CARA-AMID -- CARABINE
un homme de son siècle en lui fouettant le visage de son ironique refrain :
Chapeau bas ! chapeau bas !
Gloire au marquis de Carabas !
CARABE. Les anciens donnaient ce nom à une sorle d’esquif fait d’osier et couvert de peaux de bêtes non tannées, que Suidas appelle autrement liburnum. Ce mot, signifiant aussi une espèce de brancard , de litière ou de chaise à porteure, a pu donner lieu au nom de car abas.
CARABE ( Entomologie), genre d’insectes coléoptères pentamères, type de la famille des carabiques. Les carabes ont les mâchoires en crochet, les antennes filiformes, et sss farses composés de cinq articles. Ces insectes exhalent upé odeur très-forte, qui approche de celle du tabac. Lorsq”on les prend, ils répandent par la bouche et par l’anus une liqueur noirâtre très-âcre, très-irritante etnauséabonde. Presque tous sont de grande taille. La plupart sont parés de couleurs métalliques très-brillantes.
La plus grande partie des espèces habitent l'Europe, le Caucase et la Sibérie, On en trouve aussi quelques-unes dans l'Amérique septentrionale, l'Asie Mineure, la Syrie et les côles de Barbarie , et l’on peut dire que ce genre occupe l'hémisphère boréal jusqu’au 35° degré de latitude.
CARABE, ou mieux KARABÉ , nom que les Arabes donnent au succin. D'Herbelot, dans sa Bibliothèque, äit que ce mot vient du persan cah rubah, qui signifie ce qui dérobe ou enlève la paille.
CARABIN, synonyme ancien du mot plus moderne carabinier, auquel on a donné plusieurs origines, plusieurs étymologies différentes. Gaja, dans son Traité des Armes, le fait venir de espagnol cara , visage, et du latin binus, double ; ce qui voudrait dire gens à double visage, nom qui aurait été appliqué aux soldats de cette arme, à cause de leur manière de combattre, tantôt en fuyant, tantôt en faisant volle-face. D’autres le font venir de l'italien carabina, fait par corruption de canna bina, canne double; d'autres enfin de l’arabe (voyez CARABINE).
Du sens propre on avait transporté le mot carabin dans le sens figuré, en l’appliquant aux tireurs ou aux joueurs qui ne faisaient que paraître dans une compagnie, dans une partie, pour y tirer ou y jouer quelques coups, et se retiraient ensuite. On l’a enfin donné depuis ironiquement, dans le langage familier, par analogie, aux jeunes chirurgiens, faisant un usage un peu aventureux de la lancette dont ils sont armés.
Dans quelques provinces, en Bretagne surtout, on appelle carabin le sarrasin ou blé noir.
CARABINE, arme à feu, portative, à canon rayé, ou plutôt à âme rayée. Ce mot est d’origine arabe, et il a d’abord eu le même sens qu’escopelte de carabin, ou de cavalerie. Puis il a signifié chez nous un fusil court, à canon renforcé, taillé extérieurement à pans, et entaillé intérieurement de raies spirales. C’est donc par abus que la langue militaireaconfondulesmotsmousquelon etcarabine, puisque cette dernière arme se tire à balle forcée, l’autre à balle simple, et que le mousqueton n’a ni pan ni raie, et prend dans certaines troupes une baïonnette, Au temps où nous avions des carabins, armés d'escopettes, dont le nom se changea plus tard en celui de carabines, comme on eût dit armes de carabin, les Allemands nous empruntèrent le mot carabine, et lui donnèrent le sens de fusil de cavalerie, mais à canon ordinaire et non rayé ; ils dénommèrent, au contraire, bücAse la carabine d'infanterie à canon rayé. Quand nous avons, à notre tour, emprunté aux Allemands leurs hussards, ils ont apporté avec eux le mot carabine, comme synonyme de mousqueton ; de là est venuela confusion de ces deux termes, qu'il convient de distinguer. Les Français ont - autrefois employé la carabine sous le nom de buttière et de rainoise. Les étrangers, et surtout les peuples montagnards, ont rac-
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courei la carabine , et en ont perfectionné la forme et le tir ; l'Allemagne en a fait une arme à double détente ; telle est la carabine ou chenapan, qui depuis plus de deux siècles sert en ce pays comme arme de grande chasse. L’infanterie légère autrichienne nommée chasseurs du loup et les Tyroliens ont fait en guerre une application plus redoutée que dangereuse de la carabine. Les chasseurs à pied de la milice danoise en font usage encore, et y adaptent leur s abre, en guise de baïonnette; c’est un système d'armement admis en plusieurs milices du Nord. L'usage de la carabine comme arme d’uniforme de troupe s’est maintenu ou introduit dans quelques corps d'infanterie légères des milices anglaise, anglo-américaine, autrichienne, bavaroise, hollandaise, prussienne, etc.; elle a été rendue en 1831 à l'infanterie légère des Suisses, mais jusque là elle avait peu réussi, en général, dans la milice française; on l'y avait toujours abandonnée presque aussitôt qu’essayée.
