‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 369 sur 556 · CARNIOLE — CARNOT · texte numérisé non relu

CARNIOLE — CARNOT

Les vallées sont très-fertiles, Ce pays a des mines de fer, de plomb et de cuivre; mais il est réduit à tirer le sel des magasins de l'État. Les habitants diffèrent beaucoup entre eux sous le rapport des mœurs, des habitudes et même du langage, et parlent soit le slavon, soit le venède et l'allemand,

CARNIVORES (de carnis, chair, etvorare, dévorer). Ce mot, qu’on applique dans le langage ordinaire aux animaux qui se nourrissent de proie et la dévorent en la déchirant avec leurs dents, sert dans le langage précis des naturalistes à désigner une famille particulière d'animaux mammifères, faisant partie de l'ordre des carnassiers,etcomprenant les plus redoutables de cet ordre, parce qu’en eux l'appétit sanguinaire se joint à une force énorme. Leur système dentaire, en rapport, comme toujours, avec les besoins de leur organisation, les distingue nettement des autres familles du même ordre, et suffit pour indiquer leur manière de vivre. 1ls ont toujours quatre grosses et longues canines écartées, entre lesquelles sont six incisives à chaque màchoire, dont la seconde des inférieures a sa racine un peu plus rentrée que les autres. Leurs molaires sont ou entièrement tranchantes, ou mêlées seulement de parties à tubercules mousses, et non hérissées de pointes coniques, comme dans les insectivores. Ils se nourrissent d'autant plus exclusivement de chair que leurs dents sont plus complétement tranchantes, et l’on peut presque calculer la proportion de leur régime d’après l'étendue de la surface tuberculeuse de leurs dents comparée à la partie tranchante. Ainsi, les ours, qui peuvent entièrement se nourrir de végétaux , ont presque toutes leurs dents tuberculeuses. Les molaires antérieures sont toujours les plus tranchantes. Ensuite vient une molaire, plus grosse que les autres, qui a d'ordinaire un talon tuberculeux plus ou moins large, et derrière elle on trouve une ou deux petites dents entièrement plates : c’est avec ces petites dents du fond de la bouche que les chiens mâchent l'herbe qu'ils avalent quelquefois. La grosse molaire d’en haut et celle qui lui correspond en bas sont les carnassières, les antérieures pointues, les fausses molaires, et les postérieures mousses, les {uberculeuses. Les genres qui ont moins de fausses molaires, et dont les mâchoires se trouvent par là même plus courtes, sont ceux qui ont le plus de force pour mordre. Le genre chat est le plus favorablement organisé de tous sous ce rapport.

La famille des carnivores se divise, d’après les différences prononcées d'organisation que présentent les genres assez nombreux qu’elle comprend, en trois tribus naturelles, savoir : les plantigrades, les digitigradesetles amphibies. à DÉNEZIL.

CARNOSITE, vulgairement excroissance de chair : on nomme ainsi en pathologie des végétations fongueuses ou celluleuses, analogues à celles qui s'élèvent quelquefois de la surface des plaies et des ulcères. Avant que les progrès de l'anatomie pathologique des voiesurinaires eussent permis de reconnaître l’épaississement et le rétrécissement d’un ou plusieurs points du canal de l’urètre comme l’une des causes les plus fréquentes des rétentions d'urine, on supposait que des carnosités se formaient à la surface de petits ulcères qu'on croyait exister dans tous les cas d’inflammation aiguë ou chronique de ce canal accompagnée d'écoulement. Les carnosités développées à la surface de la peau, des membranes muqueuses, des plaies et des ulcères chez les personnes affectées de syphilis, ont été dites carnosités vénériennes. Toutes ces prétendues carnosités ne sont que des Végétations du tissu cellulaire, L. LAURENT.

CARNOT (Lazare-Nicozas-MARGUERITE) , naquit le 13 mai 1753, à Nolay (Côte-d'Or). Son père, homme d’un mérite supérieur, ayant dix-huit enfants et une modeste fortune, se chargea seul des soins de leur première éducation, Au sortir de ses mains, celui de ses fils qui devait acquérir un si grande célébrité, entra au collége d’Autun, et ensuite au séminaire de cette ville, où il manifesta un penchant si

CT. DE LA CUNVERS, — T. Ve

décidé pour l'étude des sciences abstraites et l'état militaire, que son père crut devoir l'envoyer dans une des écoles spéciales de Paris établies pour l'instruction des jeunes gens destinés aux services du génie, de l'artillerie et de la marine. L'étude des mathématiques et de la théologie partagèrent tout le temps de son noviciat militaire, ce qui ne l’empêcha pas d’être admis à l’école du génie après un brillant examen. Adonné particulièrement à l’art des fortifications pendant deux années de travaux, comme officier à l’École de Metz, il cultiva en outre, sous le célèbre Monge, la physique, la chimie et les hautes mathématiques. Bientôt il fut envoyé à Calais, comme à une seconde école pratique, pour y suivre les travaux militaires hydrauliques de cette place importante. Ces fonctions spéciales, loin de le détourner de ses études favorites, lui fournirent l’occasion d'en faire d’heureuses applications. De très-bonne heure il donna des preuves d’une indépendance d’esprit qui le portait à secouer le joug de la routine el à marcher sans crainte dans la route du. perfectionnement. C’est ainsi qu'au grand scandale de ses chefs, qui auraient regardé comme un sacrilége qu’on osât examiner ou modifier une idée de Vauban, Carnot reconnut que dans la théorie de ce grand homme le système de l'attaque des places fortes est devenu tellement supérieur à celui de la défense, qu’à moins de circonstances extraordinaires, on peut calculer d'avance k jour et l’heure de la chute inévitable du plus formidable boulevard d’un pays. Carnot pensait avec raison que la defense doit et peut aisé ment acquérir sur l'attaque une prépondérance aussi grande, et peut-être plus grande encore que celle qu’elle avait avant les découvertes de Vauban. L’Zloge de Vauban, couronné par l’académie de Dijon, commença la réputation de Carnot, et lui attira les plus honorables suffrages, notamment ceux de Buffon et du prince Henri de Prusse. Carnot avait eu pour concurrent Maret, devenu depuis ministre plénipotentiaire, ministre secrétaire d’État, et admis à la confiance intime de Napoléon. Le prince Henri, qui se trouvait alors en France, fit directement à l’auteur les offres les plus séduisantes pour l’engager à prendre du service dans les armées du grand Frédéric, et n'obtint qu’un refus dicté par l'amour de la patrie.

Appliqué tout entier à l'étude des sciences abstraites, Carnot n’avait pas eu le temps de se former un système politique ; mais il embrassa avec ardeur les principes de la révolution. Il applaudit aux travaux de l’Assemblée constituante; et nommé député à la Législative, il se montra déterminé à soutenir la constitution. 11 voyait bien que le roi, dominé par ses courtisans, était impuissant pour cette œuvre, et que l’Assemblée, paralysée par le pouvoir exécutif, setrouvait dans la position la plus difficile pour reraplir la mission qu’elle tenait du peuple; néanmoins il ne désespérait pas de conserver le nouvel ordre de choses. Cependant un orage se formait à l'horizon : les dangers étaient imminents; mais, quoi qu’il pût arriver, Carnot se serait toujours trouvé déplacé dans une insurrection ; aussi ne le vit-on figurer ni au 10 août ni dans aucun mouvement populaire. La pensée de renverser un gouvernement établi eût effrayé sa sagesse et même son audace : tenter tous les moyens de le garder avant d’en essayer un nouveau était la maxime fondamentale de sa politique. Elle devint la règle de sa conduite à l’Assemblée législative, où il avait été envoyé en 1791 par le département du Pas-de-Calais. Dans cette assemblée, Carnot eut l’occasion de faire connaître ses talents militaires et de révéler en lui l’homme qui était appelé à rendre de grands services à son pays. S'il n’eût fallu pour sauver le roi que lui donner avec courage de sages conseils , Carnot se serait empressé de les offrir; mais rien ne pouvait éclairer ce malheureux prince, frappé d’aveuglement ct incapable d’avoir une volonté forte. Le 10 août survint ; Carnot fut nommé l’un des commissaires de l’Assemblée pour se rendre au château ; le feu des Suisses, qui tiraient des fenêtres de

