‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 489 sur 556 · CATINAT — CATON · texte numérisé non relu

CATINAT — CATON

s'écouièrent, et la mort du roi d'Espagne raviva toutes les haînes dont le grand roi était l’objet de la part de létranger. Louis XIV eut alors à se défendre tout à la fois dans les Pays-Bas, sur les bords du Rhin, en Italie et sur les Pyrénées. Le commandement de l’armée d'Italie fut confié à Catinat et à Vaudemont. Cette fois le duc de Savoie avait pris parti pour la France dans cette lutte gigantesque ; mais, comme toujours, ce prince trahissait en secret la cause qu’il avait l'air de servir. Le due de Savoie était le généralissime de l'armée d'Italie; Catinat et Vaudemont n'étaient en quelque sorte que ses lieutenants. Son mauvais vouloir évident amena entre lui et les généraux français de fréquentes collisions, qui ne purent que nuire à la cause commune , et dom Eugène sut habilement tirer parti. On avait envahi le Milanais, mais on manquait de vivres et d’argent. A Carpi le sort des armes fut défavorable à Catinat, qui dut abandonner la ligne de l’Adige et de l’'Adda. Malheureux encore une fois à Chiari, il ne trouva personne à Versailles pour le défendre contre les récriminations de Vaudemont ; et Louis XIV, cédant aux obsessions de M de Maintenon, qui soupçonnait véhémentement le maréchal de jansénisme, se décida à en- Jever à Catinat son commandement pour le confier au présomptueux Villeroy. On sait que celui-ci se laissa battre coup sur coup par Eugène, trop heureux d’avoir affaire à pareille nullité.

Catinat, disgracié, prit dignement sa retraite, et vécut dès lors dans sa terre de Saint-Gratien près Paris. C’est là qu’il mourut, le 22 février 1712. Il n'avait jamais été marié. Peu de généraux ont laissé des regrets aussi unanimes dans l'armée. Les soldats l’adoraient ; ils Pavaient surnommé Le père la Pensée, et Catinat méritait bien l’affection dont il était l’objet, car jamais général ne se montra plus avare du sang de ses troupes et ne fit preuve d’une si ardente sollicitude pour tout ce qui concernait leur bien-être. Ajoutons que dans Catinat l'homme ne fut pas moins honorable que le militaire. Il était doué d’une probité et d’une simplicité antiques , ne se montrait que le plus rarement possible à Versailles, où il représentait en quelque sorte le tiers état arrivé aux honneurs par la seule force de ses mérites et de ses services, mais jalousé par une noblesse qui, malgré les ordres du maître, ne se pouvait faire à l’idée de voir le bâton de maréchal aux mains d’un simple officier de fortune. Catinat ne peut sans doute être mis sur la même ligne que Condé et Turenne , que Luxembourg ou Vendôme; mais il y a encore bien de lagloire pour un nom qu’on inscrit immédiatement après ceux-là.

CATINAT, sobriquet sous lequel était connu l’un des chefs des Ca misards, dont le nom véritable était Abdias MaureL, et qui lui fut donné parce qu’il avait servi autrefois sous les ordres du maréchal Catinat. C’est en grande partie à lui que les insurgés furent redevables de l’organisation de leur cavalerie. Cependant, malgré ses services, un acte d’indiscipline qu’il commit le fit traduire devant un conseil de guerre, sous l'accusation d’avoir incendié des églises sans motifs. Il est probable que si on l’acquitta, ce fut en considération de son passé; mais pour obtenir son pardon, il lui fallut s’avouer coupable. Catinat passa alors en Suisse ; puis bientôt il se laissa séduire par les agents de l'Angleterre,

. rentra secrètement en France et prit part à la conspiration

dont l’objet était de tuer l’intendant Baville, si justement

odieux aux populations protestantes du Midi, et d'enlever |

Je maréchal de Berwick , dont la personne eût servi de gage aux conjurés pour obtenir du grand roi qu’il ne s'obstinâl point, sous prétexte qu’il avait mis à néant l'édit de Nantes, à ies convertir au catholicisme avec des dragons fransformés en missionnaires. L’entreprise ayantéchoué, Catinat, d’abord caché à Nîmes, finit par être arrêté. Son procès fut bientôt fait. On le brûla vif, le 21 mai 1705.

