‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 199 sur 527 · BLUCHER — BLUET · texte numérisé non relu

BLUCHER — BLUET

forcées de jour et de nuit, le prince de Hohenlohe se vit forcé de mettre bas les armes à Prenzlau. Blucher, à qui par là la route de Stettin se trouva coupée , fut obligé de se jeter dans le Mecklenbourg, où il opéra, près de Dambeck, sa jonction avec le corps d'armée du duc de Weimar, que commandait le prince Guillaume de Brunswick-Œls; mais toutes ces différentes troupes étaient trop fatiguées pour lenter rien de décisif. Ayant sur son flanc gauche le corps du grand-duc de Berg, en face la division du prince de Ponte-Corvo, et sur sa droite celle du maréchal Soult, Blu- cher ne vit rien de mieux à faire que de se retrancher derrière la Trave pour garantir aussi longtemps que possible l'Oder de l’approche des troupes françaises. C’est ainsi qu’il envahit le territoire de la ville libre de Lubeck ; mais cette ville, fortifiée à la hâte, fut emportée d'assaut par l’armée française, et Blucher, contraint de se retirer promptement avec ses troupes, n'ayant aucun moyen de se défendre et de faire une plus longue retraite, fut contraint de capituler le 6 ou le 7 novembre, aux environs de Ratkow, village près de Lubeck. 11 n’en vint toutefois à cette extrémité qu'après avoir obtenu, non sans peine, que la capitulation contiendrait la clause expresse : « qu’il n'avait accepté la capitulation qui lui était offerte par le prince de Ponte-Corvo que réduit à la dernière extrémité par le manque absolu de vivres, de fourrages et de munitions ». ;

Blucher fut donc fait prisonnier de guerre, mais il fut bientôt échangé contre le général Victor, et nommé, aussitôt après son arrivée à Kænigsberg, au commandement d'un corps d'armée qu’on embarqua immédiatement pour aller défendre Stralsund, et seconder les entreprises de la Suède. Après la paix de Tilsitt, Blucher fut-employé au département de la guerre. 11 obtint ensuite le commandement supérieur de la Poméranie, mais fut bientôt mis à la retraite, ainsi que d’autres hommes de mérite, sur la demande expresse de Napoléon. Il ne prit aucune part à l’expédition du corps d'armée auxiliaire prussien envoyé contre la Russie pendant l'été de 1812; mais lorsque la nation vrussienne se leva en masse pour combattre l'oppression de Napoléon, Blucher, déjà âgé de soixante-dix ans, fut l’un des instigateurs les plus ardents de cet élan patriotique. 11 obtint le commandement général des troupes prussiennes et du corps d'armée russe du général Winzingerode, corps qui, dans la suite, fut détaché de son commandement. Alexandre récompensa la rare valeur dont il fit preuve à la bataille de Lutzen, le 2 mai 1813, par la décoration de l’ordre de Saint-Georges. Les journées de Bautzen et de Haynau ne furent pas moins glorieuses pour lui; Blucher battit à la Katzbach le maréchal Macdonald, et fit évacuer aux Français la Silésie. Son corps d’armée prit dès lors le nom d’armée de Silésie. Napoléon chercha vainement à arrêter dans ses succès le vieux général de hussards, comme il l’appelait. Le 3 octobre, Blucher passa l'Elbe près de Wartembourg, et par cette manœuvre hardie força la grande armée de Bohême, aux ordres du prince de Schwarzemberg, et l’armée du Nord, commandée par le prince royal de Suède, à déployer plus d'activité.

Les journées mémorables de Leipzig approchaient. Le 16 octobre 1813 Blucher remporta des avantages signalés sur :e maréchal Marmont, près de Mœckern, et s’avança jusqu'aux faubourgs de Leipzig. La défaite des Français dans la journée du 18 est due en grande partie à ses efforts réunis à ceux du prince royal de Suède, et le 19 ce furent les troupes du général Blucher qui entrèrent les premières dans la ville. La promptitude remarquable et l'art particulier avec lesquels il dirigeait ses attaques lui avaient déjà valu de la part des troupes russes, au commencement de la campagne, le surnom de maréchal Vorwærts ! (en avant!) Dès lors, ce fut son glorieux surnom dans toute l’Allemagne.