l'hôtel de Brienne, força la députation derevenir sur ses pas. Dans le tumulle, i] se trouva séparé de ses collègues, et faillit être massacré. Après la déchéance du roi, il fit partie de la commission des douze membres de Assemblée chargés de lui présenter l’ensemble des mesures nécessitées par la gravité des circonstances. Envoyé à l'armée du Rhin, il trouva les esprits dans les plus heureuses dispositions : l’armée tout entière prêta avec enthousiasme entre ses mains le serment de fidélité et d'obéissance aux décrets de l'Assemblée.

Carnot ne voulut jamais être membre du club des Jacobins, malgré les vives instances qu'on lui fit pour l’affilier à cette société célèbre. Cet éloignement tenait à l'indépendance de son caractère, à une certaine circonspection politique et à des préventions qu'il n’a jamais abjurées. 11 ne sentait pas l'immense besoin que la chose publique avait de ce levier populaire. Après l'Assemblée législative, il aurait désiré rentrer dans la retraite; mais sa nomination à la Convention par le Pas-de-Calais le rengagea plus avant que jamais dans la carrière périlleuse de la politique. Envoyé en mission dans les Pyrénées, il réorganisa l’armée, qu’il avait trouvée dans l'état le plus déplorable, et prépara, avecses deux collègues, par d'habiles mesures, cette suite de victoires qui nous mirent à même de dicter la loi au gouvernement espagnol. On sait que dans le procès de Louis XVI il se prononça pour la mort de ce prince. « Jamais, dit-il en prononçant son vote, Jamais devoir ne coûta tant à mon cœur. » Il est remarquable que le vote de Carnot n’empêcha pas plus tard le roi de Prusse de lui témoigner les plus grands égards, après l’arrêt d’exil prononcé par les Bourbons contre le membre du Comité de salut public et le ministre de Napoléon pendant les Cent-Jours.

L’aile gauche de l’armée du Nord, appuyée à Dunkerque, dut la prise de Furnes et ses brillants succès au courage et aux savantes mesures de Carnot, qui préparèrent la bataille d'Hondschoote, où le duc d'York faillit être fait prisonnier avectoute son armée, le 14 avril 1793. A peinede retour d’une mission à l’armée commandée par Dumouriez, qui venait de trahtr son pays, il fut nommé membre du Comité de salut public. Sa première pensée fut de proposer d'attaquer les 60,000 Autrichiens qui, sous les ordres du prince de Cobourg, formaient le blocus de la place et du camp retranché de Maubeuge. Notre position était des plus critiques ; la place renfermait 20,000 hommes, qui, séparés de l’armée active, la réduisaient à 35,000 combattants : une victoire conduisait Vennemi à Paris. Jamais la révolution ne s'était trouvéedans une position plus critique; mais alors l'audace croissait avec les dangers. Le gouvernement prit le parti extrême de risquer une bataille décisive pour délivrer Maubeuge et sa garnison. On sait quelle part Carnot eut au succès de l'affaire de Watignies, qui sauva la frontière du Nord, et rassura la capitale, profondément alarmée. A la bataille d'Hondschoote commença cette campagne de dix-sept mois, pendant laquelle nos soldats ne quittèrent pas un moment les armes, campagne héroïque à laquelle aucune autre, ni ancienne, ni moderne, ne peut être comparée.

La plus juste reconnaissance lui attribue une part immense dans les triomphes inouïs de nos armées, Effectivement il sembla éprouver une métamorphose extraordinaire dans le Comité de salut public, Son caractère y prit une énergie de résolution qu’il n'avait jamais eue au même degré; sa volonté devint une puissance, parce qu’elle était une force; ses ordres avaient le double caractère de la prévoyance et du génie. Chaque jour vit se dérouler Je vaste plan d'opérations qu'il avait conçu et coordonné dans sa tête : on peut dire que Carnot était l'âme de nos quatorze armées. Mais si les autres membres du comité, si ceux qui occupaient la tribune et entretenaient l'enthousiasme de la France, si la Convention, qui commandait la victoire au nom du peuple, n’eussent prêté leur force et leur appui au directeur de celte grande guerre, tout le génie militaire de

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Carnot n'aurait pu suffire au salut de la république ; c’est la tribune surtout qui a produit tant de triomphes : on a trop oublié cette vérité, qui n’ôte rien à la gloire de Carnot, On doit dire encore, sans craindre de la diminuer, que les représentants du peuple aux armées exercèrent souvent la plus haute et la plus salutaire influence, en suppléant par leur courage, par leur résolution, par leur inébranlable fermeté, à ce qui manquait aux ordres venus de Paris. Carnot avait souvent avec ses collègues des disputes sur le choix des généraux. Uniquement préoccupé de la considération du talent , il avait trop d’indulgence sur les autres conditions exigées par les circonstances dans ceux qui étaient chargés de conduire nos soldats. Quoique sincèrement républicain, il eut toujours à se reprocher une espèce de prédilection pour des hommes qui excitaient les justes suspicions des amis de la liberté. Sous ce rapport ses collègues avaient raison contre lui; maïs son obstination ne leur céda jamais. Il fut constamment injuste envers Jourdan, et aveuglé sur Moreau, sur Pichegru et sur d’autres généraux incertains ou suspects.

La victoire resta sous nos étendards tant que Carnot fut chargé de la direction de la guerre; cependant la vérité ordonne de dire que la chute du grand Comité de salut public, conséquence de la journée du 9 thermidor, porta un coup irréparable à la puissance qui nous avait donné l’ascendant sur l’Europe. La source des victoires était en quelque sorte épuisée, et la nation clle-même, ne sentant plus cette haute et forte impulsion que le comité imprimait, avec le secours de la Convention, à toutes les parties d’un si vaste ensemble, perdit de son énergie et surtout de sa confiance. Et comment en eût-il été autrement, lorsqu'elle vit envoyer à l’échafaud, mettre en accusation et mutiler par la déportation les membres du gouvernement qui ayait sauvé la république? Dans le procès qui leur fut intenté, Carnot montra la plus généreuse audace, en venant s'associer à la destinée de ses collègues, attaqués par une espèce de fou sans talent, appelé Lecointre, de Versailles. Mais sa défense sur les signatures données à tous les arrêtés du comité fut faible et sans dignité. 11 fallait dire hautement ce qui était : « Oui, j'ai cru toutes les mesures du comité nécessaires à la grande cause, et j'y ai donné mon adhésion du fond de ma conscience. Le pays a été sauvé des plus grands périls qu'ait jamais courus une république : voilà ma justification. » D'ailleurs, sans avoir jamais été portés à a cruauté, et penchant, au contraire, vers des mesures plus douces, Carnot, Prieur de la Côte-d'Or et Lindet apportèrent dans le comité la sévérité que demandaient les circonstances. La situation des choses avait rendu cette disposition commune à toute la France. Beaucoup d'hommes qui depuis ont tant exallé le système de clémence et protesté de leur humanité étaient alors intraitables et terribles, surtout quand cette disposition était accompagnée de la faiblesse du caractère.

