‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 73 sur 556 · CABALLERO — CABANIS · texte numérisé non relu

CABALLERO — CABANIS

français. Vers 1866, la reine Isabelle donna à M°* de Arron un appartement à l’Alcazar de Séville, et la chargea d'écrire un livre d'éducation pour ses filles. Nous citerons parmi les romans de Fernan Caballero les suivants : la Gaviola, le plus populaire de tous; Clemencia; Elia, ou l'Espagne ily atrente ans; Pauvre Dolorès ; la Famille Alvaredo; un Été à Bornos; Lucas Garcia; Larmes (Lagrimas); Reluciones, recueil de nouvelles. Une édition de ses œuvres a été publiée, en 1858, à Séville.

CA BAN, vêtement adopté pour les ofliciers de l’armée française, el qui consiste en un manteau boutonnant droit, avec manches larges et capuchon mobile. Le caban (du bas latin cappanum) élait primitivement une sorte de capote à capuchon en laine brune, recouverte d’une loile goudronnée et portée par les pècheurs ou les matelots. Les Gaulois avaient en hiver un vêtement à peu près semblable, nomme caracalle, à larges manches, descendant jusqu'aux genoux, fendu devant et derrière, et muni d’un capuchon. L’em-

ereur romain qui en fit le premier son costume favori en çut le surnom de Caracalla.

CABANE, bâtisse chétive, faite de malières communes et légères, quelquefois de feuillages et de branches d’arbres, ou de bois et de terre mèlés, et couverte, soit en chaume, soit en planches légères, qui peut servir à diflérents usages, et qui est dans beaucoup de contrées la demeure des peuples non encore civilisés, où trop pauvres pour se procurer des demeures plus commodes.

Un mot sur la cabane du berger. 1] y en a de deux sortes, Pune portative et l’autre fixe. La première est une espèce de très-petite chambre, faite avec des planches, portée sur un chariot à quatre roues, et plus communément à deux, dans laquelle le berger couche à côté du pare où le troupeau est renfermé, et qu’elle peut suivre partout. La cabane fixe est également en planches, mais le plus souvent en pierres. En termes de marine, c’est un bateau surmonté d’une cahute en planches, usité particulièrement sur la Loire, il se dit encore d’un bateau couvert, du côté de la poupe, d'une sorte de toile appelée banne et destinée à mettre les passagers à l’abri des injures du lemps; en un mot, de toute retraite en planches où les mariniers couchent et font leur cuisine. En termes de chasse, c’est une petite butte de feuillage dans laquelle se placent les chasseurs à l'affût ou à la pipée.

On appelle aussi cabane un réduit, une grande niche en bois, une cage, dans laquelle on met des animaux domestiques, soit pour la garde, soit pour l'agrément d’une maison, soit pour les y élever.

Du mot cabane on a fait le mot cabanon, petite loge ou cachot obscur, en usage dans quelques prisons. Ceux de Bicêtre avaient jadis une affreuse célébrité.

CABANEL (AzExanpre), peintre français, est né le 28 septembre 1823, à Montpellier. Élève de Picot, il exposa à vingt-un ans au salon de peinture un Chris! au jardin des Oliviers, qui fut remarqué pour ses bonnes qualités de composition et de dessin. L’année suivante il remporta le second grand prix de Rome, et obtint, par suite d’une vacance, la pension et les avantages attachés au premier prix. Depuis son retour d’Italie il a exposé Saint Jean (1850), la Mort de Moïse (1852), Velleda (1853), et en 1855 Le Martyr chrétien, la Glorification de saint Louis et un Soir d'automne; ces dernières œuvres lui valurent une médaille de première classe et la croix d’honneur. Nous citerons ensuile de lui : O/hello racontant ses balaïilles, Michel-Ange dans son atelier, Aglaé (1857), la Veuve du maître de chapelle (1859), Marie-Madeleine, Nymple enlevée par un faune; trois portraits (1861); la Naissance de Vénus, qui eut un grand succès (1863); le portrait de Napoléon ITI et celuide la vicomlesse de Ganay (1865), le Paradis perdu (1867), commandé par le roi de Bavière. En outre il avait peint en 1854 Les Douze mois dans un des

salons de l'hôtel de ville de Paris. Le portrait de l’empereur, Lype exact de la vie contemporaine sans réminiscences classiques, m#t le sceau à la réputation de M. Cabanel, qui reçut du jury la médaille d'honneur. Le 26 septembre 1863 il fut élu membre de l’Académie des beaux-arts à la place d'Horace Vernet, et l’année suivante nommé officier de la Légion. d'honneur et professeur à l'école des Beaux-arts, qui venait d’être réorganisée.

