‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 3 sur 527 · UNIVERSITY OF VICTORIA LIBRARY · texte numérisé non relu

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A CON VERSATIO!

BÉRANGER (Pierre-Jean DE), poëte national, est néà Panis, le 19 août 1780.

Panard s’enivrait et s'endormait à table, maïs le vin et Je sommeil lui donnaient des inspirations ; et si on l’éveillait pour lui demander des couplets, il en produisait de charmants, comme un arbre dont on agite les branches laisse -omber les fruits mûrs qu’il porte dans la saison de sa féconcité. La table et le vin inspiraient également un épicurien jui n’était pas sans quelque ressemblance avec le La Fontaine de la chanson : en supprimant les bons repas à Désaugiers, vous auriez supprimé sa muse; le jour où les Louteilles de Champagne et les tonneaux de Bourgogne eussent été réduits pour elle à la lie, vous l’auriez vue sortir de chez son hôte comme la courtisane infidèle dont parle Horace. Le vin ne fait pas ainsi le génie de Béranger : convive délicat, il s’humecte à petits coups, et ne trouve pas ses vers à force de rasades. Quard Béranger chante surle ton de Panard, vous ne trouvez point en lui cet abandon de l'ivresse, qui était une espèce de muse pour l’auteur de La grande et la petile Mesure ; mais sa franche et libre gaieté éclate sous la direction cachée d’une raison qui ne sommeille jamais. Cette raison habite plus haut que celle de Panard ; l'horizon des idées s’est beaucoup étendu ant elle; ses tableaux tienaent de la grandeur des sujets dont ils nous représentent l'image. Ainsi, deux seuls couplets de la chanson intitulée Le Nouveau Diogène suffisent pour nous apprendre que la liberté est venue visiter la France , et qu’il existe un congrès de rois qui, au lieu de se faire représenter par des ministres, ont voulu régler eux-mêmes jes destinées de l'Europe.

Puisque j'ai prononcé le nom de Diogène, je ne dois pas taire que je crois voir en notre Béranger quelque chose de ce philosophe, orgueilleux de sa pauvreté indépendante, ne demandant au plus puissant des rois que de ne pas lui ôter son soleil, et occupé toute sa vie à regarder dans le cœur de l’hom.ae avec une curiosité d’observateur satirique. Aussi, les plus fortes saillies de Béranger sont encore des peintures de mœurs ou même de hautes leçons. Dans le nombre des premières, on peut compter le Sénateur, qui dérida le front sévère de Napoléon au temps de ses plus grands embarras. Dans la catégorie des secondes , il faut ranger le Roi d’ Yvelol, censure aussi vive que généreuse et gaie du conquérant qui donnait alors des lois à l'Europe. Seul, au milieu de cette Europe qui se taisait devant un autre Cyrus ou un autre Alexandre, un simple chansonnier,

DICT, DE LA CONY. — T, 4

commis dans un bureau du gouvernement, osa faire la critique du prince guerrier. La nation entière applaudit à la plaisanterie charmante et philosophique du Roi d’Yvelot. Le vainqueur de Darius, dans un premier accès d’emportement, aurait pu envoyer aux carrières le poëte capable d'une telle témérité; Napoléon lui-même se prit plus d’une fois à fredonner la naïve satire, mais il ne profita pas de la leçon qu’elle contenait. C’est par la chanson du Roi d’Yvetot que la France fit connaissance avec Béranger. "

La gaieté de Béranger, moins vive et moins communicative que celle de Panard et de Désaugiers, ressemble au comique de Molière, souvent si sérieux quand il nous fait rire de nous-mêmes et des autres; mais, comme le contemplateur, il a pensé au peuple et à tant de gens comme il faut qui sont peuple aussi. Ze Pelit homme gris, La Mère aveugle, Le Voisin, sont des farces que Béranger nous donne après de graves comédies. Le rigorisme a repris dans ces tableaux à la Téniers des traits qui vont jusqu’à la licence, maïs la cour du plus majestueux acteur de la royauté que l’on aït vu sur le trône passait à Molière bien des libertés que notre pruderie de nouvelledate repousserait aujourd’hui, sans qu’on puisse in érer justement de ce scrupule que nos mœurs soient préférables à celles de nos devanciers. Avouons toutefois qu’il serait à souhaiter, malgré la verve et la poésie dont elles brillent, que certaines chansons, empreintes d’une liberté vraiment cynique , ne figurassent pas parmi les belles et morales compositions de Béranger ; du moins faudrait-il qu’elles fussent imprimées dans un volume à part.

