‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 29 sur 556 · BUFFON — BUGEAUD · texte numérisé non relu

BUFFON — BUGEAUD

quelles l'historien de la nature s'agrandit avec son modèle. Sans cet entraînement qu'il sut exciter, la science n'aurait pas pris un si rapide essor et n'aurait pas atteint les vérités auxquelles elle est parvenue. J.-J. VIREY.

En 1854 Flourens donna une édition des œuvres de Buffon, qu’il accompagna d’une Histoire de ses travaux et de ses idées. Un de ses neveux, Nadault de Buflon, a publié sa Correspondance inédite (1860, 2 vol. in-8).

On sait que le fils du grand naturaliste, colonel à vingt-six ans, périt sur l’échafaud révolutionnaire le 20 juillet 1794.

BUFONE (de bufo, crapaud), genre de plantes de la famille des polycarpées, ainsi nommé parce que le crapaud aime , dit-on, à se cacher dans les touffes de ces plantes chétives. On cultive dans nos jardins les deux espèces suivantes :

La bufone annuelle (bufonia annua) s'élève à la hauteur de 0,21 à 0,28 sur une tige grêle, noueuse, divisée en rameaux étalés. Ses feuilles sont opposées, soudées à leur base, fort menues, en forme d’alêne. Ses fleurs sont petites, sessiles ou pédicellées vers l’extrémité des rameaux. Cette plante croît dans les contrées méridionales de lEurope, où on la rencontre dans les lieux arides, sur le bord des chemins et le long des haies.

La bufone vivace (bufonia perennis) ne diffère de la précédente que par sa racine, vivace, par ses rameaux, moins nombreux et non étalés, par ses fleurs, plus rares, et par ses semences, plus grosses. Elle croît sur les collines pierreuses du midi de l’Europe.

C’est Sauvages qui a établi ce genre sous le nom de bufonia, et non pas de buffonia, ainsi que l’écrivent plusieurs botanistes. On aurait donc calomnié Linné, selon M. Hoefer, en lui attribuant la dénomination de ce genre, et en la regardant comme une basse vengeance des critiques répandues contre lui dans les ouvrages de Buffon.

BUFONINE (de bufo , crapaud), expression proposée par de Blainville pour désigner le mucus secrété par la peau du crapaud.

BUFONITES (de bufo, crapaud). On a désigné sous ce nom des dents molaires fossiles de certains poissons (spares anarrhique et crapaudine), parce qu’on croyait à tort qu’elles venaient de l’intérieur du crâne d’un crapaud. On leur a attribué des verlus imaginaires.

Une nouvelle espèce de poisson du genre spare a été appelée bufonile par Lacépède.

BUG. Voyez Boc.

BUGEAUD (Taowas-RoBerr), duc D’ISLY, maréchal de France, ancien membre dela chambre des députés et de I Assemblée législative, ancien gouverneur général de PAIgérie, grand’-croix de la Légion d'Honneur, membre ou correspondant de plusieurs sociétés d’agriculture, etc.

Il ya des hommes dont la fortune suffit à caractériser toute une époque. Le prince de Soubise et Maupeou sont pour ainsi &ire des transparents à travers lesquels on lirait out Louis XV ; Bugeaud était une de ces natures vulgaires et cassantes, moitié paysan, moitié troupier, double germe qui en fermentant a composé ce bourgeois complet dont l'élévation rapide aux plus hautes dignités de l’État fut un des traits les plus marqués du temps d’abaissement général que nous avons traversé. C’est à ce point de vue surtout que l'étude du caractère et de la vie de Bugeaud peut avoir quelque intérêt; la biographie devient ainsi l’un des flambeaux de l'histoire.

Si nous avions écrit cette esquisse il y a vingt ans, nous aurions fait naître Bugeaud d’une famille pauvre, mais honnête, et nous aurions été convaincu qu’on l'aurait blessé en cherchant à le peindre comme issu d’une noble lignée. Car voici ce qu’il écrivait à un journaliste dans un de ces moments de luttes énergiques où le pouvoir issu des barricades de

Juillet faisait agir ses séides par la plume, comme par le sabre

et le gourdin. C'était en 1833. Nous donnerons deux courts

paragraphes de sa lettre : le premier, pour qu'on ait tout de suite une idée de la littérature de Bugeaud; le second, pour lui emprunter quelque lumière sur son origine. « Votre peuple (le peuple du National et de la Tribune) reste donc, disait-il, composé des chiffonniers, des forçats libérés, des vagabonds , des ouvriers et des domestiques renvoyés pour inconduite, et de tout ce que les grandes villes renferment de crapuleux. » Voici maintenant comment Bugeaud entendait la polémique écrite : « Vous assurez que le travail n’enrichit guère que ceux qui ont commencé avec des capitaux. On pourrait citer un million de preuves du contraire ; je me contente d'une; C’est moi: MON GRAND-PÈRE ÉTAIT UN FORCERON; avec un bras vigoureux et en se brûlant les yeux et les doigts, il acquit une propriété que mon père, aristocrate oisif, exploita avec intelligence et activité. » Il résulte très-clairement de cette phrase que Bugeaud est issu d’une souche de robustes artisans, dont la modeste propriété remontait à un bras vigoureux, à des yeux et à des doigts brûlés. Cependant, plus tard, dans un disconrs qui fit du bruit, ilse vanta d'avoir signé Bugeaud tout court, tandis qu’au retour des Bourbons, il avait le droit de prendre la particule et de se nommer : Colonel DE Bugeaud, marquis de la Piconnerie; ce titre est aussi celui qu’il faisait valeir, a-t-on dit, lorsqu’en 1823 il sollicitait de la Restauration l'honneur d’aller renverser la liberté espagnole. Enfin, quand il fut créé duc, de nouvelles généalogies vinrent se produire, et voici la note que publièrent les amis de Bugeaud : « M. le duc d’Isly n’est pas, comme on l'a dit, fils d’un forgeron d’Exideuil. Nous avons sous les yeux le contrat de mariage de son père, passé devant M° Blague, notaire à Paris, le8 avril 1771 ; et voici les qualifications données dans cet acte aux deux époux comparants : Jean-Ambroise Bugeaud, marquis de la Ribrevole, seigneur de la Piconnerie, et noble demoiselle Sutton de Clonard, seigneur de Lugo et autres lieux. »

Nous attachons si peu d'importance à ces prétentions nobiliaires , que nous pourrions nous dispenser d’insister ; cependant on remarquera que le père de Bugeaud, simple fils d’un forgeron qui avait acheté une propriété en se brûlant les yeux, pouvait, loin de son pays, se donner dans un contrat tous les titres imaginables. Le déclin de la noblesse au moment où le cataclysme révolutionnaire se préparait laissait à cet égard libre carrière. Tout artisan prenait sans façon les titres qui avaient pu, dans un temps plus ou moins éloigné, appartenir à la terre dont il devenait acquéreur. Quoi qu’il en soit, le Bugeaud qui devait gagner un duché en Afrique naquit à Limoges, le 15 septembre 1784. Quand la révolution de 1789 éclata, il avait cinq ans, et sa première éducation fut faite sous l’impression de la réaction

: contre-révolutionnaire. La guerre devint pour lui, comme

pour la presque totalité des jeunes gens de son âge, la seule carrière qui promît fortune et renommée. Bugeaud entra à vingt ans, comme vélite, dans les grenadiers à pied dela garde impériale, et pendant cette vaillante épopée, où tant de soldats s’illustraient en quelques batailles, il mit vingt ans à devenir colonel. Ce n’est pas assurément qu’il manquât de bravoure, mais dans cette grande armée où la bravoure était l'apanage commun, pour s’élever promptement il fallait des qualités plus hautes d'intelligence, et Bugeaud ne les avait pas. Aussi, quoique ses états de service soient honorables, sa réputation était restée confondue avec celle de tant d’autres courageux capitaines qui avaient continué la gloire de nos armes par leur intrépidité.

