‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 305 sur 556 · CAPOUE · texte numérisé non relu

CAPOUE

CAPOUE (Capua), ville d'Italie mal bâtie et bien dé-

chue, située dans la province de Caserte (ancienne Terre de Labour), sur le Volturne et le chemin de fer de Rome à Naples, était autrefois le chef-lieu de la Campanie, et l’une des belles villes de l'Italie. Elle est située dans une contrée fertile, mais peu salubre, compte 15,000 âmes et est le siége d’un archevéché. Après sa magnifique cathédrale et l'église dell’Annunziata, riche surtout en basreliefs sculptés, il faut mentionner la Piazza Giudici, où se trouvent plusieurs restes d’antiquités romaines et la statue en marbre de l’empereur Frédéric 11, que la ville fil élever en 1236 en l'honneur de ce monarque,

Capoue doit sa fondation à un prince lombard, qui l'avait érigée en principauté. Elle tomba plus tard au pouvoir des Normands, qui y créèrent de nombreux établissements et l'agrandirent beaucoup. Ils l’incorporèrent en outre au royaume de Naples, Capoue est une importante place de guerre dont les défenses ont été considérablement augmentées par Vauban. Comme elle est l’unique boulevard de Naples du côté du nord, on la regardait comme une des clefs du royaume. Après l'occupation de Naples par Garibaldi les troupes napolitaines se concentrèrent en partie dans Capoue (6 septembre 1860). Les volontaires entreprirent aussitôt de l’investir ; mais le matériel de siège leur manquait et dans quelques engagements ainsi qu’à la bataille du Volturne (1er octobre), ils essuyèrent de graves pertes. L'armée piémontaise, au nombre de 30,000 soldats, vint à leur aide, et fit Le siége régulier de la place. Le 2 novembre 1860, après quelques heures de bombardement, la garnison, forte de 10,500 hommes, capitula ; on lui accorda les honneurs de la guerre.

11 ne faut pas, comme certains auteurs, confondre Capoue l’ancienne et Capoue la moderne, qui sont deux villes bien distinctes. La première n’existe plus et la seconde, qui a été bâtie avec les débris de l’ancienne , est à environ 11 kilom. des ruines de la fameuse Capoue.

L’ancienne Capoue faisait face, d’un côté, à des) plaines superbes, entrecoupées de promenades agréahies, qu’ombrageaient le pin, le platane, le mélèze, le thuya, l’oranger, le myrte et l'olivier, et qui étaient bordées en tous sens par d'immenses champs couverts de roses magnifiques , d’œillets, de jasmins et autres plantes odorantes, qui servaient à fabriquer les parfums dont les Capouans faisaient un grand commerce; de l’autre côté, elle était dominée par des coteaux couverts de la plus luxuriante végétation.

Au pied de ces coteaux se déroulaient d’admirables vallées et de vastes prairies où l’on engraissait de nombreux troupeaux. La vigne, le blé, les fruits de toutes espèces y étaient partout cultivés en abondance. Ses vins passaient pour les meilleurs de l'Italie, et ses récoltes en blé nourrissaient toute la population. Outre les richesses qu’elle devait à la fertilité de son sol, Capoue avait une industrie et un commerce fort actifs. Ses habitants excellaient dans la préparation et la teinture des cuirs, et on vantait partout la beauté et la bonne qualité des draps qui sortaient de leurs manufactures. Les Capouans avaient, dit-on, surpassé les habitants de Tyr dans Part de teindre en écarlate et de préparer les étoffes de pourpre; aussi tirait-on de chez eux tout ce qui était nécessaire à la chaussure et au costume des empereurs romains.

L'intérieur de la ville de Capoue était vaste et majesfueux, les maisons belles et commodément construites, les rues Jarges et bien percées. Pour ÿ conserver de la fraicheur dans les jours les plus chauds de la saison d’été, on avait construit dans tous les quartiers des fontaines jaillissantes : elles étaient alimentées, au moyen de conduits souterrains, par les eaux du Vulturne et du Literne. On y avait aussi construit de beaux aqueducs et creusé quelques canaux, qu'on avait utilisés pour créer des établissements de bains, où le marbre, le granit, le stuc, richement seulps

tés, n'étaient point épargnés. On y comptait un assez grand nombre de places publiques entourées de portiques qu’occupaient des marchands. Celle où se tenaient les parfumeurs était la plus belle et la plus agréable ; c’est là que se promenaient le plus volontiers les femmes de Capoue, que les historiens nous dépeignent comme élant en général d’un beau sang, bien faites et d’une taille élevée.

