CAPUCINS — CAPUT MORTUUM
mais il triompha : on l’élut vicaire-général, et son rival fut chassé, Paul LIF, par sa bulle du 25 août 1536, confirma la congrégation et tous ses priviléges, sous la clause qu’elle ne s’étendrait pas hors de l'Italie. Le même pontife interdit la prédication aux capucins en 1543; il la leur rendit deux ans après, et leur fondateur mourut à Venise, en 1552.
Les papes s'étant arrogé le droit de modifier et d'annuler les actes de leurs prédécesseurs, Grégoire XIII permit lintroduction en France des capucins, à la demande de Charles IX et de Catherine de Médicis. Bientôt ils y pullulèrent. En 1578 ils avaient tenu dix-sept chapitres généraux; ils possédaient un monastère dans presque toutes les villes de France ; dans les principales on voyait des grands et des petits capucins. Ce fut avec la même rapidité qu’ils se répandirent et se multiplièrent en Espagne, en Portugal, dans la partie méridionale de l’Allemagne, en Belgique, en Hongcie, en Pologne ; ils s’établirentaussi dans les diverses colonies soumises aux Espagnols, aux Portugais et aux Français. On les vit rivaliser avec les jésuites, les carmes, les auguslins, les théatins, les dominicains, avec des congrégations spécialement consacrées aux missions étrangères, pour aller fonder des monasières en Orient. Il y avait des capucins dans plusieurs villes de la Turquie d'Europe et d’Asie, de l'Égypte, de la Perse et de l’Inde.
Si la mendicité était une des obligations imposées à quatre ordres monastiques, aucun d’eux, même parmi les différentes subdivisions des franciscains, ne la remplissait avec plus de zèle et d’exactitude que les capucins; on peut même dire que dès avant la révolution la plupart des moines mendiants avaient renoncé à la quête; mais pour les capucins ce fut toujours le plus clair des profits du métier. Dans les villes ils ne faisaient pas fortune : ils demandaient humblement aux portes, et ils éprouvaient souvent des refus ; mais ils s’en dédommageaient dans les campagnes. Leur malpropreté était du reste passée en proverbe; leur nazillemert, leur costume, prêtaient au ridicule. On sait qu’ils avaient la tête rasée, la barbe longue, les jambes et les pieds nus, et des sandales au lieu de souliers ; ils ne portaient, ou du moins ils étaient censés ne porter ni culottes ni chemise. Leur robe, assez ample, en grosse étoffe de laine marron clair, était serrée à la ceinture par une corde, et avait un capuchon. Lorsqu'ils allaient en ville ou se mettaient en quête, ils portaient par-dessus un petit manteau de même étoffe et de même couleur, assez semblable au grand collet de nos carricks, mais accompagné de l’immense capuchon. Si les capucins n’ont pas été signalés, comme d’autres religieux, pour la licence de leurs mœurs, ils ont laissé une grande réputation d’ignorance ; et cependant plus d’un orateur évangélique d’un certain renom est sorti de leur corps. Néanmoins, s’il se débitait en chaire quelque sermon de mauvais goût, plein de naïvetés ridicules et d’indécentes allusions, on était sûr que c’était l’œuvre d’un capucin. De là le nom de cepucinade servant à désigner tout sermon dont la forme et le style ne valaient pas mieux que le fond ; on l’a également appliqué à tout acte extérieur de dévotion puérile,
La restauration ressuscita cet ordre en France. Mais alors les capucins n’osèrent pas, comme les jésuites, les frères de la doctrine chrétienne et les trappistes, s’avancer dans les départements du Nord, de l'Est et de l'Ouest, parce qu'ils ne pouvaient pas, comme les premiers, faire valoir leur utilité pour l’enseignement de la jeunesse, ou, comme les derniers, leurs travaux agricoles. Ils restèrent dans les départements du midi (les anciennes provinces de Provence et de Languedoc), où l’on a toujours en beaucoup de vocation Pour les confréries de pénitents et pour les ordres religieux.