CABANIS (Piënne-JEAN-GEORGES), médecin, naquit à Cosnac (Charente-Inférieure), en 1767. Son père, qui était avocat, le plaça d’abord, à l’âge de six ans, chez un bon curé pour lui donner les premiers éléments d'instruction. Le jeune Cabanis montrait un esprit méthodique et opiniâtre dans ses desseins, ce qui faisait présager des succès dans ce qu'il entreprendrait. Envoyé ensuite au collége de Brives, il continua ses études, et prit un goût très-vif pour Ja poésie et les belles-lettres. Quoique distingué, rien cependant ne révélait un éclat supérieur dans sa destinée, lorsqu'un chàtiment injuste ou trop rigoureux de l’un de ses maîtres vint exaspérer cette jeune âme, altière, impatiente du frein et de toute contrainte. Dès lors se déploya dans Cabanis cet

“esprit de haine contre les institutions, la domination et ce

qu’on appelait les préjugés ou les abus, le despotisme; de là cette ardeur d’indépendance qui le lança plus tard dans l'arène politique et lui imprima cette tournure d’esprit dit philosophique si propre à soumettre toutes les opinions à l'examen du doute.

En effet, révolté des mauvais traitements, redoublés à cause de son opiniâtreté avouée , il négligea exprès tous ses devoirs; il prit si bien à {âche de résister à ses supérieurs, qu’il se fit renvoyer chez son père. Celui-ci, mécontent de sa conduite, usa de sévérité à son tour, et heurta plus vivement encore ce caractère tenace et absolu, pour le dompter; mais ce fut en vain. Le jeune Cabanis, ne croyant pas mériter ces violences, se rebuta complétement ; dégoûté de tout travail, il ne fit plus rien. 11 allait tomber dans une sorte d’abrutissement par cette voie, si son père n’eût pas compris qu'il n’y avait rien de bon à tirer des rigueurs. Il se relächa, et il amena le jeune Cabanis, âgé de quatorze ans, à Paris, le livrant, au milieu de cette grande ville, parmi tant de séductions , à toute sa liberté, non sans le recommander toutefois à quelques amis influents, parmi lesquels on doit citer le célèbre Turgot, ministre des finances. Certes, la position était fort périlleuse pour un jeune homme abandonné ainsi à toute l’indépendance de ses actions ; pour ainsi dire sans guide et sans autre maître qu’une raison encore mal assurée, ou qui n'avait pour directrice que la présomption de ses forces. Cabanis s’en tira cependant avec succès ; il sentit se réveiller en lui la passion de l'étude ; il comprit qu’il devait justifier par sa conduite cette liberté pour laquelle sa jeunesse avait subi tant de combats contre ses maîtres et son père. Il refit toute son éducation de lui-même en suivant les cours des professeurs, en s'adonnant aux diverses branches des connaissances qui lui étaient le moins familières, comme la physique; il étudia surtout aussi la logique et Essai sur l'Entendement humain, de Locke. C’est à cette source en effet qu'il puisa toutes les idées de l’analyse métaphysique qu’il à plus tard développées dans ses écrits.

