BUNYAN — BUONAROTTI
fains furent poursuivis, et Bunyan, jeté, en 1660, dans la prisou de Bedford, y resta douze ans. Pendant ce temps il fit des lacets pour vivre, et composa plusieurs ouvrages, entre autres un récit de sa vie, de sa conversion et de son emprisonnement, empreints d’une naïveté extrême. Le plus remarquable de ses écrits est une épopée en prose mystique et po- Lulaire, Le Voyage du pèlerin a travers la vie : c'est le symbole animé de la vie chrétienne, la dernière allégorie qu’ait produite le moyen âge expiré. Les réimpressions en sont innombrables ; il a été traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. En Angleterre, la plupart des ouvriers et des paysans le possèdent, et le lisent avec édification. Le style en est énergique, animé, précis; c’est la langue anglaise dans toute sa richesse, sa vigueur, sa simplicité. On ignore la date de la première édition; la deuxième est de 1678. Robert Southey en a donné une excellente. Une traduction francaise de cet ouvrage a paru sous le titre suivant : Le Pèlerinage des chréliens à la Cité céleste, décrit sous la similitude d’un songe (Paris, 1831, in-12). Bunyan sortit de prison sous Jacques II, continua de précher et d'écrire jusqu’à sa mort (1688), et salua avec joie de ses regards mourants le triomphe des doctrines purilaines. Philarète CHASLES.
BUOL-SCHAUENSTEIN ( CHARLES -FERDINAND, comte pe), homme d'État, né le 17 mai 1797, fut destiné par son père, ambassadeur d'Autriche à Francfort, à la carrière diplomatique. Après avoir rempli diverses missions à Turin , à Saint-Pétersbourg ct plus récemment aux eonférences de Dresde, il représentait son pays à Londres depuis le mois de juillet 1851 quand le prince de Schwartzenberg, sentant sa santé ébranlée, le désigna, en mars 1852, comme son successeur au choix de l’empereur. M. de Buol le remplaça en effet à la tête du cabinet, et maintint la politique de l'Autriche dans des voies favorables à la France. Ce fut à son intervention qu’on dut l’ouverture du congrès de Paris, et il fut un des signataires du traité de 1856.Remplacé en mai 1859 par M. de Rechberg, il mourut d’apoplexie, le 28 octobre 1865, à Vienne.
BUONAPARTE. Voyez BONAPARTE.
BUONAROTTIL. Voyez MICHEL-ANCE.
BUONAROTTI (Putpre) , descendant de la famille de Michel-Ange, naquit à Pise, le 11 novembre 1761. Sa jeunesse fut consacrée à l'étude et aux belles-lettres, ce qui lui valut les faveurs du grand-duc de Toscane Léopold, près de qui sa famille était en crédit ; il reçut même de ce prince l'ordre de Saint-Étienne ; mais, peu fait pour les récompenses de cour et épris d’un ardent amour pour la liberté , il ne tarda pas à encourir la disgrâce de son protecteur, et fut condamné à l'exil, en punition de l'enthousiasme qu’il avait manifesté pour les principes de la révolution française. 11 se réfugia alors en Corse, où il publia un journal intitulé : ?’ Ami de la Libertéitalienne. Par son opposition aux projets de défection de Paoli, il rendit les plus grands services à la république, et courut lui-même de fréquents dangers. Son sang coula plus d’une fois sous des poignards d’assassins; plus d’une fois il fut jeté dans les fers par des factieux triomphants ; mais les périls qu’il affrontait pour la France semblaient l’attacher davantage à sa nouvelle patrie. Il se rendit à Paris à la fin de l’année 1792, avec Salicetti, qui venait d’être nommé membre de la Convention. Buonarotti était chargé par les habitants de l’ile de La Liberté, ci-devant Saint-Pierre, voisine de la Sardaigne, de demander à l'assemblée leur réunion à la France ; il leur fit accorder cette faveur, à laquelle on joignit la récompense due à ses services : le conseil général de la Corse avait sollicité pour lui des lettres de naturalisation : la Convention s’empressa de déclarer qu’ilavait mérité la qualité de Français, et la lui accorda par un décret solennel.
Admis à la Société des Jacobins, la vigueur de son esprit et de son caractère, autant que la pureté de son républica- DICT. DE LA CONVERS. — T. IV«
nisme, l'y firent bientôt remarquer, et il fut envoyé dans {a Corse en 1793 avec des pouvoirs extraordinaires. En arrivant à Nice, il apprit que tous les commissaires étaient rappelés. Ricord et Robespierre jeune, qui dirigeaient en ce moment le siége de Toulon, le chargèrent d’aller rendre compte au Comité de salut public de la situation de l’entreprise. Sa mission terminée, on l’envoya de nouveau dans la Corse ; mais il ne put encore y parvenir, resta avec les représentants en mission près de l’armée d'Italie, et fut chargé par eux du gouvernement de la principauté d’Oneille, La réaction du 9 thermidor devait être fatale à l’ami des Robespierre. Arrêté, conduit à Paris , il y fut enfermé dans la prison du Plessis , où il resta jusqu’après le 17 vendémiaire an IV. Rendu alors à la liberté, il fut désigné pour le commandement de la place de Loano près de Savone. Mais une dénonciation de l'agent diplomatique français à Gênes, à raison d’une mesure que l’on supposait, à tort, dictée par une haine personnelle, le fit rappeler.
Il revint à Paris, et entra dans la Société du Panthéon, dont il fut élu président. Son admiration pour les hommes de la Révolution, son mépris pour ceux qui les avaient renversés et qui menaçaient d’engloutir la France dans les orgies du Directoire, devaient nécessairement l’entraîner dans le parti des démocrates-socialistes de l’époque. Il conspira avec Babœuf, et, comme Babœuf, il dédaigna de marchander sa vie près de ses juges en recourant à la dénégation. Traduit, en 1797, devant la haute cour de Vendôme pour provocation au rétablissement de la constitution de 93 et de l'anarchie, il soutint que sa doctrine était celle de Rousseau et de Mably, se glorifia d’avoir pris part au projet d’insurrection dont on l’accusait, et proclama solennellement son dévouement à la démocratie. Il déclara n’avoir d’autre profession que celle de musicien ; mais il déclina la compétence de la haute cour, et prononça des plaiduyers sur tous les incidents. Ses moyens dilatoires furent tellement nombreux, que, malgré le petit nombre de témoins, les débats se prolongèrent pendant plus de quatre mois. Trois femmes assistaient assidûment à ce procès ; deux d’entre elles étaient des sœurs d’accusés; la troisième, encore jeune et belle,
était la femme de Buonarotti. L'intérêt qu’elle inspirait fut
tel, que les dipositions des jurés, très-prononcées contre les ultra-républicains à cette époque, voisine du {8 fructidor, changèrent tout à coup à son égard. Le ministère public, qui le jugeait aussi coupable que le chef même de la conspiration, avait conclu contre lui à la peine de mort; mais cette peine ne fut prononcée que contre Babœæufet Darthé: le jury admit à l’égard de Buonarotti, du lieutenant de hussards Germain et de plusieurs autres, des circonstances atténuantes, et ils ne furent condamnés qu’à la déportation.
Dans son plaidoyer devant la haute cour, Buonarotti avait énoncé un fait vrai : il descendait de la famille du célèbre Michel-Ange Buonarotti ; et lorsqu’il remit son manuscrit aux sténographes de la haute cour, il leur recommanda de bien observer l'orthographe de son om, qui dans l'acte d'accusation avait été écrit de cette manière : Buonaæ rotly.