Il avait eu cependant, de nombreuses occasions de se distinguer dans les campagnes auxquelles il avait assisté. Tout ce que nous pouvons citer de lui, le voici : Il reçut une blessure au jarret dans le combat de Pultusk , en Pologne : c'était le 26 novembre 1806. Il fut plus tard envoyé en Espagne, où il servit dans l’armée de Suchet, et fut placé ensuite en Catalogne dans la division commandée par Lamarque,

Celui-ci reconnut dans cet oflicier, qui était devenu chef de bataillon, une sorte de crânerie quelque peu aveugle et brutale, mais qui le rendait propre aux aventures risquées et à l’imprévu du coup de main. Le capitaine Bugeaud s'était du reste montré sous cet aspect dans les différents siéges de Lerida, de Tortose et de Taragone, antérieurement entrepris par notre armée en 1810 et 1811. En qualité de chef de bataillon il se distingua de la même manière au combat d’Ordal, en Catalogne. 11 avait reçu l’ordre de tenir tête à un régiment anglais ( le 27° ); il l’attaqua bravement pendant la nuit, et le mit en déroute. Ce fait d’armes lui valut le grade de lieutenant-colonel. La Restauration survint, et le colonel Bugeaud , s’abandonnant à ses sentiments de royalisme, garda son épée et y joignit la lyre du troubadour. Il chanta les Bourbons et notre auguste père Louis XVIII, dans des vers de caserne, auxquels il essaya de donner la tournure de petites mignardises courtisanesques. 11 ne réussit qu’à se rendre ridicule. Cependant aux Cent-Jours il retrouva tout son dévouement pour l’empereur, et fut envoyé à l’armée des Alpes, à la tête du 14° régiment de ligne. C’est là qu’aidé du brave commandant Laguerie, il eut avec les troupes autrichiennes une rencontre qui fit le plus grand honneur à nos soldats. Se trouvant en juin 1815 à l’Hôpital-sous-Conflans, en Savoie, au nombre de 1,700 hommes et 40 chevaux, ils culbutèrent une division autrichienne composée de plus de 6,000 hommes, que soutenaient 500 chevaux et six pièces de canon. 2,000 Autrichiens restèrent sur le champ de bataille, et les Français demeurèrent maîtres du terrain.

Il n’était plus possible au colonel Bugeaud de chanter le second retour des Bourbons comme il avait chanté le premier. Il laissa donc tomber sa lyre, et courut prendre la charrue. Les lares paternels l’attendaient à Exideuil, où il allait retrouver cette propriété acquise par les bras vigoureux et les yeux brûlés du forgeron, cultivée et agrandie par son père, marquis de la Ribrevole, seigneur de la Piconnerie et autres lieux. Le colonel Bugeaud réalisa complétement ce type sentimental et monumental célébré dans tous nos théâtres sous le titre du So/dat laboureur. Toutefois, il ne voulut pas être confondu, comme il le disait, avec un simple vanneur d'avoine ; il se mit en relation avec la société agricole de son département, et nous le voyons figurer dans Jes annales de cette réunion comme correspondant de la Société royale d’Agriculture, 11 y donne ses avis sur l’ensemencement des carottes, sur l'utilité multiple de la betterave, sur l'application du plâtre comme engrais; et tous ces renseignements sont indiqués comme appartenant à M. Bugeaud de la Piconnerie. Mais, au milieu de ces occupations si savamment agrestes, les vieux souvenirs de bataille se réveillaient dans l'âme de l’agriculteur. Au premier bruit de guerre, il regarda son sabre qui se rouillait languissamment suspendu au manteau d’une cheminée antique, et, malgré ses récentes rancunes contre le gouvernement né de l'invasion, malgré le motif anti-libéral de l'expédition d’Espagne, où notre armée servait de gendarmerie à la saintealliance, le colonel Bugeaud demanda du service; mais il eut beau rappeler ses chansons de 1814, ses travaux comme laboureur, et.les titres, du marquis de la Ribrevole, son père, Ja Restauration le condamna à continuer la culture de ses, carottes,et de ses. nayets. Le colonel Bugeaud S'enrôla dès lors,dans çette opposition libérale, composée de tant de recrues diverses, rassemblées par, la même, haine, poussées par le même instinct de renversement. Seulement, il évita de faire parler de lui; il était dans cette arrière-garde racolée par tous des mécontents ;.et lorsque la révolution de Juillet ar-

riva ñl salua le drapeau tricolore comme'un YiQil ami ; mais,

n’ayant aucune idée, aucune doctrine à placer sons ce noble

symbole, il n’y vit bientôt que la cornette d'un pouvoir à

servir et un budget à exploiter, | bel Auxélections de 1834, Bugeaud sollicita Ta députalion, et ne

l'obtint pas sans peine : on l'avait vu dans son pays, difficile, rude aux voisins, âpre propriétaire, et plus dévoué à ses propres intérêts qu'aux intérêts de la nation. Il l’emporta cependant, et fut envoyé à la chambre. Ici commence pour Bugeaud une nouvelle carrière. Le gouvernement de Louis- Philippe venait de le nommer maréchal-de-camp, et tous ceux qui ont assisté aux débuts de cet apprenti législateur se souviendront longtemps de l'hilarité universelle qui les accueillit. Bugeaud avait alors quarante-cinq ans, une figure sans distinction, un langage de caporal, une attitude analogue à son langage, et cette sorte d’aplomb particulier au troupier qui remplace tout sentiment et toute pensée par une consigne. Le député d’Exideuil essaya cependant de faire croire à son indépendance. La première fois qu’il monta à la tribune pour appuyer le ministère, il s’écria que lui ne fréquentait ni les salons des ministres ni leurs diners. Était-ce une plainte? Nous ne savons ; mais ce qu’il y a de certain, c'est que peu de temps après cette exclamation Bugeaud était des familiers les plus habituels de tous les ministères. C'était justice, car déjà dans cette première session il avait montré un de ces dévouements aveugles et routiniers qui donnait le pressentiment de ce qu’on pouvait attendre de lui. Ses excentricités , qui quelquefois amusaient la chambre, dénotaient souvent que l'absence de générosité s’alliait chez lui à l’ignorance la plus fabuleuse. Ainsi, dans la séance du 22 septembre 1831, après avoir dit qu'il était émerveillé de tout ce que la France avait fait pour la Pologne, il ajoutait qu’en la laissant mourir nous l’avions mieux servie qu’en lui envoyant huit cent mille hommes. Tous ses discours étaient de la même force : et la chambre de rire; mais Bugeaud s’en inquiétait peu, car il lui importait de se produire et de se désigner au pouvoir comme un homme utile, ne se ménageant pas lui-même, et prouvant ainsi d’avance qu’il n'avait rien à ménager. Le ministre déclarait-il qu’il ne savait pas ce que c'était que les carlistes, Bugeaud retenait le mot et répétait à la tribune : Pour moi, je ne connais pas de carlistes (15 septembre 1831). Un autre ministre disant qu'il fallait se garder, en matière de gouvernement, de ces théories qui remettaient tout en question, Bugeaud, écho fidèle, déclarait qu’il était l'ennemi acharné dés théories (20 mars 1832).

