‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 71 sur 556 · BYZANTIN · texte numérisé non relu

BYZANTIN

lourdeur qui empêche d’en apercevoir les lignes nobles et hardies. L’exécution cependant est soignée, minutieuse même. Toutes les formes d'invention nouvelle sont composées de. cette manière ; etil n’y a que les figures de la première époque du christianisme, de même que celles qui appartiennent à l’antique, qui conservent un caractère plus sévère. La sculpture byzantine se maintint néanmoins à une certaine hauteur jusqu’au douzième siècle; et ce n’est guère qu’à partir du treizième que ses productions commencent à affecter une roideur inerte.

L'art byzantin nous a lmsse aes scurptures sur ivoire exécutées dès le sixième siècle, par exemple le dyptique de Justinien (qu’on voit aujourd’hui au palais Riccardi, à Florence). Une certaine gravité d’attitudes et de gestes, provenant évidemment du cérémonial de la cour de Byzance, une grande magnificence de costumes, des détails d'exécution très-soignés, tels sont les caractères particuliers de ce travail. 11 faut encore mentionner comme un monument tout à fait caractéristique de cet art une plaque de haut reliet représentant les quarante saïnts, que possède le musée de Berlin. Les sculptures d’une époque postérieure trahissent déjà plus de roideur dans les formes. Les objets consacrés à l’exercice du culte dont les églises étaient remplies jouent aussi un rôle important dans l’art byzantin, et on peut dire que les églises possédaient à cet égard d'immenses richesses. Non-seulement ces objets, tels que calices, coupes, lampes, flambeaux, croix, etc., étaient faits en or et en argent et ornés de diamants, mais souvent encore on revêtait complétement de métaux précieux les lieux consacrés, et plus particulièrement l'autel et son voisinage immédiat, et on couvrait les surfaces plus vastes de sculptures en ronde bosse. On cite comme un des artistes les plus célèbres en ce genre Tutile de Saint-Gall ; mais on n’a conservé qu’un bien petit nombre de productions de cette espèce. :7

L'amour du fasle qui dominait à Byzance it substituer sur les murailles la mosaïque à la peinture proprement dite. Des matières vitreuses, dont le plus souvent on dorait les fonds, fournissaient à cet effet des matériaux aussi durables que brillants. Les travaux de ce genre exécutés dans les églises de Ravenne, pour Ja plupart parfaitement conservés encore aujourd'hui et provenant du sixième siècle, aïnsi que d’autres ouvrages de la même époque, présentent des preuves visibles de l'influence de l'antique ; tandis qu’au septième siècle se manifeste un nouveau style, auquel il faut spécialement réserver la dénomination de byzantin, et qui pourtant n'est autre qu’un style conçu par le génie ascétique de POrient, mis extérieurement en pratique, mais, au fond, romain d’une époque postérieure et devenu insensiblement une vague tradition. Le luxe de la vie ecclésiastique s’étendit enfin jusqu'aux saintes Écritures , qui devinrent ainsi asile de la peinture en miniature, Dans les figures de quelques manuscrits grecs de luxe du neuvième et du dixième siècle l'élément byzantin proprement dit se trouve d’abord dans les formes de saints et dans les figures de portraits. A l'égard du reste, la pauvreté d'invention propre se dissimule sous des réminiscences de la bonne époque chrétienne primitive. Sous ce rapport il faut particulièrement citer un manuscrit du neuvième siècle contenant les sermons de saint Grégoire de Nazianze, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale à Paris, ainsi que les figures d'un psautier du dixième siècle. Vers la fin de cette époque on trouve déjà, conformément à la direction particulière des idées byzan- {ines en matière d’art, la représentation de cruelles scènes de martyrs exécutées avec autant de magnificence que de solidité, C’est seulement au onzième siècle que l’art byzantin se développe complétement dans les minatures, et que les éléments antiques disparaissent. Les formes deviennent alors maigres , décharnées, la couleur trop crue, et le tracé des contours est marqué par des lignes noires. Après la prise de Constantmople, en 1204, ces travaux dégénérèrent égales

BYZANTIN — BYZAS

ment en une manière froide et compassée. La peinture sur toile ne s’'employa plus que d’une manière très-secondaire, surtout par la raison qu’alors il n’était point encore d'usage d'exposer des tableaux particuliers au-dessus de l'autel. Tout ce qu’on rencontre en fait de productions de l'art byzantin de l'époque postérieure est d’un ton de couleurs lourd, obscur, sans animation, surchargé de dorures et de clinquant. ,

L'art byzantin, de même que toute la vié sociale de l'empire d'Orient, manqua du principe vital. Malgré le caractère particulier et indépendaut de ses premières manifestations, on cesse bientôt d'apercevoir aucun développement ultérieur, aucun progrès dans l'œuvre commencée, De même que les traditions directes de Part antique qu’on découvre dans les siècles de sa décadence ne contribuèrent que faiblement à ranimer le goût classique, de même le caractère propre de Part byzantin fut impuissant à atteindre une organisation supérieure. IL fallut y suppléer par lornementation et la parure dans le goût oriental, et souvent avec nne extrême exagération ; le système si remarquable de voûtes de larchitecture byzantine demeura sans développement, quels que fussent le nombre des colonnades, la magnificence des ma-

tériaux et la richesse des ornements de sculpture qu'on y:

ajoutait. Cette solennité symétrique de formes se roïdit encore davantage sous la contrainte du cérémonial des COUrs, SOUS le poids des costumes d’apparat dont on les entourait, sous l'éclat scintillant de l'or dont on les affublait, sans doute par respect pour des formes dont le caractère avait été fixé dès les prerniers temps de l’art chrétien, notamment pour la figure äu Sauveur et celle des Apôtres. On conserva bien l’antique manière, mais la représentation des figures quon introduisit plus fard dans Part n'en offre qu’un plus saillant contraste, et le spectateur n’en reconnaît que mieux, en comparant les deux manières, l'impossibilité d’en constituer un tout artistique. Toute apparence de vie disparait de plus en plus de l’art byzantin, et à la fin on n’y trouve plus qu’une froide enveloppe glacée, de la nature des momies. Cependant cette enveloppe elle-même avait à l’origine contenu quelque chose de vivant. Elle convenait parfaitement dès lors à servir de guide À un art en voie de rénovation, à le conduire vers une conception digne et une expression juste de l’idéal, C’est ce qui arriva lorsque le besoin de nouvelles formes artistiques se fit sentir chez les peuples de l'Occident et même parmi les mahométans. Ce qu’il y a de certain, c’est que l'architecture byzantine, abstraction faite des cas dans lesquels on en suivit exactement les principes, comme pour l'église de Saint-Marc à Venise, ne laissa pas que d’influer sur la construction des voûtes dans l'Occident; mais son influence fut encore bien plus sensible sur la sculpture. Le peintre Cimabué, qui dans la seconde moitié du treizième siècle fit renaître l’art italien, peut être considéré comme l'up des disciples de Part byzantin. Toutefois, l'étude de Part byzantin ne fit que donner l'impulsion ; il était réservé au génie, plus indépendant, des peuples d'Occident de prendre bientôt un large essor et d’en {transformer tellement les formes traditionnelles, qu’il en fit dès lors l'expression particulière et propre de son caractère individuel.

BYZANTINE (École). Voyez Écore.

BYZANTINES. On appelle ainsi en numismatique les monnaies des souverains de lempire d'Orient où de Byzance, depuis son origine, sous Constantin leGrand, jusqu'à sa destruction par les Turcs, au milieu du quinzième siècle. Dans ces derniers temps toutefois on a restreint la signification de ce mot, et on ne s’en sert plus que pour désigner les monnaies frappées à partir d’Anasfase. Sous le règne.de ce prince et sous ceux de ses successeurs Justin et Justi-

nien on changea tantôt les coins , tantôt les titres mêmes des monnaies; et en disparaissant graduellement du théâtre de l'histoire, Pempire romain d'Occident laissa une série de monnaies particulières, qu’on ne voulait attribuer ni à l’antiquité ni au moyen âge.

