CABRERA — CABRIOLE
alors les deux rivaux mettre leur amour-propre à lutter de cruauté envers les prisonniers que le sort de la guerre faisait tomber en leur pouvoir!
Après s'être emparé d’une foule de villes, de bourgs et de châteaux dans la province de Valence et dans l’Aragon, et y avoir répandu la terreur et la désolation, Cabrera envahit lAndalousie.
On parlait trop de l’audacieux chef de guérillas pour qu’à la petite cour du prétendant cet homme ne devint point l'objet de l'envie et le point de mire de l'intrigue : aussi, malgré les services réels qu'il rendait à la cause de don Carlos, celui-ci le laissa-t-il longtemps végéter dans une position subalterne, sans lui reconnaître aucun grade officiel, sans lui accorder aucun titre. Découragé, Cabrera rentra alors en Aragon, où sa bande, surprise par des forces de beaucoup supérieures, fut enfin complétement battue et dispersée; lui-même fut à cette affaire grièvement blessé à la cuisse, d’un coup de feu. Dénué de tout secours chirurgical et réduit aux plus grandes privations, Cabrera, que les christinos traquaient de tous côtés comme une bête fauve, se cacha pendant quelque temps dans les bois; mais l’excès de la douleur le força enfin d’en sortir et d’aller, déguisé, demander asile à un habitant d’Almagon, village peu éloigné des cantonnements ennemis. Recueilli par le curé, qui le cacha à tous les yeux, sa blessure n'était pas encore complétement guérie, lorsque ses fidèles l’appelèrent de nouveau à leur tête; et tout à coup, à la surprise générale, on vitreparaitre en Aragon l’homme qu’on croyait mort depuis longtemps. Il eut bientôt réorganisé un corps d'armée, et, grâce à l’ordre et à la discipline qu'il sut établir dans ses rangs, il compta alors sous ses ordres jusqu’à 10,000 hommes d’infanterie et 1,600 chevaux. Entrant avec la rapidité de l’éclair dans la province de Valence, il y battit complétement les christinos, d'abord le 18 février 1837, à Bunñol, puis, le 19 mars suivant, à Burjasot, faisant dans ces deux rencontres une grande quantité de prisonniers etrecueillant un immense butin. Battu à son tour par les chasseurs d’Oporto, à Torre- Blanca, et blessé grièvement encore une fois, il n'échappa que par miracle à la mort, et se trouva de nouveau forcé de se tenir caché. On n'avait pas encore pu extraire de son corps la balle qui l'avait frappé , lorsque l'occupation par les christinos de l'importante position de Villa-Réal lui inspira l’audacieuse pensée de les y surprendre à la tête d'une poignée d'hommes déterminés et de les en chasser. Après s'être emparé, en outre, du vieux château fort de Contrariejo, non-seulement il résista avec énergie au général Oraa, envoyé pour arrêter ses succès, mais encore il favorisa puissamment la marche de don Carlos sur Madrid; manœuvre hardie, qui faillit ouvrir au prétendant les portes de cette capitale. En reconnaissance de ce service et à l’occasion de la prise de Morella, ce prince, par un décret inséré dans la partie officielle de la gazette d’Onate (1538 ), le nomma comte de Morella, lieutenant général, et gouverneur général des provinces d'Aragon, de Valence et de Murcie. Heureux dans presque toutes ses expéditions, Cabrera se vit cependant réduit à la défensive après la trahison de Maroto.
Quand l'impossibilité de soutenir plus longtemps la lutte força le prétendant à abandonner la partie et à se réfugier en France, Cabrera, qui, dans toutes les phases de cette horrible guerre civile, avait été bien moins le champion des droits de don Carlos que lereprésentant de la cause du monachisme et de l’inquisition, Cabrera déclara fièrement qu’il continuerait la guerre pour son propre compte. Mais une grave maladie, qui vint le frapper dans le courant de 1839, l’empêcha d’exécuter les vastes projets qu’il avait conçus, et le força de rester inactif dans une forte position située au milieu des montagnes de la Catalogne et de lAragon, jusqu'au 6 juillet 1840, jour mémorable dans les fastes de cette lutte si acharnée, où Esparte ro le contraignit à se
jeter avec les débris de sa bande sur le territoire français. Le gouvernement français, ne le considérant pas d’abord comme un réfugié, mais comme un malfaiteur, le fit conduire au château de Ham; cependant, après quelques mois de détention, il lui rendit la liberté, et lui permit même, en 1841, d'aller rétablir sa santé aux îles d'Hyères.
