‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 406 sur 556 · CARVAJAL — CARY · texte numérisé non relu

CARVAJAL — CARY

pulation de Lisbonne, que lors de l’'émeute du 14 juin 1838 il fut assailli par une grêle de pierres, aux cris de mora Carvalho ! Les changements survenus en Portugal en 1842, à la suite de la révolte d’Oporto, lui firent rendre une place dans le conseil d’État. Il est mort le 3 février 1845.

CARVALHO (Marre-CARoLINE MIOLAN), cantatrice française, née le 31 décembre 1827, à Marseille, entra à l’âge de seize ans au Conservatoire du musique, y remporta le premier prix de chant et fit en 1849 une première apparition à l'Opéra sous les auspices de Duprez, dont elle était l'élève favorite. Engagée dans la même année à l'Opéra-Comique elle y obtint un grand succès dans Les Noces de Jeannette, En 1853 elle épousa un chanteur du même théâtre, Léon CARvAILLE, dit Carvalho, né en 1825 dans une de nos colonies. Elle était attachée depuis deux ans au Théâtre-Lyrique comme première chanteuse lorsque son mari obtint le privilège de cette scène (1856); elle y brilla d’un éclat sans rival et joua les principaux rôles dans toutes les pièces qui eurent la vogue, entre autres dans La Reine Topaze et Faust. La faillite du Théätre-Lyrique ayant été déclarée (mars 1868), M"° Carvalho, qui depuis quatre ans ne touchait rien sur ses appointements, fut engagée à l'Opéra et y parut dans les Huguenots et Faust. La voix de cette artiste est très-souple et d’un diapason élevé; elle brille moins par la force que par la grâce et l’agilité.

CARVI. Cette plante de la famille des ombellifères, connue aussi sous le nom de cumin des prés, a joui anciennement d’une grande réputation. Elle est encore trèsrecommandable, à cause des propriétés énergiques de ses semences, qui fournissent en plus grande abondance qu’au. cune autre l’ancienne et célèbre essence de carvi, huile dont on se sert pour parfumer le cosmétique dit huile de Vénus.

Le carvi croît naturellement dans le midi de la France et même aux environs de Paris. Dans les contrées septentrionales on mêle ses semences à la pâte du pain et à celle du fromage,

CARY (Henri-François), littérateur anglais, mort au mois de septembre 1844. A l’âge de quinze ans il se fit connaître par une ode sur les malheurs de la Pologne, où brillait un talent remarquable. Entré à l’université d'Oxford, il s’'adonna avec ardeur à l’étude des langues modernes de l'Europe, et en 1805 il mit au jour une traduction en vers blancs de l'Enfer du Dante. En 1814 il fit paraître sa version de La Divine Comédie entière; mais, quel que fût le mérite de ce grand travail, le public y fit d’abord peu d’attention. Quelques années plus tard, Coleridge ayant eu occasion d’en faire ressortir la supériorité, la traduction de Cary reprit faveur, et elle obtint le rang distingué auquel elle avait droit. Exacte et vigoureuse, elle reproduit, autant que peut le faire semblable contre-épreuve, les mâles et profondes beautés du barde de Florence; les notes qui l’accompagnent attestent une connaissance approfondie de l'histoire et de la littérature italienne au moyen âge. Continuant son rôle de traducteur, Cary fit avec bonheur passer en anglais les Oiseaux d’Aristophane et les Odes de Pindare. On fait un cas particulier de ses Vies des Poëtes Anglais , écrites pour faire suite à celles du docteur Johnson, et de ses Vies des anciens Poètes Français, insérées, sans nom d'auteur, dans une de ces revues si multipliées de l'autre côté de la Manche (le London Magazine). En 1826 il fut nommé aide-bibliothécaire au Musée Britannique, place dont il se démit au bout de six mois. Reprenant ses travaux littéraires, il donna des éditions fort soignées des œuvres poétiques de Pope, de Cowper , de Milton, de Thompson, d’Young, et fit paraître , pour la quatrième fois, son Dante, en y joignant de nouvelles notes. 11 atteignit le terme de ses jours dans sa soixante-cinquième année, et fut enseveli dans l’abbaye de Westminster, dans le coin réservé aux poëtes.

