CASS — CASSAGNE
Quand éclata la guerre de 1812 contre l'Angleterre, Louis
Cass fit partie, en qualité de colonel du troisième régiment des volontaires de l'Ohio, de l'expédition du général Hull, qui eut une si malheureuse issue pour les armes américaines, Aussitôt qu’on arriva à Détroit, Cass insista pour qu’on transportât immédiatement dans le Çanada le théâtre des opérations militaires; mais le général Hull hésita pendant quelques jours, et donna ainsi aux autorités anglaises le temps de réunir des moyens de défense. Quand enfin on se décida à prendre l'offensive, Louis Cass fut le premier qui entra sur le territoire anglais les armes à la main. Jl chassa les Anglais du poste qu'ils avaient établi au pont des Canards, et adressa de là aux habitants de la province une proclamation dans laquelle il les excitait à s'affranchir du joug de l'Angleterre et à se ranger sous les drapeaux de l’Union américaine. Mais le gros de l’armée libératrice, au lieu de suivre Cass, se replia sur Malden par ordre du général Hull, homme d’une complète incapacité, puis abandonna honteusement, par suite d’une capitulation, cette importante place d'armes aux Anglais. Louis Cass ne prit point part à cette capitulation; mais, compris dans ses termes, compromis d’ailleurs de tous les côtés et hors d’état d'effectuer sa retraite, il dut mettre bas les armes avec la poignée d'hommes placés sous ses ordres. Au premier échange de prisonniers qui eut lieu après cette affaire, Cass revint aux États-Unis, et peu de temps après il fut promu au grade de général de brigade. Chargé en cette qualité de protéger les frontières de l’Union, il établit son quartier général à Détroit. A la bataille de la Themse, dans laquelle le général anglais Proctor fut complétement mis en déroute, Louis Cassremplissait les fonctions d'aide de camp auprès du général Harrisson.
, Au rétablissement de la paix, il fut nommé gouverneur de ce qu’on appelait alors le Territoire de Michigan, province qu’il avait défendue bravement et avec succès contre l'ennemi, et qu’en 1814 il organisa avec une grande habileté sur des bases entièrement nouvelles. En sa qualité de gouverneur de Michigan, il fut souvent chargé par le gouvernement central de conclure des traités avec les Indiens. Dans ces diverses négociations, il fit constamment preuve de courage, de résolution et de tact, et accrut le territoire de l’Union de plus de trois millions d’acres. Pendant tout le temps qu'il administra ce territoire, M. Cass sut s’abstenir de toute mesure politique qu’on pût imputer à l’esprit de parti; ses divers arrêtés n’en indiquent pas moins une tendance démocratique bien prononcée. En 1831 le général Jackson le nomma ministre de la guerre, poste qu’il conserva jusqu’à Ja solution des difficultés élevées par la France au sujet d’une indemnité de 25 millions de francs, promise aux États-Unis.
Quand la chambre des députés de France eut voté cette somme, M. Cass fut accrédité à Paris en qualité d’envoyé extravrdinaire et de ministre plénipotentiaire des États-Unis. Diverses circonstances se réunirent pour donner à cette mission unægrande importance, et pour ajouter encore à la Re n À de M. Cass parmi ses concitoyens, en raison des occasions qu’elle lui fournit de faire acte de fermeté. Ses articles au Galignanÿs Messenger en réponse aux assertions de la presse anglaise au sujet de la partie de territoire située sur les frontières septæatrionales des États-Unis et demeurée en litige entre l'Angleterre et l’Union; son écrit publié en 1840 sur le quadruple traité relatif au droit de visite; enfin sa protestation publique contre la conduite de M. Guizot, furent autant d’actes que l'opinion publique approuva hautement dans son pays. Plus tard, le traité conclu entre l’Angleterre et l’Union américaine par l'intermédiaire de lord Ashburton et de Daniel Webster ayant paru à M. Cass en contradiction avec les principes qu’il avait émis, il en résulta entre lui et le ministre des affaires étrangères de l’Union nne correspondance à la suite de laquelle il donna sa démission des fonctions de ministre plénipotentiaire à Paris, et s’en revint
en Amérique en 1843. À son arrivée à Boston, il fut reçu par les chefs de tous les partis de la manière la plus honorable.
Le parti démocratique voulait dès lors le présenter comme candidat à la présidence, mais plus tard il se décida en faveur de Polk, parce que M. Cass n’était pas généralement bien vu dans les États du Sud. En revanche l'État de Michigan l’envoya siéger au sénat, où il défendit l’administration du président Polk contre les attaques des whigs, notamment pendant la durée de la guerre contre le Mexique. Adopté définitivement comme candidat par les démocrates aux élections suivantes pour la présidence , il se démit de son siége au sénat, et parcourut différents États de l'Union dans les intérêts de sa candidature, Mais ce fut bien moins la gloire militaire, encore toute fraiche, de Taylor que la scission produite dans les rangs des démocrates par Van Buren qui fut cause de sa défaite. Il reprit son siége dans le sénat dès le congrès suivant, et y combattit de la manière la plus déclarée les mesures de conciliation de Henry Clay. La loi relative à l’extradition des esclaves fugitifs, proposée dans la session suivante du congrès, obtint aussi son vote approbatif, quoique précédemment il eût toujours professé et défendu sur cette question l’opinion des États du Nord. Cette conduite lui aliéna le Nord sans éveiller de vives sympathies au Sud ; il dut s’en convaincre en 1852 lorsqu'il se vit préférer dans son propre parti M. Pierce pour la présidence. En 1856 il entra dans l'administration de M. Buchanan comme secrétaire d'Etat; mais au mois de décembre 1860 il donna sa démission, n’approuvant pas les hésitations du président à prévenir la guerre qui se préparait.
Cass est mort à Detroit (Michigan), le 17 juin 1866. Il est auteur d’un ouvrage curieux intitulé Louis-Philippe el sa cour.
CASSAGNE ou CASSAIGNE (JACQuEs), poëte et écrivain médiocre, que la satire seule a sauvé de l'oubli. Né à Nimes en 1636, il vint fort jeune à Paris, où il obtint le bonnet de docteur en théologie, et s’attacha à Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, qui le chargea de composer un sermonnaire pour son diocèse, c’est-à-dire un recueil de sermons à l’usage des églises qui manqueraient de prédicateurs habiles. Désireux d’arriver à la renommée, Cassagne se mit à composer des odes, des stances et des poésies légères, qui le firent remarquer à cette époque, où un sonnet et une épigramme étaient un événement tenant en émoi la cour et la ville. Une ode à la louange de l’Académie plut tellement à la docte assemblée qu’elle admit Cassagne dans ses rangs à l’âge de vingt-sept ans : il y remplaça Saint-Amand. Colbert lui donna bientôt après la place de garde de la Bibliothèque du roi. Ce ministre, qui se piquait d’honorer les lettres, avait été charmé de son poëme d'Henri IV, qui n’est qu’un long discours du grand Bourbon à Louis XIV, semé de bons conseils et de force louanges. On y rencontre ces deux vers :
Lorsque après cent combats je possédai la France, Et par droit de conquèéte et par droit de naissance.
Voltaire a enchâssé le second de ces vers dans sa Henriade, ce qui fait grand honneur à Cassagne, sans rien Ôter à celui de Voltaire, ignorant sans doute à qui il reprenait son bien. Devenu académicien, Cassagne voulut se signaler comme prédicateur; mais cette ambition fut l’écueil de sa fortune : Boileau, dont les décisions étaient des oracles , s’avisa de déclarer dans sa troisième satire :
Qu'il ne compte pour rien ni le vin ni la chère, Si l’on n’est plus à l’aise, assis en un festin,
Qu’aux sermons de Cassagne ou de l’abbé Cotin,
Cassagne, désigné pour prêcher au Louvre, n’osa aborder la chaire, et se condamna désormais au silence, pour ne plus s’occuper que de vers et deprose. Ami deChapelaia,
il obtint par ses soins une pension de 1,500 liv., et put se dire un des mieux rentés des beaux esprits du temps. Ses ouvrages, où il chantait la naissancedu dauphin et lés conquêtes du roi, en vers froids et souvent ridicules, étaient d’ailleurs bien reçus et bien payés de Colbert, s'ils étaient dédaignés du public. Non content de le gratifier d’une place et d’une pension, le ministre le nomma l’un des quatre premiers membres de la petite académie qui reçut ensuite le nom d’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres. Toutefois, Cassagne pouvait justifier ce choix ; car il possédait une érudition solide et variée. Mais toutes ces faveurs de la fortune ne purent le sauver des nouveaux traits de Boileau, qui, de concert avec Racine, rima la parodie du Cid, vù Chapelain, décoiffé par La Serre, dit à son fidèle Cassagne :
Cassagne, as-tu du cœur?
Cette plaisanterie acheva d’accabler le pauvre abbé, dont la raison finit par s’altérer peu de temps après. Ses parents, accourus à Paris du fond de leur province, se décidèrent à le placer à Saint-Lazare, où il se liaavecun ministre disgracié, Brienne, qui s'était retiré dans cette maison. Ce dernier s'était fait janséniste, seule opposition qui fût alors possible, Il confia à Cassagne la révision d’une histoire secrète du jansénisme, sortie de sa plume. Cassagne passa à Saint- Lazare les dernières années de sa vie. I1 y mourut en 1679, à l’âge de quarante-trois ans. Brienne assure cependant qu’il ne s'était jamais aperçu du dérangemement de son cerveau. Quoi qu’il en soit, et malgré sa courte carrière, Cassagne à composé un assez grand nombre d'ouvrages. Outre ses poésies, répandues dans les recueils de l’époque, on a de lui une Préface estimée, mise en tête des œuvres de Balzac, édition de 1665; un traité de morale sur la valeur; une traduction des dialogues de L’Orateur de Cicéron, et une autre de Salluste, sous le titre d’Histoire de la Guerre des Romains. Il a fait aussi l’oraison funèbre d’Hardouin de Pérélixe, et n’est pas resté trop au-dessous de son sujet. Sa prose, pour le temps où il écrivait, est assez remarquable; quant à ses poésies, en général sans force et sans couleur, on y rencontre quelques vers bien frappés. Cassagne ne mérita donc point complétement le vernis de ridicule qui est resté attaché à son nom. SAINT-ProspeR jeune. CASSANA (Giovanni-FRAnCEsCo), peintre italien, né à Gênes, en 1611, mort en 1691, eut pour maître Bernardo Slrozzi, surnommé il Capucino, et se fixa à Venise, où il se perfectionna et où il acquit un faire large et facile,un coloris moelleux et délicat, et une grande précision de dessin. Vers la fin de sa vie, il se rendit à l'invitation du duc Alexandre II de la Mirandole, et s'établit dans cette ville, où il peignit un grand nombre de toiles pour le palais ducalaïnsi que pour diverses églises. Il laissa trois fils et une fille, qui furent, eux aussi, des artistes distingués. L’ainé, Nicolo, dit le Nicoletlo, né à Venise, en 1659, mort en 1714, à Londres, où il avait été appelé par la reine, fut un bon peintre d'histoire et de portraits. Le second, Giovanni Agoslino, appelé quelquefois l'abbé Cassana, parce qu'étant entré dans les ordres il portait effectivement le petit collet, né à Venise, en 1658, mort a Gênes, en 1720, fut un remarquable peintred’animaux, de fleurs et de fruits, Les toiles qu’on a de lui en ce genre sont d’un fini qui rappelle celui des peintres flamands. Il peignit aussi quelques portraits. Le plus jeune, né à La Mirandole, vers 1663, mort en 1705, ne peignait que des tableaux de fleurs et de fruits, mals seconda son frère Agostino dans la composition de bon nombre de ses toiles. Leur sœur à tous trois, Maria-Vitlloria, morte à Gênes, en 1711, fut une digne élève de son frère Agostino. Enlevée à l’art par une mort prématurée, elle n’a laissé qu’un petit nombre de toiles, qui font pressentir à quelle hauteur son talent eût pu s'élever si le temps ne lui avait pas manqué. CASSANDRE, appelée aussi Alexandra, était fille de