‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 282 sur 556 · CAP-BRETON — CAPE · texte numérisé non relu

CAP-BRETON — CAPE

tentrionale du Cap-Breton, est fameux par les nombreux naunfrages dont ses côtes sont journellement le théâtre.

En raison de l'importance stratégique de sa position, qui en fait la clef des contrées baignées par le golfe Saint-Laurent, le Cap-Breton était autrefois de la part du gouvernement français l’objet d’une attention toute particulière. La colonie prit de si rapides développements que vers le milieu du dix-huitième siècle elle occupait à la seule pêche de la morue 300 navires et 1,500 chaloupes, montés par 12,000 hommes d'équipage. Après la paix d’Utrecht les Français ajoutèrent encore de nouveaux moyens de défense à ceux que lui a donnés la nature. Mais le 26 juillet 1757 Louisbourg, sa jolie capitale, fondée en 1718, tombait avec sa forleresse au pouvoir des Anglais, qui la détruisirent complétement, ainsi que plusieurs autres villes de la côte orientale fondées également par des colons français, notamment ZngomisA.

La paix de Versailles de 1763 attribua à l’Angleterre la possession définitive du Cap-Breton, qui en 1784 fut érigé en gouvernement particulier, mais qui depuis 1820 est réuni à celui de la Nouvelle-Écosse.

CAPDUEIL (Poxs pe), riche baron du diocèse du Puy-Sainte-Marie, fut un de nos troubadours les plus distingués du douzième siècle, joignant aux avantages d'un physique séduisant la grâce des manières, les charmes de l'esprit, les goûts de la magnificence, et alliant le talent de la poésie et l'art de jouer avec supériorité des instruments , à toutes les qualités chevaleresques et guerrières. Amant heureux de la belle Azalais de Mercœur, femme d’un grand comte d'Auvergne, il la célébrait dans ses vers, prodiguait pour elle les fêtes et les tournois, et tenait en son honneur cour plénière, où se rendait à l’envi toute la noblesse des alentours, empressée de venir rendre hommage à la reine qui y présidait, Les manuscrits nous ont conservé une vingtaine de pièces de ce noble amant, dans lesquelles la dame de ses pensées est l’objet de tous ses éloges. Mais il eut bientôt à déplorer sa mort, et, après lui avoir consacré un chant funèbre, qui nous est parvenu, il renonça aux joies du monde, passa tout à coup de l’amour le plus tendre à la dévotion la plus exaltée, et devint le zélé prédicateur d’une nouvelle croisade. Éloquent interprète de l’opinion, il appelle, il excite les barons et les princes à la conquête du Saint-Sépulcre. Guillaume , roi de la Pouille, usait ses richesses à soutenir la ligue formée en Italie contre l’empereur Frédéric-Barberousse; les guerres de Philippe-Auguste et d'Henri II scandalsatent l'Europe, qui ne rêvait que la Terre Sainte : Capdueil blâme hautement leurs querelles , accuse leur coupable indifférence, les exhorte vivement à sacrifier leurs animosités et à prendre la croix. Les vœux du troubadour furent exaucés : la troisième croisade eut lieu en 1190, et Capdueil, joignant l'exemple à ses poétiques prédications , passa en Palestine, où il trouva la mort des braves. Trois de ses pièces nous ont été conservées ; elles respirent l’enthousiasme religieux et toute la simplicité des croyances du temps; les deux meilleures ont été traduites par Raynouard dans le second volume de son Choix des Poésies originales des Troubadours. Les poésies de Capdueil ont été recueillies dans des manuscrits du Vatican, de la Laurentienne à Florence, et de la Bibliothèque Impériale de Paris, PELLISSIER.