Béranger laisserait encore un nom, même quand il ne serait que le rival des Panard et des Collé; mais il y a plus en lui qu’un membre de cet ancien Caveau, si bien surnommé l’académie du plaisir par M. Étienne. Né pour ainsi dire avec une époque qui fit plus pour les progrès et le bonheur du monde que toutes les autres époques de la civilisation, sevré du lait des écoles, mais aussi préservé des erreurs qu’elles enseignent avec les bonnes doctrines , il a formé sa raison à même les événements, et son talent a reçu d’eux cette empreinte originale, libre et forte, qui le caractérise. Nourri d'indépendance dans le sein de la pauvreté, abreuvé de philosophie par Montaigne, Molière, La Fontaine, Voltaire et Rousseau, Béranger n’a point d’idole, point de fétiche, point de marotte ; il ne sait baisser la tête devant aucun préjugé moral, politique ou littéraire; il ne recule devant aucune vérité. Au lieu de perdre son temps et son génie à essayer de ressusciter le passé, prétention ou

faiblesse qui ont égaré plus d'un écrivain habile de nos jours, il adopte les lumières, il reconnaît les bienfaits du présent, et marche vers l'avenir le front levé.

Béranger est un poëte, c'est-à-dire un faiseur, un homme qui crée : l'invention’, voilà son premier mérite. Il conçoit avec bonheur, médite avec force et constance; il creuse ses idées au lieu de céder à cette impatience des jeunes écrivains dont le pinceau brûle de jeter de la couleur sur le premier germe éclos de leur imagination : chez eux, le titre d'une pièce la révèle tout entière ; chez lui, le titre cache souvent un mystère que l’on cherche vainement à deviner, même quand on a une longue habitude du genre de ses compositions. à

Béranger a toujours affirmé qu’il ne savait pas les langues classiques. On ne peut guère douter de ce que dit un homme de ce caractère ; cependant , après avoir lu un certain nombre de ses belles chansons, qui respirent tout le parfum de la poésie antique , on éprouve bien de la peine à se défendre de l’incrédulité. Mais si Béranger n’a lu ni Homère, ni Virgile, ni Horace et leurs pareils dans leur propre idiome , il n'en a pas moins fait de ces auteurs une étude approfondie, qui éclate par ses jugements sur eux, et surtout par sa manière de composer et d'écrire. On dirait qu’en se pénétrant de leur substance il a deviné le caractère et les formes de leur style, réfléchi par celui de nos grands écrivains qu'il a tant étudiés dans un travail continuel de sa tête méditative. Béranger , qui ne les copie jamais, doit beaucoup à Montaigne, à Molière et à notre fabuliste. Béranger est souvent un satirique; il donne quelquefois de sanglantes leçons , mais elles ne sont pas odieuses comme certains traits de Juvénal et d’Aristophane, qui brisent le masque sur le visage des coupables, et les nomment en les montrant; méchant à la manière de Regnard ou de La Fontaine, on sent de la bonhomie jusque dans ses plus grandes colères.

Au reste, si l’on pouvait en vouloir un moment à Béranger, on ne lui garderait pas longtemps rancune, en voyant combien les affections douces et tendres dominent dans ses compositions. Si j'ouvre Anacréon, je trouve un homme occupé de lui seul , qui ne pense qu’à sa coupe et à sa maîtresse. 11 y a toujours un ami en tiers dans les plaisirs de Béranger ; l'amitié est sans cesse auprès de lui pour recevoir ces confidences de l'amour , si précieuses aux cœurs sensibles. Qu'un ami de Béranger tombe dans le malheur, il obtiendra du poëte des tributs que la richesse et la puissance tenteraient en vain de payer au poids de l'or.

Je n'ai jamais flatté que l’infortune,

est la devise de Béranger ; il ignore surtout comment on supprime l'éloge de Gallus. Les élégantes compositions, les vers exquis d’Horace, les descriptions brillantes et quelquefois passionnées de Properce, les tendres supplications du bon Tibulle, nous inspirent fort peu d'intérêt pour les femmes dont ils portent les chaînes ; la Lisette de Béranger, simple , tendre, sensible, et pourtant friponne, a un charme particulier : on croit au bonheur de son poëte. Et puis, comme il lui parle d'amour! Tantôt c’est l'accent de Parny, qui invite Éléonore à venir habiter les champs; tantôt c’est le ton de Voltaire dans l’épitre des Tu et des Vous ; ailleurs on dirait d’un autre Chaulieu, devenu plus sensible, mélant la gaieté d’un convive heureux à des souvenirs politiques, et baissant humblement la tête sous le joug prescrit par l'arbitre souverain de ses volontés. Ce dernier trait rappelle la chanson qui a pourtitre: La République, chanson pleine de grâce et d'originalité, qui contient, sous une ne légère, des allusions aux plus grands événements du siècle,

