‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 342 sur 556 · CARICATURE — CARIE · texte numérisé non relu

CARICATURE — CARIE

La caricature s’est étendue avec les progrès de la lithographie et de la gravure sur bois. Elle est devenue l'accessoire et souvent la partie principale d’une infinité de recueils. Le Journal amusant est un journal de caricatures fondé par Philippon. La Lune, devenue ensuite l'Éclipse, a aussi donné de bonnes charges dessinées par Gill. La France peut encore citer parmi ses caricaturistes Cham, Bertall, Daumier, Traviès, Gavarni. Dantan, Grandville et Charlet ont fait autrefois d’élégantes bambochades. L

La caricature est fille de la satire. Le satirique est toujours plutôt un Ostade ou un Teniers qu’un Balthasar Tenner. La comédie et la satire ne peuvent guère se passer de la caricature. La bouffonnerie, le burlesque reposent essentiellement sur l'usage de la caricature; Cali ban, Falstaff luimême dans Shakspeare, Don Quichotte dans Cervantès, Tartaglia dans Gozzi, le buffo de l'Opéra-Buffa, les différents masques de la comédie populaire italienne, sont autant de caricatures. Il en est de même fréquemment sur la scène allemande, et l’auteur n’y a que trop souvent occasion d’outrer encore par le costume, le geste et le dialogue des caractères qui déjà ne sont autre chose que des caricatures.

Dans les arts du dessin, la limite qui sépare la caricature de l’informe et du laid n’est pas moins facile à dépasser; il serait même plus difficile de ne la pas franchir. Cependant on ne saurait d'autant moins l’en proscrire que les beaux-arts, en définitive, ne procèdent guère autrement que la satire. Les anciens l’appliquaient déjà sur leurs masques, comme on peut le voir sur plusieurs peintures d’Herculanum. Chez les Italiens Léonard de Vinci et Annibal Carrache y brillèrent autrefois d'autant plus qu'ils excellaient à y joindre le sentiment du beau et de l’idéalité qui les caractérisait. Chez les Français, le premier qui se distingua dans ce genre fut Callot, et chez les Anglais, Hogarth. Habitués à une satire politique empreinte d’une grande liberté et doués d’un grand fonds d'humour, les Anglais se sont surtout adonnés à la caricature politique. Malheureusement le sentiment de la grâce et de la beauté ne s’associe pas toujours à cette Aumour. Gilray et Bunbury brillent surtout en ce genre. On a même été jusqu’à décerner à ce dernier le surnom de nouvel Hogarth, parce qu’il emploie son heureux talent à des buts moraux. Quant à Gilray, dont les caricatures ont été admirablement commentées par Pyne, à ce qu’on suppose, et ont paru, en 1824, à Londres, avec des notices biographiques et des explications historiques et politiques, on peut dire qu'à l’époque des guerres entre la France et l’Angleterre, son esprit si incisif, si original, en avait fait une véritable puissance. Tout le monde connait l’illustre Punch. Les deux artistes qui de nos jours brillent le plus en Angleterre comme caricaturistes sont Cruikshank et l’anonyme désigné par les simples lettres H. B. On peut considérer les caricatures comme essentiellement nationales parmi les Anglais, et même comme constituant une espèce de journalisme politique en images. C’est ainsi que Wright a pu faire une Histoire d'Angleterre sous les princes de la maison de Hanovre (Londres, 1848) d’après les caricatures publiées sous le règne des trois Georges.

Ce n’est que tout récemment, et seulement depuis les événements de mars 1848, queles Allemands ont fait preuve de goût et de dispositions pour la caricature, Jusque alors on ne pourrait guère citer que les quelques caricatures faites contre Napoléon par Schadow, ou bien celles du suisse Distels et quelques autres encore. La liberté qui depuis une dizaine d’années existe en Prusse à l'égard de la caricature a certes donné lieu à bon nombre de caricatures politiques ; mais on s'aperçoit bien vite que le crayon y manie un élément encore étranger à la nation. Elles étaient trop étudiées, trop compliquées, ne pouvaient dès lors être comprises du peuple, et ne satisfaisaient pas davantage dans la forme l'homme de goût, parce que souvent elles étaient dépourvues

d'esprit. Mais le Prepmeier, d'Adolphe Schrædter, publié en 1849, peut, en revanche, passer pour un chef-d'œuvre du genre; et depuis de nombreux émules s'efforcent de marcher sur ses traces.

