BUFFON
crapauds, avec le nom de Buffonia (voyez Buron£). Cependant leur mérite est incontestable, quoique divers, et l'on peut dire que l’un est le complément necessaire de l'autre. Tous les détails et la méthode qui manquent aux ouvrages de Buffon se trouvent dans ceux de Linné, comme les grandes vues du naturaliste français comblent la lacune laissée par le naturaliste suédois.
On a reproché encore à Buffon son style même et ses vues générales, comme incompatibles avec la sévère exactitude des descriptions détaillées des êtres; on a réduit à une sèche topographie anatomique des individus toute la science, en sorte que de simples catalogues d’êtres classés et caractérisés dans le système linnéen ont paru l'essence même de l’histoire naturelle; tout le reste a été déclaré superflu et repoussé avec aigreur ou mépris. Tel fut le défaut des élèves trop exclusifs de Linné, qui règnent parfois encore en Allemagne, en Angleterre et dans tout le nord de l'Europe. S'ils ont beaucoup augmenté le nombre des espèces par leurs recherches, ils ont faiblement étendu les parties les plus intéressantes de la science de la nature. L'école de Buffon a pu dégénérer en quelques superfluités de style ampoulées et romantiques, mais elle a fait multiplier les observations les plus intéressantes sur la vie et les mœurs des animaux, comme dans les écrits de Réaumur, de De Geer, de Bonnet, de Huber, etc., sur les insectes, ou de Pallas, d’Allamand, etc., sur d’autres espèces. De même, la méthode des familles naturelles des plantes, par Jussieu, est sinon aussi séduisante que le système sexuel de Linné, du moins plus philosophique et de plus haute portée pour les rapports de ces êtres organisés. La France a eu la gloire de préférer les méthodes naturelles à toutes les autres et d’en frayer la route aux savants des diverses nations.
Quoique la théorie de la génération par Buffon ait emprunté quelques idées d’Hippocrate avec tout l'éclat qu'il savait leur donner, quoiqu'’elle ait été combattue par Bonnet, Haller, Spallanzani, et d’autres physiologistes, qui ont voulu faire prévaloir l'hypothèse de la préexistence des germes. elle rend mieux raison cependant des métis et de plusieurs autres phénomènes que lathéorie des ovaristes , soutenant que tout vient d’un œuf (omnia ex ovo). Selon Buffon, il existe dans la nature une certaine quantité de molécules organiques, transformables ou capables de constituer les différents êtres organisés qui vivent à la surface du globe, et qui sont indestructibles ; elles passent, au moyen de la nutrition, d’un corps dans un autre; elles se transmettent par la génération pour constituer un nouvel être. Le surplus, l’extrait le plus élaboré de nos molécules organiques , rassemblé dans les organes sécréteurs du sperme, constitue les éléments créateurs du nouvel être. Ces molécules, apparentes dans la semence à l’aide du microscope, sont constituées sous une forme semblable à l'être qui les donne, au moyen d’un moule intérieur qui représente la conformation, soit extérieure soit intime, de l’espèce procréatrice. Le mélange des semences, selon que lune prédomine sur l’autre, détermine le sexe de l'individu engendré. Les métis ou mulets, par la même cause, participent des deux espèces différentes qui s’allient. Si les molécules organiques sont déposées hors de l'utérus, elles peuvent spontanément donner naissance à des vers et à d’autres animaux imparfaits, comme dans nos premières voies, par des agrégations fortuites. Lorsque l'animal ou le végétal se décomposent après la mort par la putréfaction , leurs molécules organiques, libérées du lien qui les retenait, tendent à passer dans d’autres êtres par la nutrition , ou se forment en différents êtres spontanés, tels que des champignons, des lichens, des vermisseaux, etc. On voit ainsi que Buffon admettait des générations spontanées.
Aujourd'hui les hypothèses, quelque brillantes qu’elles soient, sortent du domaine des sciences exactes. Cependant on lira toujours aver délices les pages éloquentes dans los-