G. BaunEr.

CARYATINDE — CAS

CARYATIDE et CARYES, fête et danse. La fête était célébrée à Carya, en Laconie, en l'honneur de Diane. Carya était consacrée à cette déesse, ainsi qu'aux nymphes Diane y avait une statue en plein air. Des chœurs de jeunes filles formaient une danse inventée, selon Lucien, par Castor et Pollux. Cette danse prit aussi son nom de Caryes, du lieu où elle était en usage. Aristomène, général des Messéniens, enleva un jour, dit Pausanias , les Caryatides pendant qu'elles célébraient leur fête et se livraient au plaisir de cette danse. Mais il les protégea contre l’insolence de ses soldats, et les renvoya ensuite à leurs parents. 11 est vrai qu'il se fit payer de fortes rançons. La caryatide était sans doute une des danses favorites et des plus agréables des Lacédémoniens, car Lucien, en la citant, dit qu’ils ne faisaient rien sans invoquer les Muses. Th. DELBARE,

CARYATIDES, figures de femmes vêtues d’une longue tunique, que l'on place en guise de colonnes pour supporter un entablement. Vitruve prétend que l’origine des caryatides vient de ce que les Grecs s’étant rendus maitres de Carya dans le Péloponnèse, après avoir tué les habitants mâles, emmenèrent les femmes, et les firent servir à leur triomphe : pour perpétuer ce souvenir, un architecte imagina de remplacer les colonnes d’un édifice par des figures de femmes vêtues à la manière des prisonnières de Carya. Cette opinion est tellement accréditée en Espagne, que les caryatides y sont simplement nommées colonnes de Carya. Lessing ne veut pas adopter cette origine, mais il en indique une autre, qui ne semble pas offrir plus de probabilité.

Les caryatides ont habituellement les bras zupés , et quelquefois le bas de la figure est en gaîne ; cependant d’autres pis un de leurs bras est élevé au-dessus de leur tête comme pour supporter le fardeau de la construction où elles sont placées, tandis que de Pautre main elles tiennent quelque attribut. On woyait autrefois une caryatide de cette nature à l’ancienne église des Bons-Hommes de Chaillot. La figure

semblait supporter d’une main le chapiteau d’une colonne

dont elle soutenait le füt devant elle, comme si elle cherchait à le mettre en place. L'usage des caryatides n’est pas trèsfréquent, cependant on en voit quatre employées dans le haut du pavillon de l'horloge au Louvre : elles sont l’ouvrage du sculpteur Sarrasin. Quatre autres caryatides beaucoup plus belles sont celles sculptées par Jean Goujon, et qui soutiennent la tribune de la grande salle du rez-dechaussée , au pied de l'escalier d'Henri II.

Le principal exemple que les anciens nous aient laissé de l'emploi des caryatides est celui du Pandrosion d’Athènes, petit édifice près du temple d’Érechthée. Une de ces caryatides fait à présent partie de la collection d’Elgin.

. DucuEsNe aîné.

CARYBDÉES, genre d'animaux zoophytes de l’ordre des médusaires, section des méduses simples, c’est-à-dire sans tentacules proprement dits, ni pédoncules, ni bras, dont le corps hémisphérique, subconique, est garni de lobes foliacés subtentaculaires, creusé en dessous par une grande excavation stomacale à ouverture aussi grande qu’elle, Ce genre renferme deux espèces , savoir : la carybdée périphylle et ia carybdée marsupiale. L. LAURENT.