Le 1°" janvier 1814 il se porta sur le Rhin, à la tête de

l’armée de Silésie, composée de deux corps prussiens, deux

DICT. DE LA CONVERS, —- T. HI

corps russes, un corps hessois, et d’un corps de troupes de différentes nations. 11 occupa Nancy le 17 janvier; remporta le 1°" février un avantage marqué à la Rothière, et

marcha audacieusement sur Paris. Cependant les corps d'armée qu’il commandait furent momentanément repoussés par Napoléon; et ce ne fut pas sans des pertes considérables qu’il opéra sa retraite sur Châlons. II traversa ensuite l'Aisne près de Soissons, opéra sa jonction avec Parmée du Nord, gagna la bataille de Laon sur l’empereur en personne, et vint prendre position devant Paris avec Schwarzemberg. La journée de Montmartre (30 mars 1814 ) couronna cette mémorable campagne, et le 31 mars 1814 Blucher entra en triomphateur dans la capitale de l'empire français.

Le roi de Prusse lui donna alors le titre de prince de Wallstadt en mémoire de la victoire qu’il avait remportée près de la Katzbach, et accompagna cette nomination d'une riche dotation. 11 suivit les monarques alliés, au mois de juin suivant, en Angleterre, et y fut reçu avec enthousiasme, L'université d'Oxford le nomma solennellement docteur en droit; ridicule honneur, que le vieux général accepta naïvement, et qu’il partagea d’ailleurs avec Platof, l’hetman des Cosaques.

En 1815, l’empereur ayant reparu à la tête d’une armée, Blucher conduisit rapidement ses troupes dans les Pays- Bas. Le 15 juin Napoléon l’attaqua avec vigueur, et le lendemain Blucher perdit contre le grand capitaine la célèbre

‘bataille de Ligny. Il y fut en grand danger de perdre la

vie, ou tout ou moins la liberté, par la chute de son cheval, sous le corps duquel il se trouva comprimé un instant. Au moment le plus décisif de la journée du 18, Blucher se présenta sur le champ de bataille avec ses Prussiens, et tomba sur les derrières et le flanc de l'armée française, que Grouchy était chargé de couvrir. On peut dès lors lui assigner la plus grande part de la victoire de Waterloo.

Après l'entrée des alliés dans Paris, Blucher montra contre les vaincus une animosité qui a beaucoup nui à la justice que tôt ou tard les Français lui eussent rendue comme général. Ils ne virent en lui qu'un chef de hordes barbares, l’emportant encore sur ses subordonnés par son ignoble férocité et sa ridicule arrogance ; et c’est justice que de reconnaître qu’il sembla prendre plaisir lui-même à justifier ce jugement sévère et partial en affichant hautement les sentiments les moins nobles et les moins généreux. Afin de lui témoigner sa reconnaissance , le roi de Prusse, Frédéric- Guillaume III, créa uniquement pour Blucher, déjà en possession de tous les honneurs, un ordre particulier, dont les insignes consistaient en une croix de fer entourée de rayons d’or.

Après la paix de Paris, le prince Blucher se retira dans ses terres. Il mourut le 12 septembre 1819, à la suite d’une courte maladie, dans son domaine de Kriblowitz, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Le roi de Prusse lui a fait ériger à Berlin une statue de douze pieds de haut, modelée par Rauch , et fondue par Reisinger et par un Français nommé Lequine. Le piédestal qui la supporte a quatorze pieds de haut , et est orné de bas-reliefs représentant ses principaux faits d’armes. Une statue a été pareillement érigée en son honneur à Breslau , en 1827.

BLUE-RIDGE. Voyez ALLEGnANys et BLEUES (Monfagnes ).

