‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 318 sur 556 · CAQUET — CAR · texte numérisé non relu

CAQUET — CAR

de caquet, c’est imposer silence à un sot, à un ignorant, en lui prouvant qu'il se trompe, le confondre par de bonnes raisons, lui fermer la bouche; c’est faire taire par droit d'autorité un insolent subordonné, c’est humilier lorgueil d’un rodomont par de dures parales, des menaces ou une correction,

Le caquetage, la caqueterie est l'action de cagueler. Le caqueteur est celui qui caqguelte.

Caquet, surtout quand on l’emploie au pluriel, devient synonyme de commérages, faux rapports et propos injurieux, Une femme s'expose aux caquets quand par sa légèreté elle fournit matière à la médisance. Avec du babil, on parle de tout à tort et à travers; si l’on y joint un peu de méchanceté, on se jette dans les caquets. « A y a, dit La Bruyère, une chose qu'on n’a pas vue sous le soleil, qu’on ne verra jamais : c’est une petite ville d’où l’on a banni les caquets, le mensonge et la médisance. » Ce que l’auteur des Caractères signalait il y a cent soixante-dix ans, est encore vrai de nos jours. C’est dans les provinces, c’est surtout dans les petites villes, que les caquets sont fréquents et fâcheux, Ils y deviennent une occupation, une habitude, un besoin pour les citadins désœuvrés, pour les petits bourgeois, pour leurs femmes, qui, n'ayant pas ordinairement la ressource des spectacles, des arts, des talents, de la littérature, des grandes réunions, de la politique elle-même, qu'ils ne suivent que de loin en loin, verraient souvent tarir la conversation faute d’aliment s’ils n'avaient recours aux caquets, s'ils ne s’entretenaient pas de ce qu’on dit, de ce qu’on fait chez la voisine ou chez le voisin, s’ils n’en tiraient pas des conséquences ou des conjectures injurieuses, s’ils n’y ajoutaient pas des commentaires malins.

Dieu vous garde des sots caquets, amis lecteurs de Paris et de la province, des grandes et des petites villes! Mais si vous ne pouvez vous en garantir, sachez du moins les mépriser et vous mettre au-dessus du qu’en dira-t-on? Imitez tant de gens débonnaires de votre connaissance, qui n’ayant pu faire taire les caquets, les ont laissés s’épuiser et s’éteindre jusqu’à ce qu’un sujet plus neuf ou plus piquant vint leur donner une nouvelle direction.

Le babil, le bavardage, le caquet, ne pouvaient pas manquer d’être mis en scène. Nous avons la jolie comédie du Babillard, de Boissy; Les Caquets, pièce de Riccoboni , imitée de Z Pettegolezzi de Goldoni; Le Bavard, ou trop parler nuit, proverbe dramatique de Carmontel; l'admirable Petite Ville, de Picard; Le Bavard, d'un anonyme; Les Hableurs, de Degligny ; et Le Parleur éternel, de Ch. Maurice.

Outre babiller et bavarder, qui ont été suffisamment expliqués, caqueter a pour synonymes Jjaser et jaboter. Le premier mot exprime le chant d’une poule qui pond; le second, le gazouillement d’un oiseau et l’action de son gosier ; le troisième, le mouvement de son jabot. Appliqués aux personnes, cagueter c'est causer bruyamment, sans égard pour la compagnie; jaser c’est parler à son aise et avec abondance; jaboter c’est parler bas et en marmattant.

En termes de chasse, un chien caquette lorsqu'il aboie mal à propos, sans motif et hors de voie. H. AUDIFFRET.

CAQUETS DE L’ACCOUCHÉE,. Cette expression rappelle une mode fort suivie en France pendant des siècles. Depuis le quatorzième environ, époque où les institutions de saint Louis et de ses successeurs fixèrent aux différentes classes de la société française leur rang et leurs priviléges, il fut d'usage que les femmes se visitassent pendant leurs couches. Seules et sans contrainte, elles jasaient beaucoup, dit-on, dans ces conciliabules, puisque dès l’origine ils prirent le nom de caguets de l’accouchée. I paraîtrait même que chaque femme alors, quel que fût d’ailleurs le rang où l’état du mari, mettait beaucoup de vanité à faire parer avec luxe la chambre dans laquelle étaient reçues les

