‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 84 sur 556 · CABOTIN — CABRERA · texte numérisé non relu

CABOTIN — CABRERA

port, défendu par un château fort. Après la capitulation de Baylen, nos malheureux soldats, retenus prisonniers au mépris des traités , furent jetés sur ce sol aride. Entassés par milliers, manquant de vivres, d'eau et de vêtements, ils moururent presque tous. L’unique source de l’île fournissait à chaque homme un demi-verre d’eau par jour, et l’on devait attendre plusieurs heures à la file pour obtenir cette faible ration. Une once de viande de mulet, deux onces de pain ou quelques fèves de marais étaient les seuls aliments que l’Espagne donnât chaque jour à chacun de ses prisonniers. Le nombre de ces malheureux, sans cesse renouvelé par de nouveaux venus que le sort des armes faisait tomber entre les mains des ennemis, et diminuant sans cesse, était réduit à quelques centaines, lorsqu'en 1814, après six ans d'une captivité inouie dans l’histoire militaire, ces nohles victimes d’une infâme trahison purent enfin revoir le sol de la patrie. (Voyez Pontons.)

CABRERA (Don Ramon). Ce nom fait encore aujourd’hui frémir d’horreur les populations d’une grande partie de l’Espagne. C’est celui d’un aventurier de la pire espèce, indigne successeur du brave Zumalacarreguy, et qu'il faut se garder de confondre avec ceux qui de bonne foi embrassèrent la cause de don Carlos, pas même avec ceux qui ne Ja servirent qué pour faire leurs propres affaires,

Né à Tortose, en Catalogne, le 31 août 1810, d’une famille pauvre mais honnête, Ramon Cabrera annonça de bonne heure ce qu’il serait un jour. Ses parents, qui le destinaient à l’état ecclésiastique, le placèrent à l’université de Cervera, où il ne tarda pas à donner un libre cours à toutes ses passions mauvaises. Quoique né dans la pauvreté et habitué dès l'enfance aux privations, il éprouvait de grands besoins d'argent ; car des orgies presque quotidiennes, des parties de débauche et le jeu étaient ses occupations ordinaires; et pour fournir aux dépenses d’une vie semblable, il eut souvent recours à des moyens qui en France l’eussent conduit en cour d’assises, Une vieille tante, supérieure d’un couvent, parvint {outefois à lui faire obtenir la survivance de la place de chapelain de l’ermitage de Nuestra Señora del Cemino, près de Tortose; et il reçut en 1831 les ordres mineurs. Mais l’évêque diocésain lui refusa les ordres majeurs, déclarant que ses mœurs l’en rendaient indigne.

Lorsqu’à la suite de la mort de Ferdinand VII, en 1833, les partisans de don Carlos commencèrent à s’agiter, Cabrera dès le mois d'octobre abandonna son ermitage pour se mettre à la tête d’une petite bande de guerillas; et il alla ensuite rejoindre Carnicer, qui le nomma capitaine d’une compagnie d'élite. Le pillage et l’assassinat signalaïent en tous lieux l’arrivée des bandes insurgées, et bientôt une sanglante notoriété s'attacha au nom de Cabrere, devenu la ter reur des populations paisibles. Quelle que fût, au reste, sa férocité habituelle, il faut reconnaître qu’elle ne prit un caractère monstrueux que lorsque Mina (en 1836), recourant à des moyens de répression que nous ne saurions trop énergiquement flélrir, fit arrêter la mère de Cabrera, aveugle et octogénaire, ainsi que ses trois sœurs, qui vivaient à Tortose dans la plus complète obscurité. Bientôt, rendant la mère responsable des horreurs commises par le fils, il la fit fusiller à la requête du brigadier Nogueras. Cet assassinat politique dont Mina ne rougit point de se souiller, et dont les annales contemporaines de l'Espagne n’offrent malheureusement que trop d'exemples, fut dès lors le prétexte que miten avant Cabrera pour justifier toutes les atrocités qu'il commet: fait, et qui ont rendu son nom l’objet de l’exécration de la Péninsule. Quelques jours auparavant, plusieurs centaines de prisonniers étaient tombés entre ses mains; apprenant le meurtre de sa malheureuse mère, il les fit tous impitoyablement égorger! A ces hécatombes humaines Mina répondit par d’atroces représailles, et fit à son tour fusiller en masse les prisonniers carlistes faits par ses soldats, Chose horrible à rapporter, et qui pourtant n’est que trop vraie, on vit

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