Par une certaine habitude de mélancolie, Béranger aime à remonter le cours des années. Ce retour triste et doux sur un passé qui tient encore au présent lui a inspiré Le

bon Vieillard , la plus pure peut-être de ses compositions. Les souvenirs, les sentiments , les espérances, les délicatesses du cœur, l'amour sacré de la patrie, font de cette ode une pièce achevée, dont il n’y a de modèle ni dans l'antiquité ni chez les modernes ; on ne peut la lire sans répandre des larmes. Ainsi que Tibulle et Parny, Béranger interrompt les transports d’une passion fortunée pour chanter sa mort et adresser ses derniers adieux à sa maïtresse. Encore jeune et jolie, il en fait tout à coup une bonne vieille qui survit à son ami et le pleure au coin du feu. L'esprit adopte avec plaisir cette fiction attendrissante ; mais comme l'intérêt s'élève et sort du cercle étroit des choses personnelles quand le poëte fermine ses adieux en reportant notre pensée sur les malheurs de la patrie et l’espérance de l’immortalité!

Béranger n’affecte pas tel ou tel état de l’âme pour complaire au caprice de son talent qui veut montrer sa flexibilité; il cède à des impressions du moment , à des impressions secrètes et inattendues, dont ses ouvrages portent l'empreinte. Triste aujourd’hui , il fait une ode élégiaque comm lle d’Horace sur la mort de Quintilius; demain, le ciel sourit, son imagination prend les riantes couleurs de l'horizon et enfante des rêves de bonheur. Alors, il invente, il compose à la manière des Grecs, sans penser à imiter personne. Que sont les souhaits tant vantés d’Anacréon auprès de la chanson du Petit Oiseau, où le sourire est toujours près des larmes? Ce même genre de mérite, avec un intérêt encore plus touchant, donne beaucoup de prix à Z/Aveugle de Bagnolet, le Bélisaire de la chanson. On retrouve aussi la teinte d’une douce sensibilité dans la chanson si originale des Étoiles qui filent, et dans la pièce intitulée Ma Lampe , l'un des éloges les plus heureux et les plus délicats qu'une sympathie généreuse pour le talent aït jamais inspirés à un poëte (la pièce est adressée à madame Dufrénoi). Mais Béranger ne chante pas longtemps sur le même ton; tout à coup il nous réveille par de piquantes peintures de mœurs, par des portraits ressemblants qui étincellent de verve, de raison et de gaieté : témoin Le marquis de Carabas, qui a couru toute la France, et frappé d’un ridicule éternel les prétentions de cette classe incorrigible de gens à vieux blasons et à vieux parchemins, assez fous pour entreprendre de ressusciter toutes les prétentions de leur caste. On peut citer encore dans le même genre Ze Prince de Navarre et Le Vilain, auxquels Béranger oppose La Vivandière, création neuve, pleine de la gaieté la plus entraînante et propre à éterniser de race en race et chez les autres peuples le souvenir de la gloire des armées françaises. Une autre fois, ms sort de son siècle, et c’est pour nous offrir, dans une pièce vraiment lyrique, l'image de Louis X1, semblable à un pâle fantôme, et cherchant à retrouver un sourire dans le spectacle du bonheur des villageois. Je demande si le Tibère de Tacite est mieux peint et surtout mieux puni que le Louis XI de Béranger; je demande si jamais personne a conçu un tableau plus effrayant et mieux contrasté.

C’est ici le lieu de remarquer de nouveau que Béranger fait entrer tous les genres dans la chanson, comme La Fonfaine les a tous introduits dans l’apologue. Il excelle surtout à trouver un cadre, à inventer une action où il jette ses personnages d’une manière dramatique ; le plus souvent il se met lui-même en scène, et cette manière de donner de la vie à une composition ne lui réussit pas moins qu'au fabuliste, Le moi, si déplaisant de sa nature, le moi, qui impatiente quelquefois jusque dans Montaigne, malgré la grâce et l’abandon de sa causerie philosophique, nous plait dans La Fontaine et dans Béranger. Pourquoi cette exception à une règle générale et défendue par la susceptibilité de notre amour-propre? Parce que leur moi diffère des autres moi, et nous paraît exempt d'égoisme, d’amertume et de sotle vanité; parce que les confidences de ce moi, si aimable

dans leur bouche, sont de naïves révélations du cœur humain. Mais une passion ardente paraît le dominer, c’est l'amour de la patrie. Cette passion est sa première muse, elle remplit toutes ses compositions, en se prêtant aux diverses métamorphoses que le sujet demande. Comment ne pas se sentir ému des adieux à la gloire de la France, exprimés dans la pièce qu a pour titre Plus de politique? Vit-on jamais détour plus ingénieux que celui du poëte? II a l'air d’abjurer la politique aux genoux de sa maitresse, et ne cesse de l’entretenir des exploits, des grandeurs et des revers de notre pays. L'amour de la patrie respire avec tout ce que le regret d’une séparation cruelle peut y ajouter de touchant , soit dans la chanson de L’Eæxilé, soit dans celle du Champ d’Asile. La première excite de douces larmes, la seconde fait battre le cœur et nous pénètre de cette admiration que nous cause le souvenir des grandes choses, en remuant toute la partie généreuse de notre cœur. Mais il fallait qu’une révolution eût lieu, qu'un empire fût créé, que la France devint la maîtresse du continent, qu’elle tombat du faite de sa gloire, que quelques-uns de ses défenseurs se vissent condamnés à l’exil, que des Européens allassent demander l'hospitalité à des sauvages, pour que cette chanson pût exister. C’est bien ici le cas de dire: « Que de choses dans une chanson! »