visites. La fille du, médecin astrologue du roi Charles V, Christine de Pisan, savante ét vertucuse dame de cette époque, nous a laissé dans un de ses ouvrages ( La Cilé des Dames ) une descriplion curieuse d’une visite qu’elle rendit à la femme d’un marchand : « La chambre de laccouchée, ornée d’une tapisserie précieuse en or de Cypre, attirait l'admiration; on y voyait des cartouches où étaient brodés les chiffres et les devises de la dame. Les draps du lit, en toile fine de Reims, avaient coûté plus de trois cents livres; le couvre-pied, invention nouvelle, était une étoffe de soie et argent; le tapis sur lequel on marchait était pareil à or. La femme du marchand brillait dans son lit avec la plus élégante robe de soie cramoisie, appuyée sur gentils oreillers, à gros boutons de perles orientales. »

Comme beaucoup d’autres, cette mode n'existe plus; entièrement oubliée, il n’en reste que quelques tableaux de mœurs, épars dans divers écrits, et un livre intitulé Les Caquets de l’Accouchée, qu’on peut sans crainte placer au nombre des meilleures satires morales et politiques de notre langue. C’est un recueil de pièces satiriques, imprimées et publiées pour la première fois en 1622 au nombre de dix. Là princes, favoris et courtisans, catholiques, huguenots, noblesse de robe et d'épée, bourgeois, commis, marchands, sont tour à tour examinés, moqués, satirisés, et ce sont les femmes de toutes ces classes qui reflètent comme en autant de glaces fidèles les vices et les ridicules de leurs maris. Dans ce livre, dont l’auteur a gardé l’'anonyme, chacun a sa part consciencieusement faite, depuis M. de Luynes, dont le règne venait de finir, jusqu’au petit marchand de la rue aux Ours. Les portraits tombent parfois, sans doute, dans la charge; maïs il en est dans le nombre dont on retrouverait aujourd’hui les originaux parmi nous. LE Roux DE Lincy.

CAQUEUX ou CAQUINS. Voyez Cacors.

CAR, conjonction employée pour exprimer la raison, la preuve d’une proposition avancée. On la fait venir du latin guare ; et il paraît en effet qu’on a d’abord écrit quar. Les ordonnances de nos rois et les lettres de chancellerie se terminent toutes ordinairement par la formule : Car tel est notre bon plaisir. Mais on doit se garder de faire jouer à cette conjonction un rôle trop important dans le discours. Il faut, au contraire, l’employer avec sobriété, parce qu’elle ne fait qu’en ralentir la marche, quand elle n’est pas rigoureusement appelée par le sens. Il faut, enfin, sinon la bannir entièrement de la poésie, du moins éviter autant que possible de l’y admettre, surtout au commencement du vers, auquel elle donne une allure fort peu harmonieuse et fort peu poétique. Ce qui-aura sans doute contribué à faire proscrire cette conjonction du langage soutenu, c’est son emploi fréquent dans la langue du barreau.

Les mais, les si,les car, enfants de la Chicane,

ont dû paraître à bon droit ennemis des grâces et du dieu de l'harmonie. On avait même porté jadis si loin la prévention contre cette malheureuse conjonction, qu’un auteur de la fin du seizième siècle, Beroalde de Verville, ne l’a employéequ’une seule fois dans son Moyen de Parvenir, où il l’a placée, par une sorte d’épigramme, tout à fait au commencement de l'ouvrage et pour entrer en matière. Un demi-siècle environ après lui, un autre écrivain français, poëte et académicien, Gomberville, mettait ses lecteurs au défi de la trouver dans ses ouvrages. Ce serait aujourd’hui, dit Charles Nodier, une vérification délicate et fâcheuse à faire dans les œuvres de nos auteurs modernes. Cette prévention injuste et ridicule contre un mot indispensable à une langue essentiellement logique avait fait dire à La Bruyère : « Quelle persécution le car n'a-t-il pas essuyée! S'il n’eût trouvé de la protection parmi les gens polis, il était banni honteusement d'une langue à laquelle il a rendu de si longs services, sans qu’on sût quel mot lui substituer, » Edme HÉKEAU.