CARYOPHYLLEES , nom d’une famille de plantes dicotylédones polypétales hypogynes, herbacées, à tiges cylindriques, noueuses et articulées, à feuilles entières, opposées et formant un cône à leur base. Leurs fleurs offrent un calice tantôt monosépale, tubuleux et simplement denté à son sommet, tantôt polysépale, et le plus souvent à cinq folioles. La corolle est de cinq pétales à longs onglets et à limbe ordinairement étalé; les étamines sont communément au nombre de dix, dont cinq sont unies aux pétales, et les cinq autres libres et alternes avec eux. L'ovaire est également libre, à une ou plusieurs loges surmontées de un à cinq styles ou stigmates filiformes; le fruit est une capsule

à une ou plusieurs loges polyspermes, s’ouvrant au sommet ; les graines sont attachées à un placenta central. Les principaux genres de cette famille sont, 1° parmi les plantes d'ornement, les diverses espèces d'œillets (en latin caryophyllus, dont elle a emprunté son nom), les /ychnis et la coguelourde des jardins; 2° parmi les plantes médicinales, la saponuire;3° parmi les plantes communes de nos champs, la morgeline ou le mouron blanc et la niel le des prés.

CAS (Grammaire). Ce mot vient du latin casus, chute, parce que dans la formation des cas, lenom, par ses changements brusques et successifs, semble offrir l’image de chutes successives. On sait que dans le nom le radical seul représente l'être désigné par le nom : la {erminaison prend diverses formes pour exprimer le genre et le nombre dans toutes les langues, et pour indiquer de plus, dans quelquesunés d’entre elles, des rapports de temps, de lieu, d’action, de possession, de privation, de mouvement, etc. Lorsque dans une langue la terminaison traduit ces rapports nombreux, les grammairiens lui donnent la dénomination toute particulière de cas.

Cette définition nous conduit à reconnaître que la langue française n’a pas de cas, puisque la terminaison de ses noms exprime simplement le genre et le nombre : lion, lionne, cheval, chevaux. La langue latine, au contraire, par ses seules terminaisons mobiles et variées, exprime le genre, le nombre et une foule de rapports d'une délicatesse extrême, que nous ne pouvons exprimer que par une syntaxe rigoureuse et une multitude de prépositions. En français, Dieu aime le peuple, le peuple aime Dieu, sont deux formules indispensables pour l’expression de ces deux pensées différentes : la seule place des mots indique si c'est Dieu ou Le peuple qui fait ou qui reçoit l’action d'aimer. En latin au contraire, Deus amat populum, Deum amat populus, traduction littérale des deux phrases françaises cidessus , nous donnent une construction de mots identique ; mais la terminaison a changé avec la pensée : us est le signe de l’être qui aime, wm le signe de l'être qui est aimé. Qu'importe, après cela, l’ordre des mots? La pensée repose sur la terminaison , et non sur la position des termes : on peut donc les transposer à volonté sans altérer le sens de la phrase. Cette puissance de l’inversion, qui n’a souvent que le goût et l'harmonie pour guides, est le caractère distinctif des langnes soumises à la variabilité fréquente de la terminaison.

La langue latine a six cas : le nominatif représente l'être qui fait l’action : Deus amat populum (Dieu aime le peuple) ; laccusatif représente l’être qui la reçoit: Deum amat populus (le peuple aime Dieu); le vocatif, presque toujours semblable au nominatif, représente l'être que l’on invoque, que l'on interroge, ou auquel on commande : 6 popule! 6 Deus! (ô peuple! à Dieu !); le génitif, le datif et l’ablatif ont des fonctions si multipliées qu’il serait difficile de les résumer en une seule expressiôn : et même si l’on dit que le premier de ces trois cas est le signe de la possession, de la génération , etc., que le second exprime l’attribution , le profit, etc., et que le troisième représente la privation, le repos, la manière, etc., on est obligé d’ajouter avec Priscien; « Tous ces cas expriment encore une multitude d’autres rapports : leurs noms viennent de leur emploi le plus connu et le plus fréquent. »

Pour tout ce qui regarde la nature, l’origine, l'influence, la formation, la généalogie des cas, nous renvoyons le lecteur doué d’une patience épronvée aux travaux des Priscien, des Dumarsais , des Lemarre. Il y trouvera des discussions obscures et par eonséquent très-savantes, sur le cas direct, oblique, générateur, généré, formel, éventuel, sur-adjiciel, actif, passif, terminatif, délerminatif, interjec. tif, complémentaire, absolu, opposé, combiné, etc., etc.