-CAPE ou CAPPE. Ce mot, admis avec le même sens dans tous les dialectes de l’Europe, a toujours éte employé dans notre langue pour désigner un vêtement de dessus, long et sans manche, avec un capuchon. « Cape, dit Nicod , est une sorte d’habit court, sans manches, au droit du collet duquel pend par derrière un capuchon. » De toute antiquité la cape fut en France un vêtement commun à tous, aux clercs, aux moines, aux chevaliers, aux laïcs des deux sexes. « Unerobede poil de chèvre, et qu’on appelle cape, est aujourdhui, dit Ulphin Boèce, en usage parmi nous, » et

nous trouvons dans une chronique écrite en 1156 cette description de la fameuse robe sans couture : « La cape de notre divin Sauveur fut miraculeusement retrouvée dans le monastère d'Argenteuil près de Paris. C’est une robe brune et sans couture, que lui fit sa glorieuse mère, alors qu’il était encore enfant. » Roger de Hoveden, en parlant du roi d'Angleterre Richard Cœur-de-Lion , blessé par un chevalier français , a écrit : « Le coup porté par Guillaume des Barres déchira la cappe du roi d'Angleterre. » 11 semblerait pourtant que ce vêtement ait été dans les premiers siècles celui des laïques et non des clercs, si l’on veut s’en rapporter au concile de Metz, tenu en 888, dans les canons duquel on trouve ces paroles : « Les laïcs porteront la cotteou mantean avec la cappe, s’ils le veulent ; les moines, au contraire, auront la cotte seulement. » Et dans les romans historiques ou chevaleresques, dans toutes les compositions en langue vulgaire, c’est-à-dire écrites en frariçais au douzième siècle, le mot cape s'applique au vêtement des séculiers ou gens du monde. Ce n’est qu'après Le douzième siècle qu’elle devient l'habillement le plus commun des gens d'église et des moines eux-mêmes ; et par le texte de quelques auteurs contemporains il est facile de prouver que la défense du concile de Metz n'avait pas été suivie partout. Dans les statuts de l’ordre de Saint-Benoît nous trouvons qu’il était loisible aux frères de posséder deux cappes, et ce vêtement fut même adopté parmi ceux de lecclésiastique officiant : il prit alors le nom de chape, qu’il porte encore aujourd’hui.

La défense faite par le concile de Metz aux gens d'église de porter des cappes fut causée probablement par le luxe qu’on déployait dans ces sortes de vêtements. Les seigneurs, et surtout leurs femmes, les garnissaient des plus belles fourrures ; il y en avait aussi en étoffe d’or et de soie, ce qui faisait dire à Matthieu Pâris : « Le vêtement du prêtre devient celui des femmes perdues de débauche. » Et plus tard nous trouvons dans plusieurs comptes manuscrits de la maison de nos rois des fourrures de menu vair employées à couvrir la cappe de madame la reyne ou des princes ses enfants. »

La cappe fut aussi le vêtement ordinaire des marchands forains, qui, toujours sur les grandes routes, étaient contraints de se garantir des intempéries de l’air. De jolies capes noires, blanches ou rouges font encore aujourd’hui partie de l’élégant costume des villageoïises pyrénéennes. Les bergers de ces montagnes en portent de brunes ou noires, beaucoup plus amples.

L'auteur d’un glossaire allemand , Wachter, prouve que le mot cappe, différemment écrit et prononcé chez les divers peuples, a toujours été l’expression générique employée pour désigner un vêtement de dessus, et que chez les Chaldéens et les Hébreux, chez les Grecs, les Romains et les peuples de l'Europe moderne, il a toujours eu la même signification. Le Roux DE Lincy.

On doit à ce mot les phrases ou façons de parler proverbiales suivantes : rire sous cape, pour rire à la dérobée, en cachette; n'avoir que l'épée et la cape, pour signifier qu’on n’a pas un sou vaillant, qu’on ne possède d'autre fortune qu'un vêtement quelconque et une épée, situation au reste assez commune jadis chez les cadets de la gentilhommerie, auxquels le droit d’ainesse enlevait tout patnmoine, qui, tenus malgré cela à une certaine représentation, ne pouvaient pourtant sans déroger se livrer à quelque industrie honnête, qui les aurait fait vivre.