Une autre ode du poëte national commence par cette invocation, que l’on ne trouve dans aucun poëte d'Athènes déchue de la souveraineté de la Grèce, mais reine encore par le génie, l’'éloquence et les arts :

Reine du monde, à France, Ô ma patrie!

Soulève enfin ton front cicatrisé ; Sans qu’à tes yeux leur gloire en soit flétrie, De tes enfants l’étendard s’est brisé.

Quand la fortune outrageait leur vaillance, Quand de tes mains tombait ton sceptre d’or, Tes ennemis disaient encor :

Honneur aux enfants de la France!

Si, après toutes ces belles inspirations, quelqu'un pouyait douter encore que Béranger aime la France comme un fils aime sa mère, je lui rappellerais la belle chanson du Retour dans la patrie. On ne peut lire cette chanson sans un serrement de cœur et sans mouiller la page de ses larmes. Ulysse baisant la terre natale et adressant les plus tendres prières aux nymphes du lieu n’est pas plus touchant peut-être.

Au temps où il était le maître de l’Europe, Napoléon n’a pu obtenir un vers de Béranger; mais le grand capitaine trahi par la fortune, mais le représentant de la gloire du siècle, mais l’homme de génie qui a enfanté tant de merveilles pour agrandir et honorer notre pays, mais le bienfaiteur, le sauveur des rois, enchaîné par eux sur le rocher de Sainte-Hélène, inspire le plus religieux attachement, la plus éloquente admiration au poëte national. Béranger plaint, chante et regrette Napoléon, tombé avec cette France qu’il avait faite si puissante et si belle; il associe ensemble ces deux grandes victimes du sort, et les relève de leur malheur par le souvenir de leur commune gloire : ainsi, en célébrant un héros, Béranger célèbre encore la patrie, et ne court jamais le risque de cette idolâtrie trop fréquente qui met un bomme au-dessus d’une nation, eomme Virgile l’a fait pour Augusle aux dépens de Rome, Entre toutes ces hautes inspirations que Béranger doit à ce colosse de gloire qui est venu éterniser le nom sonore, mais peu connu, de Napoléon , Le cinq mai me paraît l’une des plus heureuses. Tandis que le plus grand débris de la fortune, dans ce siècle si fécond en ruines, tandis que Napoléon, privé d’un fils, objet du plus tendre amour, séparé de tous les siens par une cruelle politique, expire en tournant ses derniers regards vers la France, comme Moïse regardait en mourant la terre promise, interdite aux vœux brülants de son cœur, des Espagnols, oubliant leurs ressentiments devant cette

soldat français qui reverra la France, où la main d’un fils lui fermera les yeux. Ou je me trompe beaucoup , ou c’est Là un trait de génie,

Dans une autre ode , quelquefois sublime , Béranger, parlant à son âme prête à partir pour le séjour de l’immortalité, célèbre encore la gloire et les malheurs de la France, dont il va rejoindre les héros. Quelle haute inspiration dans cette strophe :

Cherchez au-dessus des orages

Tant de Français morts à propos,

Qui, se dérobant aux outrages,

Ont au ciel porté leurs drapeaux !

Pour conjurer la foudre qu’on irrite, Unissez-vous à Lous ces demi-dieux !

Ab! saus regret, mon âme, partez vite!

En souriaut remontez dans les cieux !

Remontez , remoutez dans les cieux!

La chanson qui porte pour titre La Sainte-Alliance des peuples offre aussi un hommage à la France, comme à toutes les familles du genre humain, que le poëte veut réconcilier aux accords de sa lyre, et rallier au nom de cette paix universelle, le rêve d’une belle âme, rêve qui deviendra peut-être une vérité, grâce aux progrès de la raison, Cette création appartient tout entière à des idées et à des événements d’un ordre nouveau dans le monde. L'auteur fait descendre la Paix sur la terre pour conseiller aux peuples le traité d’une éternelle amitié, qui les préservera de la terrible union des rois contre la liberté.