Les bysantines sont en or, argent et bronze, et diffèrent essentiellement des monnaies romaines antérieures. Les relations commerciales de l'empire de Byzance contribuèrent à répandre ses monnaies par toute la terre alors connue, et elles avaient cours dans l'Inde aussi bien que dans le nord de l'Europe. C’est ce qui explique comment certains pays imitèrent les coins et adoptèrent en même temps le titre des monnaies byzantines. Ce n’est que tout récemment d’ailleurs que les byzantines sont devenues l’objet d'une attention spéciale et de savantes investigations. Le premier ouvrage dans lequel ce sujet ait été traité à fond est l'£ssai de classification de suites monétaires bysantines par M. de Saulcy (Metz, 1836).

BYZANTINS (Historiens). On appelle aïnsi, en littérature, les écrivains grecs qui ont écrit sur l’histoire de l'empire de Byzance. Les uns sont des chroniqueurs généraux et des historiens proprement dits, se complétant, se continuant les uns les autres, et retraçant spécialement l’histoire de l'empire, de ses guerres extérieures, de ses déchirements intérieurs, etc.; les autres, enfin, traitent des usages, des antiquités, de larchitecture, etc. Quels que soient les défauts de ces différents ouvrages, ils n’en sont pas moins ‘unique source à laquelle on puisse puiser pour connaître l’histoire de l'empire qui s'éleva en Orient sur les débris de Ja puissance romaine. Les plus importants sont ceux qui ont pour sujet le récit d'événements particuliers, par exemple l'ambassade envoyée à Attila, etc., ou qui traitent de la consüitution même de l'empire. Ils ont été recueillis et publiés par l'abbé Fabrotti, Dufresne, ete. (42 vol, Paris, 1656- 1711). En 1828, Niebubr entreprit la publication d’un nouveau Corpus Scriplorum Historiæ Byzantinæ en collaboration avec divers savants, tels que J. Bekker, L.et W. Dindorf, Schopen, Meincke et Sochman. Les auteurs suivants ont déjà paru dans cette collection : Agathias, Jean Ca ntacuzène, Léon diacre, Nicéphore Grégoras, GeorgesSyncelle,ConstantinPorphyrogénète, Procope, Cédrénus, la Chronique paschale, Nicéphore de Brienne, Glykas, Manassès, Cinnamus, Joel, Georges Acropolite, Merobaudes, Corippus, Nicétas Choniaia,Pachymère, GeorgesPhranza, Paulus Silentiarius, Georges Pisida, Nicéphore patriarche, Théopaanes, Jean Kanieniata, Syméon Magister, TheophylacteSimoccatta,Genesius,Zozime,Codinus, Laonicus Chalcondyle, Zonaras et divers ouvrages anonymes. Pour que la collection soit complète il manque encore Jean Scylitzès, Anne Comnène, Ducas, ete, On y joint ordinairement les écrits d’Anselme Banduri et de Pierre Gilles.Consultez Hanke, De Byzantinarum Rerum Scriploribus græcis (Leipzig, 1677).

BYZAS, personnage vraisemblablement mythique , dont la tradition fait un prince grec qui, aa septième siècle avant J.-C. aurait conduit une colonie de Mégariens fonder sur l'endroit de la côte du Bosphore où s’élève aujourd'hui Constantinople, une ville appelée de son nom Byzance. Diodore en fait le contemporain des Argonautes, ce qui le ferait vivre treize ou quatorze cents ans av. J.-C. Phidalie, femme de Byzas, joue aussi un grand rôle dans l'histoire de son époux ; et à la tête des femmes de Byzance, elle repoussa Stræbus, frère de Byzas, qui profita d’une expédition qu'il avait entreprise contre les Thraces pour tècher de surprendre la nouvelle ville et de s'en emparer.

€, troisi èmeleltre del’alphabet latin, del’alphabet français et de celui dela plupart des langues vivantes. Scaliger dit que cette lettre s’est formée du K des Grecs, par la suppression du trait qui forme la première moitié de celui-ci. D’autres veulent que le © soit le = (caph) des Hébreux, qui lisent, comme on sait, de droite à gauche : les Romains l’auraient retourné. Mais le son des deux lettres n’est pas le même. Le caph est une lettre aspirée qui a beaucoup plus d’analogie avec le x des Grecs qu'avec notre C. La lettre des Hébreux qui répond davantage au #appa des Grecs ou à notre Cest le 5 (kouph), dont la figure n’a aucun rapport avec celle du C. Il est d’ailleurs beaucoup plus rationnel de croire que les Romains ontempruntéleur alphabet plutôt aux Grecs qu'aux Hébreux. Le père Montfaucon , dans sa Paléographie, indique des formes du K grec qui se rapprochent beaucoup de celle du C, et Suidas appelle formellement le C kappa romain.

Le C se prononce , du reste, avec le son du K devant les voyelles & et o, aïnsi que devant les diphtongues dans la composition desquelles elles entrent, comme dans les mots cabinet, copie, cause, couleur, etc.; devant la voyelle w, et surtout les diphthongues en tête desquelles cette lettre se trouve jointe au c, la prononciation de cette dernière devient plus douce, comme dans les mots cueillir, cuirasse, curieux, ete.; enfin le c prend la prononciation de l’s lorsqu'il précède les voyelles e, 4, et devant les voyelles a, o, u, ellesmêmes, lorsqu'il est marqué en dessous d’un petit signe (ç) que nous avons appelé cédille (ou petitc), de l'espagnol cedilla, et il répond alors au sigma des Grecs. Le son du c} en français est un son palalal ; pour le former il faut approcher la langue du palais comme font les Anglais pour leur sh et les Allemands pour le sc , tandis que le cz des Allemands est dur et guttural. Le père Mabillon observe que Charlemagne écrivait son nom (Carolus) avec la lettre C, tandis que les rois de la seconde race qui portaient le même nom y substituaient un K, usage qui d’ailleurs a prévalu pendant tout le neuvième siècle, comme on peut le voir sur les médailles de l’époque. Tous les anciens grammairiens ont remarqué encore que les Romains prononçaient le Q comme le C, et que leur C avait chez eux la prononciation que nous donnons au K,

Le C français se prononce d’une manière fortement accentuée à la fin de presque tous les monosyllables, comme dans bec, choc, froc, pic, roc, sec, soc, etc., et à la fin de quelques polysyllables, tels que bissac, Enoc, arsénic, Lamec, etc. Dans les mots où cette lettre finale est précédée d'une consonne nasale, tels que banc, blanc, jonc, ete., elle ne se prononce point, ainsi que dans les mots a/manach, clerc, marc, etc.; elle ne doit pas non plus se prononcer dans les mots {abac, estomac , broc, surtout dans le langage familier; mais on la fait entendre dans la poésie, qui demande une prononciation plus accentuée, non-seulement pour marquer la rime quand cette lettre la termine, mais encore pour éviter l'hiatus et faire sentir la liaison quand elle est au milieu des vers, Dans les mols correct, exact et

direct, on prononce tout à la fois le c et le #; dans respect et suspect, on supprime généralement le £ pour ne faire entendre que le c dans la prononciation; mais le c disparait à son tour dans la prononciation des mêmes mots lorsqu'ils sont employés avec la marque du pluriel. L'usage avait aussi prescrit autrefois la transformation du c en g dans les mots Claude, second, et ses dérivés, mais les personnes qui se piquent de bien parler ne se sont jamais conformées à cette prononciation,

On peut séparer les C des monuments et des chartes en quatre séries. Dans la première et la plus ancienne, la forme du C est tantôt semblable au F grec, tantôt à l'L latin, tantôt à un angle ouvert du côté droit. La deuxième série est composée de C plus ou moins carrés, qui appartiennent presque tous au moyen âge. Les C diversement arrondis constituent la troisième série. La quatrième, uniquement consacrée au gothique, ne remonte pas au delà du douzième siècle et arrive jusqu’au nôtre.