Appelé au Directoire exécutif par les suffrages de la Convention, Carnot eut encore la direction des affaires militaires, et certes on ne peut nier qu’elles aient été encore conduites avec habileté, Ce fut Barras qui donna Bonaparte à la république; mais Carnot avait devinéle que de ce grand capitaine, qui de son côté avait conçu la plus haute estime pour l’ancien membre du Comité de salut public. On lit dans les Mémoires sur Carnot que la paix conclue avec l'Autriche devint un sujet de dissentiment entre lui et ses collègues, qui voulaient absolument la continuation de la guerre. On peut croire à Ja vérité de cette assertion; mais, malgré toutes ses récriminations contre les collègues qui le proscrivirent, Carnot ne put pas répondre aux reproches des amis sincères de la liberté, qui l’aceusaient d'une singulière déviation de principes. Effrayé par les excès de la liberté de la presse, par les tentatives des hommes ardents et téméraires, tels que Babœu f, qui prétendaient renverser le Directoire, Carnot s'éfait laissé entraîner à un système de réRor

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tion extrémement dangereux ; il allait jusqu'à destituer ses meilleurs amis, sous prétexte deleurexagération, el quoiqu'il n'eût à craindre d'eux aucune participation à un complot eontre le gouvernement. Les patriotes le crurent un moment perdu pour la cause, et les royalistes fondèrent sur lui les plus grandes espérances. Les hommes de ce parti se trompaient; mais lui-même tomba dans un aveuglement tel à leur égard qu'à la veille du jour où leur complot devait éclater, ses yeux n'étaient pas encore dessillés. Cet aveuglement venait d’une double disposition également fâcheuse : il craignait les révolutionnaires, et ne craignait pas les royalistes. Cette erreur durait encore même alors que leur vaste conspiration s’étendait sur toutes les parties de la France. Si les royalistes eussent possédé l'audace révolutionnaire au même degré que l’habileté à ourdir des trames et à préparer une contre-révolution, on ne sait pas quels dangers ils auraient fait courir à la république. Le génie, le caractère et l'aptitude immense de Napoléon au gouvernement des hommes ne furent pas de trop pour empêcher le triomphe des ennemis de la révolution ; sans lui, elle était perdue malgré les victoires d’Alcmaer et de Zurich.

Au reste, le Directoire eut tort de renverser Carnot par une proscription qui devait nécessairement ébranler lautorité en paraissant la fortifier. A son tour, Carnot, emporté par ses ressentiments, commit une grande injustice en attaquant avec violence le plus honnête et le meilleur des hommes, ce Réveillère-Lépaux, si pur dans la vie privée, si intègre dans l'administration, si sincèrement attaché aux libertés publiques. La réponse de Carnot au rapport du député Bailleul sur le 18 fructidor était marquée au coin de la passion et presque dela violence ; mais elle respirait aussi le plus tendre attachement au pays natal. Le Directoire était tombé; Bonaparte, élevé au consulat, après avoir nommé Carnot inspecteur général aux revues, lui confia le ministère de la guerre. Carnot se montra digne du choix du grand capitaine, et concourut aux brillants résultats des campagnes d'Italie et du Rhin. On assure que la direction politique du chef de l'État porta Carnot à se retirer du ministère malgré les pressantes instances verbales et écrites des consuls. Les plus nombreuses occupations n’empêchaient pas Carnot de cultiver les sciences et d’honorer encore son nom par deux ouvrages, l’un sur la Géométrie de Position, l’autre sur la Corrélation des Fiqures de Géométrie.

Appelé au tribunat par le sénat conservateur en 1802, Carnot fit éclater de nouveau le courage et l’énergie dont il avait donné tant de preuves; il vota contre l'empire en motivant son opposition par les plus hautes et les plus sages considérations. Jl ajoutait à la fin de sa protestation : « Du moment qu'un nouvel ordre de choses sera établi, qu'il aura recu l’assentiment de la masse des citoyens, je serai le premier à y conformer toutes mes actions, et à donner à l'autorité toutes les marques de déférence que commandera la hiérarchie constitutionnelle. » Au sortir du tribunat, Carnot se livra tout entier à l'éducation de ses enfants et à l'étude des sciences. L'Institut, qui l'avait rappelé dans son sein après le {8 brumaire, lui dut la publication de deux savants ouvrages, qui ajoutèrent à la gloire de la compagnie. Cependant l'empereur, au milieu de ses triomphes, à Vienne, se rappelle les immenses services de Carnot, et, par un décret du 23 août 1809, il lui accorde une pension de 10,000 francs, comme ancien ministre de la guerre. Jamais acte de justice n’arriva plus à propos : le membre du Comité de salut public, l’ancien ministre de la guerre, avait poussé le désintéressement jusqu’à se trouver réduit à un faible patrimoine, qu’il avait conservé avec beaucoup de peine. C’est vers ce temps que, sur les instances de l’empereur, il acheva de publier, en moins de quatre mois, le fameux Traité de la Défense des Places Fortes, devenu classique en Europe. Non loin de là, il eut avec l'empereur un entretien qui sc termina par Ces mots remarquables de Napoléon : « Adieu,

Monsieur Carnot, tout ce que vous votdrez, quand vous voudrez, etcomme vous voudrez. » Carnot ne demanda rien. Mais on sait comment, au temps des revers de l'empire, il courut offrir ses services à Napoléon; on sait son héroïque défense d'Anvers et sa généreuse réponse au général prussien

| Bulow. Bernadotte essaya aussi vainement de le séduire.

Toute sa conduite dans cette circonstance est un modèle de fermeté, de constance et de sagesse. Le général anglais Graham lui-même ne put s'empêcher de témoigner à Carnot la plus haute estime, Les habitants de la ville, pleins de reconnaissance, prirent une délibération publique pour remercier leur défenseur, mais rien de plus touchant que les remerciments des deux faubourgs qu’il avait sauvés par sa prudence.

Le ministère de Carnot pendant les Cent-Jours fut un acte de dévouement à la patrie. L’imminence seule du danger fut la cause qui le détermina à reparaître sur la scène. 11 craignait par dessus tout la honte et les malheurs d’une seconde invasion : il vouluten préserver son pays. Il donna vainement des conseils de liberté à Napoléon, et ne craignit jamais de lui dire la vérité; seulement, il eut, par ménagement pour une grande renommée aux prises avec un grand péril, la pudeur de mettre dela réserve dans ses paroles. A cette époque, et surtout pendant la courte durée du gouvernement provisoire, on a pu reprocher à Carnot d’avoir été la dupe de Fouché, mais Napoléon lui-même le laissa faire, malgré la connaissance de ses intrigues avec Louis XVIII et les étrangers. C’est Carnot seul qui détermina empereur à s'embarquer pour l'Amérique; mais celui-ci mit tant de lenteur dans son voyage que lorsqu'il arriva à Rochefort, le port setrouva bloqué. Au moment de la capitulation de Paris, Carnot eut encore l’occasion de rendre d'éminents services à la patrie, et de sauver du moins l'honneur français, que des lâches voulaientcompromettre.

De tous les ministres de Napoléon, Carnot seul se trouvasus la liste du 24 juillet. Le vertueux exilé quitta la France avec douleur, mais sans faiblesse. En Pologne, en Russie, on lui fit les offres les plus brillantes : fidèle au serment de ne jamais servir que son pays, il se contenta de recevoir des marques de l'estime générale qui lui furent données par les citoyens et les soldats, par les généraux et par les princes, L'empereur de Russie, le grand-duc Constantin, le roi de Prusse, ne cessèrent de lui témoigner une estime particulière, noble compensation de l’ostracisme prononcé contre un grand citoyen par un roi qui oubliait ses serments. Carnot mourut à Magdebourg, le 2 août 1823, avec la fermeté d’un sage, universellement aimé de tous ceux avec lesquels il avait eu des relations, estimé de tous les gens de guerre, admiré de l’Europe, et regretté de la France. Il a laissé un nom qui se lie à une grande époque de notre histoire nationale. Carnot n’était au premier rang, ni comme général, nicomme chef d’un gouvernement, mais il occupe une place éminente immédiatement après les hommes supérieurs qui décident du sort des empires. P.-F. Tissor, de l’Académie francaise.