Enfermés au fort de Cherbourg, les condamnés attendirent longtemps leur translation à la Guyane. Enfin, en l'an VII, ils furent conduits à l’île d'Oléron, d’où Buonarotti fut ensuite tiré pour rester soumis à une simple surveillance dans une ville de l'Est. On a attribué cette mesure, dont la cause fut toujours ignorée de Buonarotti, au premier consul, qui avait été en Corse son camarade de chambre et de lit. Cette surveillance fut levée en 1806. Il 6e réfugia alors à Genève, où il professait paisiblement les mathématiques et la musique, lorsque la diplomatie européenne, toute-puissante sur les petites républiques suisses, vint, à la suite des événements de 1815, forcer la patrie de Rousseau à devenir inhospitalière pour le descendant de Michel- Ange, Réduit à chercher un nouvel asile, il se fixa en Bel-
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gique, où il vécut de la profession de compositeur demusique, et où il publia, en 1828, son livre de la Conspiration de Babœuf. Sous la Restauration, il devint un des chefs les plus ardents du carbonarisme, et M. Andryane, dans son Histoire, a décrit avec infiniment d'intérêt la scène mystérieuse de son initiation.
Tant de vicissitudes n’avaient pas enrichi Buonarotti, quand la révolution de 1830 vint lui permettre de revoir la France, où il recommença à vivre du produit de ses leçons. Tout à coup un appui inattendu s’offrit à lui dans M. Germain, son ancien compagnon d’infortune. M. Germain avait abjuré l’utopie du bonheur commun et du partage égal des fortunes; et lorsque, par un second mariage, fort avantageux, il fut devenu propriétaire de deux superbes maisons rue de la Paix, et d’une ferme considérable au Petit-Bicètre, sur la route de Versailles, il jugea que la propriété était une des institutions les plus indispensables au maintien de la société. Riches de plus de 100,000 francs de rente, et sans enfants, M. Germain et sa femme firent un noble usage de leur fortune, et vinrent au secours de quelques anciens républicains , entre autres de Buonarotti. La mort de ses bienfaiteurs , qui furent au nombre des victimes du premier choléra, le laissa à. peu près sans ressources. Il avait toujours eu, en révant le bonheur du genre humain, une extrême incurie pour ses propres intérêts. Aussi, dans son plaidoyer devant la haute cour de Vendôme, où il rendaït compte des sacrifices de tout genre faits par lui en Corse pour la sainte cause de la liberté, il ajouta avec naïveté : « Je me rappelle qu’à mon départ de Bastia, la famille Buonaparte me donna quelques écus, que je n’ai jamais pu lui rendre. » Cet ancien service eût été pour lui un titre à en obtenir de plus importants sous le gouvernement impérial, s’il eût voulu abjurer ses opinions; mais une telle palinodie n'était pas dans son caractère.
Il fut l’un des défenseurs des accusés d’avril traduits devant la cour des pairs en 1835. Deux ans après, à l’âge de soixante-dix-sept ans, il s’éteignait, plus pauvre encore qu’il n'avait vécu , avec toute sa mémoire, toute son intelligence, en disant : « Je vais rejoindre bientôt les hommes vertueux qui nous ont donné de si bons exemples. » Il devait publier les mémoires de Babœuf, annoncés par un prospectus en 1830, et qui n’ont jamais paru. Un extrait seul, intitulé Système politique et social des égaux, à vule jour à Paris en 1842. On doit à M. Trélat une curieuse notice historique sur Buonarotti, imprimée en 1838.
BUONCOMPAGNI. Voyez BoNcomPAGni,
BUONINSEGNA, peintre italien. Voyez Duccro.
BUONONCINI (Giovanni Barrisra ), violon et compositeur célèbre, né en 1660, à Modène, était le fils de Giovanni-Maria Buononcni, de la même ville, célèbre aussi comme compositeur et comme écrivain musical. En 1697 il se rendit à Vienne avec son frère Marc-Antonio Buononani, qui n’avait pas moins de talent, mais que la fortune ne favorisa pas autant. De là il passa à Berlin, et revint en 1714
à Vienne. A Berlin il avait vu son opéra de Polifemo exé-
cuté par les plus illustres et même les plus augustes personnages, car à l’orchestre la reine Sophie-Charlotte tenait la partie de le flûte. On l’appela à Londres en 1720, parce qu’on lui attribuait un opéra de son frère, intitulé Camilla. I y écrivit les opéras d’As{ardo et de Muzio Scevola (ce dernier en collaboration avec Hændel}), et composa pour la cérémonie des funérailles de Marlborough une antienne dans laquelle il s’efforça d'imiter la manière et le style de Hændel, Convaincu de la supériorité de son collaborateur, il eut la faiblesse de se dire l’auteur d’un madrigal d’Antonio Lotti, supercherie qui fit le plus grand tort à sa considération. Profondément humilié des désagréments de tout genre qu’elle jui valut, il céda aux sots conseils d’un alchimiste de ses amis, et abandonna la maison de la duchesse douairière de Marlborough, où il jouissait d’une pension de 500 liv. st.,
et où il avait l'avantage de faire exécuter ses œuvres devant . un auditoire composé de toutes les illustrations de l’Angle- , terre. Il se rendit alors à Paris, où il ne tarda pas à tomber | dans une misère telle qu’il fut réduit pour vivre à jouer du violoncelle. Plus tard on le rappela à Vienne pour y composer un opéra; et, dans un âge déjà fort avancé, il fut attaché en, qualité de compositeur au théâtre de Venise. On ignore l’époque de sa mort.
BUONTALENTI (Bernanno), dit dalle Girandole, peintre, sculpteur, architecte et ingénieur florentin,néen 1535, et mort en 1608. En 1547 une inondation de l’Arno engloutit tout un quartier de Florence; toute la famille de Buonfalenti périt dans ce désastre ; l’enfant seul échappa par miracle. Le duc Côme de Médicis prit intérêt à lui, et se chargea de son éducation. Ayant reconnu ses dispositions pour les arts du dessin, il le plaça dans les ateliers de François Salviati, du Bronzino et de Vasari. Il étudia aussi la sculpture et l’architecture sous la direction de Michel-Ange, et sous celle de Giulio Clovio, célèbre peintre de miniatures; il exécuta de petits chefs-d’œuvre dans ce genre. En même temps son adresse à disposer les feux d’artifice pour l’amusement de son élève le prince Françoïs, fils de son protecteur, lui valut le surnom qu’il garda toute sa vie.
Son début comme architecte fut la construction d’une maison de plaisance pour son protecteur, la terre de Pratolino. Cette maison, qu’on admire encore aujourd’hui, ct qui ne coûta pas moins de 182,000 écus romains ( près de quatre millions de francs ), est surtout remarquable par les machines hydrauliques qu’il y établit. Entre autres ouvrages remarquables d'architecture qu’on lui doit encore, il faut citer surtout i{ Casino, qu’il construisit derrière Saint-Marc; la Galerie ou Musée de Florence, établi à l'étage au-dessus d’un bâtiment construit par Vasari, et nommé Uffizii nuovi; l'achèvement du palais Pitti, la villa appelée Marignola, le palais Piazza, bâti sur ses dessins; le palais ducal à Pise; la belle porte appelée Delle Suppliche, à Florence, etc. Il fit preuve aussi du plus grand talent dans l’architecture militaire, où il débuta par la construction de la forteresse dite du Belvédère, à Florence. Appelé ensuite à Naples par le duc d’Albe, qui l’employa aux fortifications de plusieurs places de ce royaume, la forteresse de Por- . to-Ferrajo et les deux ports de l'ile d’Elbe furent construits sur ses dessins. Livourne, Grossetto, Pistoia, Prato, furent fortifiés par lui , et enfin d’autres travaux du même genre, tels que les fossés de Livourne et les arsenaux de Pise, lui valurent la place d’ingénieur en chef de toute la Toscane.