CARIE, province de l'Asie Mineure, dont elle formait l'extrémité sud-ouest, qui comprenait de délicieuses vallées et de magnifiques chaînes de montagnes, qu’arrosaient le Calbys, le Mæandre et le Glaiccos, était bornée à l’est par le mont Taurus, qui la séparait de la Pisidie et de la Lycie, au sud et à l’ouest par la Méditerranée et la mer Égée, au nord par la Lydie etla Phrygie. Là où la mer l’entourait, elle formait de nombreux promontoires , dont le plus septentrional était celui de Mycalé.

Dans les temps les plus reculés la Carie était divisée entre différents princes ou rois, dont le plus puissant était celui qui régnait à Halicarnasse. Plus tard elle fit partie avec la Lydie de l’empire des Perses, et les princes indigènes conservèrent alors leur autorité, sous la dénomination de satrapes. L'un d’eux, Lygdamis, fut le père d’A rtemise 1"*, l’une des: femmes les plus célèbres de l'antiquité, et qui lui succéda sur le trône d’Halicarnasse, qu'occupa aussi plus tard Mausole, frère et époux d’Artémise IH, et que la fastueuse douleur de celle-ci a immortalisé. Alexandre le Grand fit passer la Carie sous les lois de la Macédoine. Plus tard elle reconnut successivement la souveraineté des rots de Syrie, des Romains, des empereurs grecs, des Arabes et des Turks Seldjoukides. Les Othomans en firent la conquête en 1336; elle obéissait alors à un chef turk appelé Aïdin, d’où le nom d’Aidin Ilé (pays d’Aïdin), sous lequel les géographes turks la désignent.

Les Cariens, qui avaient la même origine que les Léligiens, avaient à l’époque qui suivit immédiatement les temps homériques la plus mauvaise réputation comme soldats et comme esclaves. Aussi leur nom servait-il aux Grecs et aux Romains d'expression proverbiale pour désigner des hommes lâches et perfides.

CARIE (Pathologie). La maladie que l’on désigne sous ce nom est encore peu connue, quoiqu'il se présente des occasions assez fréquentes de l’observer. Elle attaque le système osseux. On pourrait en quelque sorte la définir l'ulcération des os, car elle est à ces organes ce que sont les ulcères aux parties molles. On ne doit pas toutefois confondre avec la carie quelques affections particulières aux os, telle que la nécrose, par exemple. Les os se composent, comme on sait, de deux parties : le phosphate calcaire et la gélatine. La mort de l’os ou la nécrose aura lieu quand la substance gélatineuse, quelles qu’en soient d’ailleurs les causes, n’étant plus alimentée par les artères nourricières, arrivera à cet état qu’on peut appeler la mort. Quant à la carie, on l’observera dans le cas où l’ulcération de la gélatine aura lieu. Les maladies des os se remarquent au tissu spongieux des os plutôt qu’à leur tissu compacte, parce que la gélatine abonde davantage dans le premier, et probablement aussi, il faut le dire, parce qu’il est plus vasculaire , et que les propriétés de la vie y sont plus prononcées.

La carie est toujours précédée d'inflammation locale, et accompagnée de suppuration. Elle peut être produite par laction violente des corps extérieurs, un choc, une contusion, une pression prolongée, etc. ; mais bien plus souvent elle doit sa naissance à des causes internes, telles que le virus vénérien, par exemple, le vice scrofuleux , le scorbut. On ne doit donc pas s'étonner de rencontrer cette maladie dans toutes les parties du squelette humain. Cependant il est des os qui, comme les os courts de la main ou du pied, le corps des vertèbres, les extrémités articulaires des os longs, sont plus susceptibles d’en être atteints. La carie 4 encore une des plus puissantes causes de destruction des

ents.

