CAPO-D'ISTRIA
distinctions en récompense des services qu'ils avaient ou croyaient avoir rendus au pays. Mais Capo-d'Istria voulait par là rabaisser l'orgueil d’une caste ambitieuse, et la soumettre à ses volontés. A ce premier fort il ajouta bientôt celui de quelques actes insolites et d'engagements témérairement pris, puis demeurés sans exécution. Ses premières mesures politiques et administratives ne peuvent d’ailleurs échapper, même de la part de l'observateur le moins prévenu, au reproche d'une application partiale des principes monarchiques, sans égard à la différence de certaines positions données, telles que le caractère et les vœux du peuple. L’0pinion ne peut non plus lui pardonner les nombreuses erreurs commises par lui dans la distribution des emplois les plus importants de l'État au préjudice des hommes les plus capables, uniquement par suite des préventions qu'il avait conçues contre eux , ni surtout la politique étroite et égoïste qui le porta à attirer peu à peu ses parents et ses amis de Corfou au service grec, et à les favoriser en toutes circonsfances.
On ne tarda donc pas à regarder comme déçues les espes rances qu’on avait placées en lui ; un mécontentement vague fit place à l'enthousiasme qu'on témoïignait naguère. Le président considérait le rétablissement de l’ordre comme la manifestation la plus éclatante de l'approbation générale, tandis qu’il ne servait qu’à cacher la désaffection naissante du peuple. Ainsi seulement s'explique l'apparition d’une opposition dès la première année de l’existence du nouveau gouvernement, sans que celui-ci parût y attacher d’importance, Lors de la réunion de l'assemblée nationale d’Argos, en juillet 1829, époque qui peut être considérée comme l’un des moments les plus décisifs de la régence de Capo-d'Istria, cette opposifion n'était pas encore assez fortement constituée pour essayer de mettre un terme à l'arbitraire du gouvernement. L’approbation bruyante et presque générale quiaccueillitle discours par lequel Capo-d’Istria fit l'ouverture de cette assemblée, et qui plus tard fut exprimée dans différentes adresses au président, fit oublier à ce corps délibérant que le premier de ses devoirs eût été de vérifier et de contrôler les faits et les résultats énoncés dans ce document. Les choses en vinrent à ce point que, par exemple, dans les aperçus des états de finances des erreurs palpables ne furent pas seulement remarquées. Mais ces erreurs furent dans la suite relevées par l'opposition avec d’autant plus de véhémence qu’elles pouvaient servir de base irréfragable aux attaques dirigées contre le président.
Les votes de l’Assemblée nationale, réunie à Argos, ne pouvaient que contribuer à faire persévérer Capo-d’Istria dans son système d’arbitraire et de gouvernement personnel. De là les mesures subséquentes qu’il crut devoir adopter, notamment la dissolution du Panhellénion, à la place duquel s’éleva un sénat presque entièrement nommé par le président ; l'établissement d'un ministère d'État avec les formes sévères de la monarchie, et les changements apportés dans la marche des affaires des différentes autorités administratives et judiciaires. Si l’on ne pouvait méconnattre dans ces actes le désir d’apporter de l'ordre et de la fixité dans les différentes branches de l'administration, d’un autre côté, le dessein évident du président de réunir dans sa main tous les pouvoirs de l’État causait les plus vives inquiétudes. L'opposition devint plus agissante, et se rendit d'au» tant plus redoutable, qu'elle rattacha ses attaques à des plaintes fondées en réalité. Les événements de l’année 1830 donnèrent à l'irritation déjà existante les développements les plus funestes , et firent des deux années suivantes l'époque la plus déplorable peut-être de l’histoire du nouvel État. Au lieu de ménager ses forces par des concessions prudentes, Capo-d'Istria s'épuisa au contraire en luttes désespérées contre desadyersnires devenus de plus en plus hostiles. Les insurrections d'Hydra, de Maïna et de la Romélie, ainsi que les actes de violence de l'opposition, prouvent suffisamment
CAPO-D'ISTRIA — CAPONNIERE
combien la situation était tendue. Capo-d’Istria parvint cependant encore une fois à rétablir la tranquillité, repos trompeur qui précéda la catastrophe dont il devait être la victime.