Comme un grand nombre de ses compagnons d'armes, Cabrera ne tarda point à rompre ouvertement avec la fraction de son propre parti qui constituait l'entourage immédiat du prétendant; de sorte qu’en mai {842 don Carlos lui enleva formellement les pouvoirs et le titre de général de ses armées. Lorsqu’en 1845 ce prince abdiqua ses droits à la couronne en faveur de son fils le comte de Montemolin, Cabrera se prononça de la manière la plus vive contre cette mesure, Cependant il ne laissa pas de se rapprocher du jeune prince, et s'enfuit bientôt avec lui à Londres, dans l’espoir que la fameuse affaire des mariages espagnols déterminerait l'Angleterre à soutenir désormais la cause carliste. Il prépara alors une invasion de la Péninsule, et provoqua même la formation de quelques bandes d’insurgés en Catalogne, dans le royaume de Valence et dans l’Aragon ;
mais le gros de la population fit preuve de la plus grande
froideur pour cette nouvelle levée de boucliers. Ce fut seulement à la suite de la révolution de Février que des chances plus favorables semblèrent un instant s'offrir au comte de Montemolin. Au mois de juin Cabrera débarqua en Espagne et déploya l’étendard carliste en Catalogne; mais bien peu répondirent à son appel. Après l'affaire qui eut lieu le 27 janvier 1849 à Pasteral, il dut, gravement blessé, venir encore une fois se réfugier en France, où le gouvernement le fit arrêter. Cependant, dès le mois suivant il était remis en liberté. Cabrera se rendit alors à Londres, où il épousa une certaine miss Richards, enthousiaste de la cause de don Carlos, et qui, dit-on, lui apportait en mariage une fortune considérable, s’estimant heureuse de voir son mari l’employer à assurer le triomphe de son parti. Déjà on évaluait la fortune particulière de Cabrera, fruit de ses rapines et de ses exactions pendant la guerre civile, à plusieurs millions, qu’il avait eu la précaution de faire passer à l'étranger. Cabrera tâcha encore de mettre à profit la mésintelligence survenue en 1850 entre la cour de Naples et celle de Madrid, pour aller à Naples travailler dans les intérêts du comte de Montemolin; mais il fut expulsé du territoire napolitain, Depuis cette époque il n’a plus quitté l'Angleterre, et en 1854, comme en 1869, il a refusé de venir prendre le commandement des bandes carlistes.
CABRI (autrefois cabril), nom sous lequel on désigne vulgairement le petit d’une chèvre.
CABRIERES, village de 792 âmes, situé à trois kilomètres de la fontaine de Vaucluse, et dont le nom est resté historique en raison du massacre de tous ses habitants, suspects de partager l’hérésie des Vaudois, exécuté par le baron d'Oppède, sous le règne de François I*', le 18 avril 1545.
CABRIOLE, CABRIOLEUR. Les mœurs et les habitudes de la chèvre et du chevreau (cabri) ont donné naissance au mot cabriole (que l’on a écrit aussi capriole ), lequel exprime un saut léger, et qui a été depuis étendu aux autres animaux, et même à l’homme. On qualifie, ainsi, en termes de manége, le mouvement que fait un cheval lorsqu'il est en l’air, également élevé du devant et du derrière, et qu’il détache des ruades; ce qu'il faut éviter, en bonne école, pour maintenir, autant que possible, l’équilibre dans les forces de l'animal et l'harmonie dans celles du cavalier, Appliquée à l’homme, cette expression s’entend également d’une sorte d’élévation spontanée du corps, de ces sauts légers, et quelquefois périlleux, de ces tours d’agilité, qui prouvent la souplesse du corps, et sont familiers” surtout à certains saltimbanques de la nature des cabris, d’où ils ont reçu le nom de cabrioleurs, C’est ordinaire:
ment dans les places publiques ou dans les rues, sur des tapis, qu’ils donnent leur spectacle, soit isolément, soit en petite troupe, soit comme accessoire de quelque bateleur ou charlatan. On donne aussi ce nom aux danseurs de théàtre qui se distinguent moins par la noblesse et la grâce de leurs poses que par la hardiesse et la légèreté de leurs sauts.