Le C tient la place du T sur quelques anciennes médailles de la Sicile. Cette lettre a été souvent confondue aussi par les Romains avec le K, le G et le Q, à cause de l'identité de leur prononciation. On trouve fréquemment dans les manuscrits latins le mot co/idiè pour quotidiè, cuandù pour guando, et les marbres portent parfois cointus pour quintus. Les anciens poêtes latins ont souvent employé le c au lieu du g quand ils ont voulu donner une syllabe de plus à un mot. Ainsi, Plaute a écrit acüa pour aqua ; ainsi Lucrèce emploie cuiret de trois syllabes pour quiret, et relicu-um pour reliqguum; ainsi les Latins écrivaient qui (monosyllabe ) a nominatif et cu-i ( dissyllabe) au datif. Enfin, le C a queiquefois pris la place du T, chez les Latins, à la fin des mots terminés en ilius, itia, substitution qui est devenue plus fréquente encore chez nous dans les mots que nous leur avons empruntés.

Chez les Romains, le C était une lettre numérale qui représentait cent ; CC, 200; CCC, 300 ; CCCC ou CD, 400 ; XC, 90. Le C retourné et précédé de VI, 19, s’employait pour D et représentait 500 ; CI9, employé pour M, signifiait 1,000 ; C, valait cent mille; CC, 200 mille; et CCC , trois cent mille, Le 9 (retourné) désignait encore chez les Romains le silique, poids ancien de la valeur de deux drachmes ou six scrupules.

En général le C désignait le prénom de Caïus devant les noms qu’il accompagnait, et les lettres CZ., Cn., Cor., ceux de Claudius, Cneius et Cornelius. Les jurisconsultes employaient le C pour codice ou consule, en le doublant pour le mot consulibus. Le C désignait aussi, dans les fastes et dans les calendriers, les jours où il était permis d'assembler les comices, Cicéron appelle cette lettre une lettre triste (lillera tristis), parce qu'elle servait, dans les jugements, à marquer la condamnation (voyez A).

Dans les formules chimiques , C signifie le carbone; Ca, le calcium; Cd, le cadmium ; Cé, le cérium; CI, le chlore, Co, le cobalt; Cr, le chrôme; Cu, le cuivre. C était anssi la marque distinctive d'un des hôtels des monnaies de France,

celui qui avait été transféré de Saint-Lô à Caen, et le C double (CC) la marque de la monnaie de Besançon.

C représente, en musique, la note w{, première de la gamme : cette lettre est employée ainsi depuis saint Grégoire, qui remplaça les signes grecs, alors en usage dans Ja notation musicale, par les lettres de l'alphabet latin. C indiquait autrefois la prolation imparfaite, Placée au commencement d’un morceau de musique, cette lettre désigne la mesure à quatre temps, et traversée par une ligne perpendiculaire elle indique la mesure à deux temps. Dans les anciennes basses continues, ontrouve C employé comme abréviation de canto.

CAABA. Voyez Kaapa.

CAAMA, nom que donnent les Hottentots à un animal du genre antilope, appelé par les Hollandais cerf du Cap, et que Buffon, Pallas, et Gmelin confondent avec le bubale, quoiqu'il en diffère positivement. Le caama a la tête plus longue et plus étroite à proportion que le bubale ; la courbure de ses cornes en avant et en arrière est beancoup plus prononcée , tandis qu’elles s’écartent beaucoup moins de côté ; elles sont aussi plus grandes à proportion, et ont des anneaux plus nombreux et plus marqués; leur extrémité est très-lisse et très-pointue. La couleur est un fauve bai plus brun sur le dos; une grande tache noire entoure la base des cornes. Il y a aussi une bande noire sur les deux tiers inférieurs du chanfrein; une ligne étroite sur le cou, etune bande longitudinale sur chaque jambe sont de la même couleur, ainsi que le bout de la queue. Ces différentes marques sont brunes plutôt que noires dans Ja femelle du caama ; mais elles y sont encore très-distinctes, tandis que les bubales de l’un et de l’autre sexe n’en ont aucune.

Le caama est fort commun au Cap, où il vit en grandes troupes; sa vitesse est telle qu’un cheval ne peut l’atteindre ; son cri ressemble à une espèce d’éternument. Les femelles ne font qu'un petit, qu’elles mettent bas en septembre et quelquefois en avril. Les colons éloignés de la ville en font sécher la chair pour lamanger. G. CuviEr, de l’Acad, des Sciences,

CAB, espèce de cabriolet dont on se sert à Londres depuis longtemps, et qui a été importé à Paris en 1850. Sa caisse est moins élevée que celle du cabriolet ordinaire; le cocher placé, sur un siége par derrière, conduit à grandes guides; pour monter dans le cab, une petite plate-forme presque au niveau du sol remplace le marchepied et donne un facile accès. Ce véhicule doit à la grandeur de ses roues une certaine vitesse.

CABADES. Voyez Kuopan.

CABALE , ou mieux KABBALE. Dans l’intérieur de l’Asie s’est fait le premier travail de l’homme pour remonter à l’origine de toutes les choses, pour reconnaître l’éternclle vérité. De ce travail est issue une doctrine qui, de proche en proche, s’est répandue à l'Occident, et à mesure qu’elle s’éloignait de son premier foyer a été tour à tour perfectionnée, modifiée ou corrompue. Les systèmes religieux et philosophiques que lantiquité nous a légués sont presque tous empreints des traces de ceite doctrine de l'Orient. Ce sont les nombreuses analogies entre ces différents systèmes qui ont fait entrevoir la source commune d’où ils sont émanés, quoiqu'il fût impossible de dissiper les ténèbres qui l’environnaient. Ilest peut-être réservé à notre siècle de lever le voile des mystères de l’Asie et de connaître dans leurs formes primitives ces doctrines philosophiques que jusque ici on a vaguement désignées par le nom de philosophie orientale, mélange de spéculations profondes et de croyances superstitieuses, de haute sagesse et d’extravagances. La théologie de Moïse, basée sur un sublime monothéisme, avait longtemps évité le contact des doctrines panthéistes de Orient; mais il vint un moment où le mosaïsme, perfecionné et spiritualisé par les prophètes, devait à son {our suir l'itluence de ces doctrines et c’est de l’amalgame du pan-

C — CABALE

théisme oriental avec la religion des Hébreux qu’est sortie la théosophie mystique des Juifs, ou la cabale.

11 faut tout d’abord dissiper une erreur assez généralement répandue, et qui fut partagée même par quelques illustres savants, celle de considérer la cabale comme faisant partie de ce que les juifs appellent la /radition ou la Loi orale. E suffira de dire que la cabale a trouvé de nombreux partisans dans la secte des caraïtes, qui rejette la tradition, et qu'au contraire elle avait parmi ses adversaires les plus illustres rabbins des écoles d'Espagne, notamment le célèbre Maimonides. Le mot kabbalah, vient en effet du verbe kibel, qui veut dire recevoir par tradition ; maïs on ne s'étonnera nullement que les mystiques juifs aient décoré du nom de #radilion une doctrine que, par superstition ou par charlatanisme, ils faisaient remonter jusqu’à Abraham et même jusqu'à Adam, qui, disent-ils, eut pour maître l'ange Raziel. De la part des chrétiens, la cabale a été l’objet tantôt de superstitieux hommages, parce qu’on croyait y retrouver les dogmes fondamentaux de l’église et des moyens infaillibles pour convertir les Juifs, tantôt de railleries et de sarcasmes, comme n'ayant d'autre fondement que les rêves creux et l'imagination extravagante des rabbins.

