BLUM — BLUMENBACH
tère Kœnneritz, ressuscila les Feuilles patriotiques, qui avaient été supprimées, et fonda l'Association Patriotique, dans laquelle entrèrent les esprits les plus exaltés. Elu viceprésident par la première assemblée de Francfort, il domina ses turbulents collègues par sa présence d'esprit et sa voix de stentor, Il fut ensuite de la commission des cinquante, et fut envoyé par Leipzig à l’Assemblée nationale, où il devint le chef de la gauche, et se fit remarquer par l’adresse et le pathos de ses discours, comme aussi par son ardeur dans la lutte; mais son talent oratoire ne pouvait lui tenir lieu des connaissances de l'homme d'État. Après les événements de septembre, il était difficile qu'il se fit plus longtemps illusion sur la désunion, l’indiscipline, la dissolution de son parti, et qu’il conservât quelque espérance de vaincre; cependant les événements de Vienne le remplirent d'enthousiasme, et il partit avec Frœbel pour porter aux Viennoiïis, au nom de la gauche, une adresse de félicitation. La députation fut reçue le 17 octobre, et dans le discours qu'il prononca à cette occasion Blum peignit la révolte des faubourgs de Vienne comme une nouvelle ère historique.
Depuis le 26, à la tête d’une compagnie d'élite, il prit part à la lutte ; mais le 29 il se retira dans son hôtel, où il fut arrêté le 4 novembre avec ses collègues. Bien qu'il fit valoir son inviolabilité comme député de l'Assemblée nationale, il fut traduit, le 8 novembre, devant un conseil de guerre et condamné à être pendu, supplice qui fut commué en une exécution militaire. Il fut fusillé le lendemain matin dans la Brigittenau , sans avoir manifesté, jusqu’à la fin , un seul instant de faiblesse. C'était un homme d’un caractère ferme, de beaucoup d’esprit naturel, et d’une éloquence propre à émouvoir les esprits. Il avait assez d’adresse et d’ambition pour jouer le rôle de chef de parti, mais il n’avait pas assez de fanatisme pour le soutenir jusqu’au bout. La nouvelle de sa mort indigna la démocratie allemande. D'autres virent dans son exécution une rupture violente de l’Autriche avec l'Assemblée nationale, parce que, d’après la loi du 30 septembre 1848, la sentence ne pouvait s’exécuter sans la sanction du pouvoir central. De tous côtés s’élevèrent les propositions les plus violentes, de tous côtés on célbra des services funèbres en son honneur, et tout se réduisit à assurer par des souscriptions l’avenir de sa femme et de ses enfants.
BLUMAUER ( Azoys), poëte satirique, fort distingué lans le genre burlesque, naquit à Steier, en Autriche, le 21 décembre 1755. Après avoir terminé ses études dans sa ville natale, il vint à Vienne, où il entra dans la compagnie de Jésus. A la suppression de l’ordre des jésuites, il fut obligé de gagner sa vie en donnant des leçons; on lui confia ensuite les fonctions de censeur, qu’il abandonna plus tard pour se mettre à la tête d'une librairie. — Le principal ouvrage de Blumauer, celui qui fonda sa réputation, est l’£néide travestie (3 vol., Vienne, 1784). C'est une poétique caricature, pleine de piquants contrastes, étincelante d’une verve salirique que l’ex-jésuite exerce souvent aux dépens du clergé de son époque, mais dont les brillantes qualités sont trop souvent déparées par des trivialités du plus mauvais goût. On peut adresser les mêmes reproches à ses poésies diverses, qui parurent d’abord pour la plupart dans l’Almanach des Muses, fondé par lui et Raschky. La manière de Blumauer approche souvent de celle de l’auteur de Lénore , dont il est cependant loin d'égaler la simplicité et l'élégance. Les pièces les plus estimées de ses poésies détachées sont : l’Imprimerie, l'Eloge de l’Ane, l'Adresse au Diable, etc. Plusieurs ouvrages publiés sous son nom lui ont été faussement attribués ; ce sont : les Titans, épopée satirique; Hercule travesti, poëme ; productions au-dessous du médiocre, et le quatrième volume de l’Encide, indigne en tout point de ses aînés, factum sans esprit ni sel, vrai péché littéraire commis par un certain Schaber, —