Mais il n’attendait l'appel de personne pour déclarer, dans un accès de bravoure, que, pour lui, il serait toujours prét à combattre les factieux (1 février 1832). Il fit presque l’essai de cette ardeur à la chambre même, en présentant, le 10 mars 1832, un amendement qui causa letumulte le plus scandaleux, et qui força de lever la séance. Dans une occasion plus scandaleuse encore (le 3 février précédent), il s’élança à la tribune au milieu de l'orage le plus véhément, et prit un orateur à bras le corps pour l’en arracher. Il fallait qu’il s’offrîit des circonstances où les intérêts personnels de Bugeaud fussent engagés pour que cette personnalité apparût complète : elles s’offrirent en effet. Il s'agissait, dans une discussion, de faire subir une réduction au traitement des généraux. Les militaires de ce grade qui étaient à Ja chambre s’abstinrent de prendre part à ce débat personnel; Bugeaud n’eut pas de tels scrupules. 11 défendit le traitement intégral, et y aila d'une main si grossière et si rude, que ses propres amis en rougirent pour lui. Cette discussion avait. eu lieu Je 13 mars 1831; le 30 du même mois le même orateur, qui avait défendu sa bourse sous l'habit

.du général, se montrait plus intrépide encore pour défendre

ses baux et ses fermages sous la casaque du laboureur, Le peuple se plaignait du prix du pain, la chambre voulait modifier la Toi sur les céréales ; Bugeaud ÿ vit une diminution possible de ses revenus, et il fut implacable. Ceci excita la défiance des adversaires politiques de cet orateur, et l’on accusa les dispositions avec lesquelles il servait ses convenances personnelles quand il traitait des affaires particulières ; on parla de certains arrangements de casernement militaire,

de certains avantages directs ou indirects qu’il s'était ménagés. Nous n'avons pas à répéter ici ce dont on l’accusait à celte époque; mais l’homme qui dans des discours publics aftichait une si forte attache à ses propres intérêts ne devait pas s'étonner qu'on le soupçonnät d’être en secret beaucoup plus âpre et moins traitable encore, Au reste, s’il avait les faveurs du pouvoir, il tâchait de les mériter. Il flairait, en quelque sorte, les violences auxquelles il serait appelé à prendre part. Une de ses conversations préférées dans ce moment-là, c'était de démontrer que tout gouvernement issu d’une révolution devait avoir son dictateur et ses coups d'État; il s'emportait contre les bavards, rappelait l'énergie de Napoléon contre les idéologues, puis, enfonçant ses mains dans les poches de son pantalon, et levant son œil au ciel, il s’écriait d'une voix concentrée : A! si j'étais

Dès cette première session Bugeaud avait acquis une célébrité particulière, et le pouvoir avait reconnu en lui un instrument assez souple pour qu’on pût l’employer en toute chose. L'année 1832 s'était ouverte au milieu des complications les plus graves : d’une part, la guerre civile avait éclaté en Vendée, et l’on venait d'arrêter, grâce à la trahison, la duchesse de Berry , qui-seule en était l’âme et le courage. Les républicains, d’un autre côté, réclamaient lapplication sérieuse des principes proclamés par la révolution de Juillet, et les partis à la chambre montraient une irritation extrême. La gauche essayait par quelques propositions de satisfaire les exigences les plus pressantes de l’opinion ; on discutait la loi départementale, et Comte demandait l’abaissement du cens exigé des électeurs. Bugeaud combatlit à sa manière cette proposition, qui fut repoussée (15 janvier). Plus tard il s’opposa avec énergie à ce que les séances des conseils généraux fussent publiques. Mais, au lieu de se tenir aux questions qu’il traitait, cet orateur prenait à tâche de jeter sans cesse les provocations les plus irritantes à ses adversaires. En relisant aujourd’hui ses discours, on se demande comment la chambre a supporté ce bavardage insolent, ce style déguenillé, ce mélange inouï du trivial et du burlesque.

La tribune fut privée pendant quelque temps de cette éloquence dévergondée. La duchesse de Berry avait été envoyée en prison dans la citadelle de Biaye, et bientôt le général Bugeaud fut choisi pour en être le geôlier. De telles fonctions auraient paru peu acceptables à un militaire qui aurait eu la dignité de son costume, à défaut de la dignité de sa personne. Le général Bugeaud trouva sans doute que dans le chemin de la fortune rien ne doit être au-dessous de soi. La princesse était enceinte, et la maison d'Orléans tenait beaucoup à ce que toute l'Europe en fût informée; le général fut chargé de surveiller tous les mouvements de la prisonnière, et nous ne saurions reproduire sans dégoût les précautions qu’il prit pour être averti du moment de la délivrance, et pour le constater officiellement. Aussi dès les premiers cris arrachés par la douleur Bugeaud entra-t-il dans la chambre de la princesse avec des témoins qu'il avait prévenus d'avance. On sera peu surpris sans doute de l’éloignement et du mépris que la duchesse de Berry montra toujours pour son geôlier. Mais c'était aussi une raison pour rendre celui-ci plus cher à ceux qui lemployaient. IL fut donc encore chargé d'accompagner sa prisonnière et de ne la quitter qu’à Palerme. Avant de sortir de Blaye, il rassembla les soldats de la garnison, et, dans l’ordre du jour

le plus ridicule, il leur annonça que ses affaires et la pluie

ne lui avaient pas permis de les passer en revue; mais qu'ils étaient de £aille à prouver dans Les circonstances les plus grandes leur dévouement au roi el au pays, qu'iis confondaient dans leur amour comme ils élaient confondus dans leur intérét. On aurait dit une proclamation des Pyramides à propos de l'accouchement d’une femme. Les soldats eux-mêmes, peu honorés de ces compliments orien-

taux au sujet de leur séjour dans une forteresse, furent les premiers à rire et à murmurer de cet ordre du jour ; Bugeaud le termina en leur disant qu’il partageait leurs {ravaux et leur GLOMmRE !,