1 ne nous resté plus qu'à raconter les circonstances de l'attentat qui mit fin à ses jours. Parmi les familles grecques qui par ieur puissance, leur richesse et leur considération , contrariaient surtout le gouvernement personnel el arbitraire du président, l’une des plus célèbres était celle du bey des Maïnotes, Pietro Mauromichalis, qui, par la mort héroïque de quarante et un deses membres, avait chèrement payé la gloire etla vénération dont elle jouissait partout où son nom avait pénétré. Mal conseillé, Capo-d’Istria, lors de son arrivée en Grèce, avait montré à Mauromichalis une défiance offensante. C’est ainsi que sa politique s’était attachée à retenir au chef-lieu du gouvernement, sous des prétextes plus ou moins plausibles ou honorifiques, les membres les plus influents de cette famille, leur refusant toujours l’aatorisation de rentrer dans leurs foyers. Mais au commencement de l’année {831 des troubles sérieux, survenus dans leurs différents domaines, semblèrent y réclamer impérieusement leur présence. La fuite du vieux Pietro, accompagné de deux de ses frères, excita au plus haut degré l'irritation du président. Ramené à Nauplie de vive force, le bey des Maïnotes fut traduit devant un tribunal exceptionnel comme prévenu d’attenfat contre la sûreté de l’État, puis enfermé dans le fort Itschkale, où il subit la plus rigoureuse captivité. Son frère Janaki fut emprisonné dans le fort Palamides , tandis que son second frère Constantin et un fils de Pietro, Georges, sans avoir jamais étéinterrogés sur les crimesou délits qui leur étaient imputés , durent garder les arrêts à Nauplie sans pouvoir jamais sortir de chez eux qu’accompagnés d'agents de police armés.
Une entrevue que l’amiral russe Ricord et le chargé d’affaires russe baron de Brinkmann tentèrent de ménager entre le président et le vieux Pietro Mauromichalis, à l'effet d'amener de franches et loyales explications entre les deux adversaires, fut repoussée par Capo-d’Istria, qui ordonna au contraire de réintégrer sur-le-champ le vieillard en prison. Pietro Mauromichalis ne se soumit qu'avec désespoir à cet ordre, et en implorant la vengeance du ciel contre le tyran de la Grèce. Cette vengeance ne devait pas se faire attendre. Elle fut accomplie le 9 octobre 1831.
Ce jour-là, dans la matinée, Capo-d’Istria s'étant rendu suivant son habitude à l’église Saint-Spiridion, fut rencontré par Constantin et Georges Mauromichalis, accompagnés de leurs gardiens ; ils le saluèrent, et se hâtèrent ensuite de prendre les devants. Arrivés à la porte de l’église, ils l’attendirent après s’être placés de chaque côté de la porte. Aussitôt que le président fut arrivé à cet endroit, Georges lui barra le chemin, tandis que Constantin, placé derrière, tirait un pistolet caché sous son manteau, et l’appliquait sur le comte; le coup manqua, mais à peine Capo-d’Istria se fut-il retourné, que Georges l’étendit à terre d’un autre coup de pistolet, Liré derrière la tête, tandis que Constantin lui enfonçait son yatagan dans le bas-ventre. Pendant que Consfantin, qui avait pris la fuite, périssait massacré par le peuple, et que Georges trouvait un asile incertain dans la maison de l'ambassadeur français, on transportait le président dans l’église, où quelques moments après il rendit l’âme dans les bras d’un officier allemand. L’inhumation du malheureux comte n’eut lieu qw’après l'exécution de son meurtrier, le 20 octobre, en grande pompe et au milieu de démonstrations d’une vive douleur de la part du peuple. La Grèce, toutefois, n’a pas conservé la dépouille mortelle du président. Au mois d'avril 1832, son frère Augustin Ja fit transporter à Corfou , et de là à Saint-Pétersbourg.
