CASTAGNETTES — CASTAING
expression de l’acte d'accusation dressé par le procureur général Bellart, La mort se mit dans cette famille : M. Ballet et sa femme moururent, en peu de temps, d’une phthisie laryngée; Hippolyte, atteint d’une maladie des poumons, succomba, et Auguste se trouva seul en possession de toute la fortune paternelle, d’une valeur de plus de 800,000 francs. Leur jeune sœur n’eut à recueillir que les droîts de sa mère; elle avait pu compter sur l’héritage d’Hippolyte; mais le testament que celui-ci déclarait avoir fait en sa faveur ne se retrouva point.
Auguste Ballet, presque millionnaire, se livra avec fureur à sa passion pour la dépense. Il donnait des festins splendides. 11 quitta M!° Percillié, qui jouait les grands rôles tragiques à l’Odéon, pour M!° Fleuriet, séduisante comédienne du Gymnase. Castaing était l’un des convives d’un banquet donné par Auguste Ballet, dans la fameuse auberge du Cheval-Blanc, de Montmorency, à sa nouvelle conquête. Vers la fin du repas, M'!° Fleuriet se trouva gravement indisposée. Castaing lui prodigua les soins de son art, et la ramena chez elle; mais quelques heures après M'!° Fleuriet expira au milieu de spasmes violents. Personne alors n’osa penser que cette mort ne fût pas naturelle; il n’y a même eu depuis aucun indice du contraire ; mais on a rapproché cet événement du dépit que Castaing montrait, en toute circonstance, de voir Auguste Ballet dissiper follement ses richesses et mener un train de vie qui ne pouvait avoir une longue durée. Un jour qu’Auguste Ballet présidait à une fête somptueuse dont il était l’amphitryon , il trouva sous sa serviette un petit billet anonyme, où on lui disait qu’il ne convenait guère au fils d’un petit notaire de se donner des airs de prince. On soupçonnait généralement , et M'° Percillié avait contribué à accréditer ce bruit, justifié par l'événement, que Ballet aîné était parvenu, par les soins officieux de Castaing, à supprimer le testament de son frère Hippolyte. Les dispositions de cet acte étaient connues de plusieurs personnes. Hippolyte donnait tous ses biens à sa sœur utérine, et ne léguait à son frère consanguin qu’une rente viagère de mille francs, comme dernière ressource lorsqu'il aurait été ruiné. Auguste Ballet avait payé 100,000 francs à Castaing ce criminel service, et l’on expliquait ainsi l’attachement de ces amis, qui ne se quittaient plus. Castaing négligeait son état ; il avait point de clients, et ne se livrait plus qu’à une seule étude, celle des poisons végétaux ; il avait eu des entretiens sur ce sujet avec M. Chevalier, célèbre chimiste, et faisait sur des animaux des expériences avec l’acétate de morphine. I1 en avait acheté plusieurs fois en 1822, et s’en était procuré dix grains dix-sept jours seulement avant la mort d'Hippolyte, le 18 septembre.
Le 1°" décembre 1822, Auguste Ballet avait fait un testament par lequel il instituait Castaing son légataire universel ; mais six mois après il semblait déplorer la fatalité qui l’attachait à ce jeune médecin , et avait annoncé à plusieurs personnes l'intention de rompre. Cependant le 29 mai 1823 ils firent ensemble une promenade à Saint-Germain. Au lieu de revenir à Paris, ils allèrent le soir à Saint-Cloud, et prirent une chambre à deux lits dans l’auberge de la Tête-Noire. Au lieu de souper, ils demandèrent du vin chaud , dans lequel ils mirent du sucre qu’ils avaient apporté, et des citrons achetés par Castaing lui-même. Auguste avait trouvé le vin très« mauvais, et si amer qu’il n’en avait pu boire qu’une ou deux cuillerées. 11 fut agité toute la nuit, et le lendemain matin, il se trouva sérieusement malade. Castaing lui fit donner du lait froid, et bientôt après Ballet éprouva des vomissements et d’autres symptômes semblables à ceux du choléra morbus. M. Pigache, médecm de Sant-Cloud, à qui Castaing communiqua cette idée, ne la repoussa point; il demanda que l’on fit venir deux médecins de Paris, et Jean, domestique nègre de Ballet, partit avec le cabriolet de son maître, pour porter les lettres et aller chercher ceux à qui elles étaient adressées, Copendant l’état du malade empirait au