On s’abuserait en croyant que les gardes à cheval des gouverneurs, la compagnie de carabiniers que Louis XIV institua dans chaque régiment de grosse cavalerie, le régiment de carabiniers qu'il forma ensuite de l’amalgame de ces compagnies, et plus tard , les quatre carabiniers qui jusqu’au milieu du dernier siècle firent partie des compagnies de cavalerie, étaient porteurs de carabines rayées ; ils n'étaient carabiniers que de nom : ils se battaient en guerre tout autrement qu’à coups de carabine; ils y portaient des mousquetons , qui furent abolis à cette époque. Frédéric II éprouve dans la guerre de 1741 de quelle faible ressource sont les carabines ou büchsen de ses troupes; aussi le voiton abolir en grande partie ces armes. Les carabines rayées apparaissent dans linfanterie française lors de la guerre de la révolution, parce qu’à l'instar des corps belges qui passent alors à notre service, et dont une partie s’arme de carabines, il en est donné à quelques compagnies franches et au bafaillon franc formé en 1792 à Valenciennes. La baïonnette ou coutal de cette carabine était plate, à double tranchant, iongue comme un sabre briquet, et se portait en baudrier. Un peu plus tard , nos demi-brigades d’infanterie légère comprirent, au lieu de grenadiers, une compagnie de carabiniers, mais dans plusieurs de ces demi-brigades les carabinicrs ne le furent pas effectivement, et continuèrent à se batire à coups de fusil. L'abus qu’on fit de nos diverses infanteries , en employant, au mépris de leur institution, les mêmes corps tantot comme infanterie légère, tantôt comme corps d’infanterie de bataille, mit dans tout son jour les désavantages de la carabine : d’excellentes compagnies de carabiniers se trouvèrent pour ainsi dire désarmées, par la raison même qu'elles avaient des carabines. L'opinion prévalut alors que ce n’était nullement une arme de plaine; néanmoins on voit encore sous le Consulat se former des compagnies de carabiniers armés de carabines. Les manufactures françaises, et surtout celle de Versailles, en confectionnèrent plus tard, en vertu d’une détermination restée sans résultats. Bonaparte voulut que la carabine fût une des armes de voltigeurs ; en quelques corps elle devint une arme d’officier d'infanterie, En vertu des décrets du 22 ventôse an xn et du 2° jour complémentaire an x, les officiers, sergents et fourriers des voltigeurs reçurent des carabines sans baïonnettes.
G*l BarDin.