Cette ode appartient au genre philosophique, où Béranger n’a point d’égal. L'orage, Les deux Sœurs de Charité, Le Bon Dieu, Le Dieu des bonnes gens, sont des modèles que le patriarche de Ferney aurait répétés à La Harpe, son disciple, en lui disant : « Mon fils, j’aime ce Béranger : je vous le recommande, »

Voilà bien des éloges, mais la critique réclame aussi sa part; Béranger n’est pas sans défauts. On trouve des disparates dans quelques-unes de ses plus belles chansons ; i! termine faiblement telle strophe de la plus touchante poésie, il fait entrer de force certaines images dans un sujet qui les repousse ; chez lui le refrain obligé ne s'applique pas toujours avec la même justesse et le même bonheur à la pensée ; le poëte tombe parfois dans la sécheresse et surtout dans l'obscurité. Son recueil contient des pièces médiocres, d’autres tout à fait indignes de son talent. Il devrait faire ce que Dieu fera, dit-on, au jour du jugement dernier, la séparation des bons et des mauvais, des élus et des damnés. Mais combien les beautés l’emportent sur les défauts dans son recueil ! ,

Successeur des Blot, des Passerat et des autres auteurs de la Satire Ménippée, Béranger n’excelle pas moins dans la chanson politique proprement dite que dans les autres sujets, et le courage n’a point manqué à son talent toutes les fois qu’il a voulu poursuivre de ses réproches les princes qui, après avoir soulevé les peuples au nom sacré de la liberté, ont oublié leurs serments le lendemain même de Ja victoire, arrosée du plus pur sang de ces mêmes peuples, victimes de leur aveugle confiance. L’inexorable chansonnier a été de même l'adversaire le plus constant des Bourbons de la branche aiînte. Tantôt il les accable du poids de notre gloire nationale, à laquelle ils n’ont pris aucune part, et qu’ils ont voulu punir dans ses plus nobles représentants, en les offrant comme holocaustes aux rois si longtemps vaincus par des héros plébéiers et par un soldat couronné ; fantôt il leur reproche, sous une forme vive et piquante, leur alliance avec l'étranger appelé pour le seul intérêt de leur ambition au sein de la France. Aïlleurs, dans une peinture à la manière de Juvénal, il marque avec un trait de feu le souvenir ineffaçable d’une grande injure faite aux mœurs par un vieillard qui nous devait d’autres

auguste infortune, mêlent leurs regrets à ceux d’un vieux À exemples après les scandales de ses pères. Une autre fois, il

leur montre le drapeau tricolore déployé dans le ciel audessus de la phalange des héros français, ou caché sous la paille dans la chaumière d’un vieux grenadier qui arrose en secret de ses pleurs cet étendard de la gloire.

Ainsi que tous les écrivains et tous les orateurs de l'opposition, Béranger eut aussi une guerre à soutenir contre les agents du pouvoir, surpris chaque jour en flagrant délit de conspiration contre les libertés publiques. J1 expia cette témérité par neuf mois de détention , qui furent pour lui un sujet de triomphe dans l'opinion. En dépit des équisitoires fulminés par des furieux, en dépit des arrêts rendus par des juges passionnés, qui étaient pour la plupart des hommes de parti et de réaction, tout le monde voulut voir le poëte captif. La beauté , la grâce et Ja jeunesse se disputaient chaque jour le plaisir de déposer des couronnes de fleurs sur sa tête et de lui faire oublier l’ennui d’ane captivité qui l’empêchait d’aller saluer dans les bois le retour du printemps, le cette saison favorite qui renouvela toujours sa voix, comme elle renouvelle le chant des oiseaux. Béranger avait en prison une espèce de cour selon son cœur, et conforme à ses propres penchants , c'est-à-dire composée de flatteurs de l’infortune. Il lui vint même du fond des départements un certain nombre d’interprètes de la sympathie générale jour le chantre de la patrie. Jamais Béranger ne peut oublier ces tributs de la reconnaissance et de l'affection publiques, ils font époque dans sa vie et dans les annales des lettres.

La prison augmenta singulièrement la popularité de Bé-

ranger, et redoubla son audace à réveiller tous les beaux souvenirs de notre moderne histoire, à défendre la cause de la liberté, à signaler les fautes du pouvoir, qui finit par se perdre lui-même par la plus inconcevable des imprudences.

