omelettes lorsqu'on les mêle avec d’autres. Mais ils ont l'inconvénient de ne pouvoir être mangés à la mouillette, parce que dans la cuisson les deux enveloppes qui recouvrent le jaune perdent leur état liquide pour passer à une consistance solide.

La cane domestique n’est ni une aussi bonne couveuse, ni une mère aussi attentive que la cane sauvage. La première est en pariade perpétuelle avec les mâles, qui sont d’une exigence extrême. Les jeunes canelons, une fois placés dans l’eau, n’ont presque plus besoin de leur mère, Ils sont d’une constitution rustique, et infiniment plus robustes que les poussins des poules. 11 suffit de les faire rentrer chaquesoir dans l'habitation, et de leur en donner de bonne heure l'habitude. Aussitôt nés, il faut leur donner du pain émietté dans du vin ou du cidre. Deux jours après, on leur sert une pâtée faite avec des orties tendres, hachées bien menu, avec un tiers de farine de froment, de sarrasin ou de mais. On les lâche alors dans l’eau la plus voisine de la basse cour, et la dinde, qui s’en inquiète, parce qu’elle ne peut pas les suivre, les attend toujours sur le rivage pour les réchauffer sous ses ailes, Cet oiseau vit de tout ce qu’il rencontre, mais il préfère la nourriture animale à la nourriture végétale. C’est avec des vers, dont on leur donne une provision trois fois par jour, qu’on improvise à Rouen des halbrands hâtifs qui ont une grande valeur. Dans quelques autres cantons de la Normandie, on est dans l'usage de faire avaler aux canetons des gobbes de farine de sarrasin ; et par ce moyen on obtient en deux mois des canards de huit livres, qui ont par conséquent acquis une livre par semaine. On reconnait que le canard est parvenu au dernier degré d'obésité lorsqu'il porte sa queue en éventail, parce que les pelottes de graisse placées sur le crouplon ne lui permettent plus de réunir les pennes.

Les canards livrés à eux-mêmes, et qu’on ne veut pas trop rapidement pousser à la graisse, coûtent fort peu pour leur nourriture. Il n’y a pas de plus habiles qu'eux pour purger un jardin de chenilles, de hannetons, de courtillières , de crapauds, de limaces, d’araignées, de vers, de mans, et surtout des altises, fléau des raves et des navets. Mais, comme ils mangent aussi les légumes, on ne les introduit jamais dans les jardins potagers ou légumiers sans danger, non plus que dans les fossés où il y a de l’alvin et de jeunes poissons, qu’ils sont habiles à saisir, parce qu’ils sont doués de la faculté de plonger. Le duvet que fournit le canard est d’une grande utilité quand on le lui arrache avec précaution, dans les mois de mai et de septembre seulement, sous le cou, le ventre et les ailes, et quand on le fait dessécher à la chaleur modérée d’un four, pour le purger des parties huileuses inhérentes aux animaux aquatiques. Il est peu de canards qui vivent une année. On consomme ou l’on vend les jeunes en automne ou au commencement de l'hiver, et du plus nombreux troupeau on ne conserve, pour la pariade du printemps suivant, que quatre ou cinq femelles et un

mâle. C'° Français (de Nantes).

CANARD. Dans le jargon de la presse périodiqne, on a donné le nom de ce volatile barboteur et glouton à une nouvelle plus ou moins absurde à laquelle on donne cours en lui prétantune forme plus ou moins vraisemblable, et, par suite, à de petits imprimés, à têtes de clous, sur papier gris, contenant le récit d’un événement du jour, que l’on débite dans les rues. Voici, d’après un recueil belge, l’origine de cetrope: « Pour renchérir sur lesnouvelles ridicules que les journaux lui apportaient tousles matins, un habitant d'Anvers, nommé Cornellissen, avait fait annoncer dans les colonnes d'une de

