CAPITULE — CAPO-D'ISTRIA
CAPITULE (Botanique), assemblage de fleurs tellement serrées sur le sommet dilaté du pédoncule qu’elles ont de loin l’apparenced’une fleur unique. En d’autres termes, les capitules peuvent être regardés comme des ombelles à pédoncules très-petits, ou des épis à axe court, renflé et ovoide. Cemode d’inflorescence est général dans les synanthérées ; on le trouve aussi dans les dipsacées, les scabieuses, les globulariées, ete. On nomme capitule flosculeux celui qui est composé de fleurons seuls, comme dans le chardon et l’artichaut ; capitule semi-flosculeux, celui qui n’a que des demi-fleurons, comme dans la laitue et la chicorée ; enfin capitule radié celui qui est formé de fleurons au centre et de demi-fleurons à la circonférence, comme dans la reinemarguerite.
La calathide de Cassini, le céphalanthe de C. Richard, ne sont autre chose qu'un capitule.
CAPMANY Y DE MONTPALAU (Don Axnronro DE), l’un des plus savants archéologues et philologues espagnols, naquit le 24 novembre 1742, à Barcelone. Après avoir d’abord embrassé la carrière militaire, et avoir fait en 1762 la campagne de Portugal, il quitta le service en 1770, et fut chargé d'aller établir dans la Sierra-Morena une colonie d'ouvriers et de cultivateurs catalans. A son retour à Madrid, il fut élu membre de l’Académie royale de lHistoire, qui en 1790 le choisit même pour son secrétaire perpétuel. Patriote zélé, il quitta la capitale lorsqu'elle fut occupée par les troupes françaises en 1808, et il se réfugia alors à Séville, abandonnant tout, parents, amis, et jusqu'à sa femme, dangereusement malade. Pendant la guerre de l'indépendance il joua un rôle brillant, tantôt en encourageant par ses discours les défenseurs du pays, tantôt en défendant les droits de la nation comme député aux cortès de 1812 et 1813, jusqu’au moment où il succomba (14 novembre 1813) à une épidémie qui sévissait à Cadix.
Ses meilleurs ouvrages historiques sont : Memorias historicas sobre la Marina, Comercio y Artes de la antigqua ciudad de Barcelona (4 vol., 1779-92); Codigo de las Costumbres Maritimas de Barcelona (2 vol., 1791-94); ouvrages qui ne sont pas seulement précieux pour l’histoire de Barcelone, maïs encore pour celle du commerce, de l’industrie et du droit maritime au moyen âge. Il publia en outre et annota les Ordenanzas de las armadas navales de la corona de Aragon (1787), et les Antiguos tratados depaces y alianzas entre alqunos reyes de Aragon (1786), ainsi que les Cuestiones criticas sobre varios puntos de historia economica, politica y militar (1807). Ses œuvres philologiques et littéraires obtinrent peut-être encore plus de succès, par exemple : sa Filosofia de la Elocuencia (1776; souvent réimprimée), son Teatro historico-critico de la Elocuencia Castellana (5 vol., 1786). Par son Arte de traducir del idioma Frances al Castellano, et par son Diccionario Frances-Español (1805), Capmany a rendu un service signalé à ceux qui veulent étudier l’une ou l’autre Jangue.
CAPNOMANCIE (mot formé du grec xunv6c, fumée, et uavretx, divination). Les anciens pratiquaient de deux manières différentes cette sorte dedivination : tantôt on jetait sur des charbons ardents des graines de jasmin ou de pavot, et l’on étudiait les mouvements ou l'épaisseur de la * fumée qui s’en élevait; tantôt on observait la fumée des sacrifices : cette dernière espèce de capnomancie était la plus généralement usitée, et celle à laquelle on atfachait le plus d'importance. Si la fumée qui partait de l’autel était légère, peu épaisse, si elle n’était point rabattue par le vent et s’élevait en ligne droite, sans se répandre à l’entour de l'autel, l’augure était bon. Théophilacte remarque que les Juifs étaient également adonnés à cette pratique, comme paraît le prouver l’histoire de Caïn et d’Abel. La capnomancie se pratiquait encore en respirant la fumée des gictimes ou celle qui sortait du feu qui les consumait, té-
moin ces vers de 74 Thébaide de Stace, où le poëte dit du divin Tirésias :
Ille coronatos jamdudum amplectitur ignes Fatidicum sorbens vultu flagrante vaporem,
On pensait sans doute que cette fumée donnait les inspira tions prophétiques.