- Après avoir salué avec transport la victoire du peuple en juillet 1830, Béranger nous donna un nouveau recueil de chansons. Elles sont empreintes du même caractère que toutes les autres. C’est toujours l’ami de l'humanité, toujours le philosophe, toujours le bon Français, toujours le poëte du peuple, qui nous laisse voir le fond de son cœur ; mais dans ces chants du cygne, il règne quelque chose de plus grave, de plus sévère, de plus mélancolique : témoin l'hymne de douleur sur le double suicide d’Augustin Le Bras et de Victor Escousse, dont l’un mourut parce que l’autre voulait mourir. Béranger avait connu ces deux victimes d’une maladiè de la jeunesse du temps , qui, ayant vu trop tôt le bout de toutes les choses humaines, et acquis une trop prompte maturité, voit s’'évanouir toutes ses illusions, perd tout, jusqu’à l'espérance, et se décourage enfin de la vie, dont elle n’atiend plus rien ni pour elle-même ni pour les autres,

L'originalité est encore le cachst des nouvelles productions de Béranger, c'est ce que prouvent La Fétle du prisonnier, Le cordon, s’il vous plaît, Le Bonheur, Mon tombeau, Le Cardinal et le Chansonnier, Les Dix mille francs , satire si vive des sangsues de la fortune publique sous la Restauration. Ce mérite brille au plus haut degré dans Le Juif errant. Béranger seul pouvait tirer une aussi belle ode d’une superstition populaire ; dans ce portzait d’un damné de la terre condamné à vivre pour soufirir un supplice qui n’a point de modèle et qui ne saurait espérer de fin, Béranger ressemble au terrible Dante. Les premières chansons de Béranger s'emparent plus vivement de l'esprit et du cœur que celles qu’il nous donne pour les derniers tributs de sa muse ; mais, à une seconde lecture, on entre dans la pensée du poëte, et on sent tout ce qu'elle a de grave, de pénétrant, de réfléchi, de mélancolique et de touchant.

Le plus noble tribut de reconnaissance payé à Lucien Bonaparte, qui le premier accueillit la muse de Béranger, encore inconnue, ouvre le recueil et honore également le poile et son bienfaiteur, A cet hommas sucrède une pré-

face où Béranger se révèle tout entier. Le bonheur de FPhumanité, voilà le songe de toute sa vie; le peuple étudié avec un soin religieux, avec une attention pleine d'amour, voilà la muse de Béranger. C’est pour le peuple, dit-il avec beaucoup de sens, que l’on doit maintenant cultiver les lettres, c’est lui dont on doit rechercher les suffrages, c’est à lui qu'il faut parler la langue du génie, du bon sens et de la vérité. Rien de beau, de grand, de sublime même, que le peuple ne saisisse d’abord; donnez-lui du Corneille, du Racine, du Voltaire, il applaudira avec un enthousiasme plein de discernement; exprimez pour lui des choses utiles dans un langage digne d'elles, vous serez sûr de réussir, et vous aurez contribué à instruire le peuple en faisant la fortune de votre talent : ces conseils, donnés en d’autres termes par Béranger à la jeunesse de nos jours, sont les meilleurs qu’elle puisse recevoir.

M. Laffitte, qui fut le meilleur des citoyens et le plus excellent des hommes, est dignement apprécie par Béranger, d'autant plus libre dans ses éloges qu'il a toujours résisté aux offres : rt du seul homme de notre lemps qui ait su rendre la richesse populaire. Béranger élève aussi bien haut son ami Manu el, qui a manqué à la révolution de 1830.

Béranger est un poëte éminemment national et populaire. On lit Béranger dans la chaumière comme dans les palais. Beranger a un ami partout où se trouve un Français qui ait combattu en Asie, en Afrique, en Europe et sur notre propre territoire, pour la cause sacrée de l'indépendance. Béranger, quoique préparé par la méditation, et déjà éprouvé par des succès, ignorait peut-être son avenir, lorsqu’il entendit résonner dans l’air une voix puissante qui lui disait : « Viens consoler mes malheurs, et célébrer ma gloire, dont on voudrait étouffer le souvenir. » Cette voix était celle de la patrie ; il l'entendit , et devint un nouvel homme. Aucune époque de notre histoire ne vit une pareille sympathie entre le peuple et un poëte; jamais le chant lyrique n’éveilla tant d’échos dans le cœur d’un si grand nombre d'hommes réunis sous le même ciel.

P.-F, Tissor, de l’Académie Francaise.

Béranger, ce chansonnier érès-vilain malgré sa noble particule, enfant de Paris comme Molière, homme du peuple, primitivement ouvrier, naquit chez son pauvre et vieux grand-père, honnête tailleur, habitant rue Montorgueil , dans une des maisons qu’on à abattues pour construire le marché aux huîtres. Son père, né dans le village de Flamicourt, près de Péronne, était doué de brillantes facultés, d’une imagination aventureuse, qui le portait à changer sans cesse d'état et de résidence. Aussi ne put-il s'occuper de l'éducation de son fils, qui resta confié à ses grands-parents.