On prétend qu'il perfectionna les batteries des fusils, et que dans la guerre de Sienne il fabriqua dans une seule nuit des canons de bois qui suffirent pour battre en brèche un des bastions de la ville. Il inventa aussi une énorme coulevrine nommée scaccia diavoli ( chasse-diable), qui lançait des boulets creux remplis d'artifices. Enfin on lui attribue aussi l'invention des grenades incendiaires et de nouveaux procédés pour les mines.
Malgré tant de travaux, qui auraient dû lui procurer une fortune colossale, il paraît que le désintéressement et la générosité naturels au caractère de Buontalenti l’exposèrent sur la fin de ses jours à des chagrins de famille qui abrégèrent sa vie. 11mourut âgé desoixante-douze ans, regreltant surtout de ne pouvoir assurer le bien-être de sa fille unique, chargée d’une nombreuse famille. Le grand-duc, instruit trop tard de la triste situation de ses affaires, paya ses dettes et fit une pension à sa fille ainsi qu’à chacun de ses enfants. Buontalenti avait ouvert dans sa propre maison, à Florence, une école d’où sont sortis Jules Parigi, Augustin Migliorini, Gérard Salviani, Ludovico Cigoli et Bernardino Pocetti.
BUPHONIES ou DIIPOLIES, fêtes en l'honneur de Jupiter Polieus , protecteur de la ville d'Athènes. On les cé lébrait le 14 du mois de scirrophorion ( 10 juin). On y sacrifiait un bœuf, en mémoire de ce qu'un jour un bœuf
BUPIIONIES
ajaut mangé un gâteau sacré, le prêtre, nommé Thaulon ou Diomus, le {ua d'un coup de hache, et s'enfuit. On mit la hache en jugement comme coupable du meurtre. Tous les ans, on en jetait une à la mer. Cette cérémonie se rapportait au temps où c’eût été un crime de sacrifier des animaux destinés au labourage. Une loi de Solon le défendait, etprenait sous sa protection ces animaux si utiles à l’agriculture. Porphyre dit qu'on chassait des bœufs autour d'une table d'airain sur laquelle on avait mis des gâteaux sacrés, et celui qui en mangeait était immolé.
BUPHTHALME (de Bow, bœuf, et de og0æpos, œil), genre de plantes de la famille des composées , tribu des astéroïdées, qui a reçu ce nom de la ressemblance de sa fleur avec l'œil d’un bœuf.
Le buphthalme épineux croît le long des eaux, dans le Languedoc, ete., et à Marseille, sur les bords de la mer. Sa tige est haute et velue; les feuilles inférieures sont longues, obtuses, rétrécies vers leur base; les supérieures, embrassantes, velues et lancéolées. Au milieu d’un involucre à folioles dures, nerveuses, ouvertes en étoile et terminées par une petite épine, est placée une fleur jaune, à demi-fleurons très-étroits.
Le buphthalme aquatique a les fleurs plus petites, les folioles de l'involuere molles, linéaires, nombreuses. Il croît sur le bord des eaux , dans le Dauphiné, la Provence, etc.
Le buphthalme maritime, qu’on rencontre sur les bords de la Méditerranée, a les fleurs plus grandes, les demifleurons plus larges et tridentés. Les tiges sont courtes, dures, rameuses, un peu velues; les feuilles oblongues, en forme de spatule, velues à leurs bords, rétrécies en pétiole.
Deux espèces voisines croissent ensemble dans l’Auvergne, le Dauphiné, etc., sur les collines, au pied des montagnes, le long des terrasses; ce sont le buphthalme à feuilles de saule et le buphthalme à grandes fleurs. La première de ces espèces est facile à reconnaître à ses feuilles et àses grandes et belles fleurs, qui dépassent les folioles du ealice. La seconde en diffère très-peu ; elle est seulement plus glabre, et ses feuilles sont plus aiguës. Les feuilles de ces deux dernières espèces passent pour avoir les propriétés da thé, et peuvent, dit-on, le remplacer avantageusement.
BUPHTHALMIE (de Bouc, bœuf, et ogbœuos, œil), nom sous lequel la plupart des auteurs ont désigné le premier degré de l’ophtalmie, et quelques autres, tels que Sabatier, la turgescence du corps vitré, qui, poussant l’iris en avant, forme autour du cristallin une sorte de bourrelet qui lui fait ombre.
BUPLÈVRE, genre de plantes de la famille des ombellifères, comprenant une cinquantaine d'espèces répandues dans toutes les parties extratropicales de l’ancien continent, au cap de Bonne-Espérance, et rares dans l’Amérique tropicale.
Le buplèvre à feuilles arrondies fleurit en juillet. Les grandes feuilles arrondies, embrassantes, et les supérieures percées par la tige (d’où luiest venu le nom de perce-feuille), rendent cette espèce facile à reconnaître. Les fleurs sont jaunes ; l’involucre des ombellules a cinq grandes folioles ovales, un peu jaunâtres ; les ombelles en sont privées.
Le buplèvre en faucille, nommé vulgairement oreille de lièvre, est un arbrisseau de la France méridionale, qui a environ 1,50 de haut, des tiges nombreuses, des feuilles persistantes, oblongues, obliques etglauques, qui donne en grand nombre . de juin en août, des fleurs pctites et jaunes, disposées en ombelles, qui demande une terre franche et humide , avec exposition mi-soleil, et qui se multiplie de serences et de marcottes.
Ces deux espèces de buplèvre ont été mises au rang des médicaments : ainsi la première passe pour astringente et vulnéraire., et la seconde pour vulnéraire et fébrifuge. Du reste, on ne les emploie plus guère ni l’une ni l’autre.
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BUPRESTE (de fous, bœuf, et xpnfw, j'enfle), genre de coléoptères pentamères qui comprend un grand nombre d’espèces. Le nom que portent ces insectes indique le danger auquel les bœufs sont , ‘dit-on , exposés, lorsqu'ils en avalent quelques-uns cachés dans les plantes de leurs pâturages : l'enflure de tout le corps annonce promptement l'effet du poison , et la mort de l’animal en est souvent le résultat. Le nom de bupreste est donc la traduction en grec du nom vulgaire enfle-bœuf, donné à ces dangereux insectes. Ce pendant, il est extrémement probable que les mauvaises qualités de quelques espèces ne peuvent être attribuées à tout le genre, et qu’en les flétrissant par une dénomination odieuse on confond plusieurs innocents avec les coupabies. Quelques espèces ne peuvent nuire beaucoup , fussent-elles même très-vénéneuses : tel est, par exemple, le bupreste pédiculaire de Surinam, qui n’est guère plus grand qu’une puce.
Les naturalistes assignent au genre bupreste les caractères suivants : antennes filiformes, en scie, un peu plus courtes que le corselet; onze articles, dont le premier est peu allongé, et le second petit et arrondi; la bouche composée d’une lèvre supérieure, de deux mandibules cornées, courtes et à bords tranchants, de deux mâchoires uni-dentéces, d'une lèvre inférieure et de quatre antennules filiformes, courtes et tronquées ; cinq articles aux tarses, les quatre premiers en cœur et le dernier allongé. C’est dans les pays chauds que l’on trouve les plus grandes et les plus petites espèces , ainsi que les plus remarquables par l'éclat de leur£ couleurs. Les Indes orientales fournissent aux collections les buprestes bande-dorée, porte-or, indigo, chrysis, enflammé, fulminant, etc. L'Amérique méridionale, non moins riche en trésors de cette sorte, leur envoie les buprestes brillant, fastueux, décoré, doré, charmant, noble, etc. La part de l'Afrique n’est pas moins belle, quoique cette partie du monde v’ait pas encore acquitté toute sa dette envers lentomologie, et que nous n’ayons presque aucune notion sur les insectes d’une grande partie de intérieur et de la côte orientale.