CARNOT (Lazare-Hipporyre), fils du précédent, ministre de l'instruction publique en 1848 , sous le gouvernement provisoire, né le 6 avril {80{, à Saint-Omer, partagea l'exil dont son père fut frappé en raison de l'appui énergique qu'il avait prêté à Napoléon dans les Cent-Jours, et habita Magdebourg avec lui jusqu’à sa mort. Ce long séjour en Prusse lui fournit l’occasion de se familiariser avec la langue et la littérature d'Outre-Rhin, De retour en France, il étudia le droit, et se fit recevoir avocat, sans avoir d’ailleurs jamais eu l'intention d'exercer cette profession, qui aujourd’hui est pour l’homme de loisirs ce qu'était autrefois une savonnette à vilain. En effet, l'honorable aisance que lui avait léguée son père l’exonérait de la grande loi du travail, et lui permettait deselivrer à ses fantaisies artistiques ou littéraires, voire même au dolce far niente du vrai philosophe, sans avoir à se préoccuper des besoins matériels de la vie. Le

politique lui sembla lé moyen le plus convenable pour concilier à la fois ses goûts particuliers et ce qu’il croyait devoir à la mémoire de son père. Il y aurait lieu toutefois de s’étonner de l'obscurité profonde dans laquelle M. Hippolyte Carnot resta jusqu’à son entrée à la chambre des députés en 1839, quoiqu'il portât l’un des noms sortis les plus purs de notfe grande révolution, et qui lui assurait les plus vives sympathies dans le parti hostile aa gouvernement des Bourbons , si on ne savait qu’il fallait ou beaucoup d’audace , ou quelque talent joint à beaucoup d’ambition, pour n°y pas être confondu dans la foule. Les complaisantes réclames que, par égard pour la mémoire de l’intrépide défenseur d'Anvers, quelques journaux amis voulurent bien accorder à une traduction des Griechenlieder (chants des Grecs) de Muller, qu'il fit paraître en 1826 , furent impuissantes à appeler sur lui l'attention publique. Le savoir-faire et l’appui d’une camaraderie organisée sur les bases les plus larges n’y réussirent pas davantage.

M. Hippolyte Carnot , qui avait bien vite compris la puissance de l'association en matière d'assurances sur la gloire et la réputation, s'était affilié à une coterie reconnaissant pour chefs de file MM. Bazard et Enfantin, composée d'hommes décidés à ne pas reculer même devant le scandale pour occuper d’eux la déesse aux cent bouches , et ayant pour organe le Producteur. Ce recueil mensuel, qui plus tard, après une assez longue interruption toutefois, échangea ce titre contre celui de l’Organisateur, était destiné à vulgariser les idées encore bien vagues de l’école de Saint- Simon sur les questions économiques ; mais il ne fournit sous l’un et l’autre de ces titres qu’une fort courte carrière. M. H. Carnot fut admis à l'honneur de prendre part à sa rédaction.

L'Organisateur mourut dès 1828, après n'avoir publié que sept ou huit numéros, dans lesquels les hommes qui suivent et étudient le mouvement des idées avaient déjà pu voir poindre la prétention de présenter les doctrines de Saint-Simon comme un nouveau système politique et religieux destiné à remplacer quelque jour des formes de gouvernement et de culte ayant désormais fait leur temps ici-bas. La révolution de 1830, qui fut encore plus la défaite du parti clérical que celle du parti monarchique, parut à MM. Bazard, Enfantin et consorts une admirable occasion pour reprendre leur œuvre interrompue et triompher du découragement que l’'insuccès avait inspiré au plus grand nombre de leurs fidèles. Ils les déterminèrent même alors à acheter Ze Globe, journal doctrinaire déserté par ses rédacteurs, que le gouvernement issu des barricades venait d’appeler en masse à la curée des places et des honneurs.

M. Hippolyte Carnot contribua à l'œuvre commune et de sa bourse et de sa plume. 11 fallut que le Père suprême, M. Enfantin, finit par se poser en pape du Saint-Simonisme, et que le sacré collége, présidé par le cardinal Michel Chevalier, proclamôt la réhabilitation de la chair et l'émancipation de la femme, pour qu’il s’aperçüt enfin de la profonde immoralité de cette prétendue école philosophique. A ce moment il se crut pourtant encore prédestiné à la fairerentrer dans ses voies primitives. Ralliant autour de lui quelques schismatiques , il résolut d’élever autel contre autel, et acheta le fonds d'abonnés de la Revue Encyclopédique , recueil interrompu depuis plusieurs années, dont il fit la tribune des dissidents, mais qui mourut une seconde fois et définitivement entre ses mains , malgré l'appui que prètait à son œuvre M. Jean Reynaud, homme de valeur et d'intelligence, qui passe pour avoir été sa nymphe Égérie dans toutes les occasions où il lui fallait payer de sa personne, notamment à l'époque de son ministère, et à qui dès lors reviendrait en Lonne justice distributive la responsabilité deses actes.

Et cependant, en dépit de tant d'efforts, la conspiration du silence persistait à tenir son individualité sous le boisseau, En vain, il s'était flatté de concilier les principes répu-