Si les Juifs avaient puisé leur théosophie mystique dans les mystères des prêtres égyptiens, les livres de Moïse et des prophètes en offriraient des traces ; mais loin de là ces livres sont même en opposition avec les doctrines cabalistiques. es derniers livres de l'Ancien Testament, surtout ceux d'Ézéchiel et de Daniel, offrent seuls quelques traces de doctrines étrangères entées sur la religion des Hébreux. Pendant l'exil de Babylone, les Juifs mélèrent à leur monothéisme la doctrine des deux principes. C’est ici qu'il faut chercher l’origine de la partie positive de la cabale, de l’angélologie et de la démonologie fantastique, qui donna lieu à tant de superstitions et d’extravagances. A la vérité, la tradition des anciens Hébreux connaissait des anges, mais elle n’en parle que vaguement ; elle ne leur donne ni noms ni fonctions particulières ; l’angélologie n’est pour rien dans le système religieux de Moïse. La partie spéculative de la cabale, dont la base est la doctrine de l'Émanation, ne reçut ses développements que par les philosophes juifs d’Alexandrie. Des écoles alexandrines, où les doctrines de Pythagore et de Platon furent combinées avec des philosophêmes orientaux, sortit la cabale spéculative, ainsi que la gnose et lenéoplatonisme. On peut regarder Philon comme le chef des théosophes juifs; à l'instar des philosophes cabalistes qui le suivirent, il rattacha à l’Écriture Sainte les doctrines panthéistes de l’Orient. Les plus anciens livres écrits sur la cabale ne remontent pas au delà du deuxième siècle de l’ère chrétienne; le livre Yezira a probablement pour auteur Rabbi A kiba. Le Zohar, attribué à son disciple Rabbi Siméon-Ben-Yochaï, ne fut connu aux rabbins que vers la fin du treizième siècle, ce qui rend son authenticité bien problématique. Ces deux livres sont les principales sources où l’on peut puiser les doctrines de la cabale, On voit déjà que la prétendue antiquité de cette doctrine ne peut soutenir le plus léger examen.

On divise ordinairement la cabale en {héorique (iyyounilh) et pratique (maasith). La première renferme la philosophie et la théologie mystique : elle expose la doctrine de l'Émanation, les différents noms de Dieu, des anges et des démons, et leur influence sur le monde sublunaire; enfin, elle enseigne un mode d’exégèse mystique pour faire retrouver ses doctrines dans l'Écriture Sainte. La seconde renferme une prétendue science secrète, qui enseigne l’art de faire agir en certamés occurrences les puissances supérieures sur le monde inférieur, et‘de produire par là des effets surnaturels ou des miracles. En prononçant certains mots de l'Écriture Sainte, qui renferment des allusions aux différents noms des puissances que l'ont veut faire agir, ou en écrivant ces mots sur des amulettes (kamcoth), on parvient à se

soumettre ces puissances, et par là on peut exorciser, guérir des malades, éteindre desincendies et opérer toutes sortes de miracles. Cette science chimérique, qui offre un triste spectacle des égarements de l'esprit humain, est sortie sans doute des ténèbres de l'exil de Babylone; les livres apocryphes de l'Ancien Testament, les Évangiles, les Actes des Apôtres et le Thalmud en offrent des traces nombreuses. Beaucoup de livres cabalistiques sont remplis de ces doctrines supertitieuses , et les ennemis des Juifs les ont souvent représentées comme faisant partie des croyances juives modernes, quoiqu’elles fussent rejetées même par les plus grands cabalistes. Rabbi Joseph Gikatilla, dans son livre intitulé : Les Portes de la Lumière (SchaaréOrah), les donne pour des mystifications. Ce sont, dit-il, des piéges tendus aux âmes faibles et crédules pour les précipiter dans un abtme. Maimonides, qui, à la vérité, n’a adopté aucune des parties de la cabale, mais que les juifs modernes considèrent presque comme leur législateur, s'exprime ainsi au sujet de la cabale pratique : « N’appliquez point votre pensée à la folie de ceux qui écrivent des kaméolh, ni à rien de ce que vous entendrez d’eux ou de ce que vous trouverez dans leurs livres absurdes. Ils composent des noms qui n’ont aucun sens ; ils prétendent que pour ces compositions il faut de la sainteté et de la pureté, et qu’elles peuvent opérer des miracles. Un homme de bon sens ne devrait pas écouter des choses semblables, et comment, à plus forte raison, pourrait-il les croire? »

Sans nous arrêter à ce dernier degré de folies et d’extravagances dues à l'imagination déréglée de quelques têtes malades, considérons la cabale dite {Acorique dans ses différentes parties. Les cabalistes eux-mêmes la divisent en maaseh beréschith (explication du premier chapitre de la Genèse) et maaséh mercava (explication des visions d’Ézéchiel et de quelques autres prophètes ); mais ils sont trèspeu d’accord sur ce qu'il faut comprendre sous chacune de ces dénominations, et la confusion qui règne sous ce rapport dans les écrits originaux est si grande, que nous croyons devoir abandonner cette division. En suivant un ordre qui nous paraît plus méthodique et en même temps plus conforme au développement historique de la cabale, nous la diviserons : 1° en symbolique; 2° en positive ou dogmatique, et 3° en spéculative ou métaphysique, La deuxième et la troisième forment ensemble la cabale réelle.

I. La cabale symbolique donne les moyens de trouver dans l'Écriture Sainte un sens ésotérique ou mystique, différent du sens littéral. On y parvient par différentes permutations ou combinaisons des lettres. Ces opérations se réduisent à trois : themoura, guematria et natarikon. La themoura (change, permutation ) consiste à transposer arbitrairement les lettres d’un mot, ou à leur substituer, d’après certaines règles, d’autres lettres de l'alphabet, de manière qu'on en forme un autre mot que celui qui est dans le texte. Parmi les nombreuses méthodes de substitution, nous choïsissons pour exemple celle qu'on appelle a{h basch, et qui consiste à substituer la dernière lettre de l'alphabet ( thau ) à la première ( aleph ), l’avant-dernière ( schin ) à la deuxième ( beth ) , et ainsi de suite. C’est de cette manière que le mot scheschac (Jérém., XXV, 26; LI, 41), nom de pays inconnu, et qui se compose des lettres schin, schin, caph(il faut se rappeler qu'en hébreu on n'écrit que les consonnes), est expliqué par Babel (beth, beth, lamed ), ce qui convient parfaitement au sens des deux passages. La guematria consiste à n’avoir égard qu’à la valeur numérique des lettres et à leur en substituer d’autres qui produisent la même somme; car les Hébreux, comme les Grecs, emploient les lettres de l'alphabet comme chiffres numériques. Le mot Maschiach (Messie ), composé de mem (40 ), schin (300), yod (10 ),chet(8), donne la valeur numérique de 858; len est de même du mot natachach ( serpent }, composé de noun (50), chel (8), schin (300). I résulte de là

CABALE

que le Messie l’emporta sur Satan, représenté sous l’image du serpent, et qu’il détruira le péché et la mort spirituelle Le natarikon consiste à réunir les lettres initiales ou finale de plusieurs mots pour en former un seul, ou à considéré les lettres d’un seul mot comme autant de mots dont ellét formeraient les initiales. Ainsi par exemple, les finales de mots baar elohim laasol (creavit Deus ut faceret, Ge nèse, IL, 3 ), forment le mot emeth (vérité), ce qui indiqui que Dieu n’a créé le monde que pour que la vérité y règne Les trois lettres du mot Adam forment les initiales des trois mots Adam, David, Messie, ce qui prouve que l’âme d'As dam, par la métempsycose, devait reparaître dans les corps de David et du Messie.

Cette méthode d’exégèse laisse un champ très-vaste à li magination : on devait nécessairement recourir à ces moyen: artificiels dès qu’il s'agissait de trouver dans les écrits de Moïse et des prophètes les dogmes d’une croyance étrangère et les différents noms de Dieu et des anges. La cabale symboliqu devait se perfectionner à mesure que les doctrines étran gères se multipliaient, et si les méthodes de guematria @ de notarikon paraissent assez récentes, comme l'indiquer ces mots mêmes, corrompus du grec et du latin, celle dé themoura , dont le nom est hébreu, est sans doute très-ans cienne, comme les deux passages de Jérémie cités plu haut paraissent le prouver. Il se trouve dans le même pro: phète un troisième passage très-remarquable (LI, 1), le nom d’un pays est indiqué par les mots Zeb Kamay (1 cœur de mes adversaires), ce que les Septante expliquer par Chaldéens. Or, par la permutation a{h basch, les lettre Les Kaway correspondent en effet à celle du mot hébreu Casnim (Chaldée ou Chaldéens).

