‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 377 sur 556 · CARRÉ · texte numérisé non relu

CARRÉ

à ces angles, ou plutôt à ces pans, l'artillerie de l'infanterie.

L'ordonnance du 1°" janvier 1766 commence à prescrire le carré, tel à peu près qu’il a été le plus généralement exécuté depuis. Le règlement du 1° juin 1776 donne à cette manœuvre un développement mieux entendu; il l'emploie comme évolution de ligne, imitant les six rangs du carré prussien, L’ordounance d’exercice du 20 mai 1788 rédigée par le conseil de la guerre, et reproduite dans l’ordonnance de 1791, suit les mêmes errements et achève d'améliorer les principes prussiens. Ces principes étaient cependant en 1788 loin encore de la perfection, ainsi que le prouvent Mauvillon et Mirabeau, puisque la tactique prussienne ne formait en général le carré qu’en pliant une ligne d’un ou de deux bataillons, comme on plierait en carré une corde dont on approcherait bout à bout les extrémités. Ce principe avait pour objet de n’intervertir nulle part Pordre naturel numérique des pelotons ; mais c'était une attention puérile occasionnant une perte de temps considérable : en effet, il s’agit dans la formation des carrés, non de conserver cette hiérarchie numérique, mais d’unir la simplicité de l’exécution à la rapidité de la transformation, et de tirer le parti le plus utile de tous les hommes de rang qu’on a sous la main. Il

* s’agit surtout d’approprier la manœuvre du carré aux or-

dres parallèle, perpendiculaire, oblique, échelonné ; d’appliquer l'emploi du carré, ou plutôt des carrés, aux pays de plaines découvertes, et de garnir le terrain de redoutes vivantes , flanquées, inabordables, en état de braver un ennemi qui, riche en cavalerie, ne serait pas supérieur en artillerie : telle est, en 1813, l’image de la bataille de Lutzen.

La tactique française et la guerre de 1792 ont résolu le prohlème des earrés modernes. Ce genre de combat contre la cavalerie s’est simplifié; et l’on en peut formuler comme il suit le système : former d’une troupe d’infanterie de dimension moyenne une colonne demi-ouverte ou à quart de distance pour les carrés à trois ou à six rangs ; en renverser la queue, en tourner la face en dehors des flancs, en faisant mouvoir d’une manière divergente et par deux conversions embataillantes, chaque demi-subdivision de la colonne; prendre par là une forme équilatérale ou la forme d’un parallélogramme; rétablir avec la même promptitude la forme primitive de la colonne, et parvenir, au moyen de renversements et de conversions, à mouvoir cette citadelle ambulante, vers l'aspect du front, ou de la queue, ou des flancs. Un système de marche de carré a été essayé, mais n’a pas pris racine dans notre tactique ; autrefois on le mobilisait au moyen de signaux de tambours. Ainsi, la batterie aux champs, exécutée en avant d’un des quatre fronts, indiquait qu’il fallait prendre cet aspect, et marcher de ce côté. Un roulement au centre du carré transformait de nouveau en colonne le carré, et servait eomme de commandement pour exécuter des conversions inverses de celles qui avaient produit le carré. Ce moyen de faire manœuvrer le carré au son de la caisse était excellent. Frédéric IX, dans les grandes manœuvres de Potsdam, formait souvent de la réunion de deux ou quatre bataillons sur trois rangs des carrés vides équilatéraux ; dans les marches de ligne en retraite, ilse servait de ces carrés comme d’un moyen de défense centrale : il les encadrait dans une enceinte défensive formée des compagnies de ses bataillons de grenadiers, la manœuvre de retraite se continuant en échiquier, tandis que le carré tenait ferme. Ainsi le Carré prussien était quelquefois à trois rangs, quelquefois à six rangs; mais ce n'était pas un ordre général de ligne, ni un moyen de résistance opiniâtre sur place, comme il l’est de- Yenu depuis. A Waterloo les carrés anglais m’étaient qu’à deux rangs. Les carrés sont ordinairement à aspects anticentriques ou faisant face en dehors ; cependant on en forme aussi à aspects centriques ou dont les files regardent en dedans ; ainsi, une troupe se plie quelquefois en carré face en dedans, soit pour écouter l'ordre, soit pour être témoin d’une

cérémonie de réception, de la dégradation d’un condamné, etc. Plusieurs auteurs modernes ont proposé quelques modifi-

| cations au système des carrés ; M. le général Pelet surtout

s’en est occupé. Un document de 1828, intitulé Supplément au règlement de 1791, prescrivait les carrés par bataillon, les carrés obliques, etc. 11 donnait une dénomination à chaque face de carré; la première était celle que formait le front

| avant qu’on ne rompit; la troisième, celle qui était à l’op-

posé ; la seconde, celle à droite du front , etc. Ce document imposait, sans qu’on en sente trop la nécessité, un commandant à chaque face. L’ordonnance du 4 mars 1831 a donné force de loi aux dispositions du document de 1828; elle a appelé division, mot assez mal trouvé, ce qu’elle aurait dû nommer face et distingué numériquement ces faces , comme en 1828. Elle fait exécuter le carré sur trois rangs par un, deux ou trois bataillons au plus ; elle abolit le carré sur six rangs, que prescrivait le règlement du {°° août 1791 ; elle institue un ordre en carré échelonné à soixante pas de distance ; elle tient en réserve dans l’intérieur du carré une ou deux divisions de bataillons, ce qui y occasionne un encombrementplus nuisible que cette réserve n’eût pu être profitable pour boucher les trouées ; elle subordonne enfin à un chef debataillon chacun des côtés longs du carré. Le plus ancien commande la face de droite. Un bataillon formé en carré est mis en marche par le commandement : Formez la colonne ; il redevient ainsi colonne par division à derri-distance ; mais la quatrième division à ses serre-files devant elle. Le carré se forme ordinairement par transformation d’une colonne par division , mais dans un cas pressant une colonne par peloton se carre également. L'usage s’opposait à ce que la garde du drapeau fit feu; l'ordonnance du 4 mars 1831 revient sur cette disposition. G*! BaRDIN.

CARRE ( Guizzaume-Louis-JULIEN) , jurisconsulte, naquit à Rennes, le 21 octobre 1777. Après avoir combattu sous le drapeau national , il étudia les lois, et c’est aux lois sur la procédure qu’il s’attacha de préférence ; il les enseigna d’abord dans des leçons particulières, en même temps que la profession d'avocat qu’il exerçait avec succès lui fournissait une occasion naturelle d'appliquer les théories qu’il avait démontrées. Personne ne sut mieux que lui allier les études sédentaires du théoricien avec l’activité nécessaire au barreau. Indépendamment des causes civiles dans lesquelles les clients étaient jaloux de l’avoir pour défenseur, il était chargé de presque toutes les causes criminelles importantes , soit devant les tribunaux ordinaires, soit devant les conseils de guerre. En l’an x1 il fut nommé membre du comité consultatif des hospices, et en l’an xn du comité de jurisprudence charitable. Lorsque l’école de Rennes fut réorganisée sous la direction de Lanjuinais, Carré fut appelé à la chaire de procédure ; il devint le collègue et l'ami du savant Toullier, qui déjà professait dans la même faculté le cours de droit civil. Tous ceux qui ont suivi les cours de Carré conservent de précieux souvenirs de ces leçons où le savoir s’alliait à une extrême bienveillance. Dans sa chaire, il aimait à se voir entouré de ses élèves, qu'il appelait ses enfants , et ceux-ci, par réciprocité, lavaient surnommé le bon père Carré. I1 semble, dans de telles conditions, que Carré aurait dû vivre heureux : il n’en fut pas cependant ainsi. À la mort de son père, qui ne lui avait laissé que des dettes, il contracta , pour conserver intacts un nom et une mémoire qui lui étaient chers, des engagements considérables, comptant trop sur son travail pour les remplir ; mais son travail ne répondit qu’en partie à ses espérances, et jusqu’à sa mort il vécut malheureux. En 1830 il crut un moment que les dignités de la magistrature viendraient lui assurer au moins pour la fin de ses jours une position honorable et fixe; les vœux unanimes de la Bretagne l’appelaient à la première présidence de la cour de Rennes où à la cour de cassation. Cette dernière place lui fut promise, mais le pouvoir ne tint pas ses promesses. Carré s'en revint à

Rennes le cœur navré; la déloyauté des hommes l’accabla ; {1 sentit défaillir son courage, et ne put résister à la douleur amère qu’il éprouva. Il mourut le 14 mars 1832.

Parlons maintenant de ses travaux. Son premier ouvrage fut une Introduction à l'Etude du Droit. En 1808 il publia un Code sur la Voirie; en 1811 il édita son Analyse de la Procédure civile, qu'il fit suivre, en 1818, de ses Questions sur la Procédure. Quelque temps après il mit au jour un Code administratif et judiciaire des Paroisses ou Gouvernement des Paroisses, matière difficile et peu connue, qu'il sut assujettir à une méthode qui a fait de ce livre un ouvrage classique. En 1821 les deux ouvrages sur la procédure étant épuisés, il les refondit pour en former un traité complet, qu’il intitula : Lois de La Procédure Civile, et qui fait autorité dans la science et dans les tribunaux ; six ans après, une seconde édition parut, en 3 vol. in-4°, et au moment de sa mort il faisait imprimer un quatrième volume. En 1825, c’est-à-dire dans l’intervalle de ses deux éditions des Lois de la Procédure, il avait publié un ouvrage à propos duquel M. Dupin lui écrivit : Exegisti monumentum. Nous voulons parler des Lois d'Organisation et de Compétence, matière aussi vaste et difficile qu’intéressante. En 1829 il publia un nouvel ouvrage, auquel il songeait depuis longtemps, sous le titre de Droit Civil Français dans ses rapports avec la juridiction des juges de paix, matière encyclopédique, dans laquelle il sut rester élémentaire sans cesser d’être doctrinal, savant sans perdre de vue l’utilité pratique. L’imagination a peine à comprendre qu’un homme ait accompli de pareils travaux et ait pu les mettre à fin, au milieu des occupations si remplies du professorat et du barreau ; encore n’avons-nous point parlé des articles importants qu’il fournit à l'Encyclopédie Moderne. Les travaux de Carré resteront toujours comme un monument de conscience, de savoir et de talent. Les plus grands suffrages, les plus imposantes autorités de la science, les ont appréciés : que dire de plus, quand on saura que Toullier, le Pothier moderne, avait désigné Carré comme le continuateur de son immortel ouvrage sur le droit civil, Carré, déjà l'ami du célèbre jurisconsulte, se trouvait heureux d'être associé à ses travaux; il travaillait avec ardeur à 2ette œuvre, et allait en faire paraître les premiers volumes, quand la mort vint l'arrêter. E. pe CHABRoOL.

CARREAU. On désigne par ce mot, dans les arts, plusieurs objets de forme carrée, et qui servent à des usages fort différents. On a même souvent conservé le nom de carreaux à des objets qui, quoiqu'ils aient perdu leur figure primitive, pouvaient en prendre une plus ou moins éloignée du carré, mais toujours régulière. Ce mot, dans son acception la plus ordinaire, est employé pour désigner des pavés plats en marbre, en pierre ou en terre cuite, dont on fait usage pour couvrir l’aire ( plancher ) des appartements, des vestibules ou des églises. Lorsque l’on emploie des carreaux de couleurs variées, l’usage est de laisser la forme carrée au pavé de marbre de couleur, et ordinairement noir, qui remplit les intervalles laissés par les carreaux octogones en pierre blanche. Les carreaux en terre cuite sont ceux dont on fait le plus grand usage; ceux de forme carrée ne servent maintenant que pour carreler l’âtre des cheminés, ainsi que les cuisines , les offices ou autres salles basses. Les carreaux hexagones sont employés pour carreler ordinairement les chambres. On en fait de deux dimensions : ceux de petit moule étaient autrefois beaucoup plus en usage, ils ont 0,108 de diamètre; 80 couvrent une superficie d’un mètre carré, Maintenant on se sert beaucoup plus du carreau de grand moule, qui a 0,162 de diamètre; 40 suffisent pour couvrir un mètre carré,

Cette espèce de carreau se fait avec un mélange de terre glaise et de sable. Pour que ces carreaux soient de bonne qualité, il faut que la terre subisse différentes préparations pendant une année avant d'être employée. Il est nécessaire

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