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blicains avec les dogmes au saint-simonisme, qui sort pourtant ceux de l’absolutisme pur; en vain il s'était rallié des premiers à l'opposition anti-dynastique qui avait bien vite surgi contre les institutions bdclées en 1830 et contre le monarque élu par les deux cent vingt et un. Son nom n’en continuait pas moins à être complétement inconnu des masses. C’est que cette opposition extra-légale avait à sa tête des hommes autrement énergiques que lui et mettant au service de leurs passions une audace , un besoin de lutter et de vaincre qui distançaient de mille lieues son dogmatisme froid et méticuleux. Pour percer, il lui fallut recommencer un beau jour toute sa carrière, désavouer l’œuvre saint-simonienne, restée en assez mauvaise odeur auprès de la bourgeoisie, suivre la filière ordinaire des notabilités de clocher, faire de l'agitation électorale, provoquer des réunions , assister à des comités et surtout présider des banquets, Son rôle politique ne date donc à bien dire que de l’année 1839, époque où, en sa qualité de président du comité électoral de la Seine, il réussit à faire décréter par les meneurs l’adoption de sa candidature aux élections générales provoquées par la coalition. Nommé alors, par les électeurs du privilége, député de la Seine, il alla s'asseoir à l’extrême gauche, mais ny fit preuve d’aucune espèce de talent oratoire. Toutefois, les feuilles de l'opposition lui tinrent compte de ses excellentes intentions, faute de mieux, et réussirent même, à force de fanfares patriotiques, à faire de son nom un drapeau, qu’elles plantèrent sur la crête de l’extrêmegauche, et autour duquel vinrent se grouper, tant dans le parlement qu'au dehors, les ennemis les plus décidés de l'établissement de Juillet. Passé de la sorte à l’état de notabilité incontestée, admis à enrichir de sa prose les pages de la Revue indépendante fondée par George Sand et M. Pierre Leroux, en concurrence à la Revue des Deux Mondes, placée sous le patronage de M. Guizot, M. Hippolyte Carnot vit les électeurs de la Seine, dociles aux recommandations de la presse, lui renouveler leur mandat à deux reprises successives, en 1842 et 1846. En 1847 il publia une brochure, les Radicaux el la Charte, dans laquelle il proclamait sans détour ses aspirations républicaines, espèce de manifeste qui précéda la fameuse campagne des banquets, entreprise dans l'intérêt de la réforme électorale et qui aboutit à la révolution de Février. Le lendemain de ce coup de main, M. H. Carnot fut appelé par les hommes du gouvernement provisoire à prendre la direction du portefeuille de l'instruction publique. Dans ce poste M. Carnot, on doit le reconnaitre, montra plus de modération que les autres ministres ses collègues dans leurs départements respectifs. L'opinion lui reprocha toutefois à bon droit ses circulaires aux instituteurs primaires, œuvre de son secrétaire général, M. Jean Reynaud, et plus encore les déplorables choix qu’il fit pour combler les vides opérés alors de gré ou de force dans cette partie si importante de notre système d'instruction publique. L'instituteur primaire, suivant le nouveau ministre, était l'homme chargé avant tout d'inoculer aux populations agricoles les principes du vrai républicanisme, La rapidité des événements ne lui permit pas de réaliser tout ce qu’il aurait voulu pouvoir faire dans cette intention ; et à la suite des événements de juin il se voyait contraint de donner sa démission, Le rôle qu’il venait de jouer associait inséparablement son nom à celui des hommes en qui se personnifiait désormais le parti démocra « tique et socialiste. Élu, par le suffrage universel, membre de Assemblée constituante en 1848 pour le département de la Seine, son nom sortit encore une fois de l'urne électorale en 1850, à l'occasion d'élections partielles, bien qu'aux élections générales de 1849, sous la législative, il eût échoué, comme tant d’autres républicains de la veille conduits par les républicains du lendemain. M. Carnot prit alors place dans les rangs de la Montagne, où il continua d’ailleurs à garder le silence prudent dont il semble s'être fait une règle dans tout le cours de sa carrière parlementaire. Le coup

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d'État du 2 décembre 1851 l'a rendu aux douceurs de la vie privée, En vain les électeurs du sixième arrondissement essayèrent de l'en tirer en le choisissant pour leur député au corps législatif. De même que le général Cavaign ac, M. Carnot s’est refusé aiors à prêter le serment exigé des législateurs; réélu député en 1857 à Paris, il persista dans la même ligne de conduite. 11 changea d'avis toutefois en 1863, déposa son serment à la préfecture de ja Seine, et prit place au Corps législatif (14 décembre), où il vota avec Ja minorité opposante, Aux élections de 1869 il fut porté dans la même circonscription parisienne, la première; malgré sa réputation de loyauté politique il échoua avec 11,604 suffrages contre 21,744 donnés à M, Gambetta. Si M. Carnot applaudit à la révolution du 4 septembre, il ne voulut rien accepter de ses confrères qui étaient alors au pouvoir, et se contenta pendant le siège d’administrer comme maire élu le 8e arrondissement de la capitale. Le 8 février 1871 il fut envoyé à l’Assemblée nationale par le département de Seineet-Oise.

Outre les écrits cités on a de M. Carnot : Exposé de la doctrine saint-simonienne (1830, in-8), de l'Esclavage colonial (1845), des notices, discours, rapports, brochures de circonstance, ete. Il a fait paraitre les Mémoires de Grégoire, évêque de Blois (1837, 2 vol. in-8), les Mémoires de Barrère (1842-43, 4 vol. in-8), en collaboration avec David (d'Angers), et il a commencé la publication des Mémoires de son père (1862-64, t. I et II).

Son fils aîné, Marie-François-Sadi CARNOT, né le 11 août 1837, à Limoges, entra à l’école Polytechnique et devint, en 1863, ingénieur des ponts et chaussées. Nommé le 10 janvier 1871 préfet de la Seine-Inférieure, il ne put exercer ses fonctions dans ce département alors occupé par l'ennemi. Un mois après il était élu député par la Côte-d'Or.

CARNOT (Josepn-FraNÇois-CLÉMENT), dit de La Côled'Or, frère aîné du général, né le 22 mai 1752, à Nolay, mort en 1835, conseiller à la cour de cassation, dont il était membre depuis 1801, après avoir longtemps rempli les fonctions de président du tribunal criminel de Dijon, a laissé la réputation d’un jurisconsulte distingué. Son ouvrage sur l’Instruclion criminelle (3 vol. in-4° ; Paris, 1812-1817) et son Commentaire sur le Code pénal (1824, 2 vol.) l'ont fait ranger parmi nos meilleurs criminalistes.

CARNUTES. Voyez CHARTRAIN (Pays).

CARO (aniBae), l’un des plus célèbres écrivains i{aliens du scizième siècle, naquit en 1507, à Citta-Nova, dans Ja marche d’Ancône, fut d’abord précepteur des enfants de Louis Gaddi, riche Florentin , et devint ensuite secrétaire de son frère Giovanni, qui l’emmena avec lui à Rome, ou, par sa protection , il lui fit obtenir de riches bénéfices. II se consacra dès lors complétement à l'étude, fonda dans cette capitale du monde chrétien, et de concert avec les frères Molza, l'Accademia della Virtù, puis remplit pendant quelques mois les fonctions de secrétaire auprès de l’évêque Guidiecioni de Fossombrone, quand celui-ci fut envoyé en Romagne comme président. A la mort de Gaddi, arrivée en 1543, Annibale Caro entra au service de Pietro Lodovico Farnèse, que son père, le pape Paul IT, éleva au rang de duc de Parme et de Plaisance en 1545. La protection de cette famille permit à Caro de satisfaire son goût pour l’archéologie. 11 réunit une collection considérable d’antiques et de médailles. La langue toscane fut l’objet de ses études les plus sérieuses, et la réputation de son style pur et élégant, {ant en vers qu’en prose, se répandit bientôt par toute l’Italie. I1 entra en relations et en commerce de lettres avec les artistes les plus célèbres de son époque, les secondant dans le choix des sujets qu’ils se proposaient de traiter. Le due lui confia plusieurs missions auprès de l’empereur Charles-Quint. Cependant Annibale Caro songeait à quitter le service d'un prince dont les caprices et les vices lui étaient devenus insupportables, lorsque Farnèse fut assassiné à

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Plaisance. Lui-même courut alors quelques dangers; mais il se réfugia à Parme, où il fut accueilli avec bienveillance par le nouveau duc Ottavio Farnèse. Les deux cardinaux Rannucio et Alessandro, frères d’Ottavio , le choisirent successivement pour secrétaire, poste qu’il remplit auprès du dernier depuis 1548 jusqu’à sa mort, arrivée en 1566.

Jes œuvres d’Annibale Caro ne furent imprimées qu'après son décès, par exemple sa célèbre Traduction de l’Encide (Venise, 1581; Paris, 1760), sa Traduction de Longus et de la Rhétorique d’Aristote, ses Rime ( Venise, 1569), tous ouvrages qui «e distinguent par une rare élégance ; ses Lettere familiari (2 vol.; Venise, 1572), et les Lettere inedite di Annibale Caro, publiées avec des notes par Mazzucchelli (2 vol.; Milan, 1829). On a aussi de lui une comédie : Gil Straccioni (Venise, 1582); sous le nom de Barbagregia, la Ficheide, poëme en l'honneur des figues, ainsi qu'un panégyrique du nez de Leoni d’Ancône, président de l’Accademia della Virtù; nez qui, à ce qu’il paraît, brillait par des dimensions peu communes. Son Apologia degli Accademici di Banchi (Parme, 1588), se rapporte à une discussion qu’il eut au sujet d’un de ses poëmes avec Castelvetro, qui l’avait blämé.