Selon quelques naturalistes, les larves de ces insectes ne sont pas connues , et il est probable qu’elles vivent aux dépens des bois. D’autres assurent, au contraire, qu'on peut les observer très-facilement à l’extrémité supérieure des trous qu’elles se creusent dans la terre, qu’elles sont carnassières et très-voraces. Mais est-il probable que dans toutes les espèces qui composent ce genre les larves se logent et se nourrissent de la même manière? On aperçoit ici une lacune dans les observations; on peut la remplir facilement pour les espèces européennes. Mais la plus importante recherche que l’on ait à faire sur les buprestes est celle qui ferait connaître les espèces réellement dangereuses pour les bestiaux. FERRY.
BUQUOI, famille originaire de l’Artois, qui s'établit en Belgique et delà passa en Autriche, où elle fleurit encore aujourd’hui. Les Buquoi de Belgique descendaient d’Adrien pe Buquor, dont le petit-fils Adrien, premier comte bE Buquot, fut conseiller d’État et des finances de Philippe IE, et périt en 1581 au siège de Tournai. — Alexandre-Bonaventure de Longueval, comte ne Buquor, son fils, né en 1551, l'un des plus célèbres hommes de guerre du dixseptième siècle, fut protégé, au début de sa carrière, par Alexandre-Farnèse, qu'il accompagna dans ses campagnes de France et servit dans l’armée aux ordres de l’archiduc Albert d'Autriche, qui s’empara de Calais et d’Ardres ( 1596). En 1598 il obtint le grade de général d’artillerie, tomba en disgrâce à la cour pour avoir été battu à Nieuport ( 1600 } par Maurice de Nassau, maïs revint en faveur par suite de son mariage avec l’une des dames de la cour d'Albert, et fut nommé en 1613 grand-bailli du Hainauit. Après avoir rendu les plus grands services à l’empereur dans la lutte qu'il eut à soutenir contre les révoltés de la Boñème et contre Bethlen-
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68 BUQUOI — BURCKHARDT
Gabor, il périt, le 10 juillet 1621, au siége de Neuhausel, en Hongrie, frappé mortellement d’un coup de lance, après avoir déjà reçu seize blessures dans cette sanglante affaire. L'empereur, en reconnaissance des importants services qu’il lui avait rendus, tant en Bohème qu’en Hongrie, lui avait fait don de la belle terre de Rosenberg, située en Bohème, et avait ajouté à ses titres celui de comte de Gratz. — Son fils, CAarles- Albert, comte pe Buquor, mouruten 1663, grand-bailli du Hainault, laissant trois enfants, dont l’un, Landelin ne Bu- Quoi, colonel au service de l’empereur, fut tué en 1691 à la bataille de Salankemen, livrée contre les Turcs. Un autre, Charles-Philippe, fut créé prince en 1688 par le roi d’Espagne; un troisième fils d’Alexandre-Bonaventure, Albert, laissa seul des descendants.
BUQUOI (GEonces-FRANÇOIS-AUGUSTE DE LONGUE- VAL, baron pe VAUX, comte pe), chambellan de l’empereur d’Autriche, seigneur de Gratz et de Rosenberg, né en 1781, hérita en 1803, à la mort de son oncle, du majorat appartenant à sa famille, et consacra toute sa vie à l'étude des sciences mathématiques et physiques. Ses importantes verreries sont encore aujourd’hui en possession de fournir les plus beaux cristaux de la Bohème ; c’est là qu’on fabrique l’Ayalithe, nouveau produit cristallin dont il est l'inventeur, et surtout ces verres bariolés de toutes les couleurs et de toutes les nuances dont la mode actuelle fait l’ornement obligé de toutes les étagères.
Le premier ouvrage qu’il publia fut sa défermination analytique de La loi des vitesses au point de vue mécanique el statique ( Leipzig, 1813 ), travail écrit au point de vue de la théorie corpusculaire, tandis que dans ses autres livres l’auteur se rattache au système philosophique de Schelling. Parmi ses autres productions nous mentionnerons : Glorification idéale de la vie de nature au point de vue empirique ( deuxième édit., Leipzig, 1826); Théorie d’économie politique (Leïpzig, 1815); Æsquisse d’un code de la nature ( 1826 ) etc., etc. M. de Buquoi faisait imprimer ses ouvrages à ses frais, et les envoyait gratuitement aux hommes qu'il supposait devoir s'intéresser aux questions qu’il y traitait, Tous sont écrits en allemand. 11 s’y montre constamment penseur profond et original, mais pas toujours exempt de bizarrerie, A la suite des événements de Prague en 1848, M. de Buquoi fut l’objet d’une instruction judiciaire qui entraîna momentanément son incarcération, Il est mort à Prague le 19 avril 1851.
BURANO, lle de l’Adriatique, à 8 kilom. nord-est de Venise, et qui forme pour ainsi dire le jardin marafcher de cette ville. Le bourg, peuplé de 8,000 âmes, possède des corderies et une fabrication de dentelles d’un point renommé.
BURATTINI. On appelle ainsi en Italie’ les marionettes à l’aide desquelles on réussit dans ce pays mieux que partout ailleurs à jouer des comédies, et même à représenter des ballets , dans lesquels sont parodiés de la façon la plus comique les danseurs à la mode. Le jeu des buratlini est l’un des divertissements populaires les plus universellement goûtés. On cite surtout à cet égard le théâtre Fiano à Rome et le théâtre San-Carlino à Naples.
BURCHIELLO (Dowmique), fut peut-être le plus extraordinaire des poëtes. I1 vivait au commencement du quinzième siècle, à Florence, où probablement il était né, C'était le Jasmin de son temps. Fils d’un barbier nommé Jean, il n'avait reçu lui-même d’autre nom que celui de Dominique. I1 se donna plus tard celui de Zurchiello, par suite, de circonstances qui sont restées inconnues. Ce fut vers 1425 qu’il commença à être célèbre ; mais ce n'est qu’en 1432 qu’il fut inscrit dans la corporation des barbiers. 11 mourut à Rome, en 1448. On a dit beaucoup de mal de son caractère, et on l’a représenté comme un vil farceur qui faisait tout pour de l'argent. Mais s’il eut des antagonistes, il trouva aussi des défenseurs. Sa boutique de barbier devint
si célèbre, que grands et petits, lettrés et illettrés s’y rassemblaient journellement, et que le grand Côme de Médicis la fit peindre dans sa galerie. Elle était divisée dans le tableau en deux parties : d’un côté on faisait la barbe, de l’autre on faisait de la poésie et de la musique. Le portrait de Burchiello figurait au haut du tableau. Ses satires étaient fort goûtées de ses contemporains , surtout à cause de l’obscurité mystérieuse qui y règne, et de l’étrangeté des expressions. Ses sonnets burlesques sont autant d’énigmes dont la clé nous manque, malgré l'explication que Doni prétend . en avoir donnée. Ceux qui sont écrits dans le genre narratif et descriptif se comprennent mieux, mais le sel y est parfois trop grossier, et il y règne trop de licence. Les meilleures éditions des sonnets de Burchiello sont celles de Florence, 1568, de Londres 1757.