On devine aisément les sentiments que produisit cette conduite de Bugeaud ; il faut ajouter que lui-même semblait braver l’estime générale en affichant le plus effronté dédain de l'opinion publique et de toute convenance. Il ne se contentait pas de ses fonctions de geôlier, il y voulait joindre les prétentious du liltérateur et du publiciste. Tous les Journaux du temps sont inondés de ses lettres : le Mémorial bordelais, Les Débats, l’'Indicateur , le Publiciste, etc., regorgent de ses productions, où sont traités tous les sujets. Et comme le style de l'écrivain est au niveau de l’éloquence de l’orateur, les journaux railleurs de la capitale eurent bientôt procuré à Bugeaud cette célébrité risible qu'il avait tant recherchée. Cela lui importait, car il fallait pour arriver à la fortune avec son peu de ressources intellectuelies donnner la conviction d’un dévouement sans mesure. Ce fut la règle de conduite suivie par Bugeaud, et il la mit en lumière avec une plus grande et plus haute énergie l’année suivante. Dès le mois de janvier 1834, à la discussion de l'adresse (6 janvier), il montait à la tribune pour prononcer les plus étranges billevesées : « Qu'il me soit permis de jeter un coup d'œil rapide avec ce bon sens qui appartient à tous les Français. (On rit.) Je crois qu’il est beau que nous nous éclairions ici sur toutes les sciences et sur tous Jes arts. (On rit.) J'ai toujours pensé que lorsqu’on prenait un carliste ou un républicain Za main dans le sac, il devait être mis Aors du camp... (Hilarité.) Quant à la conduite qu'il fallait tenir après les journées de Juillet, on a proposé de porter sur le Rhin nos aigles... je me trompe, je veux dire nos cogs !….. (Rires.) Et avec quoi pourrions-nous aller sur le Rhin ? » (Rire universel.) On peut juger par cet échantillon des progrès qu'avait faits l’orateur depuis son entrée à la chambre. Quelques jours plus tard, il remonte à la tribune pour dire que la diplomatie de l’opposition était une diplomatie aérienne, que les guerres de la république avaient été des jeux d'enfants ; que la guerre, en général, était une partie de barres : le tout au milieu de l'hilarité générale. Mais Bugeaud ne voulait pas se contenter de faire rire : l’occasion se présenta pour lui de prouver qu'il réussissait aussi bien à exciter les larmes que la joie.

Des officiers d’artillerie avaient refusé d'admettre dans leur sein des officiers de marine que le maréchal Soult avait nommés en violant la loi de la spécialité des armes. Cette affaire fut appelée à la tribune, et pendant que le ministre développait sa théorie de l’obéissance passive, un membre de la gauche l’interrompit en lui disant : «Commencez vousmême par obéir à la loi... » Bugeaud s’écria aussitôt : « ]1 faut que le militaire obéisse avant tout. — Oui, dit alors M. Dulong, obéir jusqu’à être geôlier. » Ce mot, qui n'avait été entendu que de très-peu de personnes, fut répété par des aides de camp du roi; et après quelques explications une rencontre fut arrêtée. A peine les deux adversaires avaientils été placés en face l’un de l’autre que la balle de Bugeaud vint frapper au front le malheureux Dulong, dont le crâne fut fracassé. C’est le 27 janvier 1834 que Dulong fut tué par le geôlier de la duchesse de Berry. L’indignation du peuple fut grande ; les obsèques de ce député furent accompagnées de témoignages bien vifs d'irritation, et l’on pensait que le meurtrier aurait au moins la pudeur de se dérober aux regards du public. Lui ne le comprit pas ainsi; on le vit bientôt reparaître au sein de la chambre, ettous les journaux de l'opposition le signalèrent comme se plaçant en face des orateurs, se livrant à de facétieuses interruptions, à des plaisanteries grossières ou à des rires éclatants. Cette tenue indigne lui valut du moins une leçon sévère, qui futen même temps un des plus beaux mouvements d’éloquence inspirés par l’aiguillon du moment. On discutait la loi des associations,

et M. Berryer était à la tribune : Bugeaud se tenait dans l’hémicycle, et semblait supporter impatiemment cette parole vibrante qui avait plusieurs fois excité les applaudissements de l’assemblée. Une première fois, l’homme dont la main était rouge encore du sang de son collègue avait interrompu le brillant orateur, qui n’y répondit que par un geste dédaigneux. Irrité sans doute de ce mépris, le même interrupteur s’écria : « Je vous rappelle votre serment, sans lequel vous n’avez pas le droit d'entrer à la chambre. » Enfin, M. Berryer s'arrêta, et jetant un ferme regard sur M. Bugeaud : « Il ne s’agit pas, monsieur, de savoir comment on entre à la chambre NI COMMENT ON EN PEUT soRTIR! » Et ce mot, prononcé d’une voix triste et sévère, fit courir dans toute l'assemblée une sorte de frémissement. M. Dupin, qui présidait, se rendit l’organe du sentiment général, en adressant à Bugeaud une verte réprimande.... Paroles perdues, auxquelles l'interrupteur répondit cavalièrement par un que m'importe ?

Deux jours après cette scène, et sur la même loi, il demanda la parole à propos de la pénalité, qu'il trouvait insuffisante, et ses collègues lui crièrent : » Non! non! ne parlez pas! » M. Thil alla même jusqu’à le retenir par les basques de son habit. Malgré les répulsions de ses propres amis, il eut son tour, « Il m’appartient, dit-il, de répondre sous le rapport militaire. Je dirai donc que nous acceptons votre bataille... (l’orateur se tourne vers la droite et Ja gauche). Oui, nous acceptons la bataille... (Assez, assez , c’est de la provocation! ). Je provoque ceux qui ont annoncé la bataille. (Le président interrompt l’orateur.) On a proféré le nom de bataille; dans ce mot est tout un drame, un drame immense, qui commence le matin et ne finit pas toujours le soir... (Nouvelle interruption. Assez! assez!) Quoi! il ne me sera pas permis de dire que nous ne craignons pas la bataille? »

Lorsque le lendemain (27 mars) Bugeaud voulut reprendre la parole, les centres mêmes , reniant ce compromettant auxiliaire, l’empêchèrent de monter à la tribune. 11 se plaignit de cet ostracisme, et déclara qu'on Le mettait hors du droit commun (29 mars). Cependant, chaque fois qu’une mesure de rigueur était présentée par le cabinet , il se sentait un besoin irrésistible de la défendre et de l’aggraver. On discutait, le 2 avril, la loi contre les réfugiés étrangers; Bugeaud se précipita à la tribune au milieu des violents murmures de ses amis, et prononca un discours furieux, où il se proclamait le défenseur de l'ordre publie, tout en raillant avec sa trivialité ordinaire les sympathies publiques en faveur des exilés de tant de nations!

Cependant, tandis qu’un tel langage répandait dans le public une juste déconsidération sur celui qui l’employait, Bugeaud devenait de plus en plus précieux à la cour. Dans l'insurrection d'avril 1834, on lui offait l’occasion de réaliser ces théories belliqueuses dont il avait si souvent entretenu la chambre, Nommé pour commander une brigade dans la guerre des rues, il rassembla les officiers, leur vanta l’héroïsme des troupes de Lyon, et si nous en croyons les feuilles du temps, que Bugeaud ne démentit pas , il leur recommanda de ne faire aucun quartier. C’est la première fois que dans les tristes luttes entre des enfants d’une même patrie un général ait osé prononcer d'aussi crue!les paroles. On sait aujourd’hui avec quelle atroce rigueur ces instructions furent exécutées dans la rue Transnonain (1). II va sans dire qu'après ces événements Bugeaud obtint de nou-

{L) En réimprimant cet article de l'ancien maire de Paris, qui l'éctivit pour notre recueil en 1845, nous ne nous permettons d'en modifier ni l'esprit ni les termes; nous sommes convaincu d'ailleurs que s'il avait été donné à M. Marrast de vivre nssez longtemps pour concourir au travail de révision générale de notre œuvre, il eût effacé bien des lignes dans Ia notice biographique consacrée par lui au maréehal Bugeaud, 11 se fût bien gardé, par exemple, de reprocher à sn mémoire ces massacres de la rue Transnonnin qui défrayèrent pendant si longtemps la polémique des feuilles de l'opposition républicaine sous Louis-Philippe ; car ilse serait rappelé qu'aux journées

veaux cordons. Après avoir été lui-même complice d’indignes violences, il se chargea de les justifier à la tribune.