CAPO-D’ISTRIA, chef-lieu de la capitainerie et du cercle du même nom dans le royaume d’Illyrie. Cette ville est située dans une île du golfe de Trieste, qu'unit à la terre ferme un pont en pierres de 833 mètres de longneur, Ses murailles et ses fortifications délabrées, ainsi qu’une foule de vieilles constructions, lui donnent à l'extérieur une apparence sombre et triste qu'augmente encore à l'intérieur l’aspect de ses rues, sales et étroites. Parmi les nombreuses églises qu’elle renferme, on doit faire une mention plus spéciale de sa cathédrale, antique et vénérable édifice où les connaisseurs vont admirer de beaux tableaux et quelques belles sculptures ; l'hôtel de ville, construit dans le style gothique, mérite aussi d’être vu.
Capo-d'Istria est le siége d’un chapitre de l'évêché de Trieste et d’une direction des salines ; on y trouve deux couvents, un collége, deux écoles secondaires, un théâtre, plusieurs hôpitaux et une maison de correction. On y sup< plée à l’eau potable, dont elle manque complétement, par l’eau de pluie, soigneusement recueillie dans des citernes, et par de l’eau que des conduits amènent du continent, Sa population est de 6,500 âmes, et son commerce a pour objet principal les savons et les cuirs. Ses habitants se livrent d’ailleurs avec succès au cabotage, à la pêche, à la culture de la vigne et de l’olivier, et à la fabrication du sel.
Dans l'antiquité, cette ville s'appelait /ÆZgida. Prise au sixième siècle par l’empereur Justinien, elle reçut en l'honneur de l'oncle de ce prince le nom de Justinopolis. Plus tard elle se déclara indépendante de l’empire Grec, et forma un État libre jusqu’au dixième siècle, époque où elle tomba sous la puissance des Vénitiens. Au quatorzième siècle Venise se vit forcée de la céder aux Génois, sous la souveraineté desquels elle resta jusqu’à l’année 1478. Les Vénitiens s’en emparèrent alors de nouveau, et en firent la capitale de l’Istrie, province dont elle à suivi le sort en passant sous la domination autrichienne.
CAPO-D'ISTRIA (JEAN-ANTOINE, comte), président de la Grèce de 1827 à 1831, né à Corfou en 1776, descendait d’une famille noble, qui avait pris pour nom celui de la ville de Capo-d'Istria d’où elle était originaire, et qui dès les premières années du quatorzième siècle jouissait d’une grande considération dans les îles Joniennes. Destiné à la carrière civile, comme fils puîné, il alla en Italie perfectionner son éducation, et étudia la médecine à Padoue et à Venise. Il revint dans sa patrie à l’âge de vingt-deux ans, précisément à l’époque où la France venait de détruire l’ancienne constitution vénitienne, et en vertu de ses victoires (1798) étendait sa domination jusqu'aux îles Joniennes. Le jeune Capo-d’Istria trouva son père emprisonné par ordre des autorités françaises, et lui-même se vit menacé de proscription , à cause de ses opinions politiques ; toutefois, cette position critique lui servit à développer son habileté, qu’il employa heureusement à la délivrance de son père.