BURCKHARDT (JEan-CnanLes), astronome et l’un des calculateurs les plus exacts de notre époque, naquit en 1773, à Leipzig. L'étude des mathématiques lui inspira du goût pour l'astronomie. Après avoir commencé à l’aniversité de sa ville natale l'étude du droit, qu’il abandonna bientôt après pour la médecine, il sentit se réveiller avec une nouvelle ardeur sa prédilection pour les mathématiques et l’astronomie, et écrivit alors, à la demande du professeur Hindenburg, un essai intitulé : Me{hodus combinatorio-analytica, evolvendis fractionum continuarum valoribus maxime idonea. Recommandé par ce même professeur à Zach, sous qui il commença l'étude pratique de l’astronomie à Gotha, il le seconda dans l'observation de l’ascension droite des étoiles.
Lors de son voyage à Paris, en 1797, Zach recommanda Burckhardt à Lalande, qui le logea chez Jui. 1] se livraalors particulièrement au calcul de la marche des comètes, prit une part active à tous les travaux du neveu de Lalande, à l'observatoire de l'Ecole Militaire, et traduisit en allemand les premiers volumes de la Mécanique céleste de Laplace. Nommé astronome adjoint au bureau des longitudes, il reçut, en 1799, des lettres de naturalisation comme citoyen français. À la mort de Lalande, en 1807, il le remplaça en qualité d’astronome à l’observatoire de l’École Militaire, et mourut le 22 juin 1825. Son importante dissertation sur la comète de 1770 fut couronnée en 1801 par l'Institut, eta été insérée dans les Mémoires de ce corps savant pour l’année 1806. Burckhardt selivra surtout avec un zèle particulier au calcul des éclipses de soleil et des occultations d’étoiles, pour la détermination des longitudes géographiques. Les Tables de la Lune qu’il publia en 1812 sont généralement reconnues comme les meilleures. C’est encore à Burckhardt qu’on doit les Tables des diviseurs pour tous les nombres des premier, deuxième et troisième millions, avec les nombres premiers quis’y trouvent, œuvre gigantesque et d’une utilité incontestable.
BURCRHARDIT (Jean-Louis), célèbre voyageur moderne, naquit à Lausanne, le 24 novembre 1784, d’une famille patricienne originaire de Bâle.
Après avoir fait d'excellentes études à Neufchâtel, à Leip zig et à Gœttingue, le jeune Burckhardt revint à Bâle en 1805, dans le sein de sa famille, et repartit bientôt après pour Londres. Une lettre de recommandation de Blumenbach pour sir Joseph Banks lui donna accès dans la maison de ce savant et dans celle de Hamilton, alors secrétaire et trésorier de la Société Africaine. Comme cette société s'occupait d'envoyer explorer l’intérieur de l’Afrique, en suivant la route déjà parcourue par Hornemann, elle accepta l'offre que fit Burckhardt d’entreprendre cette expédition. I! reçut le 25 janvier 1809, ses pouvoirs et ses instructions, après avoir employé tous les moyens possibles pour se convenablement préparer à un tel voyage. Endurci par toutes sortes d'épreuves (il s'était soumis à des jeùnes volontaires, aux tortures de la soif, et avait passé des nuits entières couché sur le pavé); devenu familier avec la langue arebe, qu'il
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avait étudiée à Cambridge , il s'embarqua le 14 février 1807 pour Malte, où il commença à se laisser pousser la barbe, et d’où il partit, vêtu en arabe et sous le nom de scheik Ibrahim , pour la Syrie, à l'effet d'étudier les mœurs et les langues de l'Orient à l’école d'Alep. Après deux années de séjour dans cette ville, il était parvenu à si bien parler la langue vulgaire qu’il pouvait se faire passer partout pour un marchand hindou-arabe.
Il visita d’abord Palmyre, Damas, le Liban et autres lieux, puis il se rendit au Caire, d’où en 1812 il entreprit une tournée en Nubie, en remontant le Nil. Il traversa ensuite (c'était en 1814), au milieu de privations de tout genre, le désert de Nubie, ainsi que toute la contrée jusqu’à la mer Rouge, et se rendit de là à la Mecque par Djidda , afin d’étudier l’'islamisme à sa source même. Après avoir passé quatre mois à la Mecque, il se joignit à une troupe de pèlerins qui allaient faire le saint pèlerinage du mont Ararat, et put dès lors prendre le titre, si révéré en Orient, de hadji, c’est-à-dire de pèlerin. Il s'était si complétement initié à la langue et aux coutumes religieuses des musulmans, que quelques doutes s'étant un jour élevés au sujet de l’orthodoxie de sa foi, il fut, après un examen sévère fait par deux ulémas sur la partie théorique et pratique du Coran, reconnu et proclamé non-seulement comme un fidèle croyant, mais encore comme un très-savant musulman. En 1815 il revint au Caire, où il apprit la mort de son père. Au mois d'avril 1816 il fit l'ascension du mont Sinai, et ce fut sa dernière expédition. De retour au Caire dès le 16 juin suivant, il se livra sans relâche à des travaux de mathématiques et d'histoire naturelle, ainsi qu’à la rédaction de ses notes et journaux. Les lettres qu'il écrivit à cette époque à Banks et à Hamilton témoignent de la vive contrariété qu’il éprouvait par suite des retards apportés à son voyage. Enfin arriva la caravane du Fezzan, si impatiemment attendue , et dont le départ était fixé au mois de décembre 1817. Burckhardt croyait déjà avoir à moitié atteint son but, lorsque, le 4 octobre, il fut saisi d’une fièvre violente à laquelle il succomba le 17 du même mois. Il fut enterré dans le cimetière mahométan avec tous les honneurs dus à un cheïk et à un hadji.
L'acte de ses dernières volontés, qu'il dicta à Salt, consul général d’Angleterre, contenait, entre autres dispositions, le don de tous ses manuscrits orientaux , composant trois cent cinquante volumes, à la bibliothèque de Cambridge. Déjà, avec Salt et Belzoni, il avait envoyé de Thèbes en Angleterre la tête colossale de Memnon, du poids de plus de trois cent quintaux, et avait payé la moitié des frais de transport. Ses relations se distinguent par leur fidélité et leur exactitude. Burckhardt était évidemment né voyageur et découvreur, et, sous le rapport moral, un galant homme dans toute la force de l’expression. La relation de son voyage en Nubie parut à Londres en 1819 ; celle du voyage en Syrie et au mont Sinaï, en 1822 ; et enfin celle du voyage d’Arabie, en 1829. Ses Notes on the Beduins and Wahabis (Londres, in-4°, 1830 ), et ses Arabic Proverbs, or the manners and customs of the modern Egyptians illustrated (Londres, 1831), sont deux ouvrages du plus grand mérite.
BURDETT (Sir Francis), membre de la chambre des communes d'Angleterre, né le 25 janvier 1770, descendait d'une ancienne famille établie dans le comté de Derby depuis Guillaume le Conquérant. Après des études préparatoires, faites à l’école de Westminster, il alla terminer son éducation à Oxford ; puis il entreprit , sous la {utelle du savant Lechevalier, si connu par son Voyage de la Troade, letour de l’Europe. Ce voyage, fait dans les premières années de la révolution française, donna occasion à Burdett d’assister à quelques-unes des scènes les plus remarquables de ce grand drame, etaussi de voir dans les différentes cours les hommes alors à la tête des affaires. A son retour en Angleterre, il épousa une des filles de l’opulent banquier Coutts, mariage qui accrut considérablement sa fortune, déjà fort importante.
