CARUS — CARVAJAL
faire des scarifications pour leur faire exécuter quelques mouvements et proférer quelques plaintes. Lorsqu'on leur parle à haute voix, qu’on les remue et qu’on les tourmente, ils ouvrent quelquefois les yeux, sans voir, sans entendre ; ils ne répondent point aux questions qu’on leur fait, retirent les membres, ét retombent aussitôt dans le même état. Le carus s'observe dans l’apoplexie ; il ne faut pas le conwondre avec le com à , symptôme des fièvres malignes et ataxiques. Le carus est lui-même un symptôme très-grave sorsqué le pouls est dur et la respiration stertoreuse. L, LaureNT.
CARUS (Marcus-Aurezius) naquit en Illyrie, d’un père africain et d’une mère noble romaine. Quoique soldat, son éducation ‘avait été très-cultivée ; :quoique sénateur, il se trouvait revêtu de la première dignité de l’armée, car il était préfet du prétoire. Après la mort de Probus (282) il fut proclamé empereur par les légions. Malgré la justice sévère qu’il exerça contre les assassins du prince auquel il succédait, il fut soupçonné d’avoir trempé dans ce crime. Il avait environ soixante ans lorsqu'il prit la pourpre, et ses deux fils Carinns et Numérien étaient déjà parvenus à l’âge d'homme. Il leur conféra aussitôt le titre de Césars. Cependant les barbares, croyant l’occasion favorable, avaient recommencé leurs incursions. Les Sarmates se préparaient à envahir la Thrace et l'Italie: Il marcha à leur rencontre. Ilen tua seize mille-et fit vingt mille prisonniers. Après cette victoire mémorable, Carus voulut mettre à exécution la campagne ! que: Probus avait projetée ‘contre les Perses. Il°se mit en marche au cœur de lhiver, et traversa rapidement la Thrace et l'Asie Mineure. À son approche ,le roi Varanes ou Bahram essaya de l'arrêter par des négociations; mais ikne put y réussir. L'empereur ravagea la Mésopotamie , renversa tout ce qui s’opposait à son passage, se rendit maître de Séleucie et de Ctésiphon ,-et porta ses armes victorieuses au-delà du Tigre. Rome et l'Orient reçurent avec transport la nouvelle d’unsi grand succès. Déjà l’adulation et la confiance présomptueuse annonçaient:la chute de la Perse ; la conquête de PArabie et la tranquillité de empire, à jamais délivré des incursions du peuple scythe,. quand on apprit tout d’un coup la mort de l’empereur. Suivant les uns, il avait succombé à la maladie; suivant d’autres, il avait été foudroyé dans sa tente. C'était à la fin de l’an 283. Auguste SAVAGNER!
CARUS (CnarLes-GusrAve), physiologiste allemand, né le 3 janvier 1789, à Leipzig, était le fils d'un teinturier. Après avoir étudié la chimie pour diriger l'établissement de son père, il suivit des cours de médecine, prit en 1811 le grade de docteur et enseigna l’un des premiers l’anatomie comparée, science que Cuvier venait de créer. Appelé en 1815 à Dresde, it y fut chargé de la clinique d’accouchement et occupaen même temps l’une des chaires de PAcadémie médico-chirurgicale. En 1827 il devint médecin de la cour, charge qu’il conserva jusqu’à sa mort, arrivée à
“la fin de juillet 1869. Il était alors depuis dix ans correspondant de notre Académie des sciences.
Carus a écrit de nombreux ouvrages, les uns scientifiques, les autres relaiifs à la philosophie, aux arts ou aux lettres. Parmi les premiers nous citerons: Traité d’anatomie comparée (Leipzig, 1818, gr. in-8; Vienne, 1834, 2 vol. et atlas), traduit en anglais et en français: Traité de gynécologie (Leipzig, 1820, 2 vol. ; 4e édit., 1855); Tableaux d'anatomie comparée (ibid., 1826-1855, 9 livr. in-fol.), magnifique recueil fait en collaboration avec Otto et d’Alton, et dont le texte a élé aussi publié en latin; de la Circulation du sang chez les insectes (1827), mémoire couronné par l’Académie française des sciences; Principes d'anatomie comparée et de physiologie (Dresde, 1828, 3 vol.); Système de physiologie (1838-40, 3 vol.), réimprimée en ‘1849; Principes de crânioscopie (Sluttgard,
1841), avec un atlas; des Diverses fermes de la main .