CAROLATH-BEUTHEN (Maison de). Le nom de cette famille princière, dont les possessions sont situées en Silésie, et qui au quinzième siècle habitait la Lusace, était primitivement Sckhænaich. Fabien pe Scuornaicu se distingua au service de l’empereur Charles-Quint et de l'électeur Maurice de Saxe, non moins comme homme d’État que comme capitaine, et fut créé par l’empereur Ferdinand 1°* baron du Saint-Empire.

Son petit-neveu Georges de ScHoeNnAICH reçut à titre de fief la seigneurie de Carolath et de Beuthen, constituée, en 1610, en majorat. A la mort de Georges, ce majorat passa à son neveu Jean, qui s’en vit dépouiller à la suite des troubles de la Bohôme. En 1650 le frère de celui-ci, Sébastien , en obtint la restitution, grâce à l'intervention de l’électeur de Brandebourg. Quand Frédéric le Grand se fut emparé de la Silésie, il éleva, en 1741, le comte Jean-Charles de ScnoEnaicx à la dignité de prince de Carolath-Beuthen. Jean-Charles, son fils, obtint ensuite que la dignité de prince devint héréditaire dans sa maison.

Le prince Henri, grand-veneur du roi de Prusse, né en 1783, succéda en 1817 à son père, et mourut en 1864. Comme il n’avait que des filles, son majorat, ainsi que le titre de prince qui y est attaché, passa à son neveu le prince Louis de ScHOENAICH-CAROLATH, né en 1811, et fils aîné de son frère, mort en 1820.

La principauté de Carolath-Beuthen est située dans le cercle de Freistadt, arrondissement de Liegnitz, province de Silésie, et comprend une superficie d'environ 4 1/2 myriamètres carrés, avec une population de 11,500 âmes, répartie entre la petite ville de Beuthen, chef-lieu de la principauté, un gros bourg, siége d’un marché, et 21 villages, au nombre desquels se trouve Carolath , où s'élève le château de Carolath, résidence ordinaire de cette famille.”

CAROLINE (AwÉLIE-ÉLISABETu), épouse de Georges IV, roi de la Grande-Bretagne et de Hanovre, fille du duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick, blessé mortellement à la bataille d’Auerstædt, et de la princesse Augusta, sœur de Georges LIT d'Angleterre, naquitle 17 mai 1768. Après avoir passé dans la maison paternelle une triste jeunesse, elle épousa , en 1795, à l’âge de vingt-sept ans, le prince de Galles, alors héritier présomptif de la couronne d'Angleterre. Ce mariage, que le prince ne contracta que par contrainte, ne pouvait point être heureux. Sans doute dès l’année qui le suivit la princesse accoucha d’une filie, de cette princesse Charlotte qui fut la première femme du prince Léopold de Saxe-Cobourg, aujourd’hui roi des Belges , et qui mourut le 7 novembre 1816; mais à peine la princesse fut-elle relevée de ses couches, que son époux se

sépara d'elle avec éclat. Le scandale officiel de cette répudiation, consommée dès lors irrévocablement , ne fut rien en comparaison du système odieux employé par le prince de Galles et son entourage immédiat à l'effet de deshonorer publiquement la femme à laquelle on avait lié sa destinée, Éloignée de la cour, où elle ne comptait peut-être pas d’ennemi plus acharné que la reine sa belle-mère, la princesse de Galles vécut dès lors à Blackheath, dans une maison de campagne dont elle fit le centre d’une société choisie, composée d'hommes et de femmes partageant ses goûts pour les arts et la littérature. Complétement indépendante dans ses actions, isolée au milieu de ce vaste tourbillon qu’on appelle le monde, poursuivie jusque dans cette philosophique retraite par les injures et les calomnies de son mari, il est à la rigueur possible qu’elle ait cherché des consolations à ses chagrins et une compensation à son veuvage anticipé dans quelque liaison où le cœur aura parlé plus haut que le devoir et les convenances, liaison qui ne sera pas toujours restée enveloppée de cet impénétrable mystère que lui commandaient la plus vulgaire prudence, son titre de mère de l’héritière présomptive de la couronne, son rang et surtout la haine acharnée de son mari. Ce prince se vengeait sur sa malheureuse femme des justes témoignages de mépris et d’aversion dont il était lui-même l’objet de la part des masses populaires, alors que contre ses injures, ses diffamations et ses odieuses intrigues la princesse de Galles n’avait pas de plus énergique, de plus passionné défenseur que le peuple , toujours disposé à donner son sang en témoignage de la vertu immaculée et sans reproche d’une princessé qu’il eût moins aimée s'il n'avait pas tant haï le prince dont elle portait le nom. Quoi qu’il en ait pu être, vers l’année 1808 le système de calomnies mis en jeu pour déshonorer la princesse de Galles arriva à prendre de tels développements, que le gouvernement crut devoir soumettre la conduite privée de Caroline à une commission d'enquête présidée par lord Grenville. On jugera du scandale et de sa gravité quand on saura que les intimes et les aflidés du prince de Galles allaient partout répétant que la princesse venait de donner le jour à un enfant du sexe masculin, fruit de ses relations adultères soit avec un capitaine Manby, soit avec sir Sidney-Smith, soit avec bien d’autres encore ; et ces bruits injurieux n'avaient pas de plus complaisant écho que la cour de la reine.

La commission, après avoir entendu une foule de témoins et avoir procédé à l'examen minutieux des faits allégués et incriminés , déchargeà Caroline de l'accusation de grossesse et d'accouchement clandestins, tout en admettant que la conduite de la princesse n'avait pas étéexempte de légèretés et d’inconséquences, qui avaient provoqué des soupçons d’ailleurs sans fondement.

Georges III, qui n’avait jamais partagé l'antipathie haineuse de sa femme et de son fils aîné pour sa bru, qui l'avait, au contraire, en maintes circonstances protégée contre ses ennemis, consacra ce verdict d’absolution prononcé par la commission d'enquête, en rendant une visite officielle et de gala à la princesse de Galles ; démarche qu'imitèrent à leur tour la plupart des princes et princesses, ses beaux-frères et belles-sœurs. Ces démonstrations sympathiques et significatives répondaient trop bien aux désirs de l'opinion publique, de plus en plus irritée contre l’héritier du trône, pour ne pas combler de joie la populace de Londres, qui accueillait toujours de ses plus chaleureux applaudissements la princesse de Galles quand elle venait à paraître en public, tandis qu’elle n’avait jamais en pareil cas pour son époux que des huées et des sifflets.

En 1813 de nouvelles contestations s’élevèrent publiquement entre les deux époux, à propos de difficultés faites par le prince de Galles à sa femme, qui réclamait la permission de voir plus souvent sa fille, l'unique fruit de cette union si malheureuse, et qu'on élevait loin de sa mère, L'année sui-

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vañte la princesse, lasse probablement de lutter davantage, demanda et obtint la perfnission de se retirer à Brunswick. De là elle entreprit de grands voyages en Allemagne, en Italie, en Grèce, en Syrie et dans les différentes tles de l'Archipel; fastueuses tournées, où elle se faisait suivre de tout le luxe et de tout le comfort qui J’eût entourée en Angleterre, et s’en rapportant aveuglément pour tous les détails de ces aventureuses et trop poéliques pérégrinations à un italien du nom de Bergami, entré d'abord à son service en qualité de simple courrier, et élevé successivement par elle aux fonctions de majordome, puis de chambellan. La faveur subité de ce singulier personnage et son élévation si rapide semblèrent au prince de Galles, toujours très-exactement renseigné sur ce qui se passait dans la petite cour de sa femme, et devenu maintenant prince régent d'Angleterre, une circonstance propre à prouver l'accusation d'adultère qu’il avait déjà publiquement élevée contre la princesse, dix ans auparavant. Dès lors un vaste et habile système d’espionnage fut organisé par lui à grands frais autour de Caroline, dont tous les actes, toutes les paroles, furent soigneusement notés et consignés dans des rapports destinés à fournir au prince régent les éléments nécessaires à la consta- {ation de son propre désionneur.