La carabine était abandonnée en France comme arme de guerre, lorsque M. Delvigne vint appeler sur elle attention de l’armée et du public. La difficulté et l'embarras du chargement au maillet paraissaient être la cause de son abandon, lorsque l’armurier Delvigne trouva, sous la Restauration, un moyen simple de forcer la balle, sans autre instrument que la baguette du fusil. Pour cela il donna à la partie de larme destinée à recevoir la charge un diamètre moindre que celui du canon; en d’autres termes , il fit une chambre à la carabine, et vit qu’il suffisait d’un choc assez léger, de deux ou trois coups d’une baguette ordinaire, pour forcer la balle
placée sur cet appui. Fort heureux de sa découverte, M. Delvigne a réussi à obtenir pour elle la faveur de l’armée et même celle du public. Son idée est devenue féconde. Cependant il a souvent, du moins nous le croyons, nui lui-même à sa cause en refusant de voir les difficultés qui restaient à surmonter et en se montrant injuste à l'égard des hommes chargés de juger son arme et obligés de l’envisager sous des aspects multipliés, tels que les approvisionnements en campagne , la confection, le transport, la conservation des munilions, etc, Quoi qu'il en soit, l'invention de M. Delvigne donna lieu à des expériences nombreuses et à des études fort étendues, qui ne sont pas restées sans résultat, Elles ont d’abord appris qu’un calepin graissé devait être joint à la cartouche pour nettoyer les rayures, et pour permettre un tir prolongé; elles ont encore montré qu’un petit sabot en bois, joint à la balle, donnait moyen de la mieax forcer en la déformant moins , et augmentait considérablement la justesse du tir.
La résistance de l’air est, comme on le sait, la cause principale de la déviation des projectiles et de l’incertitude du tir ; elle n’a pas seulement pour effet de ralentir le mouvement de translation des projectiles et d’en diminuer la portée, cette résistance a un autre résultat plus nuisible. Par suite des mouvements de rotation variables que prennent les projectiles, Pair les rejette à droite ou à gauche, au-dessus ou audessous de leur direction. La rotation autour d’un axetangent à la trajectoire est la seule que la résistance de l’air, agissant alors symétriquement, ne dévie pas; et le principal avantage de la carabine vient de ce qu’elle produit ce mouvement de rotation. Les expériences ont fait voir que la justesse du tir augmente, dans les limites de lapplication, à mesure que la vitesse de rotation de la balle augmente relativement à Ja vitesse de translation. Mais pour augmenter la vitesse de rotation il faut rendre plus court le pas de l’hélice de la carabine ; alors on ue peut plus employer que peu de poudre et donner une vitesse de translation faible, Au delà d’une certaine charge, les cannelures de la balle sont arrachées, et elle perd son mouvement de rotation. Dans la carabine adoptée pour les chasseurs de Vincennes, M. legénéral Thierry a pris un point intermédiaire; il a sacrifié quelque chose de la justesse pour pouvoir donner à la balle une vitesse plus grande. L'école de tir établie à Vincennes a donné, à la suite de nouveaux essais, de nouveaux résultats. M. le général d'artillerie Thouvenin a eu l’idée de supprimer Ja chambre de M. Delvigne et de la remplacer par une tige en acier vissée dans la culasse et s’avançant dans l’axe du canon de manière à laisser entre elle et les parois un espace plus que suffisant pour loger la poudre. En facilitant le forcement de la balle sans la faire dévier de l’axe du canon, cette innovation permet, chose importante, de supprimer le calepin et le sabot de la cartouche. M. le général Thouvenin était aidé dans ses nombreux essais par deux officiers de l’école detir, MM. Tamisier et Minié. Quand il fut prouvé que la rotation de la balle était bien assurée dans la nouvelle carabine, M. Minié conseilla de faire varier la forme des balles. L'idée n’était pas nouvelle; plusieurs officiers l'avaient précédemment tenté, et M. Delvigne avait publié des essais de ce genre depuis plusieurs années. Les expériences firent d’abord voir que de petits changements dans la forme des balles avaient sur la justesse du tir une grande influence, et après plusieurs tätonnements M. Minié arriva à une balle qui donne, pour le tir avec la nouvelie carabine, de très-grands avantages sur la balle sphérique. La forme de la nouvelle balle est compliquée; sa partie antérieure se termine en pointe et son centre de gravité se trouve reporté en arrière; son poids est de 47 grammes, au heu de 29 grammes que pèse la balle sphérique. La baguette à été fraisée de telle maniere que sa forme peut s'adapter à celle de la balle, car cette fraisure a une grande influence sur la forme que prend la balle après le forcement, L'avantage qu'’offrent ces balles allongées sur
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les balles sphériques vient de ce que, à masses égales, elles présentent beaucoup moins de prise à la résistance de l'air, On peut leur donner au départ de plus faibles vitesses, qu’elles conservent mieux, et elles ne manquent pas pour cela de portée. La vitesse de la balle dans le canon étant faible, les rayures de la carabine peuvent avoir une inclipaison plus grande ; la vitesse de rotation de la balle est beaucoup augmentée et le tir est très-juste. La charge de la nouvelle carabine n’est que de 4 gr. 2.