Nous nous dispenserons de suivre Bugeaud dans les assemblées suivantes, et de répéter les accents qu’il fit entendre à l’époque de la réaction parlementaire qui avait commencé par la loi contre les crieurs publics et les associations, qui se continua par les lois contre le jury, contre la presse ; et qui constitua plus tard ce code connu sous le nom de lois de septembre. Les ministères avaient beau changer, Bugeaud n’en était pas moins toujours ministériel.

Cependant lamnistie et les tendances du ministère Molé avaient calmé l'agitation à l’intérieur. En Afrique, au contraire, notre conquête semblait continuellement menacée. La guerre se continuait sans unité, sans direction : nul système déterminé, nul moyen énergique; et, tandis que nos troupes périssaient bien plus par l'influence du climat que par la pénurie des soins, Abd-el-Kader augmentait ses ressources et venait périodiquementnousattaquer, nous bloquer presque dans les murs d'Alger. 11 y avait en outre à la chambre un parti qui plaidait hautement l'abandon de l’Algérie. Bugeaud était du nombre de ceux qui n’avaient aucune foi dans l'avenir de notre conquête. Est-ce pour cela qu’il fut envoyé en Afrique? Nous l’ignorons. Mais il paraît qu’en y allant il avait une double mission à remplir, combattre Abd-el-Kader et faire la paix avec lui. Il eut en effet une rencontre assez peu sérieuse avec les Arabes, et les battit. En cette circonstance il montra dans une courte campagne les qualités qui devaient le signaler plus tard au poste qu’il occupa sous le règne de Louis-Philippe. Ces qualités, nous les reconnaïtrons avec la même impartialité que nous avons mise à constater ses défauts. Homme actif, prompt au coup de main, façonné en Espagne à la guerre des guerillas , soigneux du soldat, veillant à son bien-être, populaire dans la troupe à l’aide de cette camaraderie de caserne qui a le flair du vieux troupier, brave d’ailleurs et ne s’épargnant jamais, Bugeaud, par la rapidité même de ses mouvements, montra qu’il valait mieux qu’un autre dans celte poursuite de nomades. Mais, au lieu de l’employer à cette œuvre, on lui donna l’autorité d’un plénipotentiaire ; et il conclut avec Abd-el-Kader ce traité impolitique et désastreux connu sous le nom de la Tafna. Il lui reconnut au nom de la France le titre d’Émir, traita avec lui comme avec un souverain indépendant, et marqua même la limite de ses États; convention dérisoire pour nous , et qui n'eut d'autre effet que d’affermir la puissance d’Abd-el-Kader sur la population arabe. Nous ne nous appesantirons pas sur les scandaleux détails qui furent révélés quelque temps après dans le procès fait au général Brossard, accusé du crime de concussion et de corruption. La seule chose que nous voulions rappeler, c’est que Bugeaud avoua publiquement à la tribune qu’il avait accepté une somme d’argent applicable aux chemins vicinaux d’Exideuil, et qu’il se condamna lui-même en s’écriant : « J'ai manqué à la dignité du commandement! » On aurait pu être plus sévère, car c'était un tribut de l'ennemi qui était détourné des coffres de l’État au profit d’un intérêt local et personnel.

Bugeaud n’en était pas moins lieutenant général , grandofficier de la Légion d'Honneur et comblé plus que jamais des faveurs de la cour. Son opinion sur l'Algérie ne paraissait pas changée, et c’est pour cela sans doute que le ministère du 1** mars le nomma gouverneur général de notre possession africaine. Investi de ces hautes fonctions, il comprit qu’il devait essayer de s’en rendre digne, Mais dès les

de juin 1848 les hommes du Wational, pour se conserver quelques instants de plusau pouvoir, livrérent dans les rues de Paris la plus sanglante des batailles dont fasse encore mention l'histoire des guerres civiles, Devenu lui anssi, à son tour, justiciable de l'histoire en rnison de Ja part qu'il prit à ces terribles événements, l'ancien rédacteur en chef du National se fût sans doute montré moins rigoureux dans l'appréciation des intentions de ses anciens adversaires politiques et des faits mis à leur charge,

BUGEAUD — BUGENHAGEN 49

premiers moments de son administration il trouva le moyen d’éloigner de lui quelques-uns des généraux qui avaient conquis en Afrique une haute renommée. Cependant nous devons dire, pour être juste, que Bugeaud, par son système de guerre, par ses expéditions souvent hardies, toujours heureuses , par l’intrépidité de son action, et, si l’on peut s'exprimer ainsi, par la mobilité de son courage , consolida notre puissance en Algérie, pacilia plusieurs de ses provinces, chassa les Arabes jusqu'aux confins du désert, porta de rudes coups à ce prestige dont jouissait Abd-el-Kader, et prépara pour l'avenir les germes d’une colonisation sérieuse et féconde. En étudiant de plus près le pays qu'il gouvernait, il put en reconnaitre les ressources, et sur la fin de ses jours il eût été le dernier à en conseiller l'abandon. La faveur particulière qu’il devait à un aveugle dévouement lui avait procuré d’ailleurs tous les moyens d'action qui avaient manqué à ses prédécesseurs. Ni les hommes ni largent ne furent ménagés. Peu à peu l’armée qu’il commandait s'éleva à 70,000 hommes, et le budget qu’il dévorait, à plus de cent millions. Si nous comparions les moyens avec les résultats, peut-être aurionsnous le droit de trouver une grande disproportion entre ce qui fut fait et ce qui eût pu se faire. C’est surtout sous le rapport de la colonisation civile que l'administration de Bugeaud se montra défaillante. Mais chaque fois qu’il fallut payer de sa personne dans les combats, il fut tout à fait au niveau de sa position. La France en eut la preuve dans cette bataille d'Isly, où, avec des forces très-inférieures, il n’hésita point à se précipiter sur une nuée de Marocains, qu’il culbuta en quelques heures. De tels faits honorent à la fois le général et son armée; ils continuent dans notre pays les belles traditions de notre gloire militaire, et Bugeaud en aurait été suffisamment récompensé par la reconnaissance de ses concitoyens. Mais quoi! il était déjà maréchal de France, il se laissa faire duc d’Isly. On n’évite pas sa fortune ; et il était écrit sans doute que dans les actes mêmes les plus honorables de sa biographie, Bugeaud Pagriculteur, le geôlier de Blaye, le général de la guerre drvile, le diplomate de la Tafna, l’heureux vainqueur d'Abdel-Kader et des Marocains, garderait toujours une part au ridicule!

Armand MARRAST, ane, président de l’Assemblée nation,

Nous ne suivrons pas ici le maréchal Bugeaud dans ses combats et son administration en Afrique; on en trouvera les détails à l’article ALGÉRIE ; après plusieurs congés, qu’il vint passer en France, il fut remplacé comme gouverneur général de l'Algérie par le duc d’'Aumale, le 11 septembre 1847. En désaccord avec le ministère et avec le roi lui-même sur différentes questions, il avait déposé sa démission dès le mois de mai.