Envoyé, en 1796, au parlement par Boroughbridge, bourg pourri appartenant au duc de New-Castle, il alla tout aussitôt s'asseoir sur les bancs de l'opposition, et se rattacha au parti des nouveaux whigs ou radicaux, dont il ambitionnait de devenir le chef. Faire enfin de la représentation du peuple dans la chambre des communes une vérité et non une fiction , telle fut la mission à laquelle il déclara vouloir consacrer sa vie. Dès 1799 il avait réussi à complétement gagner la confiance et la faveur populaires en flétrissant les violences et les mauvais traitements dont étaient victimes les individus arrêtés pour délits politiques à la suite de la suspension de l’habeas corpus. Grâce à une fortune qui n’était pas moindre de 40,000 livres st. (1,000,000 fr.) de rente, et en employant toutes les ruses et tous les moyens en usage dans les élections anglaises, il réussit à se faire élire membre du parlement par le plus important comté de l'Angleterre, celui de Middlessex; victoire qui, dit-on, lui coûta plus d’un million, en raison des frais immenses qu’il lui fallut supporter pendant toute la durée de la lutte électorale. C’est ainsi qu’il dut retenir et louer pendant toute la durée de l’élection la totalité des voitures de louage, charrettes, etc., existant à Londres, afin de rendre ainsi plus difficile au candidat que lui opposait le ministère le transport gratuit jusqu’au lieu de l’élection des électeurs favorables à sa cause. Dans les sessions suivantes, s’il ne fut pas tout à fait à la hauteur de talent des chefs illustres que comptait alors l’opposition, ce fut lui du moins qui le premier attaqua énergiquement le pâle et insignifiant ministère dont Addington était le chef.
Après la mort de Pitt, el pendant le peu de temps que Fox resta à la tête des affaires, Burdett vota avec le cabinet; et quand, en 1807, il fut réélu membre du parlement par le bourg de Westminster, partie occidentale de la ville de Londres, il insista sur la nécessité du suffrage universel et de la convocation d’un nouveau parlement chaque année. En 1810, un écrivain ayant été condamné à la prison pour violation des priviléges de la chambre des communes, Burdett fit imprimer une lettre à ses commettants dans les termes peu mesurés de laquelle un membre de la majo’ité vit une nouvelle atteinte aux priviléges et à la dignité de la chambre. Malgré tous les efforts de l'opposition, un ordre d’arrestatior fut alors lancé contre sir Francis, qui, protégé pendant trois jours par une émeute populaire, ne consentit à se rendre à la Tour que lorsque les agents de la justice allaient enfin l’appréhender au corps. Sen incarcération se prolongea jusqu’à la fin de la session, et dura deux mois.
Au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, il insista vivement pour que l'Angleterre se maintint en paix avec la France. En 1818 il proposa de nouveau son plan de réforme radicale des lois électorales. En 1819 il combattit vivement les mesures restrictives de la liberté de la presse, que Castlereagh fit alors adopter à la législature. Peu à peu cependant on vit s’affaiblir l'énergie de son opposition, soit qu’en devenant vieux l’indolence naturelle à la vieillesse prit insensiblement en lui le dessus; soit que, grand propriétaire terrier, il ne séparât pas complétement ses intérêts de ceux de laristocratie territoriale, notamment dans les discussions relatives à la libre introduction des céréales. Quand l'influence de Canning l’emporta dans les conseils de la couronne, Burdett donna ouvertement son appui au cabinet dirigé par ce célèbre homme d'État. Il se. conda surtout les réclamations des catholiques d’Irlande, et proposa de nouveau à la chambre, en 1527, un bill ayant pour but de leur rendre leurs droits politiques, mais qui fut repoussé par la majorité, malgré l'appui formel de Canning. Sans se laisser décourager par cet échec, Burdett saisit de nouveau la chambre, en 1828, d’une proposition tendant au même but ; et il eut alors la joie de voir la chambre reconnaître enfin la nécessité de restituer aux catholiques d'Angleterre et d'Irlande leurs droits politiques.
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En 1832, personne plus que sir Francis Burdett ne se montra partisan dévoué, décidé, du bill de réforme parlementaire présenté par lord Grey. Pour le faire triompher, il tint au peuple les discours les plus violents; et pour obtenir le triomphe de la mesure législative qui avait été le but de sa vie entière, il ne craignit même pas de donner à entendre que l'insurrection serait un moyen saint et légitime. Ce grand résultat une fois obtenu, Burdett s’éclipsa complétement de la scène parlementaire, et cessa même de paraître à la chambre. La goutte, qui le confinait chez lui, aurait peut-être pu lui servir d’excuse, si les fréquentes atfaques auxquelles il se livrait par la voie de la presse contre O’Connell, dont l'influence toujours croissante semblait avoir excite sa jalousie, n'avaient pas prouvé qu'il se souciait désormais médiocrement de voir arriver aux affaires un ministère franchement dévoué aux principes et aux intérêts qui venaient de triompher.
Les meneurs du parti radical à Westminster ne pouvant plus douter davantage des modifications survenues dans les principes de leur représentant, le sommèrent d’en appeler aux électeurs. Dans une lettre passablement cavalière, Burdett déclara alors qu'il était prêt à se sonmettre à une nouvelle élection, afin que les électeurs de Westminster pussent manifester leur approbation ou leur improbation de sa conduite parlementaire. 11 ajoutait que les réformes qui avaient été le but des travaux et des luttes de sa vie étaient désorais obtenues et accomplies; et que jamais il n’appuierait un cabinet qui consentirait à se faire l’esclave d’0’Connell et du clergé catholique irlandais, ou de cette foule de novateurs qui affichaient hautement chaque jour la prétention de détruire la constitution de l’Église et de l’État. Il terminait en déclarant qu’il ne cesserait jamais d’être l’ami sincère du peuple et de la constitution, mais qu’il avouait franchement être devenu £0ry. Une pareille déclaration devait naturellement être accueillie dans le camp des tories par des acclamations de joie, et elles ne lui firent'pas défaut non plus; puis, au printemps de 1837, la discorde s’étant glissée dans les rangs des radicaux, Burdett fut de nouveau élu membre du parlement par Westminster. Mais lors des élections genérales qu’entraîna bientôt après l’avénement au trône de la reine Victoria, les électeurs de Westminster firent enfin infidélité à celui qu’ils avaient constamment honoré de leurs suffrages pendant trente années, et Burdeft fut réduit à se faire élire comme candidat conservateur par les fermiers de la partie nord du Wiltshire. Depuis lors sir Francis Burdett vota dans la chambre des communes avec Peel contre ses anciens amis les whigs; mais c’en était fait désormais de son influence et de sa considération politiques.