Lepronom, qui tientla place du nom, l’adjectif, qui

l'accompagne, et l’article, qui le précède, ont des cas seulement dans quelques langues. L'ensémble des cas du singulier et du pluriel forme une déclinaison.

Jetons maintenant un regard sur les langues qui se partagent l'empire du monde. En Europe, le latin nous est connu. Le grec a cinq cas : l’äblatif y est remplacé par le génitif ou le datif. Lé polonais, le russe, le bohémien, le hongrois, le suédois, le danois, le lapon, le finnois , le lithuanien et toutes les langues que les savants appellent indo-germaniques et seytico-sarmatiques ont en général adopté la déclinaison. L'allemand a six cas : l'anglais n’a conservé que le génitif, qu’il rejette très-souvent. L'ancien frank avait cinq cas et cinq déclinaisons. La langue romane n’avait que le nominatif et l’accusatif, dont on retrouve encore des traces dans les pronoms français. Le basque (escuara) a les déclinaisons et les cas les plus nombreux de toutes les langues. Le français, l'italien, le portugais, l'espagnol, qui forment, suivant M. Raynouard, le système de l’Europe latine, ont abandonné les déclinaisons de la langue mère. En Asie, le sanskrit et le mongol ont des déclinaisons nombreuses. L’arménien a dix cas. L'ancien arabe a trois cas, suivant Volney, et l'arabe moderne n’a pas de déclinaisons , ainsi que l’hébreu, le syrien, le phénicien, le thibétain, le chinois, le birman, le siamois, etc. Les langues de l'Afrique ne sont guère connues. On sait cependant que le copte on ancien égyptien n’a pas de cas. En Amérique, des philologuesassurent que le groënlandais , l'ésquimau et tous les peuples polaires ont des déclinaïsons , maïs les Natchez n’en ont pas. Le huron est remarquable en cé qu’il conjugue les noms au lieu de les écliner; il a cinq conjugaisons. L’algonquin est une langue mèré, qui à une grammaire très-complète. Il passe, dit Chàteaubriand, pour la langue classique du désert.

De ce coup d’œil rapide sur les langues , on doit conclure que les cas ne sont point dans le langage un levier indispensable, puisque plusieurs peuples s'en sont toujours passés, et que d’autres y ont rerioncé après s'en être servis. C’est un bien beau problème à résoudre pour le grammairien philosophe que cette disparition des cas, qui annonce ‘une rénovation totale dans le système d'économie d’une langue. Mais C'eét dans lés révolutions des peuples, c’est dans le mélange dés races qu’il faut aller chercher l’origine de ces faits si remarquables. Le peuple et sa langue naissent le méme jour et meurent ensemble, comme un seul être respirant le même air, vivant de la même vie.

Édouard BRACONNIER.

CAS (Jurisprudence). Dans la langue du droit, ce mot se joint à des adjectifs qui en déterminent l’acception. Les cas fortuits sont dés événements résultant d'une force mäjéure etdus au hasard seul; tels que par exemple les débordements, les naufrages, les incendies, le feu du ciel; etc. Les cas redhibitoires ou vices redhibitoires résultent des défauts cachés d’une chose vendue, par lesquels elle est rendue impropre à l’usage qu’on voulait en faire, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l’aurait pas acquise ou n’em aurait donné qu’un moindre prix s'il les avait connus. Les cas urgents ou cas provisoires sont les affaires qui requièrent célérité, à cause du préjudice qu'une décision tardive pourrait occasionner. Les cas d'urgence sont d’une haute importance en droit administratif et politique.

On connaissait encore avant Ja révolution : les cas privilégiés ou réservés, c’est-à-dire ceux qui, enlevantles ecclésrastiques à leur juridiction ordinaire, les rendaient justiciables des juges royaux. Le procès devait être instruit conjointement par le juge d'église et le juge royal; les cas étaient prévotaux ou présidiaux suivant la qualité de la personne où la nature du crimé. Etaïent prévotaux par la nature du erime ceux qui, exigeant une punition prompte, n'avaient point la faveur de Vappel; par la qualité de la personne , les erfrnés commis par les vagabonds, les repris de justice

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