II. La cabale positive dogmatique. Nous comprenons sou cette dénomination tout cet amas de croyances et de dogmes mystiques entés sur le judaïsme pendant l'exil de Babylone et naturalisés longtemps avant la formation de la théosophi spéculative. Quoique celle-ci ait accueilli en général l'es sence de ces dogmes, elle ne s’occupe pas de leurs détail positifs. Ces détails sont plutôt du domaine de la croyane que de celui de la spéculation philosophique ; c’est pourquoi nous en formons une branche particulière, que nous appez lons cabale dogmatique. Elle s'occupe des anges et des dé mons et de leurs différentes divisions ; des différents dépars tements du paradis et de l'enfer, de la transmigration de âmes, ete. Toute cette partie est purement mythologique: comme nous l’avons déjà dit, elle est empruntée aux Chak déens et aux Perses ; mais les cabalistes n'ont pas mars ‘qué d'y exercer leur imagination et d’amplifier à leur ma nière les fables étrangères. Dans les visions d'Ézéchiel , nous voyons Dieu sur un trône entouré de différentes figure d'animaux ailés ; les figures d’Ézéchiel ressemblent assez celles que l’on trouve représentées sur les ruines de Persé polis; les unes et les autres sont sans doute des êtres sym: boliques en rapport avec les croyances locales. Les rabbin appellent la vision d'Ézéchiel muaséh mercava (la descripe tion du char céleste), et ils y voient de profonds mystères! Maimonides, dans un langage très-obscur, a essayé d'ex pliquer cette vision selon les idées astronomiques de s0 temps; il paraît y avoir vu les différentes sphères dans les: quelles tournent les astres selon la cosmologie d’Aristote, Les cabalistes y ont vu la cour du roi céleste, le trône de Dit entouré des anges , et ils y ont raltaché leurs théories dan ges et de démons. Nous voyons reparaître les bons géni® d'Ormuzd, Ahrmän avec ses Devs, un monde entier di génies bienveillants et de malins esprits, Les astres, 1 différents règnes de la nature, les éléments, les hommes, leurs vertus, leurs passions, enfin tout ce qu'il y a dans À nature de matériel et d'intellectuel se trouve sous linflu d’anges ou de génies, Le monde inférieur lui-même est rem pli degénies matériels des deux sexes, qui tiennent le mili® entre l'homme et l'ange, et qui s'appellent keliphoth

CABALE

chédim. Les bons anges se trouvent sous le commandeent de Metatron, quis ‘appelle aussi Sar Happantm (l'ange e la face divine) , et qui est le premier ministre de la cour éleste. Les diables sont commandés par Samael, qui est e Satan et l'ange de la mort. La description cabalistique de a vie future ressemble beaucoup à celle qu’en a donnée Maiomet , qui s’est fait souvent l'écho des rabbins ; mais, pour tre juste, il faut dire que les cabalistes, dans leurs descripions, sont restés bien loin du sensualisme mahométan , et ue par la plupart ces descriptions sont regardées comme es allégories.

Le dogme de la métempsycose, adopté par la masse des abalistes, fut vivement combattu par le célèbre Saadias, abbin du dixième siècle, par Yedayah-Bedraschi, par Levien-Chabib , et par plusieurs autres rabbins. Outre la méempsycose indienne, les cabalistes en admettent une autre, w’ils appellent ibbour (imprégnation); c’est la réunion de lusieurs âmes dans un seul corps, ce qui a lieu lorsqu'une me humaine a besoin d’un secours étranger pour arriver à n certain but. Pour tout dire, la cabale dogmatique présente ne mythologie complète, qui peut se placer à côté de celle es Indous et des Parsis; des rabbins d’une imagination poétique n’ont pas manqué d’en profiter. Plusieurs de leurs fables du Paradis et de l'Enfer rappellent les descriptions d’un Dante, d’un Milton; et leurs légendes respirent souvent un profond sentiment poétique. C’est pourquoi cette partie de la cabale est devenue assez populaire parmi les Juifs, sans que pour cela ils eussent généralement adopté la partie métaphysique qui s’y rattache et qui en donne le sens ésotérique.

HI. La cabale spéculative ou métaphysique renferme un système de philosophie mystique qui tend à mettre d'accord le monothéisme et le dogme de la création avec ce principe fondamental de l’ancienne philosophie : ex nihilo nihil fit. Les philosophes non matérialistes admettaient deux principes fondamentaux, l'esprit et la matière ; mais dans ce dualisme les deux principes sont bornés lun par Pautre; l’esprit, ou la divinité, n’est pas libre dans son mouvement, et ne peut se manifester selon sa volonté. D’un autre côté, ce système avait l'avantage d'expliquer l'existence du mal mnoral et physique, qu’on rejetait sur la matière, tandis qu’en n’admettant qu’un seul principe d’une perfection absolue, on ne pouvait comprendre le mal. Au lieu de mettre ce prineipe au-dessus de la spéculation et du raisonnement, et de reconnaître l'insuffisance de la raison humaine, on se perdait dans un labyrinthe de subtilités pour lever toutes les contradictions. Dans la doctrine de Zoroastre, la question n’est que déplacée ; car, quoique dans son dualisme il subordonne le principe du mal (Ahrimân) au bon principe (Ormuzd), on se demande toujours quelle pouvait être l’origine du mal dans le monde d’Ormuzd. Pour résoudre ces difficultés, on imagina la doctrine de l'Émanation, Toute la création, disait-on, est émanée graduellement de la lumière divine; à mesure qu’elle s’éloignait de la source elle s’approchait des ténèbres, et la matière qui en est le plus éloi- gnée est le siége du mal.

Cette doctrine, qui nous fait entrer dans un nouveau labyrinthe, étaiten voguerdans les écoles d’Alexandrie; la cabale spéculative est une des branches qui en sortirent. Voicison système : aucune substance n’est sortie du néant absolu, tout ce qui est a tiré son origine d’une source de lumière éternelle, de Dieu ; Dieu n’est compréhensible que dans sa manifestation ; le Dieu non manifesté est pour nous une abstraction. Ce Dieu est de toute éternité; c’est, selon la terminologie des cabalistes, le Vieux des jours, l'Occulie des occultes (Aitik-Yomin, Temir miccol temirin ). Sous ce rapport, il est appelé aussi le Néant (Ayin). Le mot hébreu Ayin (rien, néant) est aussi adverbe interrogatif, et signifie où. David a dit( Psaumecxxi, 1): « Je lève mes yeux versles montagnes d'où (me-ayin) viendra mon secours. » Les cabalistes :

du néant (c'est-à-dire de Dieu) viendra mon secours. C'est ainsi que le monde est créé du néant. Ce néant est unique, c’est l'unité indivisible et infinie; c'est pourquoi il s'appelle £n-Soph (sans fin). Cet En-Soph n'est borné ni déterminé par rien; car il est tout , et rien n’est hors lui; il se manifeste librement et par sa sagesse, et devient ainsi la cause première, la cause des causes (Illath-Ha-Illoth). La lumière primitive du dieu Néant remplissait tout l’espace, elle est l'espace même; tout y était virtuellement, mais pour se manifester elle devait créer, c’est-à-dire se développer par l'émanation. Ellese retira donc en elle-même pour former un vide qu’elle remplit ensuite graduellement par une lumière tempérée et de plus en plus imparfaite. Cette contraction de la lumière de l’En-Soph s'appelle, dans le langage des cabalistes, {zimtzoum. Is croyaient par cette théorie sauver l'infini de la lumière; car dans les autres systèmes d’émanation la lumière se montrait bornée en se perdant à la fin dans les ténèbres ; mais on pourra toujours demander : Pourquoi cette lumière primitive, bonne et parfaite, trouvat-elle bon de se manifester dans une création finie et imparfaite?