Les moyens généraux employés pour guérir cette maladie redoutable sont les cataplasmes, les bains locaux d’eau de

guimauve et de têtes de pavot, les topiques irritants, les exutoires de toute espèce, capables de produire une irritation dérivative, enfin les bains sulfureux et savonneux, dont on a obtenu des résultats excellents, comme l’indiquent les observations faites à l’hôpital Saint-Louis; mais ces moyens, et quelques autres encore plus énergiques, tels que le fer rouge, par exemple, deviennent parfois insuffisants. Dans ce cas, il faut avoir recours à l'amputation, en retranchant l'os carié, quand toutefois sa nature permet de le faire. L’amputation est alors la dernière ressource du malade : elle fait disparaître le foyer d’une suppuration abondante et d’une irritation continuelle, qui le conduisaient à une perte certaine.

CARIE ( Botanique). Cette maladie des solides vivants, qui a son siége chez l’homme et chez les animaux dans les os, et particulièrement dans les os spongieux, existe chez les végétaux dans le corps ligneux; on l’observe aux troncs des arbres, surtout dans ceux à fruits et dans les autres parties végétales moins ligneuses que le boïs, telles que l’écorce, et surtout les semences du froment.

Les inconvénients de la carie dans les arbres sont peu saillants; mais elle exerce des ravages affreux sur le blé. La carie a pour causes toutes les circonstances qui, diminuant l'énergie vitale, affaiblissent ainsi la constitution des plantes et produisentun ramollissement des parties ligneuses ; elle peut être produite aussi par le contact d’une partie cariée avec une partie saine, et dans le blé par la présence de certaines plantes parasites, vivant sur l’épi, notamment la reticularia segetum, qui est un très-petit champignon. On conçoit que la carie une fois établie dans l’épi puisse y fixer les semences de ces végétaux, et que ces semences se développent et germent sur la carie même, comme cela se voit chez l'homme et les animaux dans certains ulcères, où il se développe des vers et diverses espèces de champignons; mais on ne comprend pas que la réticulaire soit la cause première de cette maladie, qui nous paraît devoir être au contraire attribuée à la faiblesse de la constitution de la plante même qui produit le blé. Ce fait est d’accord au reste avec une loi commune à fous les corps vivants, loi qui re pose sur le principe certain que dès que ces corps sont malades ou affaiblis , ils deviennent la proie d’autres corps vivants, ou bien la proie des corps atmosphériques.

L'orme et les autres arbres de toutes espèces , les arbres fruitiers surtout , sont quelquefois attaqués de la carie, soit par des influences fâcheuses de Pair, soit par suite de solutions de continuité, totales ou partielles, mal faites ou faites en temps inopportun. On remédie à cette maladie en faisant l’amputation de la partie malade, jusques et y compris le commencement de la partie voisine encore saine ; on abrite la plaie du contact de l'air, et on procure une nourriture abondante au végétal amputé, jusqu’à l’époque de la cicatrisation parfaite de la plaie. Lorsque la carie se déclare dans les racines, il faut couper aussi les parties caries jusqu’au vif.

La carie des blés, appelée aussi bosse, bousse, chambucle, noir et pourriture des blés, se reconnait, dit Dutour, à la couleur bianche des feuilles, au moment où celles-ci sortent du fourreau, et aux points blancs dont les balles de l'épi sont tachées; le grain alors acquiert un volume plus considérable que dans l’état naturel. Sa couleur est d’un gris sale, tirant un peu sur le brun; l'enveloppe est mince et le germe est détruit : on ne trouve à la place d’une pulpe blanche et farineuse qu'une poussière noire, légère , fine, grasse au toucher, exhalant une odeur fétide de poisson pourri, inflammable, insoluble dans l'eau, privée enfin de toute organisation.

Quelque faiblement entaché de carie que soit le blé pour semences , il produit au moins un quart d'épis malades, et diminue dans le commerce et dans l'emploi la valeur du blé que produisent les épis voisins, quoique non cariés,

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