CAPE (Marine). Lorsqu'un navire éprouve à la mer des vents contraires, trop violents pour lui permettre de louvoyer en /aisant de la toile, il ne conserve que les voiles qu’il peut livrer au vent sans danger, et, après avoir mis la barre du gouvernail sous le vent, il reste au plus près en présentant obliquement son avant à la bourrasque et à la lame qui se soulève contre lui. Cette situation pas-

sive du bâtiment , par rapport à la mer et au vent, est ce qu’on appelle La cape. Mettre en cape n’est à proprement parler que disposer le navire de manière à supporter le mieux possible un coup de vent en mer. En effet, dans la position où se trouve un navire en cape, il fait trop peu de route contre la lame pour être exposé à recevoir le choc des vagues, qui, au lieu de trouver de la résistance en déferlant sur lui, le font céder au contraire peu à peu à leur impulsion. La petite surface de voile qu’il livre au vent dans cette situation suffit pour l’appuyer de manière à le préserver des forts coups de roulis qu’il éprouverait si l’effort du vent sur ses voiles ne le tenait pas incliné à peu près uniformément sur la mer. Obéissant un peu à chaque lame qui le heurte, et dérivant par l'impulsion qu’il reçoit des vagues et du vent dans le sens de la direction que lui impriment ces deux causes, le bâtiment résiste beaucoup moins àla tempête qu'il ne lui cède réellement. Aussi arrive-t-il assez rarement qu’un bâtiment en cape reçoive de forts coups de mer, même alors que la mer déferle avec le plus de force autour de lui. La dérive qu’on éprouve en cape, c'est-à-dire la route que l’on fait à reculons ou en travers, sil est possible de s'exprimer ainsi, est quelquefois trèsgrande. C’est du chemin que l’on perd dans le sens de la violence du vent contraire. Mais en mer on est souvent obligé de céder aux éléments pour réussir à vaincre sans danger leur plus grande violence.

Les coups de cape ordinaires offrent pour la plupart si peu de péril, que presque toujours les équipages regardent le temps que l'on passe dans cette situation comme des moments de récréation ou de repos arrachés à l’activité de la vie habituelle du bord. Une fois que la barre a été amarrée sous le vent, et que la voile de cape a été livrée à la tourmente, les matelots de quart , assis à l'abri du pavois du vent ou de la chaloupe, emploient les heures d’oisiveté que leur procure la tempête, à causer entre eux, à chanter de vieilles complaintes de bord, ou à raconter des histoires de gaillard d'avant. Rarement, il est vrai, mais quelquefois enfin, il arrive que cette sécurité se trouve cruellement trompée. Lorsque, dans le nombre de lames qui élèvent le navire sur leur cime mouvante, il en vient une qui déferle sur le pont, elle enlève parfois, comme un coup de foudre, et la chaloupe amarrée sur le grand panneau, et le pavois du navire , et enfin tout ce qu’elle rencontre dans son effrayant passage, sans même en excepter les hommes, qui se cramponnent à tout ce qu'ils rencontrent sous leur main dans ce moment d’effroi. On a vu des coups de mer raser un navire comme un ponton, et avarier la coque de manière à rendre presque inutiles tous les efforts de l'équipage pour maintenir le bâtiment à flot.

Mais ce n’est pas seulement lorsque la violence d’un vent contraire force le navire à ne plus faire de route que l’on prend le parti de mettre en cape. Il arrive souvent qu'avec un vent favorable on se trouve obligé de capeyer. Lorsque la bourrasque, par exemple , est devenue trop violente pour que l’on continue à fuir vent arrière une lame furieuse qui menace d’engloutir le bâtiment en le gagnant de vitesse, on se voit forcé de mettre en cape pour supporter avec moins de danger l’effort de la tempête. Ce n’est pas toujours sans péril non plus que dans cette extrémité on cesse de fuir le vent en poupe pour venir à présenter l'avant du navire aux vagues que pousse la fureur de l'ouragan. Au moment où le navire revient en travers au vent, avant de se ranger au plus près, il a à recevoir trop ordinairement dans cette position critique le choc des lames qui le prennent alors en belle. C'est le paroxisme d’une des crises les plus terribles par lesquelles on puisse passer à la mer. 11 n’y a que les hommes qui savent quelle progression de dangers il faut quelquefois parcourir dans la profession de marin, qui puissent concevoir qu'après avoir cessé de fuir vent arrière pour mettre à la cape, on soit forcé, pour plus de sûreté,

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