. Mais voyons ce que font les cabalistes de la lumière primitive, ou de l'En-Soph, regardé comme cause première. Par sa sagesse et son verbe (memra) ,l'En-Soph se manifesta d’abord dans un premier principe, prototype de la création ou macrocosme , qui est appelé le fils de Dieu ou l’homme primilif (Adam-Kadmôn). C’est la figure d'homme qui plane au-dessus des animaux symboliques d’Ézéchiel. De cet Adam-Kadmôn émana la création en quatre degrés ou quatre mondes , que les cabalistes appellent Atzilah , Bériah , Yetzirah, Asia.

Le monde de Afzilak (émanation) présente les qualités opératrices de l’Adam-Kadmôn ; ce sont des puissances ou des intelligences émanées de lui et qui forment en même tempsses qualités essentiellesetles instruments avec lesquels il opère. Ces qualités sont ramenées à dix, et forment la sainte décade des Sephirôlhk, qui se compose de deux nombres sacrés , érois et sept , car les trois premières Sephirôth sont appelées intellectuelles, tandis que les sept autres ne sont que des attributs. Elles s'appellent : 1° Kéther ( couronne), 2° Chocmah (sagesse), 3° Binah (intelligence), 4° Chésed (grèce) ou Guedoulah (grandeur), 5° Guevoura (force), 6° Thiphérith (beauté), 7° Nétzach (triomphe), 8° H6d (gloire ou majesté), 9° Yesod (fondement), et 10° Halcouth (règne). On les représente quelquefois en dix cercles les uns dans les autres, et dont l’'En-Soph est le centre commun. On reconnaît facilement dans les Sephirôth les puissances (ôbvayeux ) de Philon et les éons des gnostiques. En comptant les trois premières Sephirôth pour une seule, comme le font plusieurs cabalistes , on a exactement les huit éons.

Ce premier monde d’émanation fit émaner à son tour le monde Beriah ( création ) : c’est le commencement de la création. Les substances qu’il renferme sont toutes spirituelles, mais n'étant pas immédiatement émanées de l’En- Soph, elles sont inférieures aux Sephirôth. C’est d’elles qu’émana le monde Ye{zirah ( formation }, qui renferme les anges, êtres incorporels, mais individuels, entourés d’une enveloppe lumineuse. Enfin, le monde Asiah ( fabrication ) est la dernière émanation : c’est la matière. Ce monde renferme des substances soumises à des variations continuelles, qui naissent et périssent, se composent et se divisent. Tout ce qui est matériel y appartient ; c’est le rebut de l’'émanation, c’est là que subsiste le mal.

L'homme par sa nature participe aux trois mondes créés , et pour cela il est appelé microcosme ( Oläm-Katdn ); car tout ce que l’Adam-Kadmôn ou le macrocosme contient virtuellement, l’homme le contient en réalité, Par lame, comme principe vital, il appartient au monde Asiah, par l'esprit au monde Yetzirah et par l’âme intellectuelle au

moïde Beriah; cette dernière est une partie de la Divinité; elle est préexistante. C’est pour exprimer cette triplicité que la langue hébraïque a trois mots pour dire dme; savoir: nephesch ( anima ), rouach ( spiritus ), neschamah (animus ); Isaïe y fait allusion dans ces mots ( xLur, 7 ): « Je l'ai créé (berathiro ), je l'ai formé ( ye{zarthiro ), et je l’ai fait ( af asithiro ). » L'homme est donc composé de deux principes, l’un bon et l’autre mauvais; il dépend de lui de faire prévaloir l'un sur l’autre, et après la mort il est récompensé selon ses œuvres car la neschamah est immortelle.

Par ce système les cabalistes croyaient tout justilier; mais les difficultés, loin d’être résolues, ne sont qu’éludées. Le passage de l'esprit à la matière, du bien absolu au mal, reste toujours enveloppé d’un voile impénétrable. La raison humaine , en poussant à bout ce système d’émanation, ne pourra arriver à d’autre résultat qu’au panthéisme. Aussi l’Église chrétienne, dont les dogmes fondamentaux sont ertipruntés à la philosophie cabalistique (l'Évangile de Saint-

Jean et les Épitres de Saint-Paul en offrent des traces nom- :

breuses : le Verbe incarné, le Messie, n’est autre chose que l’Adam-Kadmôn descendu sur la terre ), n’en at-elle appelé qu'à la foi. Les gnostiques, ainsi que les philosophes modernes en Allemagne, qui ont voulu transformer les dogmes en philosophèmes et établir une espèce de christianisme spéculatif, sont tombés dans le panthéisme.

I nous reste à ajouter quelques mots sur l'influence et l’histoire de la cabale. Comme nous venons de l'indiquer, il y a le plus intime rapport entre les mystères du christianisme et les princnes de la cabale ou de la philosophie judaïcoalexandrine, et on ne saurait douter que ce fût cette philosophie qui portât la première atteinte à la religion fondée par Jésus-Christ, en y introduisant des dogmes qui lui étaient absolument étrangers. Le christianisme primitif ne fut qu’un judaïsme spiritualisé dans le sens des prophètes; en appliquant matériellement le philosophème du Verbe à la personne de Jésus, on arriva au mystère de l’Incarnation et de la Trinité. Ce mystère on devait le croire, mais il y eut des idéalistes qui se crurent au-dessus d’une simple foi; ils s’abandonnèrent à la spéculation, selon les principes de Ja cabale qui devint ainsi la source des premières hérésies dans l'Églisechrétienne. Car au fond, Basilide, Valentin et quelques autres gnostiques sont des cabalistes. Parmi les Juifs, la cabale fleurit surtout pendant les deux premiers siècles de l'Église; les plus célèbres cabalistes de cette époque sont Akiba, qui florissait sous l’empereur Adrien, et Siméon- Ben-Yochaï, qui, dit-on, passa treize ans dans une caverne pour échapper aux cruelles persécutions de l’empereur romain, dont son précepteur Akïba avait été victime, J1 paraît qu'après sa mort les études cabalistiques tombèrent en décadence. 11 n’en est presque plus question jusqu’au dixième siècle; probablement ce furent les études thalmudiques qui pendant cet intervalle absorbèrent l'esprit des rabbins. Le Thalmud renferme à la vérité de nombreux passages qui se rattachent à la cabale symbolique et dogmatique, mais la cabale spéculative n’y a laissé que très-peu de traces. Au dixième siècle, Saadiah-Gaôn de Fayoum fait revivre la cabale; on lui doit un commentaire du livre Yelzirah.

Quand les écoles rabbiniques eurent été transportées en Espagne, la philosophie cabalistique y fleurit à côté de celle d’Aristote; mais elle y trouva aussi de puissants adversaires, Depuis Moïse Ben Nachman, qui florissait au treizième siècle, nous voyons paraître un grand nombre de cabalistes, tant en Orient qu’en Espagne, Nous nous contenterons de nommer Isaac Loria ( mort en 1572 ) et Abraham Cohen Irira, ou mieux Errera ( mort en 1631), dont les ouvrages ont servi de base aux cabalistes modernes parmi les chrétiens. Dès le quinzième siècle, des savants chrétiens avaient commencé à étudier la cabale; le célèbre comte Pie de la Mirandole y a mêlé des philosophèmes de Platon et d’A-

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ristote; il croyait même que la philosophie grecque éta puisée dans les livres des Juifs. Jean Reuchlin suivit s traces et contribua beaucoup à répandre la connaïssan de la cabale par ses ouvrages De Verbo Mirifico et De Art Cabbalistica. Malheureusement, ces deux hommes s’étaien moins attachés à la partie philosophique qu'aux symboles pour retrouverles dogmes chrétiens dans l'Ancien Testamenf, ils se servirent surtout de la permutation et de la combi naïison des lettres; ils contribuèrent par là à répandre idées fausses sur la véritable tendance de la cabale, et grâce aux folies que débita Cornelius Agrippa dans son livre De Occulla Philosophia, on ne vit plus bientôt da le mot cabale qu’un synonyme de magie et de sorcellerie Elle reparut sous une lumière bien plus avantageuse dan les écrits du savant anglais Henri More ou Morus ( mort ei 1687 ). Son contemporain Chr. Knorr de Rosenroth à donné dans sa Kabbala denudata ( 2 vol. in-4° ) un pré: cieux recueil des meilleurs ouvrages cabalistiques. Il est à regrefter seulement que ce savant n'ait pas fait un usage plus fréquent du Zohar, et qu'il se soit trop attaché aux écrits des modernes, où souvent , comme par exemple dans. la PortaCælorum d'Errera, la philosophie cabalistique est enveloppée d’un nuage péripatélicien. .