Les premiers capucins qui parurent en France furent installésà Meudon ; mais en 1576 Henri JII les établit à Paris, dans 1à rue Saint-Honoré à côté des Feuillants, vis-à-vis du terrain sur lequel fut depuis construite la place Vendôme, On voit que les capucins ne répugnaient pas à s'éloigner de la
solitude, que leur avait imposée Keur fondateur. Cette maison, qui compta bientôt de cent à cent vingt habitants, devint le chef-lieu de leur ordre, qui eut bientôt en France neuf provinces.
Là, près du maître-autel de l’église, on voyait, avant la révolution, les tombeaux de deux capucins célèbres : l'un (le père Ange), Henri, comte du Bouchage, duc de Joyeuse et pair de France, dont la vie entière est contenue dans ces deux vers de La Henriade :
Vicieux, pénitent, courtisan, solitaire, Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.
L'autre, moins illustre par sa naissance, mais bien connu par ses intrigues, le père Joseph, l’émissaire, le confident, le principal instrument politique, l’âme damnée du cardinal de Richelieu. N'oublions pas de mentionner encore deux hommes sortis de l’ordre des capucins, le terrible Chabot, membre de l'Assemblée légidative et de la Convention, et Venance Dougados, poëte aimable, sécularisé avant la révolution, et depuis enthousiaste pur et désintéressé des idées nouvelles, dénoncé par Chabot, qui avait été son supérieur, et qui l’envoya périr à trente ans sur l'échafaud.
On remarquait dans le couvent de Ja rue Saint- Honoré la bibliothèque, le réfectoire, le sanctuaire et le chœur de l'église, rebâti en 1735. Tout cela a disparu, ainsi que le couvent des Feuillants , lorsqu'on a percé la rue Castiglione ; mais, au coin de cette rue, il reste encore la fontaine des capucins, sur laquelle on a rétabli les deux vers de Santeuil qui font allusion à ce voisinage et à celui de quatre autres couvents, les Jacobins , PAssomption, la Con ception et les Capucines.
Lorsque le quartier de la Chaussée-d’Antin eut pris d grands accroissements, il fallut procurer les secours spiri tuels à ses nombreux habitants : on y transféra, en 1783 rue Sainte-Croix, les capucins d’un autre couvert, fondé en 1613 sur un terrain plus vaste, qui avait servi de noviciat la province de Paris, et dont les bâtiments et les jardins furent consacrés en 1784 à l’hospice du Midi, qui les occupe encore. La nouvelle église, sous la dédicace de Saint-Louis, est devenue une succursale de la paroïisse de la Madeleine, et la maison a servi d'emplacement au lycée Bonaparte.
Le père Athanase Molé, syndic des capucins, appuyé sur le crédit de son parent Mathieu Molé, avait entrepris en 1622 de fonder à Paris un troisième couvent de cet ordre, sur l'emplacement d’un jeu de paume, rue d'Orléans. Ce couvent ayant été supprimé en 1790, ses bâtiments et ses jardins devinrent des propriétés particulières ; mais l’église a été érigée, sous le titre de Saint-François, en seconde succursale de la paroisse Saint-Méry. H. AUDIFFRET.
En 1852 les capucins s’établirent de nouveau à Paris, où ils possèdent aujourd’hui deux couvents. L'ordre compte en France deux provinces, celles de Paris et de Chambéry, ayant chacune plus de 500 religieux.
CAPULE. C'était, chez les Romains, une bière ou cercueil qui servait à porter ies morts en terre, d’où l’on appela les vieillards cupulares senes, et les criminels condamnés à mort capulares rei, pour exprimer que les uns et les autres étaient près de la bière ou du tombeau.
CAPUT MORTUUM, expression dont se servaient les anciens chimistes pour désigner le résidu non liquide des opérations et des analyses chimiques; par exemple on appelait caput mortuum vitrioli, dans la préparation de l'acide sulfurique de Nordhausen, l’oxyde de fer résultant de la calcination du sulfate de ce métal. Ce nom de caput mortuum (tête morte) venait de ce que, dans leur langage figuré, les alchimistes comparaient ces résidus à une tête de laquelle la distillation avait enlevé l'esprit. Aussi ces matières étaient-elles d'abord jugées inutiles; mais Glauber prouva qu’il pouvait s’y trouver des corps intéressants , en décou-
| vrant dans un caput mortuum le sel qui porte son nom.
Un orateur a transporté cette expression dans le langage parlementaire en l'appliquant à ce qu’on a coutume d’appeler la queue des partis.