chez différentes personnes (1846); de l'Inégalité des qualités intellectuelles chez Les différentes races humaine (1849). Des écrits philosophiques de Carus les plus remarquables sont Psyché (1846) et Physis (1850), histoire du développement de l’âme et de la vie corporelle. Ce savant cultivait avec succès la peinture, et il a laissé quelques tableaux qui, dit-on, ne sont pas sans mérite. Ses Lertres sur le paysage (2e édit., 1854) renferment d'excellentes observations, ainsi que ses récits de voyage, Paris et les bords du Rhin et l'Angleterre et l'Écosse, ce dernier fait, en compagnie du roi de Saxe.
CARVAJAL ( Tomas-José-GonzALEz ), célèbre à bon droit parmi les hommes d'État et les écrivains de Espagne moderne, naquit le 21 décembre 1753, à Séville. Après avoir fait ses études à l’université de sa ville natale et y avoir obtenu le grade de docteur en droit, il se rendit en 1785 à Madrid, à l'effet d’y solliciter un emploi dans l’Amérique espagnole. Maïs les relations qu’il noua avec diverses sociétés savantes de cette capitale l'y fixèrent, et après s'être fait avantageusement connaître dans des cercles élevés par quelques remarquables essais littéraires ou d'économie politique, il obtint en 1790 une place dans le secrétariat des finances pour les Indes, puis fut nommé official dans la même administration pourl’Espagne. En 1795 onle choisit pour intendant des nouvelles colonies fondées tant dans la Sierra Morena que dans l’Andalousie ; et dans l'exercice de ces fonctions il sut se concilier à un haut degré la confiance et l’amitié deses administrés. Toutefois ; le climat de Carolina ne convenant point à Carvajal, il obtint son rappél , et se retira en 1807 à Séville, jusqu’à ce qu’on eût pu trouver une autre place à lui offrir. A peu de temps de là, en 1808, éclata sur tous lés‘points de la péninsule un soulèvement national contre l’usurpation de Napoléon, et Carvajal fut du nombre de ceux qui refusèrent de pactiser avec létranger. Il s'enfuit à Séville, au péril de ses jours, et entra en:1809 dans les rangs de l’armée nationale en qualité d’intendant. Hi fut d’abord attaché à l’armée de Majorque, en 1810 à celle de Valence, eten 1811 à l’armée combinée des quatre royaumes d’Andalousie. Le zèle et l’activité dont il fit preuve le firent nommer en 1812 président de la junte des finances , et l’année suivante secrétaire d'État au ministère des finances.
Au milieu de toutes ses préoccupations politiqueset nationales'il avait conservé un tel amour pour les sciences, qu’il sollicita comme une ‘véritable faveur d’être déchargé de ses hautes fonctions pour êtré nommé directeur des études de San-Isidro. Mais il ne devait pas conserver longtemps cette position, car il ne tarda point à être en butte à la-haine du parti de la restauration. C’est ainsi qu’il perdit sa place et qu’il fut en outre arrêté, parce qu’on lui fit un criine d’avoir créé une cliaire de droit constitutionnel dans l’école placée sous sa direction: En 1815 il fut même interné à Séville. Carvajal y vécut tout entier à l’étude jusqu’à ce que la révolution de 1820 l’eut appelé à reprendre à Madrid ses an ciennes fonctions de directeur des études à San-Isidro. La même année, il fut nommé membre de:la junte de Censure, et en 1821 conseiller d’État. La contre-révolution opérée en
1823 lecontraignit de nouveau à s'éloigner de Madrid, et cene
fut qu’en 1827 qu’il obtint l'autorisation d’y revenir. En 1829 on le chargea de la rédaction de règlements relatifs à l’administration militaire. En 1833 il fut nommé: membre du conseil supérieur de la guerre, et en 1834 du conseil des Espagnes et des Indes, division de Ja guerre, -enfin bientôt après pair du royaume. Mais il mourut le 9 novembre 1834.