Quand la révolution de février 1848 éclata, le maréchal, sur ordonnances royales contresignées par les ministres Trézelet Duchâtel, prit le 24, à trois heures du matin, le commandement supérieur de l’armée et des gardes nationales de Paris. Vers quatre heures il prescrivit de commencer immédiatement le combat, et partout où l’on trouverait de la résistance, d’attaquer les barricades avec la dernière vigueur. MAI. ©. Barrot et Thiers ayant été nommés ministres, le maréchal, qui comprenait fort mal la position, écrivit à M. Thiers : « J1 y a longtemps que j'avais prévu, mon cher Thiers, que nous serions appelés à sauver la monarchie; mon parti est pris, je brûle mes vaisseaux. Cette résolution ne m’empêche pas de déplorer qu’on m’ait laissé le commandement général avec nn effectif trop faible et trop privé de ressources. Quand nous aurons vaincu l’émeute, et nous la vaincrons, car l'énergie ou le défaut de concours de la garde nationale ne m’arrètera pas, j’entrerai volontiers, comme ministre de la guerre, avec vous dans la formation d'un nouveau cabinet, etc. » Bientôt il dut donner l'ordre de cesser le feu partout, la garde nationale devant faire le service; mais il accompagnait, dit-on, cet ordre d’une phrase

énergique par laquelle il déclarait la monarchie perdue, Elle l'était en effet; et, contre ses prévisions, Bugeaud ne sauva rien du tout. Néanmoins il offrit bien vite son concours à la république ; mais le gouvernement provisoire le laissa jouir des douceurs de la vie privée. Bugeaud ne tarda pas cependant, dans des affiches et des discours, à mettre son dévouement au service du peuple.

Louis-Napoléon ayant élé élu président de la république, un des premiers actes de son gouvernement fut la nomination du maréchal aux fonctions de commandant en chef de l’armée des Alpes, dont la création remontait aux premiers jours de mars 1848, et qui comptait alors 72,000 hotumes et 6,000 chevaux. En se rendant à son poste, Bugeaud éprouva, à son passage à Bourges et à Lyon, de ces démangeaisons de parler inhérentes à sa nature : on s'étonna de voir le généralen chef d’une armée réunie près de la frontière déclarer hautement que cette armée ne pourrait pas quitter le pays, et adresser aux magistrats une semonce sur le peu de vigueur de la justice des jurés. Ce discours provoqua des réclamations à l'assemblée; le maréchal fut défendu par M. O. Barrot et le général Bedeau, et l’on passa à l’ordre du jour. Le maréchal reprit de la verve; et il déclara enfin que, le cas échéant, il sauverait la France, ne fût-il suivi que par quatre hommes et un caporal.

C'était bien. Mais cela ne flattait pas les électeurs de la Dordogne, qui refusèrent leur suffrage au maréchal; heureusement la Charente-Inférieure se souvint de lui, et Bugeaud compta encore une fois parmi les législateurs de la France. La première séance de lanouvelle assemblée fut tumultueuse, comme on sait. Mais , soit que le maréchal eût compris la leçon, soit que l’âge l’eût amendé, soit qu’il eût trouvé ses amis trop violents, on le vit, pour la première fois de sa vie, faire un appel à la mansuétude et à la conciliation, en s’écriant fort à propos : « Les majorités sont tenues à plus de modération que les minorités. »

Quoi qu’il en soit, ce fut le chant du cygne. Le 10 juin 1849 le choléra enlevait rapidement celui que les balles ennemies avaient tant de fois épargné. Le président de la république était allé en personne lui faire une visite d’adieu. Son corps fut inhumé avec pompe dans les caveaux des Invalides. Les Arabes le nommaient e{-Kebir, le Grand, ou bien le Maître de la Fortune. Il avait pris pour devise £nse et aratro. Une statue en bronze lui à été élevée à Alger sur la place d’isly, en 1852, et une autre à Périgueux, en 1853.

BUGENHAGEN (Jean }, ordinairement appelé Pomeranus ou le docteur Pommer, l'un de ceux qui aidèrent le plus Luther à accomplir l’œuvre de la réforme, naquit le 24 juin 1485, à Wollin, village situé non loin de Stettin, dans la Poméranie. Après avoir étudié à Greifswald , il était déjà recteur de l’école de Treptow en 1503, et il continua à remplir paisiblement ces fonctions jusqu’en 1520 , époque où ia lecture du petit ouvrage de Luther intitulé : De Captivitate Babylonicä, vint lui révéler les plans du célèbre réformafeur. Saisi du nouvel esprit religieux, il se rendit à Wittemberg, en 1521, pour s’y mettre à l'abri des persécutions de ses supérieurs catholiques, et il y fut immédiatement admis au nombre des maîtres attachés à l'académie de cette ville, puis, nommé en 1522 professeur de théologie, pasteur de l'église métropolitaine, et en 1536 surintendant général des églises de l'électorat. Luther sut utiliser pour sa traduc£on de la Bible ses profondes connaissances philologiques et exégétiques. Mais Bugenhagen resta au-dessous de la tâche qu’il avait entreprise dans l'écrit qu'il publia en 1525 contre Zwingle au sujet de la communion, et qui fut le signal d’une discussion sur la nature des sacrements. Zwingle y répondit avec aigreur. L'ouvrage qui fonda véritablement sa réputation fut son Znferprelatio in librum Psalmorum (Nuremberg , 1523 ), livre remarquabie à tous égards pour l’époque où il parut, et qu’on peut considérer comme le meilleur qu’il ait jamais écrit.

50 BUGENHAGEN — BUGLOSE

Après avoir pris une part active à l'inspection des églises dé la Saxe et à la discussion du premier projet dé là confes- &ion d'Augsbourg, Bugénhagen travailla à la réunion des villes impériäles protestantes avec la Saxe. Il mérila encore dé la réforme par l’organisation du nouveau culle évarigélique et de la nouvelle discipline ecclésiastique dans les pays où il fut mandé à cet effet, par exemple en 1528 dans le duché de Brunswick, en 1529 à Hambourg, ën 1530 à Lubeck, ét en 1594 eñ Poméranie. En 1537 il alla dans ce même but en Danemark, où il couronna le roi Christian LIT. Ce fut lui qui rédigea la constitution ecclésiastique de ce royaurne , décrétée loi de l'État en 1539 par la diète tenue à Odensée. La même arinée il provoqua le rétablissement de l'université de Copenhague, dont il devint recteur et où il remplit les fonctions de professeur de théologie; et il dota V'Église de Danemark, ainsi que celle de Norvège, d’une organisation qui consolida la réforme dans ces contrées. Aussi les Danois, reconnaissants, le regardent-ils comine le véritable réformateur de leur Église. Il ne revint à Wittemberg qu’en 1542; la même année il vrgañisait la nouvelle Église dans le pays de Wolfenbüttel, et l'année suivante dans celui d’Hildeshieim, 11 demeura l'ami constant et fidèle de Luther jusqu’à la mort de ce célèbre réformateur, et ce fut lui qui prononça son oraison fuñèbre. Pendant les troubles de la guerre de Smalkalde il resta à Wiltemberg, et rédigea de concert avec Mélanchthon l’Intérim de Leipzig; aussi fut-il, comme son collègue, en butte à de violentes attaques, qui remplirent ses derniers jours d’amertume. 11 mourut le 20 avril 1558. Les adversaires de l’Intérim l'ont accusé d’ambition et d'égoisme; mais le refus qu'il fit en 1544 des évêchés de Scliléswig ét de Kamin répond suffisamment à cette accusation. Son zèle pour la rélurme et son goût pour l’enseignement lé reélinrent à Wittemberg.