La scandaleuse enquête de 1808 eût dû assurément déterminer la princesse à apporter désormais plus de prudence et de circonspection dans sa conduite privée. Or, il faudrait une foi bien robuste pour admettre que Caroline, quoiqu’elle fût alors tout près de la cinquantaine, n’oublia pas les distances qui devaient la séparer de ce Bergami; et il semble avéré que cette fois tout au moins le cœur parla chez elle plus haut que le sentiment du devoir et des convenances. On ne saurait nier cependant que la haine assez ardente pour ne pas reculer devant un pareil procès intenté à la face de l'Europe était bien de force à recourir aux plus odieuses machinations à l'effet d’incriminer en apparence des faits sans aucune importance en eux-mêmes.

A son retour en Italie, Caroline alla habiter l’une des plus délicieuses villas du lac de Côme, où elle ne crut pas devoir s’entourer de plus de mystère que par le passé. La mort de Georges III ayant appelé son époux au trône en 1820, on songea d’abord à négocier avec elle; et on lui fit proposer de renoncer à son titre de reine et de s’engager à ne pas revenir en Angleterre, moyennant une pension de 50,000 livres sterl. Mais Caroline repoussa ces ouvertures, en annonçant hautement, au contraire, son intention bien arrêtée de se rendre à Londres à l’effet d’y réclamer le titre et les honneurs qui lui étaient dûs en sa qualité de légitime épouse de Georges IV. Le 6 juin effectivement elle fit une véritable entrée triomphale dans la capitale de l'Angleterre, où elle fut saluée des plus vives acclamations par la grande masse des habitants; car une impopularité extrême continuait à être le lot du prince de Galles, devenu Georges IV. Or, soutenir la reine contre ses accusateurs n’était pas seulement le rôle tout naturellement tracé à l'opposition : les basses manœuvres employées par les agents du mari à l’effet de lui procurer la preuve des faits qui devaient servir de base à une accusation d’adultère et à un procès de divorce révoltaient en outre la conscience publique. Chez le grand nombre, tout nier de parti pris, aflirmer que la reine était aussi pure et innocente que l’enfant qui vient de naître, c'était protester contretant de scandale et comme une manière d'en faire justice. Fidèle instrument des rancunes de Georges IV, le ministère n’hésita pas à interfter à la reine un procès solennel devant la chambre des lords. Les faits cités à l’'appui de l’accusation d’adultère sont d’une nature telle qu’ils ne pourraient pas sans inconvénient être rapportés dans ur livre du genre du nôtre; et à cet égard nous devons ren. voyer les curieux aux recueils de causes célèbres.

La reine confia le soin de sa défense à l'illustre Broug: Lam, qui se surpassa lui-même dans cette cause si difficile,

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11 déploya en effet un merveilleux talent de discussion dans les contre-interrogatoires, que la loi anglaise autorise à faire subir aux témoins à charge. A chaque instant il réussissait à les mettre en contradiction soit avec eux-mêmes , soit avec les dépositions déjà recueillies, les pressant de questions insidieuses auxquelles la plupart ne pouvaient répondre sans détruire ou atténuer l'effet produit par leur propre témoignage. À chaque instant ils trébuchaient dans les piéges que leur tendait l'avocat, se troublaient, hésitaient ; et le système si péniblement échafaudé qui servait de base à l'accusation s'en allait ainsi de pièces et de morceaux. L'un de ces espions italiens dont le témoignage était le plus aggravant, le plus positif, qui aflirmait avoir vu, ce qui s'appelle vu de ses propres yeux, quand il eut à soutenir le contre-interrogatoire de Brougham, comprenant instinctivement que toutes les questions qu’on lui adresserait, si indifférentes qu’elles fussent, avaient pour but d'infirmer son témoignage, crut habile d'y faire constamment la même réponse : non mi ricordo. On ne peut se faire une idée de l'immense hilarité que provoqua dans le public cette phrase que Brougham se donna le malin plaisir de faire répéter cent fois de suite au malheureux dans le crâne duquel l'organe de la mémoire oceupait décidément une place si restreinte.

En dépit de l’habileté de son avocat et de l'appui que lui prèta au dehors l'opinion publique, que ce scandaleux procès passionna au plus haut degré, la reine ne put convaincre ses juges de son innocence. Une majorité de 123 voix contre 95 acœueillit dans la chambre haute la troisième et dernière lecture de la proposition de déclaration de culpabilité. 11 ne restait plus dès lors qu’à voter le bill de condamnation, quand , contre toute attente, on vit les ministres de la couronne en proposer eux-mêmes l’ajournement à six mois; formule qui dans les usages parlementaires équivaut au rejet ou au retrait d'un projet de bill en discussion. C'était demander la mise au néant de toute la procédure.

Dès lors le gouvernement de Georges IV cessa de contester à Caroline de Brunswick son titre de reine de la Grande- Bretagne et d'Irlande. Brandenburghouse lui fut assigné pour résidence, avec une dotation conforme à son rang. Il semblait que son royal époux avait enfin pris son parti au sujet de ses désagréments conjagaux; cependant une occasion s'étant encore présentée de faire un nouvel affront publie à sa femme, il ne la manqua pas. Au mois de juillet 1821 eutlieule couronnement de ceprince. La reine Caroline demanda à être couronnée, suivant l'usage, en même temps que lui; mais, comme elle devait bien s'y attendre, cette prétention fut formellement repoussée par une décision du conseil privé. Elle se contenta alors d’une place pour assister à la cérémonie du couronnement, et on la lui refusa également. Apportant dans cette lutte de mauvais goùt une opiniâtreté que justifiaient jusqu’à un certain point les encouragements de lopposition, et surtout ceux de l'opinion, elle se présenta, le jour même de la cérémonie au seuil de l'église de Westminster, où elleavait lieu, convaincue qu’on n'oserait pas lui en interdire lentrée. Elle dut cependant en subir Phumiliation ; et on attribua alors à la profonde irritation provoquée en elle par cetaffront public la maladie inflammatoire dont à quelque temps de là elle ressentit les premières atteintes à une représentation du théâtre de Drury-Lane à laquelle elle assistait, et qui l’enleva quelques jours après, le 7 août 1325. Cette mort si subite ne laissa pas que de donner lieu dans le vulgaire aux plus sinistres rumeurs; ceux qui veulent y voir un crime devraient réfléchir que si la politique a pu quelquefois faire commettre de {elles actions, elle a su toujours en les perpétrant choisir le moment favorable, et surtout quelque endroit lointain et isolé, pour qu'elles demeurassent à jamais enveloppées dans une mystérieuse obseurité, Évidemment, si Caroline de Brunswick avait dû mourir du poison , c’est dans ses aventureuses pérégrinations en Orient que l'accident füt arrivé, Suivant ses

dernières volontés, les restes mortels de cette princesse furent déposés dans la sépulturede ses ancêtres, à Brunswick.

CAROLINE (Ferpinanpe-Louise), princesse des Deux- Siciles, plus tard comtesse de Lucchesi-Palli. Voyez Bern (Duchesse de).