CARA-AMID. Voyez DiARBékiR. ,

CARA-BA GI. Voyez KarABAGr.

CARABAS. Ce mot, qui a la même élymongie que carrosse ou char-à-bancs, et dont la véritable signification pourrait bien être char à bas prix, ou char à pauvres gens, fut donné à une sorte de voiture publique qui exploitait les environs de Paris, mais surtout les routes de Versailles et de Saint-Germain. C’était une cage en osier, longue, étroite, pouvant à peine contenir douze à quinze individus, et où cependant il y en avait fréquemment une vingtaine, pressés et entassés au point d'étouffer. Avant que tout le monde eût pu s’y placer, c’était un bruit, des criailleries , des disputes, des gourmades sans fin. Au moment où la machine s’ébranlait pour partir, une secousse générale faisait entre-choquer toutes ces têtes, et renversait les voyageurs, encore mal assis, les uns sur les autres. On était toujours sûr d’y trouver des capucins, des sœurs grises, des abbés, des employés subalternes de la maison du roi ou des ministères , des nourrices à qui le bureau avait procuré des nourrissons, et des provinciaux économes ou peu fortunés , qui allaient voir Versailles ou solliciter à la cour. Les carabas, mal clos et à jour, n’offraient aucun abri contre le soleil, le vent, la pluie, le froid et le chaud : on y était grillé, trempé ou gelé. On y montait par un large escalier de fer. Quoiqu'ils fussent attelés de huit chevaux, il s’en fallait de beaucoup qu'ils fussent en état de soutenir la comparaison avec les messageries et même les omnibus de nos jours; car ils mettaient plus de six heures à faire vingt malheureux kilomètres. Deux fois par jour le carabas entreprenait ce rude, long et fatigant voyage. Quand l'équipage grotesque rencontrait une des brillantes voitures de la cour, quelle humiliation d’un côté! quel mépris de l'autre! quel contraste bizarre entre la mesquinerie, la difformité, la malpropreté du poulailler plébéien , et la richesse, la légèreté, l'élégance du noble char ! Et en considérant ces deux extrémes, quel sujet de risées pour les passants, de méditations pour l'observateur et le philosophe! Malgré l’incommodité du carabas, un étranger qui ne possédait pas d'équipage ou qui ne pouvait pas louer une chaise de poste n’avait à choisir, pour aller à Versailles, qu'entre cette ignoble voiture et le coucou ou pot-de-chambre, un peu moins laid, mais ouvert aussi aux quatre vents, et dont la marche était retardée par les singes et les lapins que le conducteur raccrochait en route : on appelait ainsi les voyageurs qu’il faisait monter devant ou derrière. Ces deux baraques jouissaient alors du privilége exclusif de rouler les roturiers sur les routes royales, afin de les tenir toujours à distance respectueuse de l'aristocratie nobiliaire et financière. Les cabriolets, les fiacres même, y élaient interdits : ils auraient trop rapproché les rangs et les fortunes... La révolution a fait disparaître le carabas. On n’en retrouve vestige aujourd'hui que dans les paniers à salade employés au transport des prisonniers. Comparativement au carabas, Pomnibus est un progrès immense. H. AUDIFFRET.

Quand le carabas se fait homme, il change complétement ñe peau, d’allure et de position. On ne le cahotte plus sur les grandes routes : il a des propriétés immenses, qui couvrent une province entière; il se pavane dans un carrosse armorié; il est marquis. « À qui cette terre? demandez-vous avec le prince du Chat-botlé. — À M. le marquis de Carabas, vous répondra, ie chapeau à la main, le paysan, qui n’a pas envie d’être haché comme chair à pâté. — Et celle-là? — Encore à M. le marquis de Carabas, — Et cette autre? — Toujours, toujours à M. le marquis de Carabas. » — On dirait que le globe appartient à cet heureux mortel, Mais s’il est le plus riche propriétaire foncier de la France ou de tout autre pays, il n’en est pas, non plus, sous la calotte des cieux , qui soit plus enliché de ses titres nobiliaires, Pour lui la nuit du 10 août a passé inaperçue. Il se croit pétri d’un autre limon que nous. Et Béranger lui-même ne réussira pas à en faire

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