Aloys Blumauer mourut à Vienne, le 16 mars 1798, Agé de quarante-quatre ans. HoERTEL,
BLUMENBACII (JEAN-FRéÉpéRic ), l'un des plus célèbres naturalistes dés temps modernes, naquit à Gotha , le 11 mai 1752, et mourut à Gœttingue le 22 janvier 1840. Reçu docteur en médecine en 1775, il fut nommé l’année suivante professeur extraordinaire à l’université de Geœttingue, et inspecteur de sa collection d'histoire naturelle : puis, en 1778, professeur ordinaire, Depuis lors, jusqu’en 1835, époque où la faiblesse inséparable de son grand âge le força de renoncer à l’enseignement oral, il fit constamment chaque année des cours publics sur l'histoire naturelle, l'anatomie comparée , la physiologie et l'histoire de la médecine, et vil successivement réunis, attentifs autour de sa chaire, les personnages les plus considérables de son siècle, et jusqu’à des rois. Il excellait en effet à donner de l'intérêt aux matières les plus sèches, les plus ardues, et à captiver son auditoire par le charme tout particulier de son débit.
Le premier, en-Allemagne, Blumenbach éleva l'histoire naturelle au rang de science positive, tandis qu'avant lui une foule de gens ne la regardaient encore tout au plus que comme un amusement scientifique. Dès 1785, par consé. quent bien avant Cuvier, il l’avail rattachée à l'anatomie comparée, et avait démontré qu’on ne peut avoir de claires perceptions et des idées arrêtées sur la nature et les affinités des animeux que par l’étude approfondie de leur structure intérieure. Son principal titre de gloire est d’avoir créé en Allemagne l’étude de l’anatomie comparée, soit par ses leçons, soit par des ouvrages qui ont été traduits dans toutes les langues de l’Europe, et notamment par son Manuel d'Anatomie et de Physiologie comparées (Gættingue, 180%). L'histoire physique de l’homme fut de bonne heure son étude de prédilection, comme le prouve sa thèse inaugurale intitulée : De generis kumani varietate nativa (Gœttingue, 1775). Dans l'intérêt de ses études anthropologiques, il commença dès lors à faire une collection de crânes humains ; entreprise dans laquelle il fut secondé de toutes parts, et qui lui permit de créer en ce genre le musée le plus nombreux et le plus riche qu'il y eût au monde, à la formation duquel contribua jusqu’au roi de Bavière luimême, lequel envoya à notre savant vieillard un crâne grec d’une beauté sans pareille.
C’est cette collection qui a fourni les modèles des figures de crânes comprises dans la Collectio Craniorum diversarum gentium (Gœttingue, 1790-1828, in-4°, avec une nova penlas collectionis suæ craniorum, etc., Gœttingue, 1828, in-4°), qui conservera toujours de la valeur, bien que dans celte partie de la science d’autres idées aussi aient prévalu. Avant Blumenbach un voyageur français avait divisé le genre humain en quatre races distinctes, système auquel Leibnitz crut devoir ensuite faire subir de légères modifications, Pownal ne reconnaissait que trois races d'hommes, la blanche, la rouge et la noire. Buffon en admet six, Hunter sept, Linné quatre; d’autres naturalistes enfin, de onze à quinze, et même davantage. Blumenbach n’en compte que cinq : la caucasienne, la mongole, la nègre, Paméri- Caine et la malaise, fixant d’ailleurs avec précision les différences qui les séparent et les similitudes qui les rapprochent.
, Comme physiologiste, il n’attira pas moins sur lui l’aften-
tion de l'Europe savante par sa dissertation sur l’acte de ja génération (Gœttingue, 1781), travail où il émit des idées tout à fait en contradiction avec celles qui étaient alors le plus généralement admises, et aussi par ses /nsliluliones Physiologicæ (Gættingue, 1787). Son Manuel d'Histoire Naturelle a eu les honneurs de douze éditions successives (Gættingue , 1780-1830), mais ne convient plus à l’état actuel de la science.