Dans des épreuves faites plus tard sous les yeux d’une commission nommée par le ministre de la guerre, cette carabine , sur 100 balles, a mis dans une cible de 2 mètres de hauteur sur 4 mètres de longueur 81 balles à 400 mètres, 65 balles à 500 mètres, 45 balles à 600 mètres; dans une cible de 2 mètres de hauteur sur 6 mètres de longueur, elle a mis 31 balles à 700 mètres, 33 halles à 800 mètres, 35 balles à 900 mètres; enfin, dans une cible de 2 mètres de hauteur sur 10 mètres de longueur, elle a mis 30 balles à 1000 mètres, 23 balles à 1100 mètres, 12 balles à 1200 mètres, et 8 balles à 1300 mètres. La nouvelle carabine a toujours eu l'avantage pour la pénétration sur l’ancienne carabine des chasseurs de Vincennes, et même sur la carabine de rempart, qui est d’un calibre beaucoup plus considérable. Disons encore que la carabine à tige, chargée avec la cartouehe ordinaire du fusil d'infanterie, a mis 46 balles sur 100 dans une cible de 2 mètres de hauteur sur 4 mètres de longueur. On voit que nous avons déjà une arme fort avantageuse à mettre entre les mains des tireurs d'élite; mais, en outre, nous ne sommes peut-être pas loin d’un changement radical dans l'armement de l'infanterie : sans doute il y a encore considérablement à faire pour généraliser des résultats particuliers. La fabrication en grand, les transports, les avaries, soit des armes, soit des cartouches, diminueraient beaucoup cette grande justesse, qui ne serait plus la même entre les mains des soldats, surtout à la guerre, quand la distance est variable et inconnue. Sans nier toutes zes difficultés, on peut penser que puisqu'on est dans une ai bonne voie, et que l’on a fait déjà des progrès si remarquables, il n’y a pas de raison pour n’en pas faire encore. Courage donc aux hommes qui s'occupent de perfectionner le tir! leurs travaux ne seront pas inutiles,
Les Allemands et les Anglais ont des carabines se chargeant sans maillet et basées sur d'autres principes que celui du forcement Delvigne. Les Anglais donnent simplement à la balle une saillie annulaire qui glisse dans les deux rayures de leur carabine. Les Allemands ont une carabine dans laquelle ils ne forcent pas la balle; ils l'entourent seulement d’un fort calepin qui pénètrè dans les rayures. L'ensemble de la balle et du calepin prend dans le canon le mouvement de rotation, qui est continué ensuite par la balle.
Ildefonse FAvÉ.
Après la guerre de 1866 la fabrication des armes à feu portatives entra dans une phase nouvelle; tout fut changé : la matière, la rayure, le chargement, le mécanisme. Les carabines perfectionnées, soit du système Delvigne-Minié, soit des systèmes Enfield et Whitworth, les derniers adoptés en France et en Angleterre, firent place aux fusils se chargeant par la culasse.
CARABINIER, Ce mot a plusieurs sens, qui se ressemblent très-peu s’il s’agit des temps anciens ou modernes, des armées étrangères, de la milice française, et des troupes à pied ou à cheval.
Les carabiniers à cheval ont été des hommes d'élite faisant partie de compagnies ordinaires; ou bien ils ont été formés en compagnies d'élite, ou enfin ils ont constitué des régiments. Il existait sous Henri IV, en imitation du service, plus ancien, des carabins, deux carabiniers par compagnie de grosse cavalerie on de gendarmerie, Ces cavaliers étaient destinés à faire feu avant qu'on entamât une charge. Louis XIV amalgama ces carabiniers ; ilen forma une com-