Comme écrivain Carvajal ne s’est pas seulement fait un nom par ses ouvrages relatifs à l’administration militaire, mais surtout par ses traductions en vers des livres poétiques de la Bible. 11 avait déjà atteint l’âge de cinquante-quatre ans ( 1807), lorsqu'il entreprit ce grand travail ,-et dans ce but il ne reeula pas devant l'étude: de la langue ‘hébraïque. Il la poursuivit courageusement au milieu du tumulte des
ermes, jusque dans les camps; et c’est en marche qu'il traduisit ainsi de mémoire plusieurs livres des psaumes. Les Espagnols regardent cette traduction comme l’un de leurs chefs-d’œuvre en ce genre.
Carvajal s’essaya aussi comme poëte original, prenant surtout pour modèle le tendre Luis de Léon. On a de lui : Los Salmos (5 vol., Valence, 1819; souvent réimprimés depuis ); Los Libros poeticos de la Santa Biblia (6 vol., Valence, 1827 ); et Opusculos inedilos en prosa y verso (13 vol., Madrid, 1847 ).
CARVALHO ( José pa SILVA ), ancien ministre portugais et l’un des plus zélés défenseurs de la charte de dom Pedro, naquit le 19 décembre 1782, dans la province de Beira. En 1800 il alla étudier le droit à Coimbre, où ses principes libéraux lui valurent les persécutions de la police et de l’inquisition; et ce ne fut qu’en 1810, au moment où Masséna menaçait Lisbonne, qu'il obtint une place de juge de première instance. Son rôle politique ne commença qu’en 1814, époque où il fut nommé juiz dos orphaos ( juge chargé de veiller sur les orphelins ), ainsi que rapporteur au conseil de guerre de la province. Le désir ardent de tirer son pays de la situation misérable où il se trouvait le décida, vers la fin de 1817, à entrer dans une conspiration qui aboutit en août 1820 à la révolution d'Oporto. Il fut nommé membre de la régence provisoire proclamée le 24 août, ct plus tard les cortès constituantes réunies en 1821 l’appelèrent à faire partie de la régence instituée en attendant l’arrivée du roi Jean V I. La même année, ce prince le prit pour ministre de la justice. 11 exerça ces fonctions jusqu’à la contre-révolution de 1823. Le triomphe du parti absolutiste le força de passer alors en Angleterre, où il employa tous ses moments à l'étude de la politique et de l'administration. A la mort de dom Jean VI, et quand dom Pedro eut octroyé sa charte, il revint en Portugal, où cependant aucune fonction publique ne lui fut offerte.
L’usurpation de dom Miguel le contraignit à se réfugier encore une fois en Angleterre, où, avec d’autres émigrés, il déploya une grande activité pour faire réussir l'expédition entreprise par dom Pedro, 11 fut désigné pour faire partie du conseil de régence institué par ce prince pour gouverner pendant la minorité de sa fille, et ce fut surtout à ses efforts que l’empereur dut la réussite du premier emprunt conclu à Londres avec la maison Ardoin et compagnie; emprunt sans lequel l'expédition projetée n’eût pu jamais avoir lieu. Carvalho accompagna l’ex-empereur aux îles Açores; et peu après le débarquement de l’armée expéditionnaire en Portugal, il fut nommé directeur de l’administration civile près l’armée, et président du tribunal de la justice et de la guerre. Au mois de décembre 1832, il accepta le portefeuille des finances au milieu des circonstances les plus critiques, contribua à organiser la décisive expédition des Algarves, et donna à dom Pedro l’heureux conseil de confier au capitaine Napier le commandement de la flotte d’expédition, Lorsque enfin Lisbonne ouvrit ses portes aux partisans de dom Pedro, Carvalho, nommé conseiller d’État et président du tribunal suprême de justice, resta en outre chargé du ministère des finances, et y rendit de tels services, qu’une intrigue l’en ayant momentanément éloigné vers la fin de 1835, on dut encore une fois, au bout de quelques mois, lui confier ce département. La révolution opérée le 10 septembre 1836, en faveur de la constitution de 1820 et contre la charte de dom Pedro, lui fit perdre son portefeuille, et il renonça en même temps à toutes les autres fonctions publiques dont il était revêtu. Partisan zélé de la charte, il prit part au malheureux essai de contre-révolution du 4 novembre 1836, et dut aller de nouveau demander asile à l'Angleterre, où il resta jusqu’à ce qu’une amnistie accordée par la reine lui eut permis de revenir dans sa patrie. Mais la haine de ses ennemis réussit alors à le rendre tel-
lement impopulaire parmi la garde nationale et dans la po- !