L’ardeur de Blumenbach pour l’étude était grande, et le
besoin incessant d'activité scientifique qui le tourmentait trouvait à se satisfaire dans les vastes ressources que mettaient à sa disposition les collections de l’université de Gættingue, ainsi que dans les continuels envois que ses disciples lui faisaient des diverses parties du monde, à l'effet d'augmenter les richesses de son cabinet. A la fin du siècle dernier, il avait fait un voyage scientifique en Angleterre, où il avait été accueilli avec une grande distinction par le roi Georges IL, et où il s’était lié d’amitié avec Joseph Banks, avec Solander et autres savants éminents. C’est grâce à leur intervention qu’il obtint alors la faveur toute particulière d'être autorisé à disséquer une momie du Brilish Museum, ce qui produisit une grande sensation dans le monde scientifique.
BLUNTSCHLI (JE£an-Gasparp), jurisconsulte suisse, né à Zurich, en 1808, fit ses études préparatoires dans sa ville natale, et alla les continuer dans diverses universités d’Allemagne, notamment à Berlin. De retour dans sa patrie, il trouva bientôt l’occasion d'employer ses talents etses connaissances. Lors de la création de l’universitédeZurich, ei 1836, il y fut nommé professeur de droit. Bluntschli, qui avait semblé d’abord s’associer au mouvement libéral qui suivit la révolution de 1830, ne tarda pas à se placer dans les rangs des ennemis de la réfürme, soit à cause de ses relations avec beaucoup de membres du parti conservateur, soit qu'il se fût laissé entraîner par sa prédilection pour le droit historique ou par une ambition maladive. Une fois sur cette pente , il la descendit rapidement, en sorte qu’il se mit bientôt à haïr ses adversaires politiques aussi passionnément qu’il était prôné par ses partisans. Membre depuis longtemps du grand-conseil, où il brillait par son éloquence, il devint, le 6 septembre 1839, membre du conseil de gouvernement. Ce fut en cette qualité qu'il fit sur les communistes en Suisse (Zurich, 1843) un rapport ofliciel qui contient une foule de jugements erronés sur les affaires de la Suisse, Au reste , il ne tarda pas à s’apercevoir qu'avec l'ivresse réactionnaire disparaissaient la considération et l'importance de son parti.
Cette circonstance explique peut-être son admiration pour les frères Rohmer, qui se rendirent dans ce temps à Zurich. 11 se jeta à corps perdu dans le formalisme d’une prétendue nouvelle doctrine, et se considéra comme le chef en Suisse d’une école conservatrice et libérale qui n'existait guère que dans son imagination, Comme fruit de ses travaux il fit paraître des Études psychologiques sur l'État et L'Église (Zurich, 1844), parallèle étrange et grotesque entre les fonctions de la vie publique et celles du corps humain, où la politique et la psychologie ou plutôt la physiologie sont également maltraitées. A l'apparition de ce livre, la stupéfaction des partisans de Bluntschli ne fut pas moins grande que la joie de ses ennemis politiques, car il ne prétait pas moins à la critique qu’à la satire.
Lorsque la question des couvents et des jésuites fut agitée, et même avant la formation du Sonderbund, le peuple de Zurich s'était déjà séparé si ouvertement du parti qui dominait depuis les affaires de septembre, que Bluntschli crut devoir donner sa démission. Il reprit alors sa chaire à Zurich, et revint tout à fait à l'étude du droit, En 1859 il fut élu correspondant de l'Institut de France, et en 1861 sa réputation méritée comme professeur le fit appeler à présider le congrès des légistes allemands à Dresde,
Pour le juger, il faut séparer en lui l’homme politique du ‘urisconsulte. Comme professeur, il possède des qualités éminentes, et ses ouvrages de droit sont écrits avec une science et une clarté qui ne rappellent guère l’auteur des Études psychologiques. On doit reconnaître aussi les services qu’il a rendus à sa patrie par la publication d’un Projet du Code de Droit privé pour le canton de Zurich. On
cile encore, parmi ses ouvrages : Développement de la.
succession contre les dernières volontés (Zurich, 1829);