Jusqu'à l’âge de neuf ans il demeure chez son grand-père, le tailleur, qui le traite avec indulgence, le gronde peu l'aime beaucoup, et, loin de l’accabler de leçons et de tra= vaux, lui permet d’être heureux et de s’instruire à sa guise Son enfance, libre d’entraves et quelque peu vagabonde fut celle d’un vrai gamin de Paris. Il se trouvait dans cett capitale lors de la prise de la Bastille, et, quarante ans plus tard, il chantait ce grand événement sous les verrous d Sainte-Pélagie et de la Force. Peu de jours après cette première victoire du peuple, il part pour Péronne, où il va demeurer chez une tante paternelle, aubergiste dans um faubourg, et qui fut bien pour quelque chose dans le dé veloppement des facultés de cet enfant pauvre et chétif. Aussi s’est-elle montrée fière du poète quand la gloire a confirmé ses vagues prévisions. Elle mit entre ses mains quelques livres achetés au hasard, un Telémaçue, et des volumes dépareillés de Racine et de Voltaire.

À dix-sept ars, le futur chantre des Gueux revient à Paris chez son père, Au bout d'un mois, ce je ne sais quoi u'on appelle la poésie bouillonne dans sa tête : il ébauche 1 Hermaphrodites, comédie aristophanesque, d'rigée

BÉRANGER — BÉRERD 5

contre les hommes mous et les femmes ambitieuses; puis il commence un poëme épique, intitulé Clovis, travail stérile, dans lequel il consume plusieurs de ses plus belles années,

La misère frappait à sa porte. Il songe à passer en Égypte, où Bonaparte triomphe. Un membre de l'expédition l'en dissuade, Il avait envoyé quelques vers à Lucien Bonaparte, qui J'autorisa à toucher pour lui son traitement de membre de l'institut. Landon l’employa aux Annales du Musée, dont il rédigea cinq volumes Eufiu Arnau Ît le fit entrer comme expéditionnaire au secrétariat de l’université, où il resta douze ans, griffonnant sur du papier-ministre /& Gaudriole, Frélillon et le Roi d'Yvetot. C’est par pur instinct qu'il avait adopté la forme du couplet à refrain. A peine osait:il se comparer à Désaugiers., Mais le succès des Gueux et des Infidélités de Liselte, sa réception au Cavea u, les ap plaudissements qui accueillirent à un diner chez Etienne Le Dieu des Bonnes Gens, déterminèrent sa vocation.

Son recueil de 1821, attaqué par Marchangy, défendu par Dupin aîné, lui valut trois mois de prison. Celui de 1825 échappa à la vigilance du parquet. Celui de 1828, mis en cause sous le ministère Martignac, et défendu par M. Bar the, le fit condamner à neuf mois de captivité. Le dernier, publié en 18343, n’a été suivi pendant sa vie que d’une douzaine de chansons inédites,

Béranger n’a jamais consenti, on le sait, à aller frapper à la porte de l’Académie pour obtenir l'honneur de s’asseoir dans le fauteuil de La Fontaine ou de Voltaire. Après la république, dont il avait été un des précurseurs, il fut élu représentant du peuple à Paris. En vain supplia-t-il l’Assemblée d'accepter sa démission d’une charge dont il avait d'avance décliné l'honneur, « Le fardeau est trop lourd, ditil, et les forces me manquent. » On n’en voulut rien croire, et l'offre de sa démission fut solennellement rejetée; mais Béranger n’était pas de ces hommes ordinaires, dont il est facile d'ébranler la résolution : il persista à vouloir s’en

aller, et l'Assemblée, n'ayant aucun droit de lui faire violence, dut renoncer à le voir siéger dans son sein.

De Passy, Béranger transporta ses pénates dans le haut de la rue d'Enfer (1850). L'année suivante il alla vivre dans le quartier Beaujon, avenue Chateaubriand; puis en 1855 il vint habiter la rue Vendôme, au n° 5, dans un appartement où était mort Frédéric Soulié. Sa santé était alors bien altérée; il était atteint d’une hypertrophie du cœur compliquée d’une maladie de foie. Mlle Judith, sa première et sa plus constante amie, tomba tout à coup gravement malade d’un cancer à l'estomac; elle succomba le 8 avril 1857, âgée de soixante-dix-neuf ans. Béranger, depuis ce moment, ne fit plus que languir. « Lorsque la maladie de Béranger sembla toucher à son terme, raconte l'éditeur de ses Mémoires, le curé de Sainte-Élisabeth ( M. Jousselin ) vint lui rendre visite. Leurs conversations furent rares, trèscourtes et peu importantes. H y en a une, la dernière, que Von a racontée de manières bien différentes. Au moment où M. Jousselin, pour se retirer, tendait la main à Béranger, celui-ci lui dit d’une voix nette : « Votre caractère vous donne le droit de me bénir; moi aussi je vous bénis, Priez pour moi et pour tous les malheureux : ma vie a été celle d'un honnête homme. Je ne me rappelle rien dont j'aie à rougir devant Dieu. »

Le {6 juillet 1857, à quatre heures et demie du soir, Béranger expira. Il avait institué Perrotin, son libraire, pour légataire universel. Le gouvernement, « voulant honorer la mémoire de ce poële national, dont Les œuvres avaient si puissamment contribué à populariser la gloire de l'empire », se chargea du soin de ses funérailles ; elles eurent lieu, ie 17 juillet avec un appareil tout militaire. Après le ser. vice religieux les restes de Béranger furent portés au cimelière du Père La Chaise et inhumés, comme il l'avais désiré

dans le caveau de Manuel.