Au dix-septième et au dix-huitième siècle, la cabale a donné naissance à plusieurs sectes nouvelles parmi les juifs, et de nos jours elle paraît de nouveau avoir acquis quelque importance, surtout en Allemagne. D’un côté, les mystiques protestants recommencent à s’en servir, comme d’un instrument de propagande chrétienne ; d’un autre côté, elle offre de nombreuses analogies avec la moderne philosophie allemande ou avec les systèmes panthéistes de Schelling et de Hégel. Déjà, au commencement du siècle dernier, Wachter, savant allemand, présenta la cabale comme la source du système de Spinosa, et, de même que dans le spinosisme, on remarque dans le panthéisme allemand une tendance très-prononcée vers la philosophie orientale. Ce que nous avons dit sur les rapports de la cabale avec les dogmes de l'Église explique aussi pourquoi les nouvelles écoles d’Allemagne se disent chrétiennes par excellence; elles ne le sont ni plus ni moins que celles des cabalistes et des gnostiques. Les unes comme les autres offrent peu de consolations au cœur humain. 11 n’y a pas de place là pour le sentiment individuel, pour le sentiment religieux, pour La foi ; tout va s’engouffrer dans l’idée , dans ce dieu Néant, qui n’apparait plus dans le monde comme un père, mais comme une jatalité organisatrice de la nature divinisée. S. Muxk.

CABALE. Dans son acception profaneet vulgaire, lemot cabale s'éloigne assez de l'interprétation sacrée qu’il avait recue chez les Juifs pour faire penser qu’il a une origine toute différente, et que ce sont deux mots entièrement distincts, quoiqu’ils aient la même physionomie. Ménagele fait venir en effet de caput, tête ou chef; il s'entend alors d’uneassociation de porsonnes ayant les mêmes desseins , les mêmes intérêts, et il se prend toujours en mauvaise part (coïtio, factio). En politique, par exemple, on appelle de ce nom un party bruyant et remuant, d'ordinaire assez peu délicat sur les moyens, procédant par des voies couvertes et détournées pour arriver à renverser celui qui a le pouvoir, et auquel il veut se substituer; à la cour, le but est plus mesquin, mais les efforts ne sont pas moins grands, et il n’est pas rare de voir mettre en jeu autant de ressorts pour ruiner un favori et parvenir à le remplacer auprès du maitre dans les fonctions les plus serviles. Les anciens, qui ont été nos maîtres en tout, ont connu la cabale, et Pline le jeune, dans une de ses Lettres, nous apprend qu’elle fut longtemps une arme puissante à Athènes et à Rome. Elle se décorait quelquefois, « il est vrai, chez les Latins du nom plus honorable d'ambitus, dont nous avons fait notre mot français ambition, et répondait à notre mot brigue.

Ce que nous avons dit de cette dernière peut s'appliquer à

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toute espèce de cabale, politique ou littéraire, toutes deux procédant par les mêmes moyens , toutes deux étant également nuisibles aux intérêts de l'État, de la société ou des lettres, toutes deux enfin méritant d’être flétries.

Quant à la cabale littéraire, elle s'exerce surtout au théâtre, où les succès sont d'autant plus enviés qu’ils sont plus retentissants. Les anciens la pratiquaient aussi, et plus d’un compétiteur à l'empire ne dédaigna pas, à l'exemple de Néron, d'employer la cabale littéraire pour se faire applaudir comme acteur, après s'être servi de la cabale politique pour parvenir au rang suprême et obtenir le titre dAuguste ou de César. On doit même à l’un d’eux (à Néron ou à Caligula) l'établissement et l'organisation d’une cerfaine milice qui avait pour mission de forcer les citoyens à trouver bons les vers, le chant ou la pantomime du maitre. C'est R l’origine de nos applaudisseurs à gages, vulgairement appelés claqueurs où Romains, auxquels nos acteurs et nos auteurs ont trop souvent recours pour faire applaudir leur jeu ou leurs pièces, et parfois aussi pour faire siffler un camarade ou un confrère.

Quelques honnêtes gens , qui ignorent que les cabaleurs, amis ou soldés, forment toujours la majorité du parterre à üne première représentation, s’avisent encore, de temps à autre, de pousser le cri : à bas la cabale ! à La porte La cabale! Mais la cabale, inébranlable comme un roc, ne s’en émeut point. S'il y avait conflit, rien ne lui serait plus facile que d’y répondre en mettant à la porte le public payant. Sachons lui gré de ce qu’elle ne le fait pas.

CABALE (Ministère de la), en anglais Cabal. C’est ainsi qu’on appela le ministère déplorablement célèbre du roi d’Angleterre Charles 11, dont les membres, en ne réunissant que les lettres initiales de leurs noms, se trouvaient composer ce mot qui exprimait parfaitement la nature particulière de leur genre d’activité politique. L'histoire de ce ministère de la Cabale est aussi embrouillée qu’elle fut importante pour la consolidation des droits politiques du peuple anglais.

Après le premier traité de paix qu’il conclut avec les états généraux de Hollande, Charles II résolut d’empiéter successivement sur les différentes prérogatives du parlement pour arriver ainsi à rétablir en Angleterre le pouvoir absolu. Ses prodigalités en tout genre l'avaient réduit aux plus grands embarras pécuniaires ; il ne voyait pour en sortir d’autremoyen qu'un coup d’État, et la politique adroite de Louis XIV l’affermissait dans ce projet. Vers le milieu de l’année 1669 il prononça la dissolution de son conseil d'État ordinaire, qui se composait de vingt et un membres, et forma un nouveau cabinet avec cinq hommes, complices de sa conspiration contre les libertés publiques. C’étaient : 1° Thomas Clifford, catholique ardent et avouant hautement ses principes ; 2° le comte Arlington, secrètement dévoué aux intérêts du catholicisme ; 3° le duc de Buckingham, homme sans religion d’aucune espèce et favori du roi; 4° Antoine Ashley, créé plus tard comte de Shaftesbury, homme habile sans doute, mais dénué de caractère, nommé lord chancelier ; et 5° le duc de Lauderdale, presbytérien, ancien gouverneur de l'Écosse, homme instruit, mais rude et passionné. Si à ces personnages on ajoute encore le roï, papiste au fond du cœur, et son frère, le duc d’York, chef avoué du parti catholique, on ne pourra disconvenir qu'il y avait là réellement complot contre les libertés politiques et religieuses de la nation.