Sans avoir fait les fortes études indispensables à un véritable homme d’État, Burdett, grâce à d’heureuses dispositions naturelles, avait pu, dans le cours de sa longue carrière parlementaire, acquérir une grande habitude des discussions , ainsi que la faculté de comprendre facilement les questions les plus ardues ou de les traiter hardiment., Ses discours brillaient par une simplicité qui n'excluait pas une certaine animation, par l'élégance et par le naturel de l’expression. Il mourut à Londres, le 22 janvier 1844, laissant sa fortune et son titre de baronnet à son fils, Robert Bur- DETT,
Dans les dernières années de sa vie, son beau-père, Coutts, avait épousé en secondes noces une actrice de Drury-Lane, miss Mellon, à laquelle il avait assuré une fortune immense. Celle-ci, à la mort de Coutts, se remaria avec le duc de Saint-Albans, très-pauvre, mais très-grand seigneur , à qui ce mariage doré permit de jouer dans le high Life le rôle qui convenait à son rang. En mourant, la duchesse de Saint- Albans disposa de sa fortune, montant à 1,800,000 liv. st. (45 millions de francs), non compris un intérêt majeur dans la maison de banque Coutts et comp., en faveur d’une petitefille de son premier mari, de miss Angéla, la plus jeune fille
de sir Francis Burdett, née le 25 avril 1814, à Londres, el devenue ainsi l’une des plus riches héritières des troisroyaumes. Pendant longtemps, miss Angéla Burperr n’a cessé d’être l’objet des passions les plus enflammées, sans avoir jamais pu se décider jusqu’à ce jour à faire un choix parmi les nombreux adorateurs qui s’acharnent à se disputer son cœur. Il fut bien un instant question, comme d’une chose
résolue, de son mariage avec lord Surrey, fils aîné du duc de
Norfolk, premier pair d'Angleterre, dont la famille, comme on sait, est demeurée catholique. Mais son père et, après la mort de sir Francis, les directeurs de sa conscience la dissuadèrent d'accepter unealliance qui eût fait d’elle, sans aucun doute, la plus grande dame des trois royaumes, mais qui devait assurer son immense fortune dans une famille catholique. Or miss Angéla Burdett professe pour l’orthodoxie
anglicane le plus profond respect, et elle a donné une preuve:
de la sincérité de son attachement à l’Église dominante en faisant construire entièrement à ses frais la belle église de Saint-Étienne, aujourd’hui l’un des ornements du quartier de Westminster,
BURE, grosse étoffe de laine rousse et dure au toucher, qui paraît avoir reçu son nom de sa coulenr, le mot burrus (souvent employé par les Latins pour rufus, roux) étant dérivé du grec ruppos qui a la même signification. La bure est l’étoffe dont s’habillaient généralement autrefois les gens de la campagne et les corporations ecclésiastiques qui avaient fait vœu de pauvreté. Cependant on lit dans Baronius que l’ancien habit des évêques se nommait burrus, d’où il faudrait conclure ou que ce mot ne s’appliquait pas uniquement à l’étoffe du pauvre, ou que les évêques de la primitive Église étaient plus simples et plus modestes que ceux d'aujourd'hui. Quoi qu’il en soit, le mot bure, même depuis que la chose a presque complétement disparu, est resté dans le langage le représentant de la pauvreté, et s’emploie dans la même acception que le mot ckaume. On dit également qu’il y a souvent plus de vertu et plus de bonheur sous la bure ou sous le chaume qu’on n’en trouve sous la pourpre et dans les palais.
Du mot bure sont dérivés les mots burat, qui s'applique à la bure la plus grossière, et buratine, nom d’une sorte de popeline ou d’étoffe dont la chaîne est de soie et la trame de grosse laine. On a dit autrefois bureau pour bure : témoin ces vers de Boileau :
Et qui, n’étant vétu que de simple bureau, Passe l’été sans linge et l’hivér sans manteau,
BUREAU. Ce mot a un grand nombre d’acceptions ; dans son sens le plus restreint il se prend pour une table, d'abord recouverte de bure, et sur laquelle on écrit. Par extension on nomme bureau une ou plusieurs pièces renfermant de ces sortes de tables à écrire.
En termes de palais, on donne aussi ce nom à la table sur laquelle sont posées les pièces d’un procès lorsqu'on en fait le rapport. Dans une académie ou une assemblée, c’est la réunion du président, du vice-président et des secrétaires. On appelle encore de ce nom les différentes sections dans lesquelles se répartissent les membres d’une assemblée législative pour l'examen préparatoire des affaires et la nomination des commissions. Dans un autre sens ce mot est un synonyme d'office, d'étude et de cabinet. Nous donnerons rapidement quelques indications sur certains établissements anciens et modernes qui ont porté ce nom.
Le bureau des décimes était un tribunal ecclésiastique chargé de régler les décimes, les dons gratuits et généralement toutes les impositions assises sur les bénéfices. 11 \. en avait de deux sortes : les bureaux diocésains, et les bureaux généraux ou souverains, qu'on appelait aussi provinciaux.
Le bureau des aides était, avant 1791, le lieu où se pèrcevaient les droits sur les boissons. On les a appelés plus
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tard bureaux des droits réunis ; aujourd'hui ce sont ceux des contributions indirectes,
La constitution de l'an ur avait établi dans les villes divisées en plusieurs municipalités un bureau central pour administration des affaires que le pouvoir législatif jugeait indivisibles, et particulièrement de la police. L'organisa- {on et les attributions de ces bureaux avaient été en coikéquence déterminées par plusieurs lois. 1ls furent supprimés par celle du 28 pluviôse an vur, et remplacés à Paris par un préfet de police; ailleurs, par des commissaires généraux.
[En droit administratif et politique le terme de bureaux a plusieurs significations. La plus commune s'entend du travail intérieur des ministères et des administrations générales. On dit ainsi les bureaux des ministres de la justice, des finances , de la guerre, des domaines , des contributions indirectes, des douanes, des ponts et chaussées. On dit aussi les bureaux des préfectures, des sous-préfectures, des mairies.
Bureaux du Conseil. Avant la révolution de 1789, le conseil d'État était divisé en bureaux. 11 y avait le bureau des finances , le bureau des dépêches, le bureau du conseil des parties. Les conseillers d'État attachés à plusieurs bureaux cumulaient plusieurs appointements. à
Les bureaux des ministères, qui avaient succédé aux redoutables comités exécutifs de la Convention, devinrent tout-puissants sous le Directoire. On y brassait des affaires immenses. Les décisions s’y prenaient dans l'ombre, et sur le rapport des chefs de bureau. Les questions les plus ordinaires de la législation vague et arbitraire sur les émigrés, les séquestres, les radiations, les ventes de domaines nationaux, les liquidations de l’arriéré, les marchés de fournitures et les entreprises de travaux publics, s’y traitaient souvent en première et dernière instance. 11 y eut en ce temps-là de grandes corruptions ; il y eut aussi des mérites éminents qui s’y développèrent. Mais, à tout prendre, le gouvernement clandestin de la bureaucratie ne valait rien. Le premier consul, après avoir réorganisé le conseil d'État, retira des bureaux, pour la lui confier, la décision des affaires litigieuses de l'administration. 11 établit dans le sein de ce conseil des expédients de surveillance et de contrôle suprême qui allaient tout à fait au génie de Napoléon. Cette défiance qu’il eut des bureaux s’étendit aux ministres, qui, privés de toute responsabilité et de toute initiative, n'étaient plus que des premiers commis titrés , hauts et supérieurs. Les bureaucrates ne furent pas en faveur sous le règne de Napoléon. Ils marchaient à la baguette, comme des soldats. Ils communiquaient ponctuellement et rigoureusement limpulsion qu’ils recevaient du maitre, et, pour leur rendre justice, il faut dire que l’on doit à leur habile et prodigieuse activité cette forte organisation administrative qui fait encore aujourd’hui la grandeur de la France et l'envie de l'Europe. hi Timo .]
Bureaux des cotléges électoraux et des sections. Aux termes du décret réglementaire des élections du 2 février 1852, ces bureaux se composent d’un président, de quatre assesseurs et d’un secrétaire choisi par eux parmi les électeurs. Dans les délibérations du bureau le secrétaire n’a que voix consultative. Les colléges et sections sont présidés par le maire, les adjoints et conseillers municipaux de Ja commune ; à leur défaut, les présidents sont désignés par le maire parmi les électeurs sachant lire et écrire. A Paris les sections sont présidées dans chaque arrondissement par le maire, les adjoints ou les électeurs désignés par eux. Les assesseurs sont pris suivant l’ordre du tableau parmi les conseillers municipaux sachant lire et écrire ; à leur défaut, les assesseurs sont les deux plus âgés ct les deux plus jeunes électeurs présents, remplissant les mêmes conditions ; et c’est
e qui a lieu dans chaque section de Paris. Trois membres du bureau, au moins, doivent être présents pendant tout le céurs des opérations du collége, Le bureau prononce provi-
soirement sur les difficultés qui s'élèvent touchant les opé: rations du collége ou de la section. Ses décisions sont motivées.