On emploie quelquefois dans le langage familier le mot cabriole avec la même acception, et au figuré, pour indiquer cette souplesse d'esprit qui fait qu’un homme se plie merveilleusement à tout ce qu’on exige de lui, quelque contrariété qu'il en résulte pour sa nature et ses inclinations.
CABRIOLET. Voiture légère, à deux roues, traînée par un seul cheval. Cette voiture est le type de presque toutes les voitures ouvertes et élégantes. Sa caisse est couverte par une capote en cuir, que l’on peut ouvrir ou fermer à volonté au moyen de ressorts brisés. Le cabriolet est monté sur des ressorts de calèche, par derrière seulement : par devant il est suspendu à l’aide d’un ressort simple attaché par dessous, au centre du brancard, et qui vient se fixer sur la flèche au moyen d’une poignée saillante; cette poignée, qui n’existe pas toujours, sert à monter dans le cabriolet. Les cabriolets soignés n’ont ordinairement qu’un siége; mais les cabriolets communs en ont quelquefois deux, celui du fond et celui du devant. Tous les cabriolets, lorsqu'ils sont fermés, le sont par un tablier ou portière en cuir; mais les plus élégants sont tout à fait ouverts. Au-dessus du point où les ressorts de
derrière s'unissent à l'extrémité postérieure de la flèche, deux branches ou montants de fer supportent un petit plateau de bois, plaqué de fer en dessous, pour soutenir le domestique qui s'accroche debout après les cordons de la voiture. CABYLES. Voyez KABYLEs.
CACA (Bois). Voyez Bois DE CORNE FÉTIDE.
CACADOU,. Voyez CACAToËs.
CACAO , nom que les habitants de la Guyane donnent à la graine du cacaoyer, et qu’on luiconserve dans le commerce. Ces grains sont ovoides , à peu près de la grosseur d’une olive, charnus , d’un violet obscur , recouverts d’une pellicule cassante, et enveloppés dans une pulpe blanchâtre d’une acidité {rès-agréable, et qui, mise dans la bouche, rafraichit et désaltère. On extrait du cacao la matière grasse contenue dans les cotylédons, et qui forme ce que l’on nomme le beurre de cacao. Maïs le plus grand emploi que l’on fasse de cette graine est pour la fabrication du chocolat.
On attend pour recueillir le cacao que les fruits, parfaitement mûrs, résonnent un peu lorsqu'on les agite, par le choc intérieur des semences. Alors on les amoncelle en tas assez considérables , et on les laisse ainsi pendant trois ou quatre jours, Au bout de ce temps, on brise le fruit pour en retirer les amandes, et les débarrasser de la pulpe qui les environne ; puis on les dispose dans des caisses ou auges en bois, qui sont un peu élevées au-dessus du sol; quelquefois même on se contente de les jeter dans un trou pratiqué dans la terre ; on les recouvre avec des feuilles de balisier ou des nattes, qu’on assujettit au moyen de planches chargées de pierres. On les laisse ainsi quatre ou cinq jours ; on a soin seulement de les retourner chaque matin. Par ce procédé, auquel on donne le nom de {errage, les amandes laissent transsuder une grande quantité d'humidité , et subissent une sorte de fermentation qui leur fait perdre une partie de leur âcreté et de leur amertume, en mêmetemps que leur couleur s’obscurcit et que leur poids diminue. Cette préparation leur ôte en outre la faculté de germer, et facilite leur conservation.
On distingue dans le commerce un grand nombre de variétés de cacao , et on leur donne le nom de la contrée d'où elles viennent, Ainsi, on a le cacao caraque , le cacao surinam, etc. On nomme aussi cacao des îles celui qui vient des possessions françaises, Le caraque est le plus estimé de tous : il est plus onctueux que les autres, et n’a pas d’âcreté, On le reconnait à ce qu'il est plus gros, rugueux, ovoïde oblong, non aplati, recouvert d’une poussière gri-