La première mesure à laquelle le nouveau ministère se proposa de recourir pour atteindre le but qu’il se proposait, ce fut de provoquer une guerre avec la Hollande, quoique par le traité de paix d’Aix-la-Chapelle, et à la grande satisfaction de la nation, une triple alliance eût été conclue en 1668 entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède. Le roi n’espérait pas seulement obtenir ainsi de l'argent pour l’entretien de la flotte et de l’armée, mais encore porter un coup mortel à l'esprit de liberté en écrasant les élats généraux ; et dans Poppression du protestantisme hollandais les catho-

liques voyaient un premier pas fait vers l'oppression générale du protestantisme en Europe. Quant à Louis XIV, il n'avait jamais renoncé à ses projets sur la Hollande. Après quelques négociations suivies dans le plus grand mystère, Buckingham se rendit à Paris, où il conclut un traité secret par lequel Louis XIV s’engageait formellement , aussitôt que les efforts communs auraient amené la destruction de la république des Provinces-Unies, à appuyer de ses troupes et de son argent le rétablissement de l’absolutisme et du catholicisme en Angleterre,

Le 14 octobre 1669, Charles IX convoqua le parlement , y exalta l'alliance de la Hollande, puis le prorogea aussitôt qu’il en eut obtenu des subsides considérables, qu'il disait destinés à mettre la flotte sur un pied plus respectable. En janvier 1670 il le réunit de nouveau pour lui redemander, sous divers prétextes, des sommes immenses. Elles ne lui eurent pas plus tôt été accordées, qu'il le prorogea encore une fois ; et il continua à diverses reprises le même manége jusqu’à l’année 1672. A ce moment le duc d’'York embrassa publiquement le catholicisme, espérant bien déterminer le roi son

frère à en faire autant; mais Charles IL n’osa point. 11 dut

d’ailleurs différer encore la guerre contre les états généraux , parce que déjà depuis longtemps les sommes accordées par le parlement se trouvaient dissipées, tout comme les subsides de la France. Une explosion d’indignation générale éclata quand on vit le roi supprimer tout à coup une banque particulière qu’il avait créée à Londres sous la dénomination de chambre des rentes, et où les gens riches déposaient leurs Capitaux contre intérêt; suppression qui permettait au gouvernement d'employer les sommes existant dans les caisses de cet établissement à l’armement de la flotte. Au mois de wars 1672, la flotte marchande des Hollandais, s’en revenant de Smyrne, fut attaquée sans déclaration de guerre préalable ; mais cette véritable tentative de flibustiers, dont le but était de s'emparer, contrairement à toutes les notions du droit des gens, des richesses immenses qui devaient se trouver à bord de cette flotte, échoua misérablement. Enfin on détermina Charles II à rendre, en violation de toutes les lois existantes et des droits du parlement, un édit qui accordait aux non-conformistes et à ceux qui refusaient de reconnaître la suprématie de l'Église anglicane, le libre exercice de leur culte. Ce qu’on se proposait par cette mesure, en apparence conçue dans un esprit libéral, c'était d’introduire des catholiques dans le jeu des institutions politiques du pays et de rattacher provisoirement les presbytériens à la cause du roi. On décrirait difficilement l’exaspération qu’elle provoqua dans les masses et parmi les presbytériens eux-mêmes, quoiqu’ils fussent appelés à en profiter, C’est à ce moment que la Cabale, d'accord avec la France, l'électeur de Cologne et l’évêque de Munster, déclara enfin officiellement Ja guerre aux états généraux de Hollande,

La Cabale en était arrivée ainsi, sans grande résistance, à ses fins au commencement de l’année 1673; mais alors il Jui fut impossible de reculer davantage devant une convocation du parlement. Le 4 février 1673 le roi en fit l’ouverture par un discours où il justifiait la guerre contre la Hol- Jande, préconisait l’alliance française, et représentait son récent édit de religion comme un acte de justice chrétienne. J1 terminait en demandant des subsides considérables. Les crédits demandés furent votés; mais les deux chambres combattirent les usurpations de la couronne en matière de législation, et se plaignirent hautement des faveurs de tout genre accordées aux papistes. Afin d'enlever au ministère de la Cabale l'appui des non-conformistes, le parlement vota un bill qui accordait l'exercice des droits politiques aux presbytériens, à la condition de prêter le serment de suprématie, et du bénéfice duquel étaient exclus les refusants, par conséquent les catholiques. En même temps les deux chambres soumirent à la sanction royale une loi excluant les catholiques de toutes fonctions publiques. Le roi, n’osant pas entrer

en lutte formelle et violente avec le. parlement, rapporta son édit, et donna sa sanction au bill d'exclusion des catholiques. L’inconstance d'idées dont Charles I fit preuve dans cette occurrence amena de l’aigreur et de la désunion parmi les membres de la Cabale. Le chancelier Shaftesbury, comprenantalors que celte conspiration pourrait bien aboutir pour les ministres à un procès de haute trahison, passa dans les rangs de l'opposition, en pleine chambre des lords et en présence du roi lui-même, après avoir provoqué de la part de Clifford un discours des plus compromettants. Il dévoila ensuite tous les détails du complot tramé contre le peuple et le parlement. Aussitôt après cette éclatante défection, les deux chambres soumirent à la sanction de Charles II l’acte du Test, serment nouveau que devaient prêter les fonctionnaires publics, comme garantie contre le catholicisme, et une loi contre les mariages mixtes; elles lui votèrent aussi une adresse dans laquelle elles l’adjuraient de renoncer à ses menaçantes velléités d’absolutisme.

Le roi y répondit en termes vagues et généraux, sanctionna l'exclusion de toutes fonctions publiques prononcée denouveau contre les catholiques, puis prorogea le parlement après en avoir obtenu des subsides. La Cabale put donc continuer la guerre contre la Hollande, mais trois batailles navales n’amenèrent rien de définitif. Au mois d'octobre le roi, à bout d’expédients, dut convoquer encore une fois le parlement, et cette mesure mit fin au ministère de la Cabale. Comine toujours le roi demanda de l’a gent à ses fidèles cominunes ; il proposait le remboursement des propriétés de l’État confisquées par la chambre des rentes, et promettait solennellement de protéger la propriété et l’Église d'Angleterre. Mais les chambres refusèrent de croire à la sincérité d'engagements si souvent pris et oubliés. Elles insistèrent plus que jamais sur la sanction à donner à l’acte du Tes£, refusèrent toute sspèce de crédits nouveaux, rejetèrent le projet de mariage du due d’York avec une princesse catholique, demandèrent qu’on renonçât à la dangereuse alliance de la France, qu’on diminuât l'effectif de l’armée, et dressèrent un acte formel d'accusation contreles perfides conseillers de la couronne. En conséquence, neuf jours après avoir été ouvert, le parlement futde nouveau prorogé; le roi enleva les sceaux à Shaftesbury et en même temps publia une proclamation contre les catholiques et les jésuites. Mais ces concessions étaient insuffisantes pour ramener la confiance dans les esprits. Charles IE comprit alors que ses conseillers actuels ne pourraient jamais réussir à réaliser ses vues secrètes ; qu'ils ne faisaient, au contraire, que rendre sa position de plus en plusdificile et périlleuse ; il renonça donc pour le moment à ses projets. Quand le parlement se réunit de nouveau au mois de janvier 1674 , il soumit le traité conclu avec la France à l'examen de la chambre des communes, se déclarant en même temps disposé à traiter de la paix avec la Hollande, à la seule condition qu’on lui accordât les subsides nécessaires pour pouvoir négocier honorablement. La chambre des communes regarda ce discours comme non avenu, et vota, au contraire, une adresse au roi dans laquelle se retrouvaient reproduits tous ses anciens griefs, en même {emps qu’elle insistait avec force sur le renvoi de la Cabale, La chambre haute, de son côté, vota une adresse analogue, plus particulièrement dirigée contre les papistes. Les deux chambres déclarèrent en outre que le royaume était en danger, et ordonnèrent en conséquence des “ours de prières et de jeûne général ; mesure que le roi dut en- ‘ore sanctionner, quelque mortification qui en résultât d’ail-

eurs pour lui et pour son parti. Les votes hostiles à un ninistère odieux se succédèrent rapidement. Le parlement tenta un procès en forme aux trois membres restants de la Cabale (Clifford était mort et Shaftesbury avait été éloigné), et le roi dut enfin prendre de nouveaux conseillers, Mais le parlement ayant encore une fois remis sur le tapis le bill du Test, qu'il présenta à la sanction du roi avec un surcroît de rigueurs et de restrictions , Charles IT le prorogea indé-

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