Parmi les favoris que Capo-d’Istria trouva bon d'inveslir de sa confiance, il faut citer ses deux frères Viaro et Augustin, qui acquirent à cette époque une triste célébrité,
Viaro Caro-D'Isrri , frère aîné du président, avait jusqu’alors exercé la profession de jurisconsulte à Corfou, lorsqu’en avril 1828 il fut nommé membre du Panhellenion pour le département de la guerre et de la marine, et, à quelques temps de là, gouverneur extraordinaire des Sporades occidentales, fonctions dans l'exercice Gesquelles il commit les fautes les plus impardonnables par suite de son manque absolu de connaissances et se fit haïr par son despotisme insolent. Après la dissolution du Panhellenion , il conserva le ministère de la guerre et de la marine. L'incapacité complète dont il continua à faire preuve dans ce poste, et surtout les mesures illibérales au suprême degré dont il fut l’instigateur, le rendirent de plus en plus odieux, tout en amoncelant plutôt les haines et les orages sur la tête de son frère, le président, qui se laissait gouverner par lui. II présida en janvier 183{ la commission extraordinaire chargée de prononcer sur le sort de Pietro Mauromichalis, accusé de crime contre la sûreté de l'État. Ce ne fut que six mois après, mais beaucoup trop tard, que le président se décida à se passer de son sonçours. Il se retira alors à Corfou, où il vit encore.
Jony-Maria-Augustin Caro-p’Isrria, frère puiné du président, avait étudié le droit à Corfou, ef y vivait sans rien faire, quand, au commencement de 1829, Capo d’Istria, malgré son manque absolu d’expérience politique, le chargea de le représenter dans l'administration civile et militaire du continent grec. Non moins radicalement incapable que son frère aîné, il ne sut que détourner à son profit les fonds destinés à l’entretien et à l’armement des troupes. Après la mort de son frère le président, il joua encore un certain rôle comme président du gouvernement provisoire; mais il ne tarda pas à se démettre de ces fonctions, et quitta la Grèce pour se rendre d’abord à Corfou, puis à Naples, et plus tara Saint-Pétersbourg. IL mourut en 1857, à Corfou.
CAPON. Anciennement on donnait aux juifs le nom de capons. Un registre du parlement de Paris de l’année 1312 appelle leur société societas caponum et la maison où ils s’assemblaient domus societatis caponum. Maintenant on appelle ainsi un hypocrite, qui cherche à tromper, qui dissimule pour arriver à ses fins; un joueur fin, rusé, qui s’applique à s'assurer toute espèce d'avantages aux jeux d'adresse; un poltron, un lâche. Caponner dans ce sens, c'est ou user de finesse au jeu, être attentif à y prendre toutes sortes d'avantages, ou montrer de la poltronnerie, de la lâcheté. Dans toutes ces acceptions les mots capon et caponner sont familiers et populaires. Ils appartiennent surtout au langage des écoliers.
Capon se dit aussi, en termes de marine, d’une machine composée d’une grosse poulie et d’une corde, au bout de laquelle est un croc de fer, qui sert à lever l'ancre, à la retirer de l’eau et à la hisser au bossoir. La corde se nomme garant du capon. Aussitôt que l’ancre commence à se montrer à la surface de l’eau un homme descend dessus, et croche dans son organeau le croc de la poulie du capon, qu'on a laissé pendre à cet effet. Aussitôt les matelots s'emparent du garant du capon, et le hissent en marchant au bruit du sifflet qui les stimule. L’ancre, sur laquelle le câble nagit plus, s'élève et se rend au bossoir, où elle reçoit la bosse de bout qui l’y suspend, en remplacement du capon, qui est aussitôt décroché; c’est ce qui s’appelle caponner une ancre. | ’
CAPONNIERE ou CHAPONNIÈRE, comme l’appellent de vieux écrivains, pièce de fortification ou d’une galerie de communication établie entre les ouvrages d’une place fortifiée et qu’on a préférée aux fausses-braies. Ce mot est dérivé de l'italien capone, obstiné, qui a produit caponiera, signifiant d’abord petit corps de garde, casemate, logement à meurtrières, d’où l’on pouvait faire feu avec opiniâtreté et sûreté. On se battait originairement dans une caponnière, de la même manière qu’on l’eût fait dans une
casemale ; ôn s’y tenait fout à fait caché; le feu en était traître : circonstances qui ont de l’analogie avec le mot trivial capon, lâche, poltron. 11 y a des caponnières qui aboutissent à des contre-mines du chemin couvert, à des contre-mines du rempart, ou bien au pied du glacis ; il y en a qui se rendent du glacis à un ouvrage extérieur peu éloigné. En général, les caponnières sont propres à défendre le passage du fossé. Dans le cours d'un siége offensif, quand des assaillants cherchent à exécuter ce passage, on place dans la caponnière des fusiliers, qui de là font feu. On a construit autrefois des caponnières aux angles saillants des contrescarpes ; on en a construit qui ne voyaient que d’un côté, et s’appelaient demi-caponnières.