Les arts, qui fleurissaient à Capoue tout autant qu’à Rome, 4 produisirent aussi beaucoup de chefs-d’œuvre, que le temps n’a point épargnés, mais dont on voit encore de remarquables débris, entre autres un amphithéâtre construit en briques et revêtu de marbre blanc, appelé aujourd’hui par les paysans de la contrée Lorilascio. Quelques voûtes bien conservées, des corridors et des gradins pour les spectateurs s’y élèvent encore au-dessus de monceaux de décombres. Des rangées de colonnes qui l’entouraient il ne subsiste plus maintenant que la rangée inférieure, dont les colonnes sont d’ordre toscan. 11 paraît qu'entre la première et la seconde rangée on voyait les têtes ; entre la seconde et la troisième, les bustes; et entre la troisième et la quatrième, les statues de toutes les principales divinités romaines. (Consultez Rinaldo, Wemorie istoriche de la cilta di Capua, 2 vol., Naples, 1735; et Rucca, Capua velere, Naples, 1828).

Après cet amphithéâtre, qui par ses vastes proportions et la richesse de son architecture égalait le Colisée de Rome, les principaux monuments de Capoue étaient le temple d’Apollon, ceux de Jupiter, de Junon, de Diane, de Mercure, ses portiques, ses pyramides , ses tombeaux, ses aquedues, ses voûtes souterraines, ses arcs de triomphe, ses gymnases, ses écoles de gladiateurs et ses arènes pour les combats publics. Rappelons encore que c’est à Capoue que commença cette fameuse révolte de gladiateurs, à la tête desquels se trouvait Spartacus, qui fit trembler pendant trois ans le peuple romain.

Capoue avait, comme Rome, un sénat, des consuls, une

orme de gouvernement qui lui était propre, et elle se régissait par des lois particulières, dont il ne nous est parvenu que très-peu de fragments. Son immense population s’accroissait tous les jours , par la foule d'étrangers qu'y attiraïent l'amour des plaisirs et la facilité de s’y procurer toutes les douceurs de la vie. Capoue était devenue trop puissante et trop riche pour ne pas exciter l'envie de ses voisins ; aussi eut-elle de longues guerres à soutenir, tantôt contre les Samnites, les Volsques , les Étrusques , tantôt contre les Romains, les Lombards et les Toscans. Les Samnites furent les premiers qui songèrent à l’attaquer. En l'an de Rome 332, par suite des revers qu’elle essuya dans cette guerre, Capoue dut recevoir une garnison de Samniles; et un jour ces étrangers profitèrent du désordre d’une fète publique pour massacrer une partie de la population, afin d'assurer mieux leur domination. Cependant les Capouans parvinrent à chasser leurs oppresseurs ; alors, pour ne point retomber sous le joug, ils envoyèrent à Rome des députés chargés de mettre leur ville sous la protection du peuple romain. Rome ent la sagesse de leur laisser leurs lois, leurs priviléges et jusqu’à leur forme particulière de gouvernement.

La seconde guerre punique ayant éclaté, et les phalanges romaines ayant été anéanties par les troupes d'Annibal à la célèbre bataille de Cannes, Capoue s’empressa de se déclarer pour le vainqueur; défection qu’elle ne tarda pas à payer cher. Annibal ayant passé à Capoue avec son armée l’hiver qui suivit son triomphe, ses soldats furent tellement amollis, dit-on, par les délices de cette ville, qu'au printemps suivant ils ne purent supporter le choc des Romains. L'armée d’Annibal , battue à son tour, fut obligée de fuir, et la malheureuse Capoue, saccagée de fond en comble, paya du sang de ses sénateurs et par l'esclavage sa trahison envers ses anciens alliés. Les Romains cependant consentirent à ne point la raser; mais, voulant en faire désormais le

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