‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 343 sur 556 · CARIE — CARIGNAN · texte numérisé non relu

CARIE — CARIGNAN

parce que la poussière de carie, quand on bat ce blé, s’attache aux grains non cariés, les salit, et leur donne dans cet état le nom de blé mouchelé. La poussière de la carie incommode les batteurs, provoque Ja toux, fatigue les yeux. Les blés mouchetés graissent les meules et les blufgaux, et la farine qui en provient fait un pain qui a une teinte légèrement violette, et qui est âcre et contraire à la santé. Les meules qui ont moulu le blé moucheté gâtent les moutures suivantes du blé le plus sain. Si on emploie le blé moucheté pour la semence, la carie se transmet à la plante qui en naît ; la paille des épis de froment carié répugne aux bestaux, et le blé que contiennent ces épis est lui-même carié. On ne peut parer à cet inconvénient que par le chaulage du blé après l'avoir lavé à l’eau, et, chose épouvantable, la paille des froments cariés, les criblures du blé moucheté, l'eau qui a servi au lavage et à la préparation du blé moucheté destiné, faute d’autres, aux semailles, toutes ces matières jetées sur le fumier conservent le principe de la carie dans ce fumier même, qui, répandu sur les terres semées en blé, communique à ce dernier la carie, à moins que ce fumier n’ait été, après une longue fermentation, réduit à l'état de terreau : je dis après la fermentation, car le terreau, qui n’est que le produit lent et tranquille du temps, conserve toujours des principes de carie.

On prévient les effets de la carie par le lavage à l’eau, suivi du chaulage, quand le blé est moucheté, c’est-à-dire entaché de carie ; quand le blé est sain, on ne le lave pas; cependant il est toujours prudent de le chauler avec un lait de chaux , composé de deux kilogrammes de chaux éteinte dans dix kilogrammes d’eau pour un hectolitre de blé. Mais si on est réduit à semer du blé moucheté, il faut que son chaulage soit précédé par un lavage soigneusement fait de ce grain, mis dans des paniers, et baïgné dans l’eau courante.

On a eu la pensée anciennement d'employer des préparations métalliques de cuivre et d’arsenic contre la carie du blé : une ordonnance de 1786 défendit l'emploi de ces suhstances , qui sont des poisons, et qu’il est, par ce motif, dangereux de mettre aux mains des cultivateurs. Cette loi étant tombée en oubli, on a fait dans ces derniers temps de nouveaux essais de es matières, et surtout du sulfate de cuivre, sur leblé, mais les résultats n’ont pas été en général en leur faveur ; et cependant il convient à des hommes habiles et exercés en chimie de reprendre ces expériences, qui sont appelées, selon de grandes probabilités, à jeter de vives clartés sur l'opération très-importante du chaulage. Il peut être utile aussi de faire des essais de l'application de l'eau créosotée à la carie du blé, car il est vraisemblable que la créosote peut modérer les ravages de cette maladie dans le froment, comme elle le fait dans l’homme, au rapport du docteur Miquel.

On a répété jusqu’à satiété dans les auteurs que l’origine de la carie du blé est inconnue ; nous avons vu cependant que cette maladie provient d’une désorganisation des parties où elle existe; qu’elle est un foyer de désorganisation du grain, et nous avons observé que les froments du Nord sont plus sujets à la carie que ceux du Midi. Or, on sait que les froments du Midi sont plus robustes dans leur chaume, plus fortement constitués dans leurs grains, et ceux-ci plus riches en gluten que les blés du Nord. N est donc probable que la carie se développera d'autant moins dans le blé qu'il sera cultivé dans des terres chaudes, saines et substantielles.

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