CAP-VERT ( Iles du), ZZhas Verdes, groupe d'iles
appartenant au Portugal, situées entre le 14° 48 et le 16° 59° de latitude septentrionale, à 37 myriamètres environ du cap Vert de l'Afrique occidentale, qui leur a donné son nom. Elles sont toutes très-montagneuses et de formation volcanique sous-marine. Leur superficie est de 44 myriamètres carrés, avec une population (1864) de 84,191 habitants, Les chaleurs y sont très-vives et fort malsaines quand elles atteignent leur maximum. La saison des pluies dure depuis le milieu d’août jusqu’en novembre. Quoique l’eau manque, la végétation ne laisse pas d’y être luxuriante; et ce ne sont pas seulement les productions végétales de l'Afrique qui y réussissent, mais encore celles du midi de l’Europe, les oranges, les limons, les bananes, les melons, le riz, le maïs, la vigne (la fabrication du vin est interdite), le sucre, l’orseille (monopole qui rapporte chaque année au gouvernement un revenu de plus de 400,000 franes), Les espèces animales particulières à l'£Éurope n’y réussissent pas moins bien , notamment les chèvres, dont la peau forme un objet d'exportation fort important. Les blés nécessaires à la consommation de la population sont tirés d’Afrique.
Les dix plus considérables d’entre ces îles sont : San- Iago, la plus grande et la plus peuplée de toutes, avec 44 kilomètres de long sur 22 de large et une population de 16.000 âmes, répartie sur une superficie de 20 myriamètres carrés. Elle est très-montagneuse, bordée de rochers, surtout sur la côte orientale, et atteint à l’intérieur son plus haut degré d’altitude avec le cône de San-Antonio. Sur sa rive orientale on trouve Porto-Praya, port fortifié dans une belle baie, avec 3,000 habitants. C’est là que réside le gouverneur portugais de toutes ces îles, tandis que le siége de l'évêché est à Ribeira-Grande. À 5 myriamètres à l’ouest on trouve Fogo ou Fuego (Ile de Feu), qui s'élève de la mer comme une montagne haute de 2,366 mètres. Le volcan, dont les éruptions forcent souvent la population à prendre la fuite, atteint même 2,500 mètres d’élévation. Le sol, fertile et bien cultivé, produit des grains et des fruits du Sud, Les deux localités les plus importantes de cette île sont San- Philippo et Luz. A 37 kilomètres environ , au sud-ouest, est située Brava, Île ovale, très-saine et très-fertile, avec environ 3,000 habitants nègres, mais hospitaliers. Elle ne possède que peu de hboîs; en revanche on y trouve de bonne eau, des frnits, des grains et du salpêtre.
Plus au nord on trouve Saint-Nicolas, après San-Tago la plus grande de ces îles, avec 8,000 habitants qui s'occupent du tissage et de la teinture du coton. Un évêque réside au chef-lieu du même nom. Au nord encore se trouve Santa- Lucia, montagneuse, surtout dans sa partie nord-ouest, avec un chef-lieu du mème nom, dont les habitants ont pour ressources la culture du coton et de l’orseille et la chasse des tortues. A peu de distance de là est située San-Vincent, île montagneuse, abondante en cours d’eau, où prospèrent le coton, l’orseille et l'élève du bétail, Sur sa côte nord-ouest est situé Porto-Grande, le meilleur port de toutes les iles du Cap-Vert, avec une église et un bureau de douanes. Sur sa côte sud-ouest on trouve la baie de San-Pedro. À 3 ou 4 myriamètres plus loin s'élève l'ile San-Antonio, la plus septentrionale de tout le groupe, et qui atteint un assez haut degré d'allitude, notamment dans sa partie nord-ouest, où se trouve une montagne appelée le Pain de Sucre dont la hauteur est de 2,633 mètres. Comme Saint-Vincent, elle est très-salubre et très-fertile, donne les mêmes produits ; et son chef-lieu, qui porte le même nom, compte environ 1,100 habitants,
Au sud on trouve l'ZZha de Sal, longue de 7 myriametres, mais étroite, riche en tortues et en sel, avec le pie Martinez, haut de 533 mètres, et les deux baies de Palmyra et