CAROLINE (Loi). C’est le nom que, par abréviation des mots constitulio criminalis carolina, l'on donne habituellement au célèbre code criminel publié par l’empereur Charles-Quint en 1532. Ce qui détermina ce prince à légiférer sur cette matière, ce fut l’effroyable confusion, l'arbitraire, la cruauté, qui régnaient dans les tribunaux de l’AIlemagne, où toute instance criminelle commençait et finissait par la question, appliquée sous les plus futiles prétextes, et où trop souvent même on envoyait des innocents au supplice sans procédure préalable d'aucune espèce. Dès le quinzième siècle on avait compris la nécessité de mettre un terme à ces horreurs ; mais la difficulté était d’amener les différents États à adopter de communes mesures de répression. Un homme de mérite, qui s’occupait de science sans être pour cela précisément un savant, le baron Jean de Schwarzenberg, fut celui qui contribua Je plus à cette si utile réforme. Administrateur de l'évêché de Bamberg, il en rédigea et publia le code criminel de 1507, que les margraves de Brandebourg et de Franconie adoptèrent en 1520 pour loi de leurs États respectifs, II provoqua l'ordonnance criminelle générale de l'Empire (Reichscriminalordnung) adoptée en 1532 par la diète de Ratisbonne; œuvre de codification qui pour l'époque où elle parut peut être considérée comme un chefd'œuvre, et dont l'influence fut des plus bienfaisantes. Quoique divers souverains allemands, entre autres les électeurs de Saxe, de Brandebourg et Palatin, protestassent contre la publication de cette ordonnance, afin de maintenir contre la puissance législative de l’empereur et de la diète leur droit particulier de légiférer , elle n’en fut pas moïns reconnue presque partout comme ayant force de loi.

De nos jours, des lois pénales encore plus humaines et une procédure criminelle plus douce et moins coûteuse ont remplacé dans la plupart des États de la Confédération Germanique l’ancienne loi Caroline, dont la dernière édition imprimée est celle qui parut à Iéna en 1835.

CAROLINE, contrée de la partie orientale des États- Unis de l'Amérique du Nord, découverte en 1512 par des Espagnols que commandait Ponce de Léon, et qui en prirent possession comme d’une dépendance de la Floride. Ce nom de Caroline ne lui fut donné que plus tard et par le Français Jean-François Ribault, que le roi Charles IX avait envoyé y fonder une colonie. 11 l’appela ainsi en l'honneur de son souverain. Mais dès l’an 1565 les colons français en furent expulsés par les Espagnols; ct différents essais de colonisation tentés plus tard par les Anglais ne furent guère plus heureux. Ce ne fut que lorsque ie roi Charles II d'Angleterre eut octroyé, en 1660, à huit de ses sujets, et à titre de fief relevant du château de Greenwich, tout le territoire s'étendant entre le 31° et le 36° degré de latitude septentrionale, leur donnant en outre pleins pouvoirs pour y fonder une colonie s’administrant elle-même, que l'établissement commença à prendre de l'importance. Les colons de la Caroline chargèrent le célèbre philosophe Locke de leur rédiger une constitution ; tâche ardue, devant laquelle ne recula pas l’auteur de l’Essai sur l’Entendement humain. Malheureusement la constitution fruit de ses veilles et de ses médiiations se trouva dans la pratique tellement inapplicable, qu’il fallut dès 1703 y renoncer, et donner à la colonie un nouveau päcte social explicatif des devoirs et des droits des colons. Plus tard le gouvernement anglais jugea à propos de revenir sur la concession de ce fief, qui fut transformé en colonie royale. En 1720 on la divisa en Caroline du Nord eten Carolinedu Sud; et depuis le divorce effectué entre les colonies anglaises de l'Amérique du Nord et la mère-patrie, ces deux provinces

se sont rattachées à l'Union américaine, dans laquelle elles forment deux États indépendants.

CAROLINE DU NORD, l'un des États composant l'Union américaine, borné au nord , à l’ouest et au sud par les États de Virginie, de Tennessée et de la Caroline du Sud, et à l’est par l'océan Atlantique, occupe une superficie de 2,063 myriamètres carrés. A l'ouest, sur les frontières du Tennessée, où il est traversé par les Montagnes Bleues (voyez AraLacnes), le sol en est montagneux ; mais à l’est, c'est-à-dire dans sa plus grande partie, il est uni, et devient tout à fait plat près des côtes, où l’on trouve beaucoup de marais et de steppes sablonñeuses et pas un seul bon port, Les récoltes de la Caroline du Nord consistent surtout en blé, maïs, avoine, orge, riz et pommes de terre; le coton n’y produit guère plus de 30,000 balles par an. En fait de richesses minérales, c’est le fer, mais surtoutl’or qu’on exploite. Un chemin de fer central, terminé en 1856, traverse tout l'Etat du nord au sud.

La population était en 1860, de 992,667 habitants, dont 331,081 esclaves et le reste libre et d’origine anglaise; en 1870 elle s'élevait à 1,032,500 habitants libres, les esclaves ayant été affranchis après la dernière guerre. La consti- {ution de cet État est celle des autres États de l'Union. Le pouvoir exécutif est aux mains d’un Souverneur élu tous les deux ans, assisté d’un conseil de sept membres. Le pouvoir législatif est exercé par une assemblée. Outre divers lycées appelés académies, on y trouve un séminaire théologique anglican et une espèce d'université, le North-Carolina Institute, situé à Chapel-Hill. Le chef-lieu de cet Etat est Raleigh, sur la Neuse, avec 6,000 habitants. Les seuls ports un peu sûrs sont Wilmington, et Beaufort, centres commerciaux assez importants.

En mai 1861 la Caroline du Nord se sépara de l’Union américaine et nomma des délégués au congrès du Sud ; toutefois les comtés de l’ouest protestèrent contre cette décision, et durant toute la guerre l’État, tiraillé entre les deux partis, eut deux gouverneurs, l’un fédéral, l’autre séparaliste. Une expédition hardie de Butler livra le fort Halteras (18 août 1861) aux gens du Nord; une seconde, conduite par Burnside, les mit en possession de l'ile Roanoke et du port fortifié de Newbern (10 févriér et 15 mars 1862). L'intervention de Lee en 1863 obligea à la relraile les fédéraux qui durent se borner à occuper les côtes jusqu’en 1865, où la marche victorieuse de Sherman à travers la Caroline du Nord décida de la soumission définitive de cet Etat.

CAROLINE DU SUD), l'un des États composant l'Union américaine du Nord, situé entre la Caroline du Nord et la Georgie, comptait, en 1860, 703,708 habitants, dont 402,406 esclaves; le recensement de 1870 estime la population totale à 720,000 âmes. Vers la côte, c’est un pays tout à fait plat; au centre, il est sablonneux, et il s’élève sensiblement à l’ouest; mais au total il est bien arrosé. Les produits du pays sont très-variés et consistent en coton, riz, tabac, indigo, sucre, maïs, elc.; mais les deux premiers font sa principale richesse, le riz surtout, dont il exporte des quantités supérieures à celle de tous les autres États réunies. À la tête du pouvoir exécutif est placé un gouverneur dont les’fonctions durent deux ans, terme à l'expiration duquel on procède à de nouvelles élections. La puissance législative appartient à l'assemblée générale, composée du sénat et de la chambre des députés. La capitale de l'État est Columbia, mais sa ville la plus peuplée est Charleston.

La Caroline du Sud n’eut pas, lorsque la guerre éclala en 1861, les hésitations de celle du Nord : non-seulement elle l'avait devancée en proclamant sa séparation dès le 27 décembre 1860, mais elle prodigua au service de la cause esclavagiste ses hommes et ses trésors, Mise à l'abri des opérations militaires par sa position géographique, elle ne fut

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