‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 380 sur 556 · CARREL · texte numérisé non relu

CARREL

mes et dans son post-scriptum , couvrait les officiers fran çais comme les autres. Cependant ils furent traduits devant un conseil de guerre et jétés en prison. Le conseil s'était déclaré incompétent, sur le motif que les prisonniers n’étaient plus militaires français au moment de leur capture. La cour de cassation annula ce jugement. Carrel prévit que sa condamnation à mort allait s’ensuivre , et par l’un de ces mouvements de générosité qui lui étaient naturels : « Je voudrais mourir pour eux , dit-il en montrant ses coaccusés à leurs défenseurs. » Maltraité dans sa prison, il faisait partout éclater son beau caractère. « Je ne plains que mes camarades. Moi, je sais me plier à tout. » Ces longues heures d'emprisonnement ne furent pas perdues pour Carrel, qui lisait, écrivait, méditait et amassait des trésors d'étude et de littérature. — Carrel fut renvoyé devant le conseil de guerre de Toulouse. Défendu par le célèbre Romiguières , il fut acquitté, aux applaudissements de tout l'auditoire et des militaires eux-mêmes, que son langage franc et intrépide avait profondément émus. Plus tard, et lorsque l’un des officiers royalistes quiavaient assisté à la capitulation de Lers, et s'étaient intéressés en faveur des Français, fut, à son tour, et en 1833, victime d’une autre réaction politique, en sens inverse, Carrel, appelé comme témoin, prononça de ces mots généreux qui enlèvent un acquittement et qui font battre les nobles cœurs. L’officier vendéen lui dut la vie.

Carrel, brisé dans sa carrière militaire, voulut étudier le droit. Mais cet homme, dont le mérite littéraire fut si original et si grand, n’était pas bachelier ès lettres ! I1 fallut y renoncer. La carrière commerciale ne lui fut pas ouverte, et d’ailleurs ne lui convenait pas. Un historien distingué le prit pour secrétaire. Ce fut à cette époque que commencèrent ses travaux politiques. Il écrivit pour la collection Lecointe le Résumé de l'Histoire d’Ecosse et le Résumé de l'Histoire de la Grèce moderne. Il rédigeait des articles dans la Revue Américaine, Le Constitutionnel, le Globe, la Revue Française, Le Producteur. Xl publia son Histoire de la Contre-Révolution en Angleterre. Ce fut Carrel qui, impatient de la mollesse des autres journaux, et pressé du besoin d’attaquer, eut l’idée de fonder Le National, conjointement avec MM. Thierset Mignet. Chacun deux devait avoir pendant un an la direction suprême du journal. M. Thiers, l’atné des trois fondateurs, prit et conduisit avec éclat les rênes du National jusqu’à la révolution de 1830. Lorsqu'elle éclata, Carrel s’éleva le premier de tous, et protesta contre les ordonnances de Juillet. « La France, disait-il dans sa fameuse protestation, puisera dans le sentiment de son devoir le courage nécessaire pour persévérer dans la défense de son droit. »

Les trois fondateurs du National furent bientôt emportés par des fortunes diverses. MM. Thiers et Mignet passèrent dans le nouveau gouvernement. Carrel, envoyé en mission dans l'Ouest, fut, à son retour, nommé préfet du Cantal ; on lui proposa aussi de l'avancement militaire. Il refusa les deux propositions, 11 reprit, comme rédacteur en chef, la direction du National, et le constitua comme l'organe le plus vigilant, le plus ferme, le plus éclatant de la démocratie. Les théories de Carrel étaient toutes radicales. Selon lui, le suprême magistrat devait être électif et responsable, la seconde chambre élective, la liberté de la presse inviolable. Selon lui, les réformes politiques sont le seul moyen logique, régulier, sûr et légitime, de décider les améliorations sociales. Plein d'ardeur militaire, il voulait briser le frein des traités de 1815 et agrandir le cercle de la France, dans lequel elle étouffait. Armand Carrel respire l'esprit guerrier. Son caractère énergique se révélait à chaque ligne de sa polémique , à chaque action de sa vie. Lorsqu'il engagea avec C. Périer sa lutte ardente contre l'arrestation préventive des journalistes, il termina ainsi : « Tout écrivain pénétré de sa dignité de citoyen opposera la loi à l'illégalité et la force à la force : c’est un devoir, advienne que pourral »

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