« On sait, dit Sainte-Beuve, que jeune, il avait eu un fiis

ualurel qu'il éleva, et auquel il éfait disposé à donner son nom, mais qui se montra peu digne de lui en tout et qui a la mourir à l’île Bourbon. Ses lettres de reproches et de conseils à ce fils sont sensées, tendres et tout à fait pateruelles. Par ces sentiments si divers Béranger paya son tribut complet à la nature. » Le même écrivain à prétendu « qu’il était môrt en communion parfaite avec le régime impérial, qu’il n'avait pas appelé, mais qu'il avait certainement préparé ». La dernière partie de cette assertion n'est que trop vraie : Béranger voyait dans le retour du régime napoléonien le triomphe de la révolution, Il s'était du reste défini lui-même plus patriote que libéral, plus démocrate que républicain, plus bonapartiste qu'impérialiste, plus évangélique que chrétien.

Après la mort du poëte on à fait paraître ses Dernières chansons de 1834 à 1851 (1857, in-8), ses mémoires sous le titre de Ma Biographie ( 1857, in-8 ) et sa Correspon= dance ( 1859-60, 4 vol. in-8 ). De nombreuses notices ont été publiées sur Béranger ; on peut consulter notamment : Mémoires sur Béranger, par S. Lapointe ( 1857, in-8 ), et les articles de MM. Sainte-Beuve, J. Janin, Renan, Moutégut, Cuvillier-Fleury et Georges Sand.

BÉRAR, État de l'Inde, tributaire des Anglais, situé dans le Nizam, entre les provinces du Scinde et d’Orissa, occupe une superficie de 186,000 kilom. carrés avec une population de 4,323,163 habitants, en majorité de race hindoue. Le sol est fertile, bien arrosé et riche en grains. Les Anglais s’en emparèrent en 1817. Le Bérar a pour capitale Z/lichpour, ville bien inférieure sous le rapport de l'activité commerciale à celle de Comraouatti, entrepôt de l'industrie cotonnière.

BERARD (Aucusre-Simon- Louis), né à Paris, en 1783, auditeur au conseil d’État en 1810, maître des requêtes et chevalier de Ja Légion-d'Honneur en 1814, redevenu auditeur au conseil d'État pendant les Cent-Jours, membre de la chambre des députés pour Seine-et-Oise de 1827 à 1830, vota cette adresse des 221, un des principaux avant coureurs de la révolution de Juillet. Des quarante députés alors présents à Paris, il fut le seul qui, le 26 au matin, parla de protester contre les ordonnances. Le 27 il offrit son hôtel à ses collègues pour leurs réunions, et flétrit le peu de courage de ceux qui refusèrent de signer la protestation. Le 30 il proposa une proclamation, qui fut repoussée comme trop républicaine, et le 3 août il fit le premier la proposition des changements à opérer à la Charte de la branche aînée. Ces changements, qui furent presque tous adoptés, peuvent le faire considérer comme le principal auteur de ce nouveau pacte social; mais il avait demandé que l’âge des députés fût fixé à vingt-cinq ans, disposition que la chambre repoussa. En 1830, M. Bérard avait été nommé directeur général des ponts et chaussées et des mines le 25 août, et conseiller d'État le 5 septembre. Ces faveurs du pouvoir, il ne les conserva pas longtemps, et, libre enfin de tout lien, nous veyons, en 1834, l’auteur de la Charte de 1830 ( qui ne l’avait faite que pour qu'elle fût une vérité), publier, redevenu simple député, une brochure sur les événements de Juiilet : c’est un livre qui contient d’utiles révélations.

Presque octogénaire, M. Bérard mourut à la fin de janvier 1856, occupant encore la recèétte générale du Cher qu’il avait obterue en 1839 sous le ministère Molé. On a de lui un ouvrage intitulé : Essai bibliographique sur les édilions des Elzevirs ( Paris, 1822 ).

BERARD. Trois savants d’un mérite reconnu ont porté ce nom dans ces derniers temps.

BÉRARD (Josern-FRÉDÉRIC ), professeur d'hygiène à la Faculté de médecine de Montpellier, était né dans celte ville, le 4 novembre 1789. Appelé au professorat sous M. Frayssinous, il s’est rendu recommandable par plusieurs ouvrages. Son Histoire des doctrines de Montpellier fut légitimement remarquée : personne n’a mieux apprécié ni

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