CATIVOLQUE, chef ou roi d’une moitié du pays des Éburons, peuple de la Gaule Belgique, selaissa entratner par

Ambiorix, chef de l’autre moitié de ce pays, à une révolle contre César. Les malheurs qui furent pour le peuple des Éburons la suite de cette funeste rébellion forcèrent Cativolque, trop âgé pour supporter les fatigues de la guerre, à s'empoisonner. Il mourut, dit César dans ses Commentaires, en maudissant Ambiorix de l'avoir entraîné malgré lui dans une guerre devenue si fatale à son pays.

CATODON (de xäros, cétacé, et èGoÿc, dent), nom sous lequel Linné désigna d’abord le genre de cétacés qui a pour type le cachalot.

CATOGAN ou CADOGAN, mot qui n’a pas un siècle d'existence, il exprime la réunion de la partie postérieure d’une chevelure longue se retroussant en faisceau : tel était l’accommodage des cheveux de l'infanterie dans l’autre siècle; c'était une imitation des modes prussiennes. Le catogan a succédé à la cadenette, chignon ou pelote de cheveux se roulant sur eux-mêmes , noués par le milieu et pendants à une hauteur prescrite. Le catogan des hommes de troupe a d’abord été renfermé dans un crapaud ; ensuite on l’a recouvert d’une chevrelte. Les règlements des 21 février 1779 et 1°” juillet 1788 maintenaient cet accommodage, auquel la queue succéda en 1792. Mais à des époques plus modernes le catogan était encore en usage dans les corps de hussards. Gal BARDIN.

CA'TON (en latin Cato), surnom d’une branche de la famille Porcia.

CATON (Marcus Porcrus), surnommé le Censeur ou l’ancien, naquit l’an 232 avant J.-C., à Tusculum. Son père, qu’il perdit jeune, était plébéien, et ne lui laissa pour héritage qu’une petite terre dans le pays des Sabins, qu'il cultivait de ses propres mains. Marcus Porcius s'était montré si avisé dès son enfance qu’on l'avait appelé Cato, du mot Catus, qui dans la langue des Sabins désignait un homme prudent et sagace. C'était, nous apprend Plutarque, un homme roux, aux yeux bleus, d’un aspect sévère et d'un regard qui défiait ami et ennemi. Il avait compris de bonne heure que la force du corps et de l'intelligence est le mei!leur levier de l'ambition ; il se levait matin, allait régulièrement consulter et plaider dans les bourgs voisins de Tusculum, revenait à lamaison, se mettait nu comme ses esclaves, labouraïit, suait, mangeait avec eux, buvait comme eux de l’eau et du vinaigre ou de la piquette. Il était le même à la guerre : sur le champ de bataille, il tenait l’épée aussi ferme qu’il avait tenu la charrue sur le sillon. A dix-sept ans il avait fait ses premières armes contre Annibal, au siége de Capoue, sous Q. Fabius Maximus. Cinq ans après il combattit, sous le même général, au siége de Tarente, Puis il se livra à l’étude de la philosophie, sous le pythagoricien Néarque. C’est alors que le patricien Valerius Flaccus, qui habitait une terre située près du petit domaine de Caton, eut occasion de le voir et de le comprendre. Il le détermina à venir à Rome, et l’aida de tout son crédit à se produire.

C'était le temps où la civilisation grecque s’infiltrait dans lesmæurs de la république et dissolvait le génieromain. Nonseulement les descendants des farouches Quirites avaient répudié l'antique religion etles dieux du Latium pour les dieux, plus brillants, des Hellènes et leur culte, aux formes pleines d’attraits, glorification perpétuelle de toutes les passions et de toutes les faiblesses de l’homme; mais encore ils n’avaient pas suse préserver des licencieux excès de cette religion matérialiste; et les Bacchanales étaient venues porter dans Rome letrouble etle scandale. A une telle époque, un homme qui se montrait doué d’une éloquence qu’on osa depuis comparer à celle de Démosthène, d’une austérité de mœurs et d’une énergie de caractère qui n'ont jamais été surpassées, ne devait pas tarder à se faire remarquer, quoiqu'il fût un homme nouveau et sans fortune. Dans lestribunaux comme dans les assemblées du peuple, il rédlisait la belle définition qu’il a lui-même donnée de l’orateur et que Quintilien nous a conservée : Vir bonus, dicendi peritus.