On a de lui une histoiré de Poméranie, dont une édition a été publiée in-4° à Greifswald én 1728. C’est lui aussi qui mit en plat allemand (Lubeck, 1533 ), à l'usage des populatiotis de là bassé Saxe et de l’Allémagne septentrionale, la traduction ällématide de la Bible par Luther.

BUGEY, pétité province de Francé, avec le titre de comté , dans l’añicién duché de Bourgogne, comprise aujourd’hui dans le département de l’Ain. Bornée aü nord par là Franche-Comté, au sud par le Dauphiné, à l’est par la Savoie, et à l’ouest par la Bresse, sa superficie était d’environ 40 mytiamètres carrés. On divisait ce pays en haut et bas Bugey, Bélléyÿ était sa capitale ; Nantua la ville la plus importante après celle-ci. Du temps de César le Bugov était babitéen partie par les Ségusiens ; sous Honorius il étai. comptis dans la Preinière Lyonnaise. Comme la Bresse, il dépendit plus tard du royaume de Bourgogne, c’est-à-dire de l'Empire d'Allemagne , puis il fut incorporé au duché de Savoie. 11 fut cédé à la France en 1601, avec la Bresss, par la Maison de Savoie, en échange du marquisat de Ssluces. L'évèque de £elley, élevé au rang de prince de l’Empire par Frédéric Barberousse, a siégé aux diètes impériales pendant tout le temps que le Bugey a fait partie du corps germa- He ce pays était alors une souveraineté ecclésiastique.

UGGE (Tnowas), astronome et géographe Danois, naqe à Copenhague le 12 octobre 1740. 11 commença par étuier la théologie , et finit par se consacrer entièrement aux mathématiques, à la physique et à l'astroniomie. Nommé dès l'an 1762 géomètre-géographe de la Société royale des Sciences de Copenhague, il devint en 1777 professeur d’astronomie et de mathématiques à l’université de cette ville, et entreprit alors un voyage scientifique en Allemagne, en Hollinde, en France et en Angleterre. À son retour en Daneniark, il fut préposé à la direction de l'Observatoire de Copenhague, et en 1798 envoyé à Paris par son gouvernement pour y conférer avec les commissaires de l’Institut de France sur un projet tendant à doter toutes les nations d'un même système de poids et de mesures, A celle même époque

V'iistitut l'admit au nombre de ses membres. Lors du bombardément de Copenhague par les Anglais, en 1807, Thomas Bugge donna les preuves du dévouement le plus ardent et le plus désintéressé à la science, à l'effet de sauver les précieuses collections scientifiques confiées à ses soins; et le roi de Danemark ne crut pouvoir mieux récompenser son zèle qu’en le nommant conseiller d'État. 11 mourut le 15 juin 1815.

On lui doit en grande partie les excellentes cartes de Danemark publiées par l’Académie des Sciences de Copenbague; et il a surtout bien mérité de la science en formant une foule d'officiers, qui, grâce à ses savantes leçons, ont pü faire les observations trigonométriques les plus intéressantes tant en Norvège qu’en Islande et en Groënland, ainsi que dans les Indes orientales et occidentales. Grâce à l'exactitude de ces mesures trigonométriques, l'assiette de l'impôt a pu être établi d’une manière plus équitable; et une foule de contestations et de procès ont été évités. Il a fait aussi en- {reprendre par ses élèves le relevé le plus exact de tous les ports, côtes, îles, rochers et banes de sable qui se trouvent dans le Cattégat et dans les deux Belts. De ces beaux travaux est résultée pour la navigation dans les eaux danoises une sécurité jusque alors inconnue. Parmi les ouvrages de Bugge, on cite surtout ses £Zéments d’Astronomie sphérique et théorique (1796), etses Premiers Principes des Mathcematiques transcendantes (3 vol.; Altona, 1797 ; 2° édition, 1813-1814). On regarde comme un modèle son livre intitulé : Description de la Méthode d’Arpentage appliquée à la levée des cartes du Danemark.

BUGLE (Botanique), nom vulgaire d’une espèce du gente ajuga, de la famille des labiées. Dès le mois de mai la bugle (ajuga reptans, Linné) émaille de ses fleurs bleues, quelquefois rougeâtres ou blanches; les bois et les pâturages humides des contrées tempérées de l'Europe. Les longs rejets rampants qui partent du collet de sa racine la distinguent de ses congénères. Cette plante, qué les anciens appelaient yetite consoude, passe pour un excellent vulnéraire, ainsi que le rappelle ce vieux dicton :

Avec la bugle et la sanicle, On fait au chirurgien la nique,

Bugle est encore un vieux mot qui s’est dit autrefois pour bœuf, et d'où ont été formés les mots beugler et beuglement , qui se rapportent au cri des bœufs, des vaches et des taureaux ; et qui ont été transportés avec la même signification dans le langage figuré.

BUGLE ( Musique), instrument en usage dans les fanfares de quelques corps de musique militaire. Son origine, c’est la buccine, c’est-à-dire une corne de bœuf. Il est ordinairement en cuivre. Il ne donne avec quelque précision que les notes de l'accord parfait en ut, bien qu’on ait à différentes reprises essayé de diversifier sa musique. C’est un instrument très-bruyant , répondant dès lors parfaitement au but qu’on se propose quand on l’emploie par exemple pour réunir les divers détachements d’un corps, faire des signaux en ligne, etc. La grandeur du bugle varie beaucoup. On en voit qui ont jusqu’à 66 cent., en mesurant la longueur de la courbe qu’ils décrivent ; d’autres n’en ont pas la moitié,

BUGLOSE ou BUGLOSSE (de fous, bœuf, et Y\wcoa, langue ), genre de la famille des borraginées, ainsi nommée à cause de la forme de ses feuilles. On en distingue deux espèces principales : la buglose médicinale (anchusa offcinalis ) et la buglose de Virginie (anchusa Virginica ).

La première est indigène et vivace; elle s'élève à 0,60, ou 0,90, et croît sans Culture ou sans autres soins que quelques binages dans les lieux secs et pierreux; on la coupe fréquemment pour avoir de jeunes feuilles, que l’on emploie en médecine comme celles de la bourrache, dont elles ont les propriétés. En Italie, on les mange cuites, comme celles des choux ou des épinards, Elle sert fort bien

BUGLOSE — BUISSON

aussi d'ornement dans les jardins ; ses fleurs, qui sont disposées en ombelles, sont petites et d'un bleu charmant | (celles de la buglose d'Italie sont plus grandes ); elle est | bisannuelle, fleurit d'avril en août, et se multiplie par éclats | ou semis en pleine terre, i

La buglose de Virginie se reconnaît à ses feuilles longues et ovales, à ses tiges, moins grandes mais aussi rudes que | celles de la bourrache., Les sauvages de l'Amérique du Nord se peignent le corps en rouge avec la racine de cette plante | vivace, dont la nuance rappelle celle de l'orcanette. La bu- | glose de Virginie peut servir aussi à l’ornement des jardins, et donne en été des fleurs jaunes disposées en épi et d’un effet agréable. Elle demande une exposition chaude, et préfère la terre de bruyère à toute autre.

La plante appelée vulgairement buglose teinturière west autre que l’orcanette Dell tinctorial.

