CABOT — CABOTIN
menses bancs de gros poissons qu'ilrencontrait, et ces côtes, tantôt stériles, tantôt couvertes d’une riche végétation, et leurs sauvages habitants, qui chassaient à coups de fronde et de flèches les ours blancs qui osaient sortir de leurs forêts. Sa course paraît l'avoir conduit jusqu’au cap de la Floride, en parcourant le nouveau canal de Bahama , malgré les violents courants qui y règnent; là, le manque de vivres le contraignit à retourner en Angleterre. Il rapporta de ce voyage des renseignements intéressants sur la déviation de l'aiguille aimantée : Christophe Colomb avait bien éveillé l'attention publique sur ce phénomène, mais il n’était encore constaté que d’une manière incertaine, En 1526 Sébastien Cabot, oublié en Angleterre, repassa en Espagne, où il s’embarqua dans le but de traverser le détroit de Magellan, pour se rendre de là aux Moluques ; mais le défaut de provisions le força de changer son plan de campagne, et il parcourut la côte du Brésil. Il revint ensuite en Angleterre.
Dès 1548 le banc de Terre-Neuve était devenu pour les Anglais une riche possession, à cause de la pêche qu'ils y faisaient. Les avantages qu’en retirait le commerce excitèrent la reconnaissance nationale, et, en 1549, Édouard VI accorda à Sébastien Cabot une pension viagère de quatre mille francs, comme récompense de ses services. Toujours pénétré de l'idée qu'ilexistait un passage par le nord pour se rendre en Chine, Cabot proposa, en 1553, au roi Édouard VI d’enyoyer une expédition à la recherche de cette chimère; et le roi, séduit par la réputation du voyageur, équipa sur- [lechamp trois navires, laissant à Cabot le choix des capitaines qui devaient les commander. Sir Hugh Willughby fut nommé amiral de cette petite flotte, et ce “fut de la bouche même de Cabot qu'il reçut ses instructions : entre autres choses particulières qu’il établit pour la direction de l'expédition, nous remarquons un conseil composé de l’amiral, des commandants et premiers officiers des navires , au nombre de douze membres, pour déterminer la route à suivre dans les circonstances critiques. En 1555 il fut nommé gouverneur à vie de la compagnie des marchands aventuriers (c’est le nom qu’on donnait en Angleterre aux associations pour les découvertes de terres nouvelles ), et il termina sa carrière vers 1557, dans les honneurs de cette charge.
Voilà l’homme que les historiens anglais opposent avec emphase à Christophe Colomb, et dont ils disent : « Cabot a été pour l’Angleterre:ce que fut pour l'Espagne Christophe Colomb; celui-ci révéla aux Espagnols les îles, et celui-là fit découvrir aux Anglais le continent de l’Amérique. » Théogène PAGE, capitaine de vaisseau,
CABOTAGE , terme qui exprime l’action de côtoyer ou de naviguer à la vue des côtes. On appelle commerce de petit cabotage celui que fait un bâtiment qui transporte des marchandises d’un port de l’Océan dans un autre port de l'Océan, ou d’un port de la Méditerranée dans un autre port de la Méditerranée. La dénomination plus étendue de grand cabotage s'applique aux navires qui vont d’un port de l’Océan dans un port de la Méditerranée, et vice versa, sans quitter les côtes. Voyez NAVIGATION.
L'acte de navigation décrété le 21 septembre 1793, sur le rapport du comité de salut public, interdisait le Cabotage français à tout navire étranger, et ne le permettait” qu'aux nationaux dont les officiers et les trois quarts de l'équipage étaient Français. La faculté @accorder aux bâtiments neutres l’autorisation de faire le cabotage était réservée au gouvernement. Sous la Restauration un ordre emané du lieutenant général comte d’Artois (Charles X ), en date du 7 avril 1814, en faisant disparaître quelques formalités imposées au cabotage français, Conscrva aux navires nationau\ le privilége de cette circulation maritime, qui est restée assujettie, pour ses dispositions principales, aux règlements énoncés dans l’acte de navigation. Par arrêté ministériel du duc de Richelieu, en date du 6 septembre 1817, les navires espagnols furent admis au libre cabotagesur les côles de France,
Quoique ce Commerce n’ait pas, il s’en faut de beaucoup, la mêm® Importance que la navigation transatlantique, quoiqu'il n’exige pas une avance aussi considérable de capitaux, et qu’il se fasse avec des bâtiments de faible tonnage, il n’en pèse pas moins d’un grand poids dans la balance de la richesse d’un pays. C’est un des agents les plus actifs de la circulation. 11 porte industrie d’un port dans un autre port, et, par l'échange continuel des produits de leur navigation, il unit les trois mers qui baignent les côtes de France : 35,000 à 40,000 marins sont occupés à cette navigation dans notre pays.