Quand Ja caponnière est un passage qui correspond du milieu de la courtine à un ouvrage extérieur, ce qui suppose le fossé sec, elle règne d’un côté à Pautre du fossé et aboutit à la contrescarpe; cette caponnière est comme nn double chemin couvert, ayant vue de chaque côté du iossé; elle a deux mètres de haut et quatre à cinq de large ; sa saillie est d’un mètre au-dessus du fond du fossé; elle est à banquette ; à parapet à glacis, à palissades, à ciel ouvert, et au besoin elle est blindée; elle s’unit en glacis au fossé, à 24 ou 30 mètres de son côté intérieur ; elle enfile la cunette. La citadelle d'Anvers , en 1832, communiquait par une double caponnière à la-lunette Saint-Laurent. G2! BARDIN.
CAPORAL (du vieux mot espagnol caboral , dérivé de cabo, tête), nom queles aventuriers gascons mirenten vogue. Rabelais employait dans le sens de capitaine ou de chef le substantif caporion, synonyme de caporal ; et dans le siècle dernier les chefs de quartier de Rome s’appelaient encore caporioni. Brantôme et Henri-Étienne l’écrivent corporal, ce qui le ferait dériver du latin corporalis, et expliquerait pourquoi les Suisses , les Allemands, les Anglais, disent encore corporal. Du Cange le croit analogue au corporalis du latin barbare.
Caporion et caporal ont d’abord généralement signifié militaire en grade : ainsi, un cocher napolitain qui rencontre un homme en uniforme ne crie pas autrement que : Gare, caporal! Ce mot avait en effet d'abord un sens générique ; il signifiait tête, chef , conducteur de troupe, quelle que fût la force de cette troupe ou Je rang de ce chef, 11 était même synonyme de général, toute ridicule que paraisse l’assertion. C’est en ce sens que l'expression caporion se trouve dans la Sciomachie, attribuée à Rabelais. Au seizième siècle, temps où les titres, les grades, la langue, étaient bien différents de ce qu'ils sont devenus, on tirait quelquefois de la classe des capitaines entretenus les caporaux de l'infanterie. Les caporaux actuels, bien déchus, par comparaison à ceux-là, ne sont pas sans analogie avec les bénéficiaires romains et avec certains chefs de brigade du dernier siècle. Par un usage général, on ne reconnaît maintenant en France de ca- Poraux que dans une partie de l'infanterie; mais ce même titre a longtemps existé dans la cavalerie, avant d’y être remplacé par la qualification de brigadier. Les carabins français avaient des caporaux, et les milices autrichenne, piémonlaise, etc., désignent généralement encore sous ce nom les hommes de troupe revêtus de ce grade, qu'ils appartiennent à la cavalerie ou à l'infanterie. G*! Banni.
