CAPUCINE — CAPUCINS
gorie de Robertson, et au bout de quelques années elle devint l'emplacement d’une manufacture de papiers peints. Dans le même temps, les cellules des recluses, les cloîtres, les parloirs, le réfectoire, les cuisines , subissaient une métamorphose non moins extraordinaire : ils étaient remplacés par les bureaux de l'administration du timbre, par des boutiques et des magasins, des cafés, des restaurateurs, des salles de danse, des tabagies, des lieux de débauche du plus bas étage. Le jardin, triste et silencieux, dont le mur solitaire bordait jadis le boulevard sans y avoir la moindre issue, avait aussi changé de destination. Les jardins publics étaient alors à la mode : celui des Capucines fut de ce nombre, et eut une ouverture sur le boulevard. C’est là qu’on vuyait des danses champètres, comme à la Grande-Chaumière; des escamoteurs et des saltimbanques, avec leur Gille et leur Paillasse, comme autrefois sur le boulevard du Temple; des jeux de bague et des balançoires, comme aux Champs-Élysées ; des marionnettes, des marchands de gâteaux et de coco, comme partout. Là débutèrent les puces savantes, qui ont transmis leurs talents, par succession ou par la méthode de l'enseignement mutuel, à toutes les troupes entomologiques de la même espèce; là s'élevait une salle de spectacle en bois, où des comédiens à figure humaine jouaient de véritables comédies, des pièces en vers, ma foi, telles que l’Amant timide de M. Châteauneuf, refusé par tous les autres théâtres. Mais ce qu’on voyait de mieux au jardin des Capucines , c’étaient deux panoramas, modèles de tous ceux qui ont existé depuis; c’était surtout l’amphithéâtre provisoire en bois de Franconi, qui n’était pas encore ce qu’il est devenu depuis, mais qui annonçait déjà ce qu’il devait être. Pour tout dire enfin, ce jardin, sans être beau, était une foire perpétuelle, un lieu de promenade pour les enfants, pour les bonnes et leurs amants, pour les oisifs et les flaneurs de Ja Chaussée-d’Antin et du faubourg Montmartre. A la vérité, c'était un vacarme à ne pas y tenir : les trompettes des charlatans, les cris des aboyeurs de tréteaux, les crins-crins et les voix rauques ou glapissantes des chanteurs ambulants, le son nasard des orgues de Barbarie, et par-dessus tout cela les musiciens de Franconi, formaient un ensemble charmant, qui disparut devant Napoléon empereur, comme les capucines avaient disparu devant la révolution. Sur l'emplacement du couvent, de l’église et du jardin, on perça la belle rue de la Paix, où l’on bâtit une porte monumentale donnant accès à la partie des anciens bâtiments où l’on établit l’administration du timbre, ainsi que la caserne des sapeurs pompiers, au fond de laquelle ont existé jusqu’à nos jours quelques restes du cloître des Capucines. H. AUDIFFRET.
CAPUCINS, nom dérivé decapuce ou capuchon, et qui a été donné à une fraction de l’ordre des frères mineurs, franciscains ou cordeliers, parce que le capuce des membres de cette fraction était plus long et plus pointu que celui des autres moines, Les religieux fondés par saint François d'Assise, s'étant écartés de leur règle, avaient dégénéré sous le rapport de la discipline et des mœurs; ils s'étaient tellement discrédités, que la plupart des conteurs italiens et français du moyen âge ont choisi les cordeliers pour les héros des aventures les plus licencieuses. Déjà s'était établie parmi eux la réforme de l’'observance, lorsque Mathieu Baschi, du duché d’Urbin, moine du couvent de Monte-Fiascone, entreprit une réforme plus complèteenvore, Il se rendit à Rome en 1525, revêtu de l’habit grossier qu’il avait adopté, et obtint de Clément VII la permission de se relirer dans des solitudes avec ceux qui voudraient embrasser comme lui la plus étroite observance. La bulle s’expédia en 1598, et le premier établissement de capucins fut fondé à Camerino, par la protection du duc et surtout de la duchesse Cibo. Mais l'ambition suscita des perséeutions à Mathieu : Louis de Fossombrone, celui de ses compagnons qui avait eu le plus de part à la réforme, voulut le supplanter, L’immense capuchon était ur des griefs allégués contre Mathieu ;