BUGNE , vieux mot, qui signifiait tumeur, élévation de la chair, contusion. — On nomme aussi bugne une sorte le pâtisserie légère faite dans des moules, et pour laquelle Lyon jouit d’une sorte de renommée,

BUGRANE, BOUGRANE ou BOUGRAINE (de fous, bœuf, et &ypsvw, je prends), nom vulgaire du genre on0nis , de la famille des légumineuses, qui compte un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles on remarque surtout la bugrane des champs, connue sous le nom d’arréle-bœuf, à cause de ses racines trainantes, qui font souvent obstacle à la charrue. Plusieurs de ses espèces concourent fort bien à l’ornement des jardins; telles sont : 1° la bugrane trèsélevée (ononis altissima, Lam. ), plante de Silésie, vivace et rustique, dont la tige ést d’un mètre. Ses feuilles, semblables à celles du mélilot, sont plus grandes, et ses fleurs, purpurines, sont disposées en épis; 2° la bugrane à queue de renard (ononis alopecuroides, L. ), plante annuelle du Portugal et de la Corse, dont les fleurs sont pareilles à celles de la précédente, et les feuillles ovales et simples; 3° la bugrane à feuilles rondes (ononis rotundifolia, L.), plante des Alpes et des Pyrénées, ligneuse à la base, jolie et rustique, à feuilles ternées, tige de 0°,30, fleurs estivales, nombreuses, grandes, d’un jaune lavé et strié de rose vif, disposées en petites grappes; 4° la bugrane frulescente (ononis fruticosa, L.), arbuste d’un mètre de haut, de la France méridionale, à rameaux blanchâtres , feuilles à trois folioles, petites et étroites, avec des fleurs roses, disposées en grappes, dont il y a aussi une variété à fleurs blanches.

BUIDES. Voyez Bouinrs.

BUIRE ( de bibere , boire), vieux mot par lequel on désignait autrefois des espèces de brocs d’a"gent ou d'étain, dont on se servait dans les grandes maisons pour les liquides, et principalement pour les vins et pour les liqueurs.

BUIS, genre de plantes appartenant à la famille des euphorbiacées, et composé seulement de deux espèces, qui offrent un grand nombre de variétés, Ce sont des arbrisseaux à feuilles opposées, entières et persistantes. Leurs fleurs sont petites, monoïques, groupées aux aisselles des feuilles, Les mâles présentent un calice à quatre divisions profondes, et comme campanulé ; quatre étamines saillantes et plus longues que le calice, un corps charnu et glanduleux au centre de la fleur et à la place du pistil. Dans les fleurs femelles, le calice ren e un pistil terminé supérieurement par trois cornes recourbées , formant autant de styles, sur la surface interne desquels règne un stigmate glanduleux. Le fruit est une capsule tricorne, à trois loges, dont chacune contient deux graines.

L'espèce la plus répandue est le buis ordinaire on buis toujours vert (buxus semper virens, Linné); elle forme dans son état sauvage un arbrisseau qui peut s'élever à cinq ou six mètres, et dont les feuilles sont petites, coriaces, luisantes et d’un vert sombre. 11 croît nalurellement dans uos bois et dans certains lieux pierreux et incultes, Trans-

porté dans les jardins, il donne par l'effet de la culture beaucoup de variétés, dont les feuilles sont souvent panachées de blanc ou de jaune. L'une des plus connues est celle que l’on emploie à faire des bordures de plates bandes ; cette

| variété, que l’on appelle buis à bordure, buis d'Artois,

buis nain, se multiplie par boutures. En taillant souvent le buis à bordure, on le tient bas et on l'empêche de fleurir.

Le bois du buis est très-estimé; il est le plus dur et le plus pesant de tous ceux d'Europe, Les tourneurs, les graveurs sur bois, en font une grande consommation ; il est liant, porte bien la vis, et présente une belle couleur jaune. La racine et les parties noueuses de la tige sont agréable. ment marbrées et veinées, ce qui les fait particulièrement rechercher pour fabriquer différents petits objets, des tabatières , par exemple, Les buis à grandes feuilles, principalement ceux à feuilles panachées, produisent un effet trèsagréable dans les bosquets, surtout pendant l'hiver, à cause de l'avantage qu’ils ont de conserver leurs feuilles, Les Romains cultivaient déjà celte espèce d’arbrisseau pour l'ornement de leurs jardins, et ils l'avaient consacré à Cérès. Les Grecs le distinguaient par le nom de rvko; , d’où viennent évidemment les mots buzxus, buis, Comme ce mot grec signifie en même temps vase, gobelet, on peut croire qu’ils en fabriquaient, comme nous, divers menus ustensiles. Les Anglais le moment de même box-tree, arbre à botte. Outre les usages que nous avons rappelés, son bois est employé en médecine, quoique peu fréquemment , et peut, comme sudorifique, remplacer celui de gaya c. Les feuilles de buis sont aussi employées par quelques brasseurs comme succédanées du houblon (voyez B1ÈRE); maïs elles n’en possédent pas l’agréable amertume, et leur âcreté a excité une juste défiance.

La seconde espèce de ce genre est le buis de Mahon (buzus balearica, Lamarck), dont la tige est arborescente, et qui se distingue surtout par ses feuilles, longues de près de quatre centimètres sur quinze à vingt millimètres de largeur, dimensions que n’atteignent jamais celles du précédent. Cette belle espèce croît dans les îles Baléares, où elle forme des bois presque entiers. On la cultive aussi dans les jardins; mais elle craint les fortes gelées. DÉMEZIL.

Dans l'industrie on distingue le buis en buis vert et buis jaune; celui-ci est le plus commun, maïs le vert est plus tendre et plus facile à travailler. On distingue encore : le buis de France , le buis jaune du Levant et le buis d’Espagne. Le buis de France possède les caractères généraux de l'espèce, mais il est blanchâtre, peu uniforme dans sa couleur avec des lignes tirant sur le vert; après le poli, il devient moiré, et on remarque des lignes longitudinales encore plus pâles que le fond ; le buis du Levant est d’un jaune plus agréable ; il est plus dur, plus noueux et plus serré; le buis d’Espagne est plus mou, peu noueux; il se tourmente moins que les deux autres ; il est recherché par les luthiers.

Pour avoir de beau buis , on fait tremper les pièces, dégrossies à la hache, pendant vingt-quatre heures dans l’eau ; on les fait bouillir ensuite pendant quelque temps, et on les fait sécher dans du sable , de la cendre ou du son, pour que l'air ne les pénètre pas.

BUISSON. Ce mot vient, selon les uns, du latin buxus, buis ; selon les autres, du grec Bacyoç, bois, bosquet. Qu’est-ce en effet qu’un buisson, si ce n’est un bosquet en diminutif, un hallier, une touffe darbrisseaux ou d’arbustes sauvages, épineux? Les Grecs en suspendaient des branches à leur porte quand ils avaient quelqu'un de malade, afin de chasser les mauvais esprits, Dieu apparut à Moïse dans un buisson ardent,

Les buissons sont le refuge habituel du gibier ; à la chasse, on les bat, pour l'en faire sortir, et l’on dit que l’on a trouvé buisson creux, quand il n’y a pas attendu notre arrivée. Il y à des buissons d’épines et des buissons de roses. J\ y à arssi des arbres en buisson; ce sont des arbres auxquels 1

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