BLUET , BLEUET, BLAVET, BLAVÉOLE ou BAR- BEAU, mot fait de la basse latinité, blaveus ou blavus, ou de l'allemand blau, qui signifient bleu ; genre de la famille des cynarocéphales et de la syngénésie polygamie frustanée. Le bluet commun, auquel Tournefort a donné le nom de cyanus segetum, et Linné celui de centaurea cyanus, est une plante annuelle à fleurs bleues, qui pousse naturellement et se ressème d’elle-même parmi les blés, qu'’eile étouffe souvent. Le seul moyen de la détruire est de

faire succéder à la culture des céréales une récolte de légumes , qui permet de l’arracher à mesure qu’elle parait, ou d'y semer du trèfle, qui l’étouffe à son tour,

Le bluet n’est pas sans agrément dans les jardins, où ja culture et les Soins en augmentent la beauté naturelle, On en faisait autrefois un grand usage en médecine; on en tirait une eau distillée, qu’on employait pour les maladies des yeux (d’où le bluet avait reçu le nom de casse-lunettes), mais qui passe, près des praticiens éclairés, pour n'avoir pas plus de vertu que l’eau pure.

BLUET D’ARBERES (BErNarD), personnage excentrique, dont le nom est bien connu des bibliomanes, et dont Nodier a parlé dans un travail spécial sur Ja bi- »liographie des fous. Dès l’Intitulation et Recueil de toules ses œuvres, Bluet vous avertit qu’il ne sçait ny lire ny écrire, et n’y a jamais apprins. Né près de Genève, en 1566, dans une famille de paysans, Bluet, d’après le récit qu'il a tracé de son existence, garda les moutons dans son enfance, fut ensuite charron, et joua , auprès de quelques gentillâtres savoyards très-oisifs et peu délicats dans leurs amusements, le rôle d’un fou en titre d'office. L’ambition lui monta un jour à la tête; à l’âge de trentequatre ans , il vint à Paris; il s’octroya à lui-même les titres de comte de Permission et de chevalier des liques des xin Cantons Suisses. I imagina de faire imprimer quelques feuillets où il consignait des rêveries amphigouriques ; il les colportait dans les rues; il montait dans les maisons pour les vendre, 11 dédiait chacun de ses livres ou fragments à quelque personnage de la cour, obtenant, en échange de ses flatteries hyperboliques, un peu d’argent ou des objets de diverse nature. Il nous apprend qu’il reçut du duc de Bouillon six écus, de Jacques le Roy une rame de papier, d’une duchesse de Flandres un double ducat, de madame de Puyenne une aune de toile blanche, du prince d'Orange un écu, du comte de Grollay une pistole fausse, Henri IV, quoique assez peu généreux, se montra libéral à l'égard de Bluet d’Arbères ; il lui accorda trois cent quarante écus en diverses fois ; il lui fit cadeau d’une chaine d’or valant cent écus ; il finit par le gratifier d’une pension de cent livres tournois. Ce fou, qui n'était peut-être pas aussi insensé qu'il voulait le paraître, récolta, de son propre aveu, plus de quatre mille écus, somme fort considérable pour l’époque.

L'œuvre de Bluet se compose de 173 ou de {80 livres ; mais ils ont eu lé même sort que ceux de Sophocle et d’Eschyle, de Tite-Live et de Tacite : il n’en est venu jusqu’à nous qu’une partie; on connaît les livres { à 85, 91 à 115, 141 à 173; le reste semble perdu sans retour, Il est à propos d'observer que divers livres ont été réimprimés avec des différences notables. On ne connaît que quatre ou cinq exemplaires de ce recueil, et il faudrait les réunir tous pour obtemr un exemplaire complet des 137 livres connus et des livres doubles. Le prix que les amateurs donnent d’un volume de Bluet, lorsque se présente (et elle n'arrive pas tous les vingt ans) l'occasion d’en faire l'emplette, suffirait pour se rendre propriétaire de tous les chefs-d’œuvre de la littérature française. A la vente Mac-Carthy, en 1816, un exemplaire fut adjugé à 500 fr., et passa en Angleterre; remis aux enchères quinze ans plus tard, il trouva acquéreur à 20 livres sterling.

Ce fut en 1600 que le com£le de Permission commença l'impression de ses extravagances , où le vulgaire cherchait des prophéties cachées. Un très-rare opuscule en vers, intitulé : Tombeau et lestament du feu comte de Permission, nous fait savoir qu’en 1606, la peste faisant des ravages à Paris, il voulut s'abstenir de toute nourriture pendant neuf jours et

+ + + + + par sa prière Chasser la fureur en arrière De Dieu, justement irrité Coatre celte grande cité,

Page 1