Depuis deux ans il vivait ainsi heureux, oubliant le temps, lorsque son père lui écrivit de retourner près de lui Quelle destinée pour un esprit nourri de hautes pensées d'aller enfouir au sein obscur d’une bourgade des talents et un glorieux avenir! Vers la même époque on lui offrit une place de secrétaire chez un seigneur polonais qui re: tournait dans l'antique patrie des Jagellons, siéger à la fa. meuse de diète de 1773. Cabanis n’hésita point : son imagi. nation s’enflamma à l’idée de voir de près cette illustre Pologne, si patriotique, si guerrière, et ces fiers descendants des Sarmates dans leurs assemblées tumultueuses , le sabre

au côté, votant par acclamation, élevant à leur libre choix un roi qui les conduise à la victoire. Vaines illusions! Cabanis ne rencontra, durant deux années de séjour en Pologne, que de tristes querelles, de honteuses brigues, des divisions déplorables et la corruption, qui, compromettant les intérêts les plus sacrés, amenèrent le premier partage de ce royaume. Il s’en revint le cœur flétri, méprisant les hommes d’autant plus qu'il s'était formé une opinion élevée et généreuse de leurs sentiments, d’après la noblesse de son propre caractère.

Il reprit, dans son dégoût, le chemin de Paris : il se présente à Turgot, ami de son père; mais les hautes positions sont glissantes : les plans de réforme de ce sage ministre, ses projets d'amélioration, trop brusques peut-être, ou mal préparés pour une cour amollie et corrompue, malgré un roi honnête homme, lui enlevèrent bientôt le pouvoir. Cabanis, privé de tout appui, trompé dans ses espérances, allait succomber à l’infortune; son père vint à son secours. Bientôt , reprenant courage, et fatigué d’une obscurité dont rougissait son amour de la gloire, il s’élance dans la carrière des lettres. Lié d'amitié avec Roucher, alors accueilli par la haute société, il prend part à ses encouragements, il s’anime à ses triomphes. L'Académie française avait proposé pour sujet d’un prix la traduction en vers d’un morceau de V/liade; Cabanis se place au nombre des concurrents, et, dans son ardeur, il entreprend la traduction entière de ce poëme. Toutefois, le succès fut loin de répondre à ses espérances : ce début, audacieux sans doute, n’obtint aucune attention de ses juges; quelques éloges de société le consolèrent à peine, avec des amis indulgents, du rude coup que son amour-propre avait reçu de la dédaigneuse sévérité des dispensateurs de la renommée.

En effet, avec des talents littéraires réels, Cabanis n'était pas né poëte. Ses études métaphysiques , son esprit de méthode et d'analyse, mieux approprié aux sciences exactes, devaient éteindre en lui le feu sacré, et, faut-il l'avouer, il était frondeur, hostile examinateur des croyances , ou l’ennemi de tout ce qui enthousiasme et subjugue l’âme humaine. Avec ses principes, il ne pouvait pas rester religieux, et ilne fut donné qu’au seul Lucrèce d’allier l’essor poétique à la philosophie matérialiste ; mais Lucrèce inspiré croyait encore aux divinités qu’il combattait. Cabanis, trop sévère physicien pour mettre son imagination au-dessus de sa raison, n'atteignit qu'à une froide et correcte élégance. Les suffrages de quelques littérateurs , tout en caressant sa vanité, ne remplissaient pas, il le sentait, le vide de son cœur; il se consumait dans la mélancolie ; car il ne se trouvait pas au niveau de sa destinée dans cette carrière des lettres, Son père, afiligé de cette lutte infructueuse, le pressait de choisir une profession capable d'assurer son sort; l’âge des illusions fuyait devant de tristes expériences. Cabanis fut donc déterminé par son goût pour les sciences à préférer Ja médecine : un ami, le respectable docteur Dubreuil, qu'il avait consulté sur le choix d’un état, s’offrit à lui servir de guide et de maître. Dès lors, Cabanis sent se réveiller ses premières passions pour l'étude; il s’y précipite avec tant d’ardeur pendant six années, avec cette constance obstinée qu’il apportait à tous ses travaux, que sa santé s’en altère et que les distractions de la campagne deviennent nécessaires pour la rétablir,

L'étude de la médecine (non pas d’une pratique guérissante, qui s’acquiert près du lit des malades, mais des sciences exactes qui constituent le médecin philosophe, le physicien, le naturaliste, le physiologiste ) exige en effet une encyclopédie de connaissances sur presque tous les objets de la nature. Si l’homme, qu'on a qualifié du nom de petit monde (microcosme), entre en communication avec l’univers qui réagit sur lui et dont il faut apprécier l'action, c'est donc la science la plus vaste, la plus relevée, la plus noble, pour quiconque aspire à l’embrasser dans son im-

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