-Lorsqu’en février 1799 la France dut abandonner les îles Joniennes aux flottes combinées de la Russie et de la Turquie, le père de Capo d’Istria fut mis à la tête de la députation envoyée à Constantinople pour prendre part aux négociations dans lesquelles devaient se décider les destinées ultérieures des îles Toniennes. Ces négociations eurent pour résultat le traité du 20 mars 1800, qui reconnaissait formellement la république des Sept-Iles, et la plaçait sous la protection de la Russie et de l'Angleterre, tout en la laissant tributaire de la Porte. De cette époque date la vie politique de Capo-d’Istria, Dès 1800 il reçut la mission, aussi diffs
cile qu'honorable, d'organiser l'administration des îles Céphalonie, Ithaque et Sainte-Maure, et il s’en acquitta à la satisfaction générale. Depuis, il fit constamment partie du gouvernement de la république , et fut de 1802 à 1807 d’abord ministre de l’intérieur, puis ministre des affaires étrangères, de la marine et du commerce; à partir de 1806 il exerça même une grande influence sur le département de la guerre,
Par suite de ses principes politiques, il refusa tout emploi sous le nouveau gouvernement établi aux îles Ioniennes à la suite de la paix de Tilsitt, et vécut dans la vie privée jusqu’en juin 1808, où la Russie lui fit faire des propositions honorables, qu’il accepta avec d'autant plus d’empressement qu'il regardait cette puissance comme celle qui pouvait travailler avec le plus de succès à la délivrance de son pays. En janvier 1809 il se rendit à Saint-Pétersbourg, où il fut employé au département des affaires étrangères. Lorsqu'un service de trois années l’eut familiarisé avec les attributions de sa nouvelle sphère d’activité, il fut en 1811 adjoint à l’ambassade de Vienne, puis appelé, en 1813, en qualité de chef du département diplomatique, au quartier général de l’armée russe sur le Danube, et plus tard au quartier général de la grande armée, où il prit jusqu’en 1815 la part la plus active aux importantes négociations qui eurent lieu pendant toute cette période. Investi de toute la confiance de l’empereur Alexandre, il signa en 1815 le second traité de paix de Paris, en qualité de plénipotentiaire russe. C’est à son influence que la république des Sept-Iles, placée désormais, il est vrai, sous la protection spéciale de Ja Grande-Bretagne , fut redevable de son rétablissement. De 1816 à 1822, Capo-d'Istria fut ministre des affaires étrangères de Ja Russie; mais il renonça à cette éminente position parce qu’à ce momentla Russie se déclara contre l'insurrection des Grecs. L'opinion était alors assez générale en Europe que ce mouvement n’avait pas seulement les plus ardentes sympathies du comte, mais même avait été jusqu’à un certain point provoqué par ses émissaires. Il est hors de doute qu'il avait.eu des rapports suivis dès 1814 avec l’Aéfairie, cette association patriotique dont les membres préparèrent l'insurrection de 1821; et on lui attribue avec assez de vraisemblancela publication d’un écritqui parut à Corfou en 1819 sous le titre de Considéralions sur les moyens d'améliorer Le sort des Grecs.
11 alla alors s'établir en Suisse, d’où il prêta le plus généreux appui à la cause de ses compatrioles, quoique vivant toujours dans la plus complète retraite, soit à Genève, soit à Lausanne. Au mois de janvier 1827 il se rendit à Paris, où
apprit .qu’il avait été élu régent de la Grèce. Après avoir
gi à Londres et à Paris pour faire admettre la Grèce dans e concert européen, il s'embarqua le 26 décembre 1827 à Ancône, à bord d’un sloop de guerre anglais, qui le conduisit à Corfou. De là un vaisseau de ligne le mena à Malte, où il eut des conférences avec les amiraux Codrington et Heyden; et il aborda enfin le 18 janvier 1828 à Nauplie. De là il se rendit à Égine, où il prit en main les rênes du gouvernement grec (voyez GRÈCE ).
Dans la création d’un ordre légal et l’organisation d’une administration intérieure, conditions premières de la régénération du pays, Capo-d’Istria pouvait s'attendre à trouver de la sympathie et de la bonne volonté dans cette partie du peuple qui travaille, c’est-à-dire dans la classe moyenne des industriels, des agriculteurs et des commerçants ; tandis que du côté des primats et des militaires, classes à la vérité plus influentes, mais plus exigeantes, il devait rencontrer des prétentions fondées à tort ou à raison sur d'anciens droits acquis. Quelque naturel qu’il fût de le voir prendre les intéréts des premiers, ce n’en fut pas moins de sa part une faute grave, commise intentionnellement dès les premiers mois de son administration, que de négliger comme il fit quelques chefs puissants, qui altendaient de lui d’honorables