Par le cabotage les ports de France échangent surtout des vins, des bois, des céréales, des matériaux, du sel, de la houille, des eaux-de-vie, des fers, des huiles, du savon, des pierres, des engrais, etc. Les navires qui servent à cette navigation sont en moyenne d’une contenance de 50 tonneaux. A ne considérer que les chiffres du tonnage, importance du cabotage ne paraît pas moindre que celle du commerce extérieur, mais le chargement comprend en général des objets de moindre valeur. La moyenne du tonnage des navires caboteurs chargés est de plus de 2,000,000
de tonneaux par an. Le cabotage d’une mer à l’autre ne
se compare pas pour l'importance à celui qui se fait dans la même mer. Le premier figure à peine pour un dixième dans le total, Le cabotage dans la Méditerranée est infiniment au-dessous de celui qui se fait dans l'Océan, et figure à peine pour le quart du poids total du tonnage. Les ports qui prennent surtout part au cabotage sont, suivant l’ordre de leur importance, dans l'Océan : Bordeaux, le Havre, Nantes, Dunkerque, Charente, Honfleur, Rochefort, Libourne, Rouen; dans la Méditerranée : Marseille, Cette, Arles, Port-de-Bouc, Agde, Port-Vendre. Le cabotage français a transporté en 1837, 1,782,000 tonnes; en 1859, 2,500,000 ; en 1866, 2,141,000. Le nombre de bâtiments à vapeur chargés qui ont pris part au cabotage de 1866 a été de 6,987, jaugeant 683,753 tonneaux.
Une loi du 14 juin 1854 a étendu le grand cabotage jusqu'aux 30° et 72° latit. nord, et jusqu'aux 15° et 44° longit.
Les chemins de fer sont destinés à enlever une partie du commerce de cabotage ; les canaux ont déjà réduit les char-
gements du grand cabotage, la situation des ports de la
Méditerranée et de l'Océan, séparés par la péninsule espagnole, rendant ces voyages presque aussi longs que les voyages par terre,
CABOTIN, mot consacré par l’usage depuis plus d’un demi-siècle, et qui a reçu son brevet de légitimation de Ja part de l'Académie Française. Il s'applique aux comédiens nomades, et parextension à tout comédien sanstalent. Ce mot est évidemment dérivé de celui de cabotage.Comme un marin, un navire, qui vont de port en port, sans s'éloigner de là côte, font le et et sont nommés caboteur et cabotier, de même le comédien qui va de ville en ville, qui con- {racte tous les ans un nouvel engagement avec un nouvel enfrepreneur, qui dans la même année joue sur les divers théâtres dont se compose l'arrondissement d’une troupe ambulante , a été nommé cabotin avec juste raison; et cabotiner, c’est faire le cabolinage , c’est-à-dire le métier de cabotin. Littéralement parlant , il n’y a là rien d’injurieux; mais comme on suppose que les comédiens de départements et d’arrondissements n’ont pas un talent transcendant ni une conduite bien édifiante, ce qui en général est assez vrai, et qu'ils croient suppléer aux qualités qui leur manquent par lorgueil, la forfanterie et l’impertinence, ce qui n’est encore assez souvent que trop commun, le nom de cabotin est devenu un terme de mépris, un synonyme insultant. Quand on parle d’un mauvais comédien de province, d’un comédien ae tréteaux, et même de certains comédiens de Paris qui font les msolents envers le public, on dit : c'est un cabotin, un mauvais cabotin. Aucune mjure ne leur est plus poignante, parce qu’il n'en est aucune qui humilie plus leur
amour-propre, et Dieu sait si les comédiens en sont pourvus! Cependant, nous avouons sincèrement et avec plaisir que sous le rapport des mœurs et des qualités sociales il y a progrès aujourd’hui dans la classe des artistes dramatiques, et que même parmi les actrices il en est aujourd'hui plusieurs qui, loin de faire étalage de leurs conquêtes et de leur luxe, vivent honnêtement et modestement. Nos révolutions successives ont-elles contribué à cette réforme des mœursdesacteurs? Oui, sans doute, en rapprochant la distance qui les séparait des autres classes, et en les forçant ainsi à se respecter et à se rendre dignes de l’estime de leurs concitoyens.