CATALEPSIE
lorsque son fils Thorismond, accourant du haut d’une colline, rétablit l’ordre parmi les siens, et parvint à repousser l'ennemi, après une lutte terrible, à laquelle la nuit seule put mettre un terme. De son côté, Aétius, à l’aile gauche, avait également réussi à mettre en complète déroute les forces qui lui étaient opposées. La mêlée avait été des plus sanglantes. Jornandès n'évalue pas à moins de 162,000 le nombre de ceux qui y perdirent la vie; d’autres versions, exagérées sans doute, portent ce chiffre à 300,000. Attila, après sa défaite, s'était réfugié dans son retranchement, formé au moyen de tous les chariots de son armée. La première pensée des vainqueurs fut de l’y attaquer ; mais on ditqu’Aétius, ayant réfléchi à la supériorité que la destruction totale des Huns ne manquerait pas de donner aux Visigoths, se garda bien de persévérer dans ce projet, et conseilla au contraire au jeune Thorismond de se hâter de regagner son royaume, à l'effet de s’assurer la possession du trône laissé vacant par son père. Attila, après quelques jours de repos, se retira lentement sur les bords du Rhin, puis en Germanie, d’où , l’année suivante, il fondit encore une fois sur l'Italie.
Pendant longtemps la tradition locale raconta que les esprits des guerriers tués dans la bataille dont les Champs Catalauniques avaient été le théâtre, s'étaient encore battus trois jours durant après cette terrible mêlée. C’est cette légende qui a fourni au peintre Kaulbach le sujet de son beau tableau Za Bataille des Huns.
CATALECTE , CATALECTIQUE, mots faits de la préposition grecque xar&, et du verbe Xéyw, je finis. Les anciens appelaient vers catalectes ou catalectiques ceux auxquels il ne manquait qu’une syllabe, par opposition à ceux auxquels il manquait un pied tout entier, et qu’on nommait brachicatalectes ou brachicatalectiques, et aux vers acatalectiques, qui étaient les vers parfaits, c’est-à-dire ceux auxquels il ne manque rien.
De là on est parti pour donner le nom de catalectes à certains ouvrages d’auteurs anciens qui ne nous sont parvenus que par fragments, ou à de petites pièces qui leur ont été attribuées dans des temps postérieurs à ceux où ils vivaient. C’est ainsi, par exemple, que quatorze petites pièces ont été mises sous le nom de Virgile, et traduites avec ce titre par l’abbé de Marolles, qui plus tard a joint à cette traduction celles de toutes les pelites pièces des anciens auteurs que Scaliger avait rassemblées sous le même nom.
CATALEPSIE (de xardheis, dérivé de xatahau6äve, arrêter, suspendre, retenir), maladie nerveuse, intermittente, dont les accès, revenant à des intervalles très-irréguliers, peuvent durer depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs heures, et même au delà d’une journée. Dans quelque position qu'il se trouve, le sujet attaqué de catalepsie conserve son attitude, mais il a perdu l’usage de ses mouvements et de sa sensibilité. S'il examinait quelque objet, son regard comme son corps est resté fixe et immobile. En un mot, on le dirait pétrifié, transformé en une statue de cire. Seulement, malgré cette immobilité absolue des cataleptiques, leurs membres restent doués d’une telle flexibilité qu'ils prennent et conservent avec une grande facilité toutes les positions dans lesquelles on les place. En même temps se manifestent, s'ils n’ont précédé, les symptômes d’une congestion cérébrale ordinairement le teint s’anime, les artères des tempes et du cou battent avec force, la respiration et la circulation sont irrégulières, mais presque toujours conservées ; les muscles abdominaux et quelquefois la mâchoire inférieure sont dans un état convulsif; les yeux sont presque toujours ouverts, mais la pupille est immobile et ne se contracte point sous l'influence de la lumière. Cependant Pisson et Van-Swieten ont vu des cataleptiques qui avaient les yeux fermés, et dont les paupières retombaient d’elles-mèmes lorsqu'on les relevait. Dans tous les cas, les yeux sont fixes, immobiles et privés de la faculté
de voir. Le sens de l’ouie semble également anéanti ; les cris dans les oreilles et les plus grands bruits n’impressionnent en rien les cataleptiques. Quant au toucher, les malades sont ordinairement insensibles. Et, chose singulière , chez eux l’odorat est quelquefois non-seulement conservé, mais exquis. |
Peu à peu l’accès se dissipe , et il ne reste de ce singulier état spasmodique et comateux qu’un malaise plus ou moins pénible, sans souvenir de ce qui vient de se passer. L'intelligence redevient libre en même temps que le corps, et le sujet reprend précisément au point où il l’avait laissée l'opération intellectuelle que l'attaque est venueinterrompre. Ainsi, on a vu des cataleptiques achever, après une attaque, la phrase qu’ils avaient commencée au moment même où ils avaient perdu connaissance. Si l’on en croit Frank, on aurait même observé que lorsqu'ils se sont arrêtés au milieu d’un mot, leur première parole après accès est la terminaison de ce mot.
La catalepsie se rencontre plus fréquemment chez les femmes et les enfants que chez les hommes et les vieillards. Des chagrins excessifs, des douleurs vives et longtemps prolongées, l'abus des liqueurs fermentées , la présence de vers intestinaux, des irrégularités dans la menstruation, l’'aménorrhée, l’onanisme, quelquefois des lésions externes de la tête, sont autant de causes qui peuvent occasionner cette maladie. Une excitation habituelle du cerveau, des contentions d'esprit peu variées mais constantes, exclusives, telles que le mysticisme les comporte, une méditation , une contemplation longtemps prolongée, ont été également notées somme propres à en favoriser le développement.
Quoïqu’on puisse facilement constater que la catalepsie résulte d’un trouble de la vitalité du cerveau, on ignore encore complétement la nature de cette altération du système cérébro-spinal. Les malades succombant rarement à cette maladie, on a eu peu d’occasions de se livrer à des autopsies, et dans les cas où on a pu ouvrir des cadavres on n’a trouvé aucune lésion qui se rattachât évidemment aux symptômes de la maladie.
Le diagnostic de la catalepsie est généralement facile, du moins sous le rapport des signes qui en font reconnaître l'existence. Cette maladie se distingue de l’épilepsie et de l’hystérie par plusieurs signes, et notamment par l'absence de convulsions; de la syncope, par la persévérance de la circulation ; de l'apoplexie, avec laquelle on ne pourrait dans tous les cas la confondre qu’une preimière fois, par la faculté qu’a le corps de conserver l’attitude qu’il avait avant l'attaque et les membres la situation dans laquelle on les place ;del’asphyxie, par les antécédents et ces derniers symptômes: L’extase est peut-être l'état qui ressemble le plus à la catalepsie, à cause de l'expression fixe du visage, de l’immobilité du corps , et de la suspension momentanée des sens externes ; mais les circonstances qui ont précédé, les transports, l'enthousiasme, le ravissement des facultés sensitives et mentales, qui absorbent le sujet extatique , n’ont rien de commun avec la catalepsie, dans laquelle existence morale est suspendue. Le somnambulisme offre aussi quelques analogies qui pourraient tromper au premier abord , mais il y a des mouvements et souvent même des paroles, et les membres ne conservent nullement la position qu'on leur donne. Ajoutons que des accès de catalepsie prolongés peuvent faire croire à la mort de malheureux que l’on risquerait d’enterrer vivants. En l'absence de la circulation, de la respiration et de la chaleur normale, il faudrait considérer bien attentivement l'aspect des yeux et de la physionomie, s'assurer si les membres ne conservent pas des positions insolites. Dans tous les cas la prudence commande de différer l'inbumation des sujets qui paraïssent avoir saccombé à une attaque de catalepsie. |
La catalepsie se termine quelquefois par une hémorragie