‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 318 sur 527 · BOUFFE — BOUFFISSURE · texte numérisé non relu

BOUFFE — BOUFFISSURE

somiques. Des rôles de niais, qu'il remplit avec naturel et ingénuité, le firent remarquer. Bientôt ses appointernents s'élevèrent à 1200 francs, puis à mille écus. Cependant la réputation ne lui était pas encore venue. Ce fut au théâtre de la Gaieté, où il entra le 28 février 1824, que le jeune artiste appela sur lui l'attention du public. Deux pièces, Le Pauvre Berger et Le Petit pauvre de l'Hôtel-Dieu, tirent entrevoir qu'il y avait en lui l’étoffe d’un comédien fin, intelligent et vrai. De la Gaieté, Bouffé passa aux Nouveautés, où son talent rencontra plus d’une occasion de se développer : Jean Caleb, Pierre le Couvreur, et surtout Le Marchand de la rue Saint-Denis, lui assignèrent un rang élevé dans l'opinion des connaisseurs. Le Gymnase Dramatique, qui déjà possédait la troupe la plus riche de Paris, résolut de s'attacher ce comédien, dont il était facile de prévoir les brillantes destinées. Bouffé, qui avait alors moins d’appointements que de talent, était dans la gêne. M. Poirson lui offrit une avance de deux mille francs, sil consentait à signer un engagement de dix ans, à six mille francs par année. L'offre fut agréée; mais comme Bouffé avait encore dix-huit mois à passer au théâtre des Nouveautés, le contrat ne fut signé que pour le {°° avril 1831.

Pendant ces dix-huit mois la renommée de l'artiste

grandit encore ; elle devint telle, qu'au mois de mars 1831,

le directeur d’un théâtre de Londres lui proposa trois mille francs pour venir donner une douzaine de représenfations en Angleterre. Les trois mille francs furent acceptés, et à la veille d'entrer au Gymnase pour y gagner six mille francs par année, l'artiste s’estima heureux de récolter en douze représentations une somme égale à la moitié du revenu annuel dont il allait jouir. Mais à son retour d'Angleterre il trouva que ces appointements n'étaient en rapport ni avec son talent ni avec les bénéfices qu’il venait de réaliser si promptement. Il regretta la signature qui le liait au Gymnase. Par malheur, le directeur avait le droit et la ferme volonté de faire respecter l'engagement contracté par l’artiste. De ce conflit de prétentions surgirent entre l’administration du Gymnase et son nouveau pensionnaire des hostilités, tantôt souterraines et diplomatiques, tantôt franches et bruyantes. Les choses se traînèrent ainsi pendant plus de dix ans. Cependant, à la suite de nombreuses transactions, : Bouffé avait quand il quitta le Gymnase des appointements qu'on peut évaluer à trente mille franes par an, et il jouissait en outre de trois mois de congé, dont le produit était de plus de vingt mille francs. Disons, du reste, que Le Gamin de Paris et La Fille de l’Avare avaient procuré au Gymnase des recettes d’un chiffre magnifique.

C’est le 16 avril 1831 que Bouflé débuta au Gymnase dans Les Diners au Cachet : le rôle d’Oscar, dans lequel il se montrait, avait été primitivement rempli par Gontier. On fut d'avis que Bouffé ne faisait pas oublier son devancier. De même, dans La Maison en Loterie il ne parut pas supérieur à Perlet, qui avait créé Rigaudin. Bouffé fut plus heureux dans Le Bouffon du Prince, représenté le-4 mai de la même année. On ne lui marchanda ni les rires ni les applaudissements. Le 16 mai il joua lord Sunderland dans La Favorite. Pièce et acteur n’eurent qu'un succès très-froid. M. de Kergalin, du Délit politique, ne racheta pas les malheurs de La Favorite, au contraire! Mac-Bory, de L'Irlandais, eut encore moins de bonheur. Décidément notre artiste n'était pas en veine. Un instant néanmoins , il se crut désensorcelé : ce fut le jour où MM. Scribe et Mélesville vinrent lire au théâtre Le Soprano. Cette fois Bouffé conçut les plus charmantes espérances, et l’on raconte qu’il écrivit en grosses lettres sur la couverture du rôle de Guimbardini, que lui avaient confié les auteurs : Hommage d'admiration et de reconnaissance. Cet élan de gratitude ne suffit pas à sauver la pièce, qui, en termes de coulisses, fit un fiasco complet. La mauvaise veine n'était pas épuisée; elle se manifesta dans Le Luthier de Lis-

bonne, Emmeline, Le Sénateur, Le Savant, Le Choix d'une Femme, Le Pays lalin, Le Premier Président, Le Paysan amoureux, La Renle viagère, etc. Toutes ces pièces réussirent peu ou ne réussirent pas du tout. L'acteur suivit leur destinée. Il se releva médiocrement dans Za Grande Aventure; mais il triompha dans Les Vieux Péchés, où, chargé d’un rôle d’ex-danseur de l'Opéra devenu maire de sa commune et marguillier de sa paroisse, il dépensa des trésors de verve, de bonhomie et de malice.

Après Les Vieux Péchés, Bouifé fait encore un temps d'arrêt dans la carrière du succès. L'an 1833 s'écoule sans qu’il puisse mettre la main sur un rôle à sa taille, Cependant, Dieu sait s’il en essaye! Pacolet, de La nouvelle madame Évrard; Prudhomme, du Moulin de Javelle; Louis XI, de Louis XI en goguetles; Roger, d’'Un trait de Paul 1°", et tant d’autres ! Enfin, le 19 février 1834, il joue Michel Perrin! Dire ce que dans ce rôle d'honnète curé qui remplit, sans le savoir, les fonctions d'agent de police, Bouffé déploya de candeur, de grâce, de douce gaieté, de philosophie, est impossible. Constatons seulement que de ce jour il fut un grand comédien. Ses autres créations les plus brillantes ont pu consolider sa réputation, elles ne l'ont pas accrue. Le Gamin de Paris, La Fille de l’Avare, L'oncle Baptiste, rôles qui sont restés comme les types les plus complets des qualités propres à Bouffé, avaient leur germe dans Michel Perrin.

Nous ne poursuivrons pas une nomenclature qui ferait ressembler cette esquisse biographique au catalogue d’une librairie théâtraie. Disons seulement qu’en 1842 M. Poirson, que de fréquents démélés avec l'association des auteurs dramatiques avaient exaspéré, entreprit de se soustraire à ce qu’il appelait « Zeurs monstrueuses exigences, » et résolut de se passer du concours de ces messieurs. Cette guerre eut cela de dés:streux que les frais en furent payés par tout le monde. Bouffé s’en alla au théâtre des Variétés. Au mois de décembre 1849, Bouffé dut, par ordre de la faculté, prendre un repos nécessaire à sa santé.

Bouffé a beaucoup de talent ; il compose un rôle comme Gérard Dow composait un tableau, avec une patience, un fini, une préciosité remarquables ; il sait l’art d'émouvoir de faire venir les larmes aux yeux, à l’aide d’un geste, d'un mot, d’une inflexion; il possède mieux que personne les finesses les plus exquises du métier; mais les difficiles reprochent à ce talent d’être complétement dépourvu d’élégance et de distinction. Édouard LEMOINE.

Après un long repos Bouffé”remonta sur les planches : on le vit, en 1854, à la Porte-Saint-Martin dans les rôles favoris de son répertoire; aux Variétés dans l’Abbé galant (1855) et Jean le Toqué (1857); enfin au Gymnase, où il donna quelques représentations en 1861 et 1862. Depuis il est rentré dans la vie privée,

BOUFFES. Voyez TUÉATRE ITALIEN.

BOUFFES PARISIENS, théâtre de musique fondé à Paris dans l'été de 1855 aux Champs-Élysées par M. Offen bach, et transporté quelques mois plus tard dans l’ancienne salle du théâtreComte, passage Choiseul. «Nonobstant l’absence de voix et le talent deses acteurs, dit Fétis, les affaires du directeur prospérèrent. Lui-même se fit le fournisseur de la plupart desouvrages qu'on y représentait.» C'est sur cette scène qu'il donna les Deux aveugles, Ba-ta-clan, Tromb- Alcazar, la Rose de Saint-Flour, Croquefer, Orphée aux enfers,la Chanson de For tunio,opérettes qui jouirent d’une grande vogue. En 1857 et 1858 M. Offenbach conduisit son personnel chantant en Angleterre et en Allemagne. A la fin de 1861 il céda son privilége à M. Varney, son chef d'orches tre, qui le vendit en 1867 à M. Noriac.

BOUFFISSURE, sorte d’enflure des chairs, qui leurdonne une fausse apparence d’embonpoint.

Prise au figuré, dans les arts, dans la littérature, la bowf: fissure est un effort malencontreux qui s’épuise de fatigue

pour dépasser le but. C’est l’histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. C’est la fièvre de la médioerité; elle ne dénonce son exaltation que pour mieux accuser son impuissance.

BOUFFLERS,. Voyez BouFLERs.

BOUFFON, BOUFFONNERIE (de buffo, mot de la basse latinité, employé jadis pour désigner l’acteur chargé de faire rire, et qui paraissait sur la scène les joues enflées pour recevoir des soufflets). D’autres racontent qu’un sacrificateur grec, nommé Buphon, après avoir immolé un bœuf sur l'autel de Jupiter Polieus, dans l’Attique, s’enfuit sans motif et si vite qu'on ne put l'arrêter. Les divers instruments du sacrifice, qu'il avait laissés , furent mis entre les mains des

uges, qui déclarèrent la hache criminelle et acquittèrent les

autres. Le sacrifice eut lieu de la même manière les années suivantes. Le saerificateur s’enfuyait, et la hache était condamnée., Comme l’arrêt n’était pas moins burlesque que la cérémonie, on a depuis, ajoutent ces étymologistes, appelé bouffonneries toutes les farces et momeries ridicules,

La bouffonnerie fit de plus grands progrès en Italie qu’en France , tant en raison des localités et du climat que de l’esprit-et du caractère national. Naturellement gesticulateurs et grimaciers , les Italiens excellèrent de bonne heure dans la bouffonnerie, dans le talent de faire rire; et c’est dé leur pays que sont venus les premiers et les meilleurs bouffons. La scène française adopta aussi les personnages bouffons, en leur conservant leurs noms et leurs costumes italiens. Arlequin, Scapin, Pasquin, Mascarille, Sganarelle, Crispin, ont diverti longtemps nos aïeux.

Dès l'antiquité la plus reculée on voit les grands et les riches avoir des bouffons à leur service. C’étaient pour la plupart des nains , des créatures disgraciées, dont il eût mieux valu respecter le malheur. Les Grecs les appelaient powpèc, les Latins moriones : de là le morus des comédies de Plaute, le maccus des Atellanes. De nombreux passages de Sénèque, de Suétone et de Martial il résulte que les Grecs et les Romains attachaïent un grand prix à leurs moriones, sanni, fatui. Les femmes en avaient de leur sexe qu'elles appelaient fatuæ. Plus tard les rois remplacèrent les morions par des fous, ou plutôt par des bouffons, et ils n’eurent pas tort. Aujourd’hui encore il est pen de cours qui n’aient au moins un bouffon en titre. Le roi citoyen avait son fou : le‘fameux chantre du Maire d’Eu, littérateur dont les calembours et les calembredaines faisaient pâmer de rire les hôtes si souvent soucieux de Neuilly et des Tuileries. Le peuple-roi, lui aussi, a aujourd’hui ses bouffons officiels ; publicistes qui, pour lui plaire, se font les émules de Bobêche et de Galimafré et rédigent à son usage ce qw'on est convenu d’appeler les pefits-journaux.

Notre littérature ne pouvait donc manquer d’avoir ses bouffons, tant en prose qu'en vers. Mais les plus célèbres le furent d'inspiration , et conservèrent leur indépendance, On peut citer Rabelais, Scarron, Cyrano de Bergerac, Piron et Vadé, D’autres, moms heureux, en firent une sorte de profession, et la gêne du travail perce dans leurs écrits.

Les grossières bouffonneries que Turlupin, Raimond Poisson et d’autres acteurs avaient introduites sur le Théâtre-Francais, en ayant été bannies lorsqu'il se fut épuré, trouvèrent un champ plus libre et plus vaste à l’ancienne Comédie-Italienne, puis à l'Opéra-Comique , et plus tard aux autres spectacles forains. Nous ne passerons pas en revue les divers auteurs qui ont travaillé pour ces théâtres, parce qu'il en est plusieurs, tels que Regnard et Dufresny, Lesage, Piron, Panard, Marivaux, Sedaine, etc., pour qui les houftonneries ne furent que des concessions faites au genre de ces spectacles et au goût du public qui les fréquentait. 11 n’en fut pas de méme de Taconet, de Dorvigni, de Guillemain, et souvent de Collé. Leurs pièces ont dü principalement leur succès à desacteurs, qui tous étaient de véritables bouffons,

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