Sous l’Empire et sous la Restauration le président des colléges électoraux était nommé par le chef de l'État. Sous Louis-Philippe les colléges électoraux et leurs sections étaient provisoirement présidés par le président du tribuna} civil, ou, à défaut de tribunal, par le maire, ou par un juge, ou par un adjoint. La première opération du collége était de constituer un bureau définitif par l'élection, et cette première lutte annonçait {out d’abord de quel côté serait la victoire. ; ,
Pendant la durée du second empire le bureau du sénat se composa d'un président, d’un premier vice-président, de trois vice-présidents, d’un grand référendaire et d’un secrétaire : tous étaient directement nommés pour un an par l'empereur et choisis parmi les sénateurs, Le bureau du corps législatif se composait d'un président et d’un viceprésident (il y en eut ensuite deux) nommés annuellement par l’empereur parmi les députés, et assistés des quatre plus jeunes membres présents à la séance d'ouverture, lesquels remplissaient pendant la session les fonctions de secrétaires. Depuis 1861 ces derniers fureut élus par la chambre elle-même.
Le bureau de l’Assemblée législative de 1849 était composé d’un président, de quatre vice-présidents et de six secrétaires, tous élus par la chambre à la majorité absolue pour trois mois; celui de l'Assemblée constituante de 1848 avait la même composition, mais il n’était élu que pour un mois, Sous la monarchie de Juillet le bureau de la chambre des députés était nommé au scrutin pour toute la session, et se composait d’un président, de quatre vice-présidents et de quatre secrétaires. Celui de la chambre des pairs avait une composition identique, mais les quatre secrétaires étaient seuls élus; le président, qui était le grand chancelier, et les vice-présidents, étaient désignés par le roi. Sous la Restauration le roi choisissait le président de la chambre des députés parmi trois candidats que présentait la chambre. Ces diverses législatures avaient d’ailleurs un bureau provisoire, formé du doyen d’àge, président (à l'exception de la chambre des pairs), et des quatre plus jeunes membres secrétaires.
L'Assemblée nationale de 1871 a composé son bureau d’après le réglement adopté par celle de 1849,
Il ne faut pas confondre Le bureau qui préside aux débats d’un corps délibérant avec Les bureaux entre lesquels il se partage pour les travaux préparatoires, Le sénat se diyisait par la voie du sort en cinq bureaux. A l’ouverture de la première séance, le président du corps législatif, assisté des quatre secrétaires, procédait par la voie du tirage au sort à la division de l’assemblée en sept bureaux. Ces sept bureaux, ainsi formés pour toute la durée de la session, étaient présidés par le doyen d'âge de chaque bureau, le plus jeune membre présent faisant fonctions de secrétaire. Ils procédaient à l'examen des procès-verbaux d'élection, discutaient les projets de loi qui leur étaient soumis par le gouvernement, et nommaient, au scrutin secret et à la majorité, uue commission de sept membres chargée d’en faire rapport. Les bureaux furent, par le décret du 3 février 1861, renouvxelés chaque mois, et leur nombre porté de sept à neuf. Le mode de la composition des bureaux par la voie Gu tirage au sort a donné lieu à de vives et sérieuses critiques. « Rien, en effet, n'étant plus aveugle que le sort, il arrive souvent, a dit M. de Cormemn, que toutes les spécialités £e trouvent agglomérées et parquées dans un ou deux bureaux, et que les autres bureaux sont dépourvus de gens à ce cennaissant; il faut donc choisir des demi-savants, des approximatifs : la commission n’est plus alors l'expression inteliigente de la majorité. » A l’ancienne chambre «es pairs, le
| présidentnommait d’abord toutes les commissions; mais ©
finit par crouver ce droit exorbitant , et on le restreignit au cas où les bureaux avaïent déclaré lui laisser ce soin. Dans nos anciennes assemblées législatives les bureaux se renouvelaient fous les mois. Ils choisissaient leurs président et secrétaire, et ces élections, vivement débattues, faisaient connaître d’avance l'opinion des commissions qu'on aurait à nommer. C’est à c: mode d'élection qu'en 1871 est revenue l’Assemblée nationale. Le travail des bureaux est favorable aux hommes que le public effraye et qui en petit comité osent exprimer librement leur opinion.
On nomme bureaux d'adresses ou de renseignements des bureaux tenus par des pärticuliers et servant à renseigner ceux qui s’y présentent sur différentes choses dont on y lient registre, comme des appartements à louer, des biens, des fonds, des meubles à vendre, des maisons de commerce à recommander, des domestiques à placer, etc., etc. Le premier bureau de ce genre fut fondé par le médecin Théophraste Renaudot, créateur de la Gazette de France; le privilége lui en fut octroyé par lettres patentes. Sa feuille, qu’il datait de ce bureau, en porta même longtemps le nom ; c'est ce que nous nommons maintenant les Petites-Affiches.
La police a un bureau de renseignements non moins utile. Elle possède un registre général contenant les nom, prénoms, profession, âge, résidence et signalement de tous les individus condamnés à un emprisonnement correctionnel ou à une plus forte peine. Les ministres de la justice et de la police doivent, aux termes des articles 600, 601 et 602 du Code d'instruction criminelle, le faire tenir, d’après les registres qui leur sont envoyés tous les trois mois par les grefliers des tribunaux correctionnels et des cours d’assises. C’est à l'aide de ces registres généraux que l’on parvient à connaître les antécédents des individus traduits en justice et à établir le rapport statistique et judiciaire que chaque année publie le ministère de la justice. On s’est servi de ce registre en 1849 pour épurer les listes électorales.
Une célébrité de la police a eu l’idée de faire jouir les partivuliers des avantages de ce genre de renseignements. Pour une somme il vous retrouvait l'homme ou la femme que vous cherchiez, sous quelque nom et sous quelque costume que se cachât le perdu. 11 vous renseignait sur les antécédents judiciaires d’un homme que vous soupçonniez et sur la solvabilité de votre déhiteur ; mais tout cela ne satisfaisait pas complétement la justice, qui trouva que les agents officieux du sieur Vidocq outrepassaient souvent les droits d'une administration particulière.
Après la révolution de Février on a plusieurs fois proposé de créer des bureaux de renseignements où les ouvriers sans ouvrage auraient pu se faire inscrire sur des registres que les patrons auraient pu consulter.
Parlerons-nous des bureaux d’affaires, où des agents d’affaires cherchent à mettre en relation prêteur et emprunteur, marchand et vendeur, pour tirer un pécule des opérations dont ils sont les entremetteurs ? Leur industrie se borne souvent à lire ct noter les Petites-A fiches, à recevoir les rentes, et à représenter devant la justice de paix ou les tribunaux de commerce, qui n'exigent que de simples pouvoirs ; car les agents d’affaires ne sont pas avocats, ou ne peuvent exercer. Heureux lorsqu'ils s'élèvent jusqu’à Ja mission d’arbitres en matière de commerce ou de syndics de faillite.
Les bureaux de placement sont de deux sortes : les uns pour les domestiques et employés, les autres pour les ouvriers d'un corps d'état spécial. Ces industries étaient complétement libres autrefois. Elles sont aujourd’hui sous la surveillance immédiate de la police. Les bureaux de placement de corps d'état sont centralisés. Les scandaleux abus des bureaux de placement , établissements qui auraient pu être fort utiles dans une ville comme Paris, finirent par attirer l'attention du gouvernement, Un décret résidentiel du 27 mars 1852 et une ordonnance du préfet de police du 5 octobre