Il y avait autrefois dans les armées françaises un grade inférieur encore à celui de caporal. C'était celui d'anspessade, a ppointé, premier soldat. Les ordonnances de Henri IL sont les premières où l’on voit apparaître le mot caporal. Ce grade est désigné dans les ordonnances de François 1 sous le nom de caporal d'escadre ou d’escouade, Cest le premier grade auquel puisse parvenir un soldat, et pourtant le caporal n’est pas encore sous-0fficier ; il vit avec le soldat , et si le soldat lui manque, celui-ci peut être fusillé, 11 y a là une grave lacune dans notre hiérarchie militaire, et depuis longtemps on demande avec raison, mais en vain, que le caporal soit sous-officier, Qui
CAPONNIÈRE — CAPORALI
s’y oppose? Le caporal ne doit-il pas savoir lire, éérire ét compter? Ne commande-t-il pas une escouade de douze à'seize hommes? N’est-il pas chargé de veiller au maintien de l'ordre , à la régularité du service et de la tenue, à la propreté des vêtements , des armes et des chambres? Ne doit-il pas pourvoir à l'achat des vivres et objets de toute nature nécessaires aux hommes de sa chambrée, en tenir un compte régulier sur le livre d'ordinaire, coucher au milieu de ses hommes, leur apprendre lé maniement des armés et l’exercice, leur enseigner à monter et démonter leurs fusils, à les nettoyer, à les tenir en état ? Ne commandet-il pas les patrouilles et les petits postes ? ne place-t-il pas les factionnaires, ne leur donne-t-il pas la consigne et n’en surveille-t-il pas l'exécution ? enfin, n’est-ce pas du grade de caporal que plusieurs de nos officiers généraux se sont élancés vers les grades supérieurs , où ils devaient plus tard développer leurs talents et parfois leur génie?
CAPORAL (Petit), sobriquet presque honorifique, qui est resté attaché, dans les classes populaires, au grand nom de l’empereur Napoléon 1. On en rapporte l’origine aux jours qui précédèrent le 18 brumaire. Les directeurs Gohier et Moulins pressaient leurs collègues de donner à Bonaparte le choix d’une armée : « Oubliez cet ambitieux, et faites-le oublier, » dit Sieyès avec humeur. Barras ajouta : « Ce pelit caporal a fait ça fortune en Italie; il n’a pas besoin d’y retourner. » Ce propos fut rendu à Bonaparte, qui le redit avec humeur; mais ses amis lui en firent un titre de gloire, et tous les soldats qui servirent sous ses ordres s’habituèrent à le répéter, sans en soupçonner l'origine.
CAPORALI (C£sare), ingénieux poëte italien du seizième siècle, naquit à Pérouse, le 20 juin 1531, d'une famille noble et ancienne , originaire de Pérouse. De bonnes et solides études le préparèrent àla culture des lettres, qui devait faire l'occupation principale de toute sa vie. Horace, surtout, était son poëte favori; et il lui emprunta sa philosophie dela vie, Ileûtpu plus mal choisir, on en conviendra. Rome était au seizième siècle le grand centre intellectuel et politique de l'Italie; Caporali y fut attiré par la force même des choses, qui rendait alors le successeur de saint Pierre le dispensateur naturel de tous les biens de ce monde, l’auteur de toutes les fortunes. Doué d’un esprit vif et prompt, il sut plaire au cardinal Fulvio della Corina , neveu du pape Jules III, qui l’atlacha à sa personne en qualité de secrétaire, Il remplit ensuite les mêmes fonctions, d’abord auprès du cardinal Ferdinand de Médicis, devenu plus tard grand-duc de Toscane , puis auprès du cardinal Ottavio Acquaviva.
La poésie burlesque était alors fort prisée en Italie; et trop souvent ceux qui cultivaient ce genre bâtard oubliaient dans leurs compositions les lois de la décence. Caporali, lui aussi, sacrifia au goût du jour ; mais, quoique burlesques, ses poésies sont chastes par l'expression autant que par la pensée. Ses plaisanteries , toujours fines et ingénieuses, peuvent être avouées par le bon goût sans que la pudeur doive prendre l'alarme. Cette sage retenue, trop rare malheureusement parmi les écrivains du seizième siècle , fit rechercher et priser Caporali dans tous les cercles élégants et polis, qu’il charmait par la lecture de ses compositions. Il réussissait surtout dans le genre satirique, et la plupart de ses satires sont de véritables poëmes en action. Ses Due Cas piloli della Corte, satires dans lesquelles il trace un tableau piquant des vices des courlisans, de leur abjection morale, et des bassesses en tous genres dont les cours sont le théâtre, passent à bon droit pour ce qu’il a fait de mieux. On vante aussi avec raison le Viaggio di Parnasso, cadre heureux pour passer en revue les réputations contemporaines et faire en passant la part de l'éloge et de la critique. Caporali donna comme suite à ce joli poème ses Avvisi di Parnasso, où il emprunte au journal sa manière et son style,