ces feuilles, qu’on venait de faire une expérience intéressante bien propre à constater l’étonnante voracité des canards. On avait réuni vingt de ces volatiles; l’un d’eux avait été haché menu avec ses plumes et servi aux dix-neuf autres, qui en avaient avalé gloutonnement les débris ; l’un de ces derniers à son tour avaitimmédiatement servi de pâture aux dix-huit survivants et ainsi de suile, jusqu’au dernier, qui se trouvait, par le fait, avoir dévoré ses dix-neuf confrères dans un temps déterminé très-court. Tout cela, spirituellement raconté, obtint un succès que l’auteur était loin d’en attendre. Cette petite histoire fut répétée de proche en proche par tous les journaux, et fit le tour de l'Europe, Elle était à peu près oubliée depuis une vingtaine d'années, lorsqu’elle nousrevint d'Amérique avec de merveilleux développements et le procès-verbal de l’autopsie du dernier survivant, auquel on prétendait avoir trouvé des lésions graves dans l’œsophage. On finit par rire de l’histoire du canard, mais le mot resta. »

Parmi les journaux de Paris, le Constitulionnel exerce, presque depuis sa naissance, une suprématie sur tous les autres dans le genre canard. 1] ne s’en cache guère du reste, il connaît si bien ses lecteurs. On s’est beaucoup amusé du fameux serpent de mer qui a reparu tant de fois dans ses colonnes. Le défunt Courrier français disputa longtemps la palme à son confrère dans cette spécialité, avec son tombeau aux inscriptions grecques que découvrait tous les ans le père Martinez sur les rives du Rio de la Plata. La Presse prit la chose plus au sérieux lorsqu'on lui fit dire une fois que le clocher deStrasbourg avait marché de quelques mètres. Il n’est pas rare de voir un canard, échappé des feuilles de la capitale, circuler des mois entiers dans les journaux de province, obtenir même souvent les honneurs de la traduction et un asile dans les feuilles de l'étranger, et, après s'être ainsi promené, la canne à la main, dans toutes les feuilles du monde, rentrer enfin à Paris, dans le berceau qui l’a vu naltre, sans que k publiciste qui lui a donné le jour le reconnaisse,

CANARDER. C'est tirer sur des canards ou bien à l'abri d’une canardière.

CANARDIERE, nom d’abord appliqué à une arme propre à tuer descanards, et qu’on a ensuite donné à des échauguettes (ouvertures pratiquées dans les murs) de chàteaux forts, d’où l’on tirait de très-loin sans se découvrir.

On appelle aussi de ce nom un lieu couvertet préparé, où l'on se met en embuscade pour prendre des canards, ou bien pour tirer sur des canards, au moyen d’un fusil long de 3,25 à 3%,50, dont on place le canon sur une main de fer posée sur le devant d’une petite barque garnie de feuillage, dans laquelle le chasseur, assis, lire sur ces oiseaux.

CANARI, genre de plantes de la diæcie pentandrieet de la famille des térébinthacées, qui contient un arbre de l'Inde (canarium vulgare), dont l'écorce, au rapport du naturaliste et voyageur Rumph, laisse suinter une liqueur balsamique, laquelle, en s’épaississantdevient une résine odorante. Les fruits ou les graines de cet arbre se mangent comme des amandes quand elles sont sèches ; mais fraiches elles donnent la dyssenterie, si l’on n’a la précaution de les assaisonner avec du sel, comme nous le pratiquons pour les jeunes noix où cerneaux.

Canari est aussile nom vulgaire du serin snaries.

CANARIES (Iles), groupe d’iles qui appartient à l'Espagne, situées à l’ouest de la côte d'Afrique, entre 27° 99’ et 29° 26’ de latitude nord, et entre 1° de longitués occidentale et 4° 50 de longitude orientale, à environ 150 kilomètres du continent. Elles sont d’origine volcanique, jouissent d’un climat délicieux et d’une fertilité telle que les anciens leur avaient donné le nom d’Jles Fortunées. !| est très-probabie qu’elles étaient déjà connues des Carthaginois. Juba 11, roi des deux Mauritanies, est le premier qui en ait donné une description exacte. On l’a malheureu

sement perdue; mais Pline l'avait sous les yeux quand il écrivait son Histoire Naturelle.

On indique comme en ayant été les premiers habitants les Guanches , peuple au sujet duquel les Espagnols, qui en firent la conquête en 1316, racontent les détails les plus merveilleux. 11 ne paraît pas toutefois qu’ils aient attaché alors une grande importance à la possession de ces îles, qui furent aussi visitées vers 1400 par un Français du nom de Bétaneour (lequel s’en serait fait donner l'investiture par le roi de Castille Henri 111), puisqu’en 1456 Henri le Navigateur en fit prendre possession au nom du Portugal. Cependant les Espagnols se ravisèrent, et en entreprirent de nouveau la conquête, en 1478. Elle fut achevée à la fin du quinzième siècle, et les vainqueurs adoptèrent à l'égard des vaincus un système d'extermipation tel que la race aborigène a depuis longtemps complétement disparu de ces îles, qui sont uniquement habitées aujourd’hui par une population résultant du mélange des Espagnols et des Portugais.

Sur les dix îles il n’y en a que sept d’habitées; ce sont : Ténériffe, la plus grande de toutes ; la Grande Canarie, de 18 myriamètres carrés avec 70,000 habitants, la plus fertile du groupe, chef-lieu las Palmas; Palma, avec 34,000 habitants; Gomera, avec 12,000; Fuertaventura, avec 14,000; Lanzarote, avec 18,000; enfin Hierro, la plus petite de toutes. Les Canaries forment un gouvernement civil divisé en 2 districts et ayant depuis 1858 las Palmas pour capitale. La population y était, en 1860, de 237,036 habitants, et la superficie estimée à 7,273 kilom. carrés.

L'aspect intérieur de ces îles trahit dans l’ensemble et les détails leur origine volcanique, On trouve presque toujours au sommet de leurs montagnes , dont les pentes sont toutes fort escarpées, une excavation de forme conique, désignée sous le nom de La caldera, et sur leurs versants un système, en forme de rayons, de saillies très-abruptes , dites barancos, dont une seule ordinairement pénètre dans le cône et met à nu la structure intérieure de pierres volcaniques régulièrement stratifiées.

Les recherches d'Alexandre de Humboldt et de Léopold de Buch ont jeté la plus instructive lumière sur la géographie végétale des îles Canaries, et ces savants en ont exposé les diversités multiples dans un tableau composé de cinq régions successives, depuis le palmier, dont le fruit mûrit sur les bords dela mer, jusqu’à la flore des Alpes, qui caractérise les pics les plus élevés. La région des produits africains s'étend jusqu’à une hauteur de 400 mètres, avec une température moyenne de 18° Réaumur, et est caractérisée par le pisang, par le palmier à dattes, par l'arbre à sang de dragon et par la canne à sucre. La zone de la culture européenne lui succède immédiatement, jusqu’à une élévation de 865 mètres, avec une température moyenne de 14° Réaumur. On y rencontre les plus belles espèces de vignes et d'arbres fruiliers, des champs de blé et de mais, des forêts de chàtaigners et d’oliviers, dans tout l'éclat de la plus riche végétation. En atteignant la troisième région, celle des forêts toujours vertes, jusqu'à une hauteur de 1365 mètres, on voit, sous l'influence d’une température de 10° Réaumur et d’une fécondante humidité, la plus vigoureuse végétation se développer dans les forêts de lauriers, où se termine la zone des prod méridionaux. La région des pins sauvages (pinus can@fiensis) et des fougères communes commence audessus de la région des nuages, exposée à une nuisible sécheresse et couverte de neiges pendant plusieurs mois de l'année , jusqu’à une élévation 1666 mètres, avec une température moyenne de 8° R.; après quoi on atteint, par une température de 4° et une élévation de 3100 mètres, la région de la retama blanca, arbrisseau particulier à cette contrée, qu'on y rencontre en compagnie du genévrier et de la seule plante alpestre, l'arabis alpina. Les points extrêmes des pics sont complétement dépourvus de végétation, sans cependant atteindre encore la région des neiges éternelles.

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