‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 316 sur 527 · BOUDERIE — BOUE · texte numérisé non relu

BOUDERIE — BOUE

en un mot, de murer son cœur. D'un autre côté, comme le symptôme obligé de la bouderie est un silence froid et persévérant, il en résulte que toute voie est fermée aux explications : c’est une tyrannie de mauvaise humeur que nous imposons à ceux qui nous entourent. Ilest vrai que ja bouderie dure peu; mais aussi, comme elle peut se renouveler souvent, elle empreint d’une amertume passagère ‘la position même la plus fortunée. Dans l'éducation des jeunes filles, c’est un des points qui méritent le plus d'attention; ce n'est pas assez d'attaquer chez elles le penchant à la bouderie, il importe de l’extirper entièrement, et avec de l’habileté on en vient à bout. 11 vaut mieux leur passer une certaine vivacité de réplique que de les habituer à un genre de défense qui est d'autant plus dangereux, qu’il dispense de recourir à toute espèce de justification, de sorte qu’il couvre au besoin les fautes les plus répréhensibles. On trouve quelquefois remède à certains caprices des femmes ; on peut à la rigueur les en faire rougir, et par là on les en délivre; mais la bouderie est-elle ancrée de vieille date dans le caractère, tout remède est impuissant, puisqu’elle ne veut ni entendre ni répondre. SAINT-PROSPER.

BOUDIN, boyau de porc ou de bœuf rempli de sang dans lequel on mêle de petits morceaux de lard ou de graisse, du poivre, etc. Le boudin est cuit d’abord dans l’eau; pour le manger, on le fait rôtir sur le gril ou dans la poële. Le boudin de sang de porc est de beaucoup préférable à celui qui est rempli en tout ou en partie de sang de bœuf, etc. Le boudin blanc se remplit avec des blancs de volaille, de la crème, etc. L'usage de manger du sang en boudins remonte à la plus haute antiquité; il en est fait mention dans Homère, Aristophane et autres auteurs anciens.

En architecture, le mot boudin est synonyme de £ore : c’est cet ornement de la base de la colonne qui figure un gros anneau saillant et arrondi. Un semblable ornement du canon s'appelle du même nom.

Les mécaniciens appellent ressoré en boudin celui qui est fait en forme de tire-houchon. — Autrefois on appelait boudin un enroulement de chéveux formé à l’aide d’un fer chaud. — Boudin est encore le nom d’une pièce d'artifice.

Enfin, on cit au figuré et dans le langage familier, qu’une affaire a tourné en eau de boudin, pour signifier qu’elle a trompé complétement notre attente, par la raison peut-être que l’eau dans laquelle on a fait cuire du boudin n’est bonne à rien. TEYSSÈDRE,

BOUDOIR, petite pièce faisant ordinairement suite à un grand appartement. C’est de toutes les chambres qui le composent celle qui doit être ornée avec le plus de recherche et d'élégance. L’ameublement d’un boudoir. varie selon la mode; mais on s'attend à y trouver un jour mystérieux, beaucoup de glaces, un divan ou un sopha et des siéges de couleur gaie, des draperies légères, des peintures gracieuses, des fleurs fraîches et rares : c’est l'endroit que les architectes et les tapissiers décorent avec le plus de soin, et c’est toujours le dernier que l’on montre dans un appartement à louer, Tant de soins ont fait juger qu’un boudoir n’était pas une pièce sans importance; les romanciers, les poëtes , en ont fait l'asile des Graces, des Plaisirs, de l’Amour, de sorte qu’une femme ayant quelques notions de mythologie doit se trouver fort embarrassée de faire les honneurs d’un lieu que lon prétend consacré à ces divinités, si elle n’est point dévouée à leur culte Parler de son boudoir est pour le plus grand nombre des femmes une preuve d’innocence; car un air fin, un sourire, une respiration difficile, un geste affectueux , saisis en même temps que ce mot, donneraient à l’homme que l'on recevrait dans ce lieu d’étranges pensées. Cependant ce nom dérive évidemment de bouder , action peu polie, mais irès-pudique, et qui n’a nul rapport avec les scènes dont, selon tant d'écrivains, les boudoirs ont été le théâtre. Peut-être qu’observateurs profonds, ces auteurs ont reconnu que les honnêtes femmes

ne boudaient point, et conséquermment ne se préparaient pas de réduit destiné à ce genre d'occupation. Il est singulier que , les boudoirs étant d'invention moderne, on ne sache positivement ni leur usage ni quelle fut la dame qui la première éprouva le besoin de cette espèce de retraite, et lui donna le nom qu’elle porte aujourd'hui.

On lit dans les vieux livres que les reines, les princesses, les simples châtelaines, se retiraient dans leur oratoire ; mais que voyait-on là? Un prie-dieu en bois d’ébène, et des parois où étaient suspendus un crucifix, des reliquaires, du buis bénit, voire même une discipline : la racine des bou doirs n’est pas là. Plus tard, le plan du château de Versail les, dessiné minutieusement en 1714, indique le cabine des livres, des médailles, des agates, des chiens, des perruques, et ne mentionne point de boudoir. Dans la correspondance de madame de Sévigné, celte incomparable mère-beauté, jeune si longtemps de visage, d’esprit et de manières, et qui confesse à sa fille un penchant pour la mode que sa raison combat vainement , il n’est jamais question de boudoirs : ce sont des cabinets que cette dame, qui ne fréquente que la cour et la plus haute classe de la 50ciété, cite comme des pièces particulières où lon reçoit ses amis intimes, et que l’on décore soigneusement ; c’est dans le cabinet de M. de Coulanges que le portrait de madame de Grignan sera placé en perfection, pendant un voyage de sa mère; c’est dans un cabinet, tout parfumé des jasmins du voisinage, que l’on cause les soirs chez madame de Lafayette : les cabinets ont succédé aux ruelles; et les boudoirs semblent avoir remplacé les cabinets.

On peut, d’après ces observations, conjecturer que c’est au temps de la régence que les boudoirs furent érigés ; et c'est aux romanciers, ainsi qu'aux poëêtes, que nous devons les idées les plus judicieuses sur leur emploi primitif De là dérive aussi l'espèce d’antipathie que manifestaient pour cette dénomination les femmes qui se piquaient de n’avoir point le goût de la galanterie ; et madame de Genlis a souvent écrit « qu’une femme de bonne compagnie n'aurait jamais désigné sous le nom de boudoir aucune pièce de son appartement; que cela ne dataïit que de mesdames de Parabère, Pompadour, Dubarry, qu’imitèrent les Phrynés du temps. » Cependant on montrait, avant 1789, dans les petits appartements de Marie-Antoinette une pièce que l’on nommait boudoir de la reine; mais cette princesse désignait-elle ainsi ce cabinet? ou, étant étrangère, employaitelle cette expression sans en connaître l’origine et sans se douter de toutes les idées qui s’y rattachent? Marmonte! rend entreprenant jusqu’à l’insolence un financier qui, recevant une jeune femme, la voit gaiement prendre place dans un boudoir où il la conduit; il ne lui dissimule point que s'établir ainsi dans un temple dédié à l'Amour, c’est s’en déclarer la prétresse. Enfin, on ne connaît pas d’autorité dont il soit possible de s’appuyer pour faire considérer les boudoirs sous un rapport aussi moral, aussi convenable que la nursery des dames anglaises, chambre qui manque à tous nos appartements, et qui, ainsi que l’indique son nom, est destinée aux enfants.

Le boudoir de Chantilli était célèbre par ses peintures, représentant les amours de Louis XV et de madame de Pompadour, sous des figures de singes et de guenons; celui de Bagatelle, à lamême époque, était rempli de glaces si ingénieusement disposées, que les femmes dont la profession ne consistait point à poser dans les ateliers de statuaire n’osaient y pénétrer. Au Palais-Royal, le boudoir du prince était orné de figures mouvantes et infämnes, Ces circonstances ont contribué au discrédit des boudoirs, dont: le moindre des inconvénients est un luxe dispendieux et sans utilité pour les beaux-arts, que le grandiose seul élève à Ia hauteur qu'ils doivent atteindre. Comtesse de Branr.

BOUE, BOUEURS. La boue est une terre détrempée avec de l’eau, La boue des villes et surtout celle de Paris

est grasce, visqueuse et d’un gris noirâtre. Elle se compose des éléments les plus hétérogènes et les plus dégoûlants, cambouis des voitures, débris d'animaux, excréments, pourritures de toutes espèces.

Dans tous les grands centres de population, l'hygiène exige que les boues et immondices soient enlevées chaque jour de la voie publique, où elles deviendraient sans cela des causes d'infection. Les hommes chargés de ce soin ont reçu le nom de boueurs. Autrefois, la police faisait faire ellemême ce travail. La bone, amoncelée d’abord en tas, le long des murs, était enlevée ensuite par les boueurs; mais cet enlèvement se faisait avec négligence, Aujourd'hui le service, confié à des compagnies adjudicataires, sous la surveillance de l'autorité municipale, est fait avec beaucoup plus de soin. Disons anssi que l'établissement des bornesfontaines et celui des trottoirs ont contribué pour une bonne part à la propreté et à l'assainissement de Paris. On ne voit plus de monceaux de boue au milieu des rues. Cependant les ordonnances de police qui prescrivent de remettre les ordures aux boueurs quand ils passent le matin, sans les jeter sur la voie publique, n'ont pu recevoir encore leur exécution. En 1832, lorsque le choléra sévissait à Paris une émeute éclata parmi les chiffonniers insurgés contre cette mesure, qui détruisait leur industrie,

On se rappelle l'énergique apostrophe du général Lamarque s’écriant à la tribune que la Restauration n'avait été qu'une halle de quinze ans dans la boue. :

BOUÉE. On appelle ainsi en mer tout corps flottant qui marque sur le fond un objet qu'on veut y retrouver ou dont on veut segarder. On s’en sert le plus ordinairement pour indiquer Yendroit où l'ancre est mouillée, ou les passages difficiles et dangereux ; et on emploie à cet usage des morceaux de bois ou de liége, et quelquefois des tonnes vides. Les bouées de liége sont les meilleures, mais elles ont l'inconvénient de pou-

voir être volées facilement. On fait aussi des bouées de tôle qui réussissent très-bien, surtout pour les amarres de poste La bouée dite perce-mer est une petite bouée qu'on armarre sur la grosse quand l’orin est trop court de mer haute. Quelques bouées sont maintenant pouryues de cloches, que l'agitation des vagues suffit pour mettre en branle. On comprend de quelle utilité elles doivent être par des temps de brouillard.

La bouée de sauvetage est faite de plusieurs planches de liége; elle est de forme ronde et surmontée d’un ou de plusieurs petits pavillons pour fixer l'attention de ceux qu’elle est destinée à sauver; elle est environnée de plusieurs rabans volants et à nœuds, pour qu’elle puisse être saisie facilement à la mer. Elle doit avoir un déplacement capable de supporter le poids d’un homme. On la tient suspendue à l'arrière du vaisseau par un petit raban qu'on peut couper d’un coup de couteau au premier cri un homme à la mer ! On a inventé plusieurs espèces de bouées de sauvetage, dans lesquelles on remplace le liége par des matières imperméables.

BOUES DES EAUX, ou BOUES MINÉRALES, sortes de limons que l'on rencontre près de certaines eaux minérales, et qui sont imp'égnés des malières que ces eaux charrient avec elles. On les prend sous la forme de bains généraux ou partiels, Les plus connues et les plus suivies sont les boues sulfureuses de Saint-Amand, près de Valenciennes, et celles de Bagnères-de-Luchon, dans la Haute-Garonne; elles sont toniques, résolutives et propres à combattre certaines douleurs articulaires chroniques, commé à opérer la guérison des anciennes blessures.

BOUET-WILLAUMEZ (Louis-Évouarn, comte), amiral, né le 24 avril 1808, à Brest, est le neveu du viceamiral Willaumez, En sortant du collége d'Angoulême il fut reçu en 1823 à l'École navale. Enseigne en 1429, il prit part aux expéditions de Morée, d'Alger et d'Anvers; lieutenant de vaisseau en 1835, il dirigea une aventureuse excur-

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