A trente ans il fut nommé tribun militaire, et envoyé en Sicile (l’an 202 avant J.-C. ); l’année suivante, devenu questeur du premier Scipion l’Africai n, il voulut user des droits de sa charge pour contrôler les dépenses dn général ; mais celui-ci n’entendait rendre compte aux Romains que des victoires qu’il aurait remportées et non de l’argent qu’il aurait dépensé. Aussitôt Caton revint à Rome, et, de concert avec le vieux Fabius Maximus, porta contre les prodigalités du consul une accusation qui fut éloquemment réfutée par le spectacle des préparatifs de la glorieuse expédition d’Afrique. Caton n’en obtint pas moins auprès du peuple cette influence qu’obtient toujours celui qui, dans une république, se montre soigneux d'économiser Jes revenus de l'État. Tel fut entre ces deux hommes illustres le commencement d’une rivalité haineuse qui ne devait s’éteindre qu'avec leur vie.

Cinq ans après être arrivé à l'édilité, Caton fut nommé préteur et obtint par le sort le gouvernement de la Sardaige, qu’il acheva de soumettre aux Romains. Ce fut dans cetteîle qu’il fit connaissance du poëte Ennius; ille ramena avec lui à Rome. Il parvint au consulat l’an 193 avant J.-C. Toujours ennemi du luxe et de la dépense, il défendit la loi Oppia; loi de circonstance qui avait été portée pendant la deuxième guerre punique pour empêcher les dames romaines d'employer plus d’une demi-once d’or à leur usage et de porter des habits de diverses couleurs. Les séductions et les prières des femmes prévalurent sur la rigide opiniâtreté de Caton, et l’éloquence du tribun Valérius fit révoquer la loi. Aussitôt Caton partit pour l'Espagne citérieure, qui avait secoué le joug. Son premier soin fut de renvoyer les fournisseurs des vivres, en déclarant que la guerre devait nourrir la guerre. En trois cents jours, il prit quatre cents villes ou villages, qu’il fit démanteler à la même heure, et dont il ne manqua pas de jeter les dépouilles dans le trésor public, où il fit également entrer le prix de son cheval de bataille, pour éviter à la république les frais du transport. Il ne garda rien pour lui du butin, mais il n’oublia pas non plus de vanter lui-même hautement son intégrité. A son retour, il obtint les honneurs du triomphe. Presque aussitôt il quitte la toge consulaire, endosse la cuirasse de lieutenant, et accompagne Sempronius en Thrace. Il se met ensuite sous les ordres du consul Manius Acilius pour aller combattre Antiochus et porter la guerre dans la Thessalie, Une marche hardie qu’il exécute décide le succès dé la journée. Le consul, enthousiasmé, l’embrasse devant toute l’armée, et le choisit pour aller à Rome annoncer cette victoire, remportée l’an 189 avant J.-C.

Rendu aux douceurs du foyer domestique, Caton continua de vivre comme auparavant, s’occupant des affaires du barreau avec le même zèle et avec le même désir de succès qu’à l'entrée de sa carrière, luttant contre les désordres qui, de toutes parts , avaient envahi la république, et faisant condamner L. Scipion comme concussionnaire. L'an 182 avant J.-C. il se mit sur les rangs pour la plus honorable et la plus redoutée de toutes les magistratures, la censure, el il l’obtint. Cette censure fut remarquable par son extrême sévérité; Caton sut en effet chasser du sénat ce Lucius Flaminius qui tuait un Gaulois pour donner à son favori le plaisir de voir mourir un homme; il sut condamner les dilapidations de Scipion l’Asiatique, en lui ôtant son cheval ; réprimer les prodigalités particulières, et rappeler à l'ancienne simplicité romaine, en imposant les meubles de luxe; il poussa même la rigueur jusqu’à dégrader un sénateur pour avoir donné un baiser à sa femme en présence de sa fille. Au sortir de cette magistrature, on lui éleva une statue dans le temple de la Santé, avec cette inscription : A Caton, qui a corrigé les mœurs.

Caton, nous l'avons déjà dit, n'était rien moins que modeste; il rappelait avec complaisance que le sénat remettait à un autre jour les affaires importantes quand il n'était

CATON

pas présent. S'il voulait excuser quelqu'un qui avait manqué à son devoir, il se contentait de dire : « Est-ce donc un Caton? » La postérité a du reste rendu le même témoignage à sa vertu et s'exprime encore de la même manière. Sa vie: politique fut un long combat. Il accusait sans cesse et avec acharnement ; il fut accusé de même et jusqu’à quarante-quatre fois; mais il fut toujours renvoyé absous, Il avait quatrevingts ans quand il dut se justifier pour la dernière fois; on cite le début du plaidoyer qu’il prononça en cette occasion : « Romains, dit-il, il est bien difficile de rendre compte desa conduite devant les hommes d’un autre siècle que celui dans lequel on a vécu.» Son dernier acte politique fut une ambassade en Afrique, où on l’envoya juger un différend survenu entre Carthage et Massinissa. Il fut tellement frappé de la manière dont la rivale de Rome avait réparé ses pertes, que, depuis cette époque, il ne prononça plus un seul discours au sénat, sur quelque sujet que ce fût, sans le terminer par ces mots : « Hoc censeo, et Carthaginem esse delendam. » Cependant le vieux Romain, au langage rude, bref et sentencieux, ne sut pas se préserver de la contagion des idées nouvelles ; à près de quatrevingts ans, il sacrifia aux Grâces en se mettant à apprendre le grec; mais il resta toujours l'ennemi rigoureux de la corruption, et, s’il avait dépendu de lui, sa patrie eût repoussé les dangereux présents d’une civilisation qui touchait déjà à la décadence : ce qui arriva à Carnéade en fait foi. L'homme qui se montra si économe des revenus publics ne méprisait pourtant pas les richesses et n’était même pas très-scrupuleux sur les moyens de les acquérir. Dur et impitoyable pour ses esclaves, il leur vendait presque la liberté de cohabiter avec leurs femmes; il prétait de l’argent à gros intérêts, et dans les derniers temps de sa vie il sacrifiait volontiers au dieu du vin; c’est Horace qui le dit :

Narratur et prisci Catonis Sæpe mero caluisse virtus.

Il entretint commerce avec une esclave sous les yeux de son fils et de sa belle-fille, et finit par épouser à quatre-vingts ans la fille d’un de ses clients, Solonius, dont il eut un fils nommé Caton le Solonien , qui fut l’aïeul de Caton d'Utique. Marcus Porcius Caton mourut l’an 147 avant J.-C., un an après son retour d'Afrique, cinq ans avant la destruction de Carthage, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans (et non pas de quatre-vingt-dix, comme Plutarque et Tite Live l'ont dit par erreur ). Il écrivit un grand nombre d'ouvrages don“ un seul est parvenu jusqu’à nous; c’est un traité d’Agriculture ( De re rustica ) ; le commencement et la fin manquent; l’ordre des matières semble même avoir été interverti. Il y recommande de vendre les esclaves qui sont devenus incapables de servir, ce que le bon Plutarque ne lui pardonne

point ; il décrit les instruments aratoires, et traite de la cul- |

ture des champs, de celle de la vigne, de l'olivier, des arbres fruitiers ; il parle des différentes espèces de greffes et de marcottes. On voit qu’il avait des notions assez justes sur les assolements et les prairies artificielles. Philippe Beroaldo, Ausone de Popina, Meursius, Gessner et Schneider, en ont donné des éditions. Les Origines, en 7 livres, étaient l’histoire du peuple romain. Son Traité de l'éloquence, probablement le plus ancien de ce genre qui ait été composé en latin, commençait par ces mots : Rem {ene, verba sequentur, qu'Horace a paraphrasés :

Verbaque provisam rem non invita sequentur.

Tous les fragments des ouvrages de Caton ont été recueillis et publiés par M. Léon (Gættingue, 1826), sous le titre de Catoniana. W.-A. DUCKETrT.

CATON (Marcus), fils du précédent, avait été instruit par son père dans les lettres, les lois et les exercices du corps. Dans une bataille contre Persée , roi de Macedoine il perdit son épée. Inconsolable de cet accident, il s’élança

CATON

au plus fort de la mélée, et la retrouva sous un monceau de cadavres. Hi épousa Tertia, fille de Paul-Émile et sœur du second Scipion l’Africain, et mourut étant préteur, l'an 152 avant J.-C. Le vieux Caton ne fit faire que de modiques funérailles à ce fils, qu’il chérissait tendrement. Marcus Caton avait écrit un commentaire sur le droit civil, dont Meursius a publié des fragments.

CATON (Cars Poraus), fils du précédent, étant consul l'an de Rome 638, fut battu par les Scordisques, et, à son retour à Rome, condamné pour cause de concussion. I] se retira à Tarragone en Espagne.

CATON (Marcus Porcius), frère du précédent, consul l'an de Rome 636, mourut la même année. IL eut un fils du même nom, qui mourut dans les Gaules.

CATON (Marcus Porcius), surnommé Solonius du nom de son aïeul paternel, était fils de Caton le Censeur, qui l'avait eu de sa seconde femme. Il mourut préteur, laissant deux fils : l’un du même nom que lui, et l’autre qui suit.

CATON (Luaus Porcrus), consul l’an de Rome 663 avec Cn. Pompeius Strabon pendant la guerre sociale. L'année précédente il avait vaincu les Toscans révoltés ; mais, comme il attaquait leur camp auprès du lac Fucin, il fut tué, et la victoire resta aux ennemis. L’historien Orose accuse le jeune Marius de l’avoir assassiné dans la mélée.

CATON (Marcus Porcius ) dit le Jeune, pour le distinguer de son arrière-grand-père, Caton le Censeur, ou encore, du lieu de sa mort, Caton d’'Utique, naquit Van 95 avant J.-C., et, ayant eu le malheur de perdre son père et sa mère dans la plus tendre enfance, fut recueilli et élevé dans la maiïson de son oncle. Déjà tout enfant il se faisait remarquer par un caractère grave et persévérant, par une profonde sagacité d'esprit et par un inébranlable courage. Il servit d’abord, l’an 72, contre Spartacus, avec beaucoup de distinction, mais pourtant sans prendre goût au métier de la guerre. De Macédoine, où il fut envoyé en qualité de tribun en l’année 67, il se rendit à Pergame, et ramena de là avec lui à Rome, Athénodore, célèbre professeur de la philosophie stoïcienne, à laquelle Caton, tout Jeune encore, s'était fait initier, et qu'il cultiva avec enthousiasme pendant tout le reste de sa vie. En l'an 65, appelé à la questure!, il fit preuve dans l’exercice de ces fonctions de connaissances toutes spéciales et d’une consciencieuse probité, devenue dès lors chose bien rare à Rome.

A quelque temps de là, l’antagonisme de plus en plus manifeste de Pompée et de César et leurs luttes ouvertes pour se saisir du pouvoir suprême lui fournirent de nombreuses occasions de témoigner de son zèle pour le maintien de la république, des lois et du droit. La fermeté de son caractère, le renom de sa vertu sans tache, et une éloquence qui brillait moins par la grâce que par l'énergie et la haute raison, le servirent admirablement; maïs, comme il était presque le seul qui défendit la république avec des sentiments purs et désintéressés, et comme dans ces temps de désordre l’inflexible roïdeur de son esprit le rendait impropre à être chef de parti, surtout contre un adversaire d’un génie politique bien autrement supérieur, tel qu'était César, il demeura impuissant à sauver la république dans l’état de décomposition où elle était déjà tombée. La première tentative qu’il fit pour combattre Pompée fut, à la vérité, couronnée de succès; et quand, après la conspiration de Catilina, dans la répression de laquelle Caton avait d’ailleurs développé la plus grande énergie, le tribun Quintus Métellus Nepos voulut profiter (an 62 avant J.-C.) de la {erreur dont les esprits étaient encore remplis pour rappeler Pompée et ses légions, le charger de rétablir le bon ordre et l'investir du pouvoir suprême, cette tentative échoua contre l'opposition de Caton. En revanche, ce fut inutilement qu’il combattit la candidature de César au consulat pour l’année 59 ; son opposition n'eut même d’autre résultat que de décider #es adversaires à tomber bien vite d'accord entre eux et avec

le riche Crassus. L'essai qu’il tenta, d'accord avec le collègue même de César, Marcus Calpurnius Bibulus, pour s'opposer à l'adoption de la loi agraire proposée par celui-ci à l'effet de partager les terres dépendant du domaine public, fut rendu inutile par la violence. Ayant alors voulu s’éloigner de Rome, il lui fallut, quoi qu’il en eût, se rendre dans l’île de Chypre pour la réduire à l’état de province romaine après avoir préalablement déposé le roi Plolémée.

A son retour à Rome, en l’an 56, il fut blessé dans les comices pour avoir essayé de combattre l'élection de Pompée et de Crassus. La violence repoussa sa candidature aux fonctions de préteur; et elle annula également son opposition et celle de Favonius à la loi de Trebonius, qui avait pour but de déférer aux consuls le commandement des provinces et des armées pour cinq ans. En 54 il fut élu préteur, et déjoua alors le plan conçu par Pompée pour devenir dictateur l’année suivante ; mais en l’an 52 les troubles auxquels était en proie la ville, et que-favorisait Pompée, menaçant de tout détruire dans la lutte acharnée des partisans de Clodius et de Milon, Caton lui-mêéma se vit forcé avec le sénat de supplier Pompée de sauver la république, et il proposa de le nommer consul unique. Ainsi entrainé par la force des circonstances dans le parti de Pompée, qui maintenant était réconcilié avec les optimates, il agit d’accord avec lui contre César. Quand la guerre éclata en l’an 49, ce fut avec une profonde tristesse qu’il accompagna les consuls en Campanie, parce qu’il espérait toujours triompher de César par le seul emploi de la légalité. Il passa ensuite avec deux légions en Sicile; mais il quitta cette île lorsque Caïius Curion, partisan de César, y débarqua, puis se rendit auprès de Pompée, au parti duquel l’inflexible probité de Caton l'avait d’ailleurs rendu fort incommode.

A la nouvelle de la bataille de Pharsale, il voulut rejoindre bien vite Pompée; mais en route ayant appris sa mort, il gagna la province d'Afrique, où les partisans de Pompée se réunirent en 47. Élu général en chef, il résigna ses fonctions en faveur de Métellus Scipion, personnage consulaire, et ne se réserva que le commandement supérieur de la ville d’'Utique. A la nouvelle de la victoire remportée par César à Thapse, reconnaissant l'impossibilité de tenir dans cette place faute de soldats et aussi en raison des mauvaises dispositions de la population, il prit toutes les dispositions propres à assurer la retraite des sénateurs et des chevaliers romains, leur recommanda de ne jamais demander grâce pour lui à César; et, plutôt que de survivre à la chute de la république, il préféra se donner volontairement la mort, après avoir toutefois chargé un parent de César de s’employer auprès de lui en faveur de son fils Marcus et de ses amis. Une statue désigna plus tard sur le bord de la mer l’endroit où il fut enterré. Les enfants de Caton partageaient son enthousiasme républicain; sa fille Porcia, qui avait épousé Marcus Brutus, se tua ellemême, et son fils Marcus périt à la bataille de Philippes.

CATON ou CATO (VALERIUS), grammairien romain du siècle qui précéda notre ère, était gaulois de naissance, et perdit sa propriélé à la suite d’un partage de terres opéré par Sylla en l’an 81 avant J.-C. Il est, dit-on, l’auteur d’un poëme intitulé Diræ, qu'on attribuait autrefois à Virgile. On y trouve des imprécations et des plaintes amères au sujet de la perte d’un patrimoine, et c’est en même temps un genre particulier de satire. Toutes les éditions antérieures à celles qu'en ont données Erchstædt (Iéna, 1826) et Putsche (Iéna, 1828), sont fort incorrectes.

CATON ou CATO (Diowysius), poëte romain, qui vraisemblablement vécut au troisième siècle de notre ère, est, suivant quelques-uns, l’auteur des Disticha de Moribus, ou Disticha moralia, en quatre livres. Ils se distinguent par une latinité assez pure, mais surtout par leur contenu instructif. Aussi en est-on venu à présumer qu’ils sont d'une date de beaucoup postérieure, et que c’est uniquement en

raison des sujets qui y sont traités qu’on les a attribués à un Caton, par allusion à Marcius Porcius Caton le Censeur, le sévère moraliste. Au moyen âge, c'était un manuel de morale à l’usage de la jeunesse. En Allemagne on les a souvent traduits et commentés sous le titre de Meister Cato's Rath (Les Conseils de maître Caton); ils ont été également traduits dans diverses autres langues. La meilleure édition du texte est celle qu’en a donnée Arnstzen ( Amsterdam, 1754).

CATONIENNE (Règle). On appelle ainsi une fiction du droit romain d’après laquelle, pour juger de la validité d’une disposition testamentaire, on supposait que le testateur décédait immédiatement après la confection du testament. Tout legs nul dans l'hypothèse de cette mort immédiate ne pouvait être validé par la survie du disposant. On ignore si c’est à Caton l'Ancien ou à son fils qu’est due cetle règle. Peut-être même existait-elle avant eux.

CATOPTRIQUE (de xéromxpov, miroir). C’est la partie de l’optique qui traite de la réflexion de la lumière.

CATOPTROMANCIE (du grec xérontpov, miroir, et uavreix, divination), divination dans laquelle on se servait d’une miroir pour y lire les événements à venir. On a dit aussi cristallomancie. Il paraît que cet art s’exerçait chez les anciens par divers procédés. Voici celui dont parle Pausanias : « Il y avait, dit-il, à Patras, en Achaïe, devant le temple de Cérès, une fontaine qui en était séparée par une muraille, et où se rendaient des oracles, non point sur tous les événements de la vie, mais seulement pour la guérison des maladies. Ceux qui les consultaient, faisaient descendre dans la fontaine un miroir suspendu à un fil, en sorte qu’il ne touchât que par sa base à la surface de l’eau. Après avoir offert des parfums et des prières à la déesse, ils se regardaient dans le miroir, et, selon qu'ils se trouvaient le visage hâve et défiguré, ou vif et sain, ils en concluaient que la maladie était mortelle, ou qu’ils en réchapperaient. »

CATROU (François), né à Paris, le 8 décembre 1659, de Mathurin Catrou, conseiller secrétaire du roi, entra chez les jésuites en 1677. I! se fit connaître au collége de Rouen par des compositions pleines de grâce, prêcha sept ans avec grand succès, prononça des panégyriques, et fonda en 1701, avec trois de ses confrères, le Journal de Trévoux, qu’il soutint douze ans environ, et où il se fit la réputation d’un bon critique. Ce travail périodique ne l’empêcha pas de se livrer à la composition de plusieurs ouvrages, tels qu’une Histoire générale du Mogol, rédigée sur des mémoires portugais manuscrits (5 vol., 1705); une Histoire du Fanalisme dans la religion protestante (3 vol., 1735); une traduction de Virgile (1729) et, enfin, une Histoire Romaine, en 21 vol., 1725-37, la plus étendue que nous ayons, et dans laquelle Rollin a puisé à pleines mains. Elle ne mérite pas l’oubli dans Jequel elle est tombée. Le père Catrou mourut le 18 octobre 1737.

CATS ( Jacog), homme d'État, poëte et jurisconsulte hollandais, naquit en 1577 à Brouwershaven, dans l’île de Zélande, étudia le droit à Leyde, et se rendit ensuite à Orléans, où il se fit recevoir docteur, puis à Paris, d’où il retourna dans sa patrie. Après avoir pendant quelque temps exercé comme jurisconsulte à la Haye, il alla s'établir à Brouwershaven, séjour qu’il abandonna plus tard pour celui de Middelbourg. C’est dans un domaine rural qui lui appartenait aux environs de cette ville, qu’il composa ses Zinnebeelden, Hauwelyk, Galatea et encore d’autres poëmes qui obtinrent le plus grand succès. L’expiration de l'armistice de douze années conclu à Anvers en 1609 mit un terme au calme et au bonheur domestique dans lequel il vivait. Toute la contrée où était situé son domaine fut inondée et en outre ravagée par l'ennemi, et force lui fut de prendre les armes comme tout le monde. 11 refusa plus tard une chaire que lui fit offrir l'université de Leyde, mais il accepta des fonctions mumicipales, d'abord à Middelbourg, et ensuite à Dordrecht.

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