CARREAU — CARREL
raier âge (croûte laiteuse, suintement d'oreilles, teigne, petite vérole, rougeole, scarlatine, etc.). Les influences plus ou moins permanentes qui jettent le trouble dans les fonctions nutritives sont : un air habituellement humide, le séjour dans des lieux bas et obscurs ou marécageux, dans les habitations mal exposées ou dans des quartiers resserrés des grandes villes, l’entassement d’un très-grand nombre d'enfants mâigents dans ies établissements de charité, les aliments de mauvaise qualité ou trop substantiels, trop abondants, surtout l'abus des farineux, l'usage du pain mal cuit, mal fermenté, des fruits verts ou à demi mûrs, du laitage, des gâteaux non levés, du vin nouveau, des liqueurs spiritueuses aigres et des eaux de neige, de glace ou de celles qui traversent des sols gypseux ; enfin l'absence des soins de propreté, et le défaut de vigilance des mères ou des nourrices.
Dès que l'enfant paraît perdre sa vivacité ordinaire, qu'on le voit devenir pâle, triste et languissant, que les digestions se dérangent, lorsque l'appétit diminue, si le ventre murmure, devient boufli, tendu, surtout le soir, si l'urine est blanchâtre et les déjections liquides, c’est alors la première période ou celle d’invasion de la maladie ; il faut s'empresser de recourir aux conseils, à la vigilance des hommes de l’art, et observer scrupuleusement toutes les règles hygiéniques qu’ils associent au traitement. L. LAURENT.
CARREAU (Zoologie), genre de mollusques établi par Denis de Montfort, et que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de pyrule. Carreau est encore le nom vulgaire de l'hirondelle de rivage et de quelques espèces du genre carpe. Les pêcheurs le donnent aussi aux gros brochets.
CARREAU (Art militaire), flèche de 1,60 à 2”, de long, et qui n’était employée qu'avec l’arbalète, surtout avec celle de grande dimension, dite arbalète de passe, ribaudequin, ou plus anciennement espringale, dont on ne faisait usage que dans les siéges. Son nom, d’après Barbazan et Roquefort, dérive du bas latin carellus, quadrellus, dont les Italiens ont fait quadrella, quadrello, indiquant la forme du fer dont l'extrémité de ce trait était armée, forme, non pas carrée, comme on l’a dit, mais pyramidale, à base carrée. Court de Gébelin est d’un avis différent ; il tire carreau ou garrot et tous leurs synonymes, du latin verutum, javelot. L'Encyclopédie le fait venir du gaulois garra, qui aurait produit les anciens termes latins, le mot français garot, en latin barbare garottus.
11 y a eu des dards à main, en forme de carreaux ; mais ici le mot est pris comme une arme de déclic et comme un gros trait de grande arbalète, de catapulte et de bombarde; cependant Du Cange dit que l'infanterie française tirait quelquefois des carreaux avec l'arc. Il y avait aussi des carreaux à fer barbelé. La verge ou hampe du carreau était ordinairement empennée d’airain , au lieu d’avoir des ailes de plume, comme les flèches. L’ordonnance de 1285 voulait que les sergents d’armes eussent le carquois garni de carreaux. Fauchet fait mention de carreaux d’acier tirés avec les arquebuses à rouet. Rigord parle de carreaux empennés , soit qu’il y en eût qui ne le fussent pas, soit pour les distinguer de ceux qui étaient garnis d’airain au lieu de plumes, soit parce que le mot quadrellus signifiait peutêtre fer de flèche, et que quadrellus pennatus signifiait la totalité du fer et de la hampe.
Pierre Borel donne un sens fort différent au mot carreau : suivant lui, on appelait quarreaux des pierres que lançaient les mangonneaux; il n’en était porté qu’une seule sur chaque char, à raison de la pesanteur de ce genre de projectile. G*! Bar.
On peut supposer que les carreaux de notre jeu de cartes ont pris leur nom du fer de ces longues flèches dont ils rappellent imparfaitement la forme. Ce qui est plus certain, c’est qu’on a fait dériver de là le nom de carreaux appliqué aux traits de la foudre dans Rabelais, Marot, La Fontaine et ses contemporains.
CARREAU ELECTRIQUE, ou CARREAU FULMI- NANT. C'est un carreau de verre enduit des deux côtés d’une couche métallique et pouvant servir aux expé riences que l'on fait avec la bouteille de Leyde.
CARRÉ DE L'HYPOTÉNUSE. Voyez Hypor ÉNUSE.
CARRE D'INFANTERIE. Voyez Canné (Art mililaire).
CARRÉE (Racine). Voyez RAGNE et Carré ( Mafhmatiques ).
CARREFOUR. « C’est proprement , dit Nicot, un en droit ès villes ou villages où quatre rues se rapportent et font teste ou quarré l’une à l’autre. Ce mot vient de quarré et Jourc, ou bien de quatre et fourc , ce qui se rapporte plus à l’essence de la chose, estant proprement appelé quarre four l'endroit et place où quatre fourcs sont teste à teste; et pource que telles places et endroits sont pour la pluspart en quarré, on prononce quarrefour pour qualre fourcs. » Et le même auteur explique ainsi le mot f'ourc : « C’est toute chose qui fait un angle aigu : ainsi dit on Je Jfourc d’un arbre, des doigts, d’un chemin, des rues , d’où vient ce mot quarre fourc, par composition de quarré et fourc. De ce mot sont dérivez fourches et semblables. » Dans une traduction française de Polydore Virgile, imprimée, en 1521, on lit : « Maïs les Athéniens non encore assemblés en leurs villes, les jeunes enfants, comme témoigne Varro, à l’entour des villaiges, bourgs et carrefourcs, chantoient dictz et solemnisoient les festes par aucuns gestes, parquoy la comédie commencea à pulluler et à venir en sa fleur. » On trouve encore dans le roman de Zancelot du Lac : Illec dessus a ung QUARRE FOURC de sept voyes; et nous voyons dans un dictionnaire latin-français manuscrit du treizième siècle le mot latin {heätrum expliqué par carrefourc. Outre l’origine de ce mot, qui se trouve éclaircie par ce dernier exemple, c’est une preuve nouvelle de l’usage déjà connu dans lequel furent longtemps en France les baladins, acteurs ambulants, et pèlerins joueurs de mystères, de s’établir sur les places et carrefours, d’y élever leur tréteau, et d’y offrir au peuple, qu’ils appelaient à son de trompe, leurs représentations mystiques. C’est aussi dans les carrefours que les crieurs publics avaient soin de se rendre pour annoncer les nouvelles ordonnances qu’ils étaient chargés de faire connaître aux habitants. Certains carrefours de Paris ont servi pendant longtemps de lieux de supplice. Le Roux DE Lincy.
CARREL (Armann), fut l’un de ces hommes qui n’ont point d’ancêtres et qui ne laissent point de postérité. Leur nom s'élève, brille et s'éteint avec eux , pareil à ces météores qui dans la nuit illuminent l’horizon, et puis qui s’effacent. Soldat de l’armée , sans qu'il reste de lui une victoire; soldat de la presse, sans qu’il reste de lui un ouvrage. Cependant, il a été plus célèbre que des généraux et que des écrisains, Il a combattu vaillamment de la plume et de l'épée. Mais son étoile a päli au moment où elle semblait le guider vers des destinées plus fixes et plus heureuses. Sa renommée n’a été que circonstancielle. Encore quelques années, encore quelques flots de ce grand courant du temps qui nous emporte tous, et Carrel ne restera plus que dans les feuillets déchirés de nos révolutions orageuses; il ne vivra plus que dans la mémoire de ses amis, mémoire tendre et fidèle, qui ne l’oubliera jamais (1), car ce fut un noble cœur, un chevaleresque caractère, un admirable écrivain.
(1) On Jit pourtant dans les Mémoires d’outre-tembe de Chateaubriand ( tome XI, pages 390 et 391 ) :
« Carrel, qui se souvient de vous? Les médiocres et les poltrons, que votre mort a délivrés de votre supériorité et de leur frayeur, et moi, qui n'étais pas de vos doctrines. Qui pense à vous? Qui se souvient de vous? Je vous félicite d'avoir d’un seul pas achevé un voyage dont le trajet prolongé devient si dégoûtant et si désert , d’avoir rapproché le terme de votre marche à la portée d’un pistolet, distance qui vous a paru trop grande encore et que vous avez réduite en courant à la longueur d'une épée.
« l'envie ceux qui sont partis atant moi : comme les soldats de
Carrel naquit à Rouen, le 8 mai 1800, d’une famille commerçante. Son père était légitimiste. Une irrésistible vocation le poussait vers la carrière militaire. Admis à l’école de Saint-Cyr, bon élève, mais libéral, il s’aftira, par la hardiesse de ses théories , l’animadversion de ses chefs. Le commandant de l’école lui ayant dit un jour qu'avec des opinions comme les siennes , il ferait mieux de tenir l’aune dans la boutique de son père : « Mon général , lui répondit Carrel, si jamais je reprends l’aune, ce ne sera pas pour mesurer de la toile. » Passionné pour la littérature, il s’enflammait au récit des grandes guerres de la révolution, et le nom héroïque des Kléber, des Marceau et des Hoche, venait à chaque moment se placer sur ses lèvres. Il rêvait de gloire et encore plus de liberté. Sous-lieutenant au 29° régiment de ligne, en garnison à Neuf-Brisach, il prit part à la conjuration de Colmar, qui échoua misérablement ; mais, par fortune, il ne fut ni découvert ni inquiété. Peu de temps après, et venu à Marseille avec son régiment, il fit ses premières armes dans la presse, et s’attira les réprimandes douces et paternelles du baron de Damas, son général; mais rien ne put faire fléchir la conviction de ce ferme caractère. La guerre de 1823 s’ouvrait. Carrel, entratné, moitié par ses opinions, moitié par son goût pour les aventures chevaleresques, donne sa démission, s’embarque pour Barcelone sur un bateau pêcheur, et s’incorpore dans le bataillon français du régiment de Napoléon II. Carrel s’y fit distinguer par son bouillant courage et par la précision de son coup d’œil. Inhabilement engagé dans l’échauffourée de Mataro, où le général Milan fut obligé de lever le siége et de se retirer devant nos soldats avec ses troupes battues et en déroute, Carrel courut les plus grands dangers; il faillit y périr, ayant, malgré les instances pressantes de ses amis, refusé de quitter la cocarde tricolore. Réduit presque aux dernières extrémités de vivre, sans solde d’ailleurs et sans argent, il supporta sa mauvaise fortune avec un calme insouciant; il dévorait la lecture de nos classiques, et comme Paul-Louis Courrier, il tenait l'épée d’une main , et de l’autre Virgile. Son caractère se trahissait par des mots et des actions énergiques. Le colonel italien de sa légion, ayant vu ses troupes se débander, courut sur elles en criant : « Français, vous fuyezl — Vous en avez menti, lui riposta Carrel : les Français ne fuient pas! » Et Carrel s'étant mis en défense contre le colonel, qui marchait sur lui le sabre levé, celui-ci lui serra la main, et devint son ami. Peu après, frappé d’un coup mortel : « Je vous recommande, dit-il en mourant, ce brave et noble jeune homme. »
Battue à Lers, après des fatigues inouies et une lutte sanglante et désespérée , la légion étrangère capitula, et Carrel, ainsi que tous les officiers français, ayant été compris dans la capitulation, se trouva le prisonnier du baron de Damas , son ancien général. La capitulation, dans ses ter-
César à Brindes , du haut des rochers du rivage je jette ma vue sur la haute mer, et je regarde vers l'Épire sije ne vois point revenir les vaisseaux qui ont passé les premières légions pour m'enlever à mon tour,
« Après avoir relu ceci en 1839, j'ajouterai qu'ayant visité en 1887 la sépulture de M. Carrel , je la trouvai fort négligée, mais je vis une croix de bois noir qu'avait plantée auprès du mort sa sœur Nathalie. Je payai à Vaudran, le fossoyeur, dix-huit francs qui restaient dus pour les treillages; je lui recommandai d'avoir soin de la fosse, d'y semer du gazon et d'y entretenir des fleurs. A chaque changement de saison je me rends à Saint-Mandé pour m'acquitter de ma redevance et m'assurer que mes iutentions ont été fidèlement remplies (*). »
(*) Regu du fossoyeur. J'ai requ de M, de Chateaubriand la somme de dix-huit francs qui restait due pour le treillage qui entoure la tombe de M, Carrel
Saint-Mandé , ce 21 juin 1838, Pour scquit, VauDRAx,
Reçu de M, de Chateaubriand viagt francs pour l'entretien du tombeau de N, Larrel à Saint-Mandé,
Paris, ce 28 septembre 1839, Pour acquit